mercredi 4 janvier 2017

ANARCOÏDE


ANARCOÏDE


Version française – ANARCOÏDE – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne – AnarcoideLitfiba – 2012








Voici, Lucien l’âne, à part le titre, un texte que je qualifierai volontiers de classique.

À part le titre ? Et puis, texte classique ?, Marco Valdo M.I. mon ami, tu m’inquiètes ; tu commences à parler comme un professeur. Je dis tout de suite – avant que tu ne te récrimines et que tu ne m’accuses d’analphabétisme ou de je ne sais quoi – que je n’ai rien contre le rôle de professeur et même que je le trouve utile, mais parfois, les professeurs peuvent être bien ennuyeux avec leurs discours.

Dis tout de suite que je t’ennuie, Lucien l’âne mon ami. Ce sera plus simple et plus direct et en prime, je ne te dirai plus rien.

Ho, Marco Valdo M.I. mon ami, ne prends pas la mouche ainsi et réponds plutôt à mes questions. Par exemple, que veut dire ce titre, que veut-il dire exactement. C’est quand même un mot bizarre que ce mot « anarcoïde », on dirait un alcaloïde anar.

Eh bien, soit, Lucien mon ami, je m’en vais te répondre de façon détaillée et forcément, un peu didactique. D’abord, je te félicite, car tu n’es pas loin de la réponse exacte avec ton « alcaloïde anar » ; ce serait même une façon cocasse de faire de l’étymologie brute. Une étymologie brute, comme on parle d’art brut. On pourrait imaginer qu’il serait aussi une sorte de mot provenant du grec ancien où l’on trouvait pour Atrée toute une descendance d’Atrides et là, un anarcoïde (le tréma s’impose en français pour éviter que le « o » suivi de « i » ne soit prononcé « wa ») serait donc un descendant d’« anarco » ou une sorte d’anarchiste héréditaire.

En effet, un tel personnage est tout à fait plausible et j’en connais même beaucoup du genre, dit Lucien l’âne en riant. Cependant, ce n’est pas une règle absolue. On naît anarchiste, après, c’est un choix : on le reste ou on se laisse prendre aux sirènes de l’autorité. Comprenons-nous bien : quand je dis qu’on naît anarchiste, c’est qu’au moment où on naît, il n’y a pour le nouveau-né ni Dieu, ni maître. Ce n’est que plus tard qu’il les découvre et qu’il accepte ou refuse qu’on les lui impose.

Lucien l’âne mon ami, tu dis là des choses essentielles et bien profondes. Et puis, des choses très belles : « Pour le nouveau-né, il n’y a ni Dieu, ni maître » ; autrement dit, « Au commencement, il n’y a ni Dieu, ni maître ». Bien entendu, si au commencement de la vie, il n’y a ni Dieu, ni maître, cela implique qu’il faut les inventer, les créer et les imposer, car fondamentalement, il n’y a aucune raison qu’ils existent, sauf à y trouver une utilité et cette utilité, c’est l’affirmation et l’instauration du pouvoir. Ainsi commence la Guerre de Cent Mille Ans que les puissants et les riches font aux pauvres. J’en viens au terme « anarcoïde », tel qu’il doit être compris ici. On dit que spécialement en italien, on distingue « anarchico » qu’on dit en français :« anarchiste » d’ « anarcoïde » qu’on dit en français « libertaire ». C’est évidemment une nuance qu’on ressent très bien, mais qu’il est difficile et délicat de préciser. Pour exposer la chose sur un plan logique ou du point de vue de la théorie des ensembles, on peut dire que tous les anarchistes sont censément libertaires, mais que tous les libertaires ne sont pas nécessairement anarchistes ; autrement dit : l’ensemble des libertaires inclut l’ensemble des anarchistes, mais que l’ensemble des anarchistes ne comprend qu’une partie de l’ensemble des libertaires. Une autre façon de voir est de dire que si on situe ces deux mots très proches sur un axe pouvoir – liberté, l’anarchiste se définit contre le pouvoir et que le libertaire insiste plus sur l’aspect liberté.

Étant nettement entendu, précise Lucien l’âne en riant à belle gorge, que ces caractères sont relatifs l’un à l’autre et que le mélange des deux est instable et fluctuant.

Oui, reprend Marco Valdo M.I., dit ainsi, c’est plus nuancé et plus proche de la réalité. Et, maintenant, quand on se reporte à la chanson, on s’aperçoit qu’en effet, l’ « anarcoïde » qui en est le personnage principal, celui qui la chante se définit lui-même plus comme libertaire que comme « anarchiste ».

Moi, en finale, ce que j’aime le plus, c’est le « Ni Dieu, ni maître ».

