jeudi 3 novembre 2016

LE ZOOLOGUE DE BERLIN



LE ZOOLOGUE DE BERLIN

Version française – LE ZOOLOGUE DE BERLIN – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson allemandeDer Zoologe von BerlinFrank Wedekind – 1899 – Ernst Busch – 1964

Paroles de Frank Wedekind (1864-1918), écrivain, dramaturge et chansonnier, un des principaux précurseurs du Kabarett allemand. Du recueil intitulé « Die vier Jahreszeiten », publié à Munich en 1905.
Interprétée par Ernst Busch, dans « Spottlieder », disque entièrement dédié aux chansons de Wedekind, publié en Allemagne Démocratique en 1964.



 
ZOO DE BERLIN 1900


La ballade Im Heiligen Land que Wedekind publia en 1898 dans la revue satirique Simplicissimus lui valut la condamnation pour lèse-majesté, et la majesté n’était rien moins que le Kaiser Guillaume II. Si bien que Wedekind, en même temps que son ami Heine, illustrateur de la revue, firent sept mois de prison. « Le zoologue de Berlin » est une réflexion sur cette mesure de censure et d'intimidation à laquelle, évidemment, Wedekind ne se plia pas…


Dialogue maïeutique

Cette fois-ci, Lucien l’âne mon ami, il s’agit d’une chanson où il est question des animaux et de l’Empereur. Plus exactement, des rapports entre la Majesté impériale et les animaux. Tout ça passe par l’arrestation et le procès fait à un zoologue de Berlin, auquel un juge aussi stupide que zélé ou l’inverse infligera – à tout hasard ? – un an de prison pour atteinte à la Majesté impériale au scientifique ébahi. Et ce malgré les explications et justifications présentées par ce dernier, qui va jusqu’à affirmer son attachement au Kaiser et à tenir des propos contre les anarchistes et tous ceux qui se moqueraient de l’Empereur. Rien n’y fit. Hop ! Au trou ! C’est proprement ubuesque ! Et bien évidemment, Lucien l’âne mon ami, c’est l’effet recherché par Wedekind. Au fond des choses, il n’y a sans doute pas eu de zoologue emprisonné, mais des auteurs d’articles qui – comme pourrait le faire un zoologue à propos des animaux – décriraient la société sur laquelle règne le-dit Empereur. Et comme tu le sais, une description précise, même relativement précise, de l’ordre public, de l’ordre social est très dangereuse pour un pouvoir, d’autant plus qu’il est autoritaire et soucieux de conformité.

Moi, dit Lucien l’âne, pour ce que j’en comprends, ce zoologue me paraît bien être l’ancêtre de Chveik . Souviens-toi, Marco Valdo M.I. mon ami, qu’un policier avait arrêté Chveik, car il conversait avec le patron de la taverne à propos du portrait de l’Empereur et que l’aubergiste faisait remarquer qu’il avait dû retirer le portrait de son établissement, car il avait découvert des chiures de mouche sur le portrait de l’Empereur. Là également, le policier arrête tout ce monde et les conduit devant le tribunal sous l’accusation tout à la fois de crime de lèse-majesté et d’atteinte au moral de la nation.

Je pense, Lucien l’âne mon ami, que tu dois avoir raison et que Hasek devait connaître Wedekind. De toute façon, même s’il n’y a pas de filiation directe, il y a comme un air de famille. Mais l’un et l’autre devaient puiser leurs histoires dans un fonds populaire bien plus ancien. Car, et c’est un effet, de la Guerre de Cent Mille Ans, les gens du peuple ont toujours aimé brocarder les riches et les puissants. Ulenspiegel le faisait déjà des centaines d’années avant. Quant au zoologue, il sert précisément à faire ce qui lui est reproché en développant sa défense et en multipliant ses dénégations. C’est une manière de faire assez classique. Quelque chose comme : « Mais enfin, Monsieur le Juge, vous n’allez quand même pas croire que je pourrais comparer l’Empereur à une vache, un chien (le carlin est un chien), un cochon… Ce serait très humiliant pour l’Empereur… » On retiendra le conseil final : évitez la zoologie. Cette histoire a d’ailleurs continué son parcours et on la retrouve notamment dans un film belge où à Bruxelles durant la dernière guerre se déroule sur la grand place durant le marché aux oiseaux, une petite scène cocasse. Un vendeur d’oiseaux, qui a en plus un petit singe, voit venir un officier allemand très rigolard qui lui demande le nom du singe. Le vendeur ne répond pas, alors l’officier lui propose d’appeler le singe Churchill. « Oh, dit le vendeur, ce n’est pas gentil pour Churchill. Ah, ah !, dit l’officier. Vous voudriez peut-être l’appeler Adolf ? Certainement pas, ce ne serait pas gentil pour mon singe. »

On pourrait encore en dire mille choses, mais il nous faut conclure et reprendre notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde chaotique, conformiste, répressif et cacochyme.

Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Écoutez les enfants, comment récemment
On arrêta à Berlin un zoologue !
Un policier sans ménagement
L’a conduit devant le juge.
Ce dernier très sévère
Prit de très haut sa protestation
Et lui recommanda d’avouer sans discussion,
Qu’il avait offensé Sa Majesté Impériale.

Le zoologue déclara : « Monsieur le juge,
C’est une erreur énorme ;
Car qu’une vache soit un ruminant,
N’a encore nulle part provoqué de scandale.
Et même la science l’a depuis longtemps
Exposé dans les livres pour enfants.
Mais si vous la comparez à Sa Majesté,
Alors, vous humiliez Sa Majesté !

Je peux le jurer, j’ai pour Sa Majesté Impériale,
Toujours eu le respect le plus impérieux.
Et il me plaît souvent même d’apprendre,
Qu’on a débusqué les irrévérencieux.
Sa Majesté veillera alors également,
À se comporter majestueusement.
Car un carlin est et reste incontestablement
Un mammifère naturellement.

De même devant les autorités,
Je me suis toujours réglementairement incliné,
J’ai souvent tenu ma langue sur commande
Et craché
sur les anarchistes.
Dans les associations où des informateurs écoutent,
Comme un enfant, j’ai toujours parlé de façon innocente.
Mais
malgré tout, je ne peux quand même pas dire
À propos des cochons que ce sont des hommes.

J’ai beaucoup de respect pour vous, ô juge,
Un respect humain sans limites !
Mais vous laissez quand même les pires crétins
Vivre sereins à Berlin.
Et quand bien même je me répandrais à grands cris
De la Forêt Noire jusqu’à
Tsingtao,
La hyène ne resterait-elle pas rayée de gris ?
Et le paon un bel oiseau ?

Ainsi parla le zoologue.
Le Procureur général parla ensuite
Et après
avoir considéré le tout,
L’homme fut condamné à un an de trou.
Dès lors avant d’entreprendre des études de zoologue,
Jeunes gens, réfléchissez,
Car, dans la plupart des animaux sommeille
Une
offense à Sa Majesté.


mardi 25 octobre 2016

Citizen of Wallonia ! Et ric et rac !



Citizen of Wallonia ! Et ric et rac !

Filastroque wallonne à l'usage des riches et des puissants d'Europe et du Nouveau Monde.
Marco Valdo M.I. – 2016





Lucien l’âne mon ami, tu te souviens sans doute de cette récente version française d’une chanson de Dario Fo, intitulée « Peuple qui de toujours » et du commentaire où je faisais allusion à la petite ritournelle de révolte wallonne : « Et ric et rac ». Eh bien, aujourd’hui, je vais en faire une chanson pour saluer la résistance qui se dessine face aux impératifs des grands d’Europe et du Nouveau Monde par le biais du refus d’accepter le fait accompli du CETA.