Je dois t’avouer que pour moi aussi, c’est l’essentiel et j’ajoute un aveu complémentaire du « traducteur », c’est que j’ai ajouté tout à la fin, à ce ni Dieu, ni maîtres… un « ni prêtres », qui faisait si bien la rime et pas seulement, car tous nos amis italiens se plaignent de cette incessante présence des prêtres, curés, prélats de tous rangs, papes et autres nonnettes « à la télé » et bien sûr, dans la presse, dans les écoles et dans les rues… Ils y en a partout et ils mettent leur longs nez jusque dans les affaires intimes des gens.

Oui, je les entends aussi ces récriminations de nos amis et ils ajoutent souvent que l’Italie est une véritable Katolikistan. Voyons cette canzone « anarcoïdale » et reprenons notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde autoritaire, dominateur, responsable, religiolâtre et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Je suis d’une autre pâte que les gens qui s’abaissent ;
Je veux autre chose que les distractions de masse ;
J’emploie ma tête, je suis un casse-couilles ;
Je suis hors système.

Je suis d’une autre pâte que les patrons de la guerre ;
Je suis pacifiste jamais masochiste, je n’use pas de la violence ;
Je suis autre et je ne suis pas un militaire ;
Je suis libertaire, je suis ma voie.

Je veux de l’énergie, je veux de l’énergie
Hors des jeux de l’hypocrisie ;
Je veux de l’énergie,
De l’énergie pure contre toute forme de tyrannie.
Non l’État n’est pas une entreprise,
L’État est chaque citadin qui pense.
Je veux de l’énergie, je veux de l’énergie
Contre toute forme de lobotomie
2+2 fera toujours 4, mais 3 ou 5 en option.
Les mathématiques sont une opinion
Et la réalité est une illusion.
Je suis
un anarcoïde, je suis un casse-couilles ;
Je suis libertaire, je suis ma voie.

Je veux de l’énergie, je veux de l’énergie
Hors des jeux de l’hypocrisie ;
Je veux de l’énergie,
De l’énergie pure contre toute forme de tyrannie.
Non l’État n’est pas une entreprise,
L’État est chaque citadin qui pense.
Je veux de l’énergie,
je veux de l’énergie
Contre toute forme de lobotomie.
Je suis énergie, je suis énergie
Hors des jeux de l’apathie ;
Je suis énergie, pure énergie,
Je veux l’idée, pas de l’idéologie.
Je crois au cerveau, je crois au respect,
Je ne crois pas à ce monde parfait.
Nous sommes énergie,
Énergie pure
Hors des jeux de l’hypocrisie
À la télé, ni Dieu, ni maîtres,
Ni politiciens, ni prêtres.

vendredi 30 décembre 2016

LE PAUVRE SOLDAT

LE PAUVRE SOLDAT

Version française – LE PAUVRE SOLDAT – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson italienne – Il povero soldatoGigliola Cinquetti – 1972
Texte et musique : Vassallo-Rubino









« Exécutions de guerre. Témoignages et épisodes de justice militaire du front italo-autrichien, 1915-1918 », par Massimiliano Magli, Nord Press Éditions


Lors de la première guerre mondiale des milliers de soldats italiens moururent pour la Patrie et des centaines d’autres soldats pour cette même Patrie eurent le « devoir » de mourir exécutés. Telle est la tragique constatation de cette étude qui reconstruit le destin de militaires envoyés à la mort parfois, car ils contrevenaient à une cruelle loi martiale ; le plus souvent car, même en respectant cette loi, ils représentaient une occasion idéale d’inspirer la terreur et réduire à une aveugle obéissance les troupes sur le front italien.
L’exécution était la peine la plus grave prescrite par les Codes Militaires Italiens (art. 8-29 Codes Pénaux Armée – art. 7-31 Codes Pénaux Marine) et représentait l’unique manière prévue par notre vieille législation militaire pour infliger la peine de mort. On distingue l’exécution de face et l’exécution de dos.
La première était prescrite pour délits des très graves mais pas déshonorants. Elle était faite par une escouade de douze soldats et un caporal, choisis à l’ancienneté parmi toutes les compagnies présentes au Siège du Corps auquel appartenait le condamné. Pour l’exécution, l’officier plus élevé en grade rangeait les troupes et faisait présenter les armes, il lisait la sentence. Puis, il faisait avancer le condamné, qui pouvait être assisté d’un ministre du culte et après l’avoir fait asseoir, il lui faisait bander les yeux. Si le condamné le demandait pouvait rester debout et sans bandeau. Ensuite, le peloton d’exécution accomplissait sa mission.
L’exécution de dos était infamante et était prescrite pour les délits qui dénotaient une extrême infamie. Avant l’exécution de dos, on procédait à la dégradation. Ensuite, on passait à l’exécution : on faisait asseoir le condamné, les yeux bandés, avec les épaules tournées vers le peloton d’exécution ; le peloton lui-même, s’il était déjà présent sur place avant le condamné, était rangé de dos, de sorte que condamné et le peloton ne se regardaient jamais de face ; après un demi-tour du peloton, la sentence était exécutée.

Parfois simplement fumer devant un officier signifia jouer sa vie ; d’autres fois, il suffisait de céder à la peur de la mort et de se soustraire aux armes, ou bien encore de vouloir abandonner la tranchée en recourant l’automutilation. Cela arriva même à celui qui avait accompli des gestes héroïques dignes d’une médaille, quelques heures avant de finir devant le peloton.

Dialogue maïeutique

Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson qui narre une triste aventure : celle du soldat qui est fusillé quelques instants avant que sa grâce ne soit signifiée. C’est une chanson anonyme, une histoire qu’on se passait sans doute dans les tranchées et pas seulement, je pense, dans l’armée italienne. On fusillait beaucoup dans toutes les armées ; un excellent moyen – pensait-on de maintenir la discipline, laquelle – selon les militaires les plus experts – est la force des armées.

C’est certain, répond Lucien l’âne qui s’y connaît en matière militaire vu qu’il a côtoyé les armées depuis des millénaires. C’est certainement un moyen de discipliner le fusillé. Lui au moins, il ne désobéirait plus, il n’essayerait plus de déserter, c’était déjà fait par la grâce du règlement. Mort, il n’aura plus à se donner la peine d’aller mourir au front.

C’est à peu près ce que la version de langue française de cette chanson et si elle le dit plus nettement que dans la version italienne, il faut y voir la patte du traducteur et son goût pour un peu plus d’ironie.

Je vois, dit Lucien l’âne, je vois, Marco Valdo M.I. mon ami, que nous sommes pour une fois sur la même longueur d’ondes.

Mais, Lucien l’âne mon ami, ce n’est pas tout. En cours de traduction, il m’est venu l’idée d’ajouter un distique.

Un distique ?, dit Lucien l’âne. D’abord, quel distique et que vient-il faire là ?


Tout simplement :Regrets éternels !, dit le colonel, Lucien l’âne mon ami. Tel est le petit distique que j’ai ajouté entre chaque quatrain. Quant à expliquer sa présence, tout ce que je peux en dire, c’est qu’il me semble qu’il venait tout seul pour donner un rythme plus martial à cette histoire ; il explicite à sa manière ce qui peut bien se passer dans la tête d’un colonel, quand il doit procéder à une exécution capitale. Lui-même n’est finalement qu’un rouage de la machine à broyer des hommes ; il n’a pas plus le choix que le condamné. L’un est condamné à mourir ; l’autre est condamné à tuer. Évidemment, il aurait pu échapper à ce destin de brute…

Ah, oui ?, dit Lucien l’âne. J’aimerais bien, Marco Valdo M.I. mon ami, que tu me dises comment.

Mais tout simplement en n’étant pas colonel. Tu comprends cela, Lucien l’âne mon ami. C’est évidemment un raisonnement spécieux, car – par exemple – on peut imaginer que le colonel est moins directement impliqué que ceux qui tiennent (soldats et peut-être camarades de celui qu’on fusille) les fusils dans le peloton d’exécution. On finit par comprendre ainsi que la vraie saloperie, c’est la guerre elle-même ; en filigrane, se pose également la question de la peine de mort. Tout cela est absurde. Quant à y mettre le holà, on n’a pas encore trouvé le moyen d’y parvenir, même si on en connaît l’origine et le principe moteur.

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, je vois aussi bien que toi quelle en est l’origine et son principe moteur : c’est la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres pour installer d’abord, puis maintenir ensuite leur domination, leur richesse, leur pouvoir, assurer leurs privilèges et poursuivre et développer l’exploitation. Le principe moteur est vraisemblablement l’avidité, l’envie, l’ambition ; ce monde est malade de tout cela. Pour en venir à bout, il n’y a pas mille manières, il faut et il suffit de tisser le linceul de ce vieux monde avide, aride, assassin, ambitieux et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Un pauvre soldat
À mort, on condamna.
Regrets éternels !,
Dit le colonel.

Regrets éternels !,
Dit le colonel.
Au matin, on vient le réveiller.
C’est l’heure d’être fusillé.
Il dit : je suis malade et dans ce cas,
Me fusiller, on ne peut pas.

Regrets éternels !,
Dit le colonel.