« Et ric et rac ! », c’est formidable, Marco Valdo M.I., car je l’aime bien cette ritournelle. Et puis, c’est bien mieux et moins langoureux que « Ma Cabane au Canada », qui comme tout le monde sait « est blottie au fond des bois, on y voit des écureuils sur le seuil » ; une bluette gentille à faire pleurer Margot. Je dis ça, car les ministres du Canada ont l’habitude d’utiliser les larmes comme arguments et à se lamenter qu’on refuse leurs avances « gentilles » ; ce qui est d’un ridicule et particulièrement offensant pour ceux à qui on fait de telles remontrances perverses. Cette « Cabane au Canada » est comme la ministre : pleine de gentillesse et ignore tout du réel et a tout l’air de s’en foutre du réel des gens d’ici et d’ailleurs. « Gentillesse is Bizenesse ». La dame a dû croire qu’on était à Adélaïde. Tant d’indigence, c’est à en pleurer, en effet.

Certes, Lucien l’âne mon ami. Et si je te rappelle ceci aujourd’hui, c’est que cette évocation d’  «  Et ric et rac » avec notre dialogue à propos de la situation de la Wallonie et de ses réserves indiennes où nous vivons, était en quelque sorte prémonitoire.

C’est d’ailleurs souvent le cas des chansons et de la poésie, rappelle Lucien l’âne. Homère lui-même l’avait relevé au travers de l’histoire de Cassandre.

Et c’est précisément cette canzone de Dario Fo « Peuple qui de toujours » qui m’a fait penser à refaire – comme il le faisait ou Giorgio Strehler, pour en rester aux gens de théâtre de Milan – à parodier des chansons existantes et particulièrement dans le genre de Brecht. Ici, d’une filastroque (de l’italien filastrocca : litanie) du pasteur Niemöller. Connue sous le nom de « Quand ils sont venus… ». Comme tu le sais, ça fait longtemps qu’on répète ici – toi et moi – « Regardez ce qu’ils font aux Grecs, ils vous le feront demain » et qu’on tire le signal d’alarme, qu’on sonne le tocsin européen.

Et voilà-t-il pas que nos députés wallons et francophones – la chose n’arrête pas d’étonner et de ravir et je pense – même de les étonner et de les ravir eux-mêmes – ont résolument pris position contre les grands de ce monde. On a eu beau les menacer des pires représailles, rien à faire. Ils résistent. D’ailleurs, la chose doit étonner plus d’un. Moi, j’imagine bien que le soir à la veillée, ils chantent avec émotion le « Valeureux Liégeois ! » ou se remémorent les 600 Franchimontois !

C’est un peu ça, mais cette fois, il n’est plus question d’histoires anciennes, mais de ce qui se passe « hic et nunc », ici et maintenant ! Un épisode en plein cœur de cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres afin d’établir leur domination, de renforcer leur pouvoir, d’étendre leur exploitation, de multiplier leurs bénéfices, de gonfler leurs richesses et de donner libre cours à leur avidité. Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde multinationalisé, lobbyisé, atlantisé, anglicisé, marchandisé, mercantile, avide et cacochyme

Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Citizen of Wallonia !
Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Citizen of Wallonia !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !

Quand ils s’en étaient pris aux Ossies,
On n’a rien dit, on n’était pas des Ossies.

Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !

Quand ils s’en sont pris aux pauvres d’Allemagne,
On n’a rien dit, on n’était pas des pauvres d’Allemagne.

Citizen of Wallonia !
Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Citizen of Wallonia !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !

Quand ils s’en sont pris aux Grecs,
On a laissé faire, on n’est pas Grecs.

Citizen of Wallonia !
Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Citizen of Wallonia !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !

Quand ils ont matraqué les Portugais,
On regardait ailleurs, on n’est pas Portugais.

Citizen of Wallonia !
Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Citizen of Wallonia !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !

Quand ils s’en sont pris aux Espagnols,
On n’a rien fait, on n’est pas Espagnols !

Quand ils s’en prendront aux Italiens,
On ne dira rien, on n’est pas Italiens.

Citizen of Wallonia !
Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Citizen of Wallonia !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !

Maintenant qu’ils s’en prennent aux Wallons,
Si on ne fait rien, demain, on aura l’air con.

Citizen of Wallonia !
Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Citizen of Wallonia !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !

Citizen of Wallonia !
Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Citizen of Wallonia !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !


jeudi 20 octobre 2016

L’ÉTALON EXPLOITÉ

L’ÉTALON EXPLOITÉ

Version française – L’ÉTALON EXPLOITÉMarco Valdo M.I. – 2016
Chanson italienne – Canzone del cavallo bendatoDario Fo – 1972





Ah, Lucien l’âne mon ami, voici une bien pénible histoire et même sans doute, plus pénible encore pour toi qui es aussi un ongulé. On avait déjà eu l’histoire du cheval pendu  et celle du cheval de corbillard et celle du petit cheval, dont tu souviens certainement. Celle-ci est celle du cheval de monte lequel est forcément un étalon, mais certainement pas un de ces fiers étalons qui hantent les rêves des juments et de certaines jeunes cavalières. Il eût pu le devenir, s’il n’y avait les propriétaires de chevaux, les « maîtres » qui vont le réduire en esclavage et dans son cas, en esclavage sexuel ; le but est de recueillir sa semence pour la vendre aux éleveurs, eux-mêmes propriétaires de juments, qu’ils exploitent pareillement à des fins reproductrices. Il y a derrière tout ça un commerce ignoble, qui est dénoncé par la chanson.

Oh, j’en ai entendu parler et cela s’est fait, même chez les ânes. C’est évidemment assez cette exploitation, ses méthodes et la fin qu’elle réserve à l’animal dont elle a sucé toute l’énergie. Tout ce processus industriel appliqué au vivant est d’une incroyable brutalité et d’un cynisme écœurant et ces pratiques débordent largement l’exploitation des ongulés. Le nœud de l’affaire, c’est la façon dont l’homme considère les autres espèces animales. Il me semble d’ailleurs qu’il l’a fait à l’égard de sa propre espèce et qu’il le fait encore, d’ailleurs : l’esclavage, la prostitution, la colonisation en sont des exemples.

En effet, mais pas seulement et c’est ce que disent les derniers vers de la chanson :

« Nous aussi, nous sommes dans l’enclos ;
Le maître a tant de serviteurs. »

Ce qui est en cause, c’est la relation du maître et de l’esclave, du maître et du serviteur, du propriétaire et du fermier, du patron et de l’employé, etc. à chaque fois, à chacun de ces binômes correspond une relation d’exploitation, laquelle se fonde sur le pouvoir de l’un sur les autres. C’est le moteur essentiel de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres.

Ainsi, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est toujours au même mur qu’on se heurte, celui de la richesse, de l’avidité des hommes, à ce que tu avais appelé « L’autre Côté du Mur ». Apportons notre petite contribution à la démolition de l’autre côté du mur et poursuivons notre tâche en tissant sans répit le linceul de ce vieux monde exploiteur, sans moralité, cynique, avide et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco valdo M.I. et Lucien Lane



Quand un cheval est très fougueux,
Qu’en fait-on ? On l’aveugle et l’enferme.
Puis, on le fait courir tant qu’il peut,
Toujours en rond, en rond sur le sable
Aveuglé, il croit courir en liberté.
Qui sait où il croit courir ?
Qui sait où il croit fuir ?
Mais il est toujours là, enfermé.
Aveuglé, foutu, fourbu.
Des chevaux, il y en a tant en plus,
Le maître en a tellement,
Plus de mille certainement.
Cours, cours, écume, cours à t’estropier,
C’est sur le sable que tu cours,
Pas sur l’herbe ; et tu manges
La merde, pas le foin ; et tu montes
Une belle jument blanche
Mais c’est une jument de planches,
Avec un sac pour garder ta semence,
Que très cher, le maître vendra
Aux éleveurs. Et quand tu te calmeras,
Que tu auras passé l’âge de la monte,
Enfin, tu sortiras de ta prison
Pour un long voyage dans un wagon.

Ta mort sera rapide chez l’abatteur,
Ta viande sera vendue au kilo.
Nous aussi, nous sommes dans l’enclos ;
Le maître a tant de serviteurs.

mardi 18 octobre 2016

La Complainte du P3


La Complainte du P3

Chanson française – La Complainte du P3 – Jean Yanne – 1958





Ah, Marco Valdo M.I., mon ami, une chanson de Jean Yanne. C’est toujours une découverte et aussi, j’en suis sûr une fameuse rigolade qui se prépare.

Si on veut, Lucien l’âne, mon ami. Cependant, si le rire est le propre des chansons de Jean Yanne.

Je pense aussi que le rire est le propre de Jean Yanne lui-même, dit Lucien l’âne de l’air grave de l’académicien.

Tu as parfaitement raison, le rire est le propre de Jean Yanne et par conséquent, le sale de ceux qui le méprisent. Donc, je reprends, dit Marco Valdo M.I., il y a sous cette apparente facilité des chansons et des propos, sous le recours à des formes très populaires – ici, une sorte de java de caboulot, sous un air ouvriériste, il y a un vrai portrait – à gros traits, certes – de la vie sociale quotidienne et connaissant les habitudes du citoyen Yanne, une fameuse critique du milieu ; le tout transbahutant une fameuse joie de vivre. Ici, Jean Yanne s’en pend aux prêtres-ouvriers qui s’incrustaient dans les usines et les organisations syndicales, une forme d’entrisme catholique assez pervers. C’est pour mieux te reconvertir mon enfant !

Oh, dit Lucien l’âne, on ne dirait pas comme ça, à première vue. Évidemment quand on y songe, on se demande ce que des prêtres viendraient faire dans les usines. La même question se pose d’ailleurs pour les aumôniers aux armées.

Quand même, Lucien l’âne mon ami, quand on creuse un peu. Le P.3. qui chante sa complainte : a comme amie la sœur d’un prêtre-ouvrier et à force de chauffer sa gamelle dans son petit bain-marie lui fait un enfant, le tout sans se marier du moins avant que vienne « Irénée le divin enfant » – repris d’un chant de Noël où le calembour couvre d’ironie ce « divin enfant », entouré de l’âne et du bœuf. 
À l’oreille et à l’orgue, on goûte mieux encore la sauce d’acide ecclésiastique dont il enrobe sa chanson, toute ciselée d’Ave Maria.

Tu m’en diras tant que je brûle comme l’encens de l’entendre, s’exclame Lucien l’âne en agitant ses oreilles comme des fanaux sur les récifs au large des océans.

Mais enfin, Lucien l’âne mon ami, comme Jean Yanne a lui-même présenté cette chanson par une sorte de causerie préliminaire, j’ai pris la peine de retranscrire ce texte pour le mettre ici en guise d’introduction.

Voilà une très belle idée, Marco Valdo M.I. mon ami, car en quelque sorte, ces commentaires introductifs de Jean Yanne font intégralement partie de la chanson elle-même et puis, ainsi les voilà gravés dans la pierre du temps et indissociablement liés à la chanson qu’ils éclairent. Et puis, on leur portera ainsi peut-être toute l’attention qu’ils méritent (religieux). Quant à nous deux, pauvres canuts et moi en particulier qui court tout nu à poils, reprenons notre tâche sempiternelle et digne d’une noria (Ave noria !) et tissons avec méthode et obstination le linceul de ce vieux monde miraculeux, illusionniste, clérical et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Je voudrais vous chanter une chanson qui a pour but de réconcilier le clergé et la masse ouvrière.
Je voudrais réconcilier le clergé et la masse ouvrière, car vraiment, il me paraît tout à fait nécessaire à notre époque de tenter ce rapprochement entre les groupes ethniques opposés qui sont quelquefois séparés pour des raisons physiques tout à fait quelconques comme le fait qu’ils ne sont pas vêtus de la même façon ou qu’ils ne mangent pas la même chose le vendredi.
Et en même temps, comme je parle de masses ouvrières, je voudrais attirer votre attention sur une catégorie d’individus dont on ne fait pas assez le cas à notre époque, ce sont les P3.

Pour ceux d’entre vous qui lisent attentivement les journaux, vous savez ce que sont les P3, car les firmes automobiles en font une énorme consommation. Ce sont les ouvriers professionnels de 3ième catégorie dont on a eu l’occasion de parler de temps à autre lors des remises de décorations, mais qu’on ne