Mais le médecin militaire
Tâte son pouls
Et dit : son malaise
N’existe pas du tout.

Regrets éternels !,
Dit le colonel.

Les soldats sont arrivés
En file et affligés.
Leurs fusils de guingois
Avaient peine à tenir droit.

Regrets éternels !,
Dit le colonel.

L’honnête condamné
Demande alors à parler,
Mais la loi militaire
Lui ordonne de se taire.

Regrets éternels !,
Dit le colonel.

Le colonel en grand uniforme
Empoigne son épée
Et dit que dans les formes,
On va le fusiller.

Regrets éternels !,
Dit le colonel.

Les fusils tirent,
Le soldat s’effondre ;
Son sang salit
Sa tunique et son képi.

Regrets éternels !,
Dit le colonel.

À cet instant, arrive la grâce
Qui l’aurait sauvé,
Alors, content, à la caserne, il serait rentré
Pour aller au front se faire tuer.

Regrets éternels !
Dit le colonel.

jeudi 29 décembre 2016

À L’AUBE SOMBRE DU DIX AVRIL


À L’AUBE SOMBRE DU DIX AVRIL

Version française – À L’AUBE SOMBRE DU DIX AVRIL – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson italienne – E’ l’alba cupa del dieci aprile – anonyme – s.d.
Interprétation : Anton Virgilio Savona – s.d.
Texte : Savona A. Virgilio, Straniero Michele L., Canti della Resistenza italiana, Milano, Rizzoli, 1985

 





Sur l’air de « Monte Canino », elle raconte un épisode de la Résistance.

« Elle raconte un épisode de la Résistance… » me semble un peu trop expéditif, vu que le protagoniste de cette chanson – cité nom et prénom – a donné, comme tant d’autres, sa vie pour libérer l’Italie du nazifascisme…

Si par contre on veut activer un peu la Mémoire (qui ne fait jamais mal), on dira que Mario Allegretti était de Vignola, en province de Modène, où il était né en 1919. Il avait fait des études et passé la licence en Droit. Le 8 septembre 1943 le trouva à Parme, sous-officier dans les tankistes. Il décida immédiatement de combattre les Allemands et contribua à la constitution des groupes de partisans de « Justice et Liberté » – « Giustizia e Libertà » dans les environs de Modène et de Reggio.

Commandant d’un groupe appelé « Italie Libre »« Italia Libera » (en référence à la formation créée en Piémont de Duccio Galimberti, de Dante Livio Bianco et de Benedetto Dalmastro, mais aussi à une des premières organisations antifascistes, créée en 1924 par les frères Rosselli), il participa à l’aventure de la « République de Montefiorino »zone « dénazifascistifiée» et indépendante du 17 juin au 1er août 1944, en réponse aux massacres de Monchio, de Susano et de Costrignano perpétrés la même année par les occupants nazis et les milices des collaborateurs (136 morts. On parle de ces massacres dans la chanson Sopra le nuvole de Saverio Grandi)et ensuite, après la brutale réaction nazifasciste qui en entraîna la fin, Mario Allegretti contribua à la réorganisation des groupes partisans disparus et fut appelé au commandement de la 34ª Brigade « Monte Santa Giulia ».
Le 10 avril 1945,
tout près de Montefiorino, dans le bourg de Saltino di Prignano sulla Secchia, le commandant Mario Allegretti trouva la mort dans un accrochage avec les Allemands.

Je ne sais pas si
c’est vrai tant, avec l’habituelle emphase, en usage sur les notices de ANPI (Association Nationale des Partisans d’Italie) et autres, il est dit qu’il mourut en criant « Vive l’Italie ! » ; de toute façon, il mourut en combattant pour la Libération et à peu de jours de son advenue (25 avril 1945).




Le dix avril, l’aube est sombre,
Qui mène à Saltino par la crête.
D’un pas alourdi par un long cheminement,
L’arme à épaule passent les partisans.

C’est la brigade « G & L » de montagne,
« Sa
nta Giulia » de Mario Allegretti
Qui s’en va débusquer de l’allemand la tanière
Car la liberté se rapproche d’ici.

Il y a de longs mois qu’ils sont des « bandits »,
Depuis longtemps, ils vivent en frères,
Les « braves » gens les nomment rebelles,
Ce sont Volontaires de la Liberté.

Mais ce 10 avril est un jour sombre,
La lutte dure et veut les meilleurs.
La mort a saisi le commandant
Et pleure la douleur des partisans.

Ils pleurent muets la valeur du mourant,
Tremble sur la lèvre son nom de gloire,
Mario Allegretti passe à l’histoire,
Grand cœur de chef partisan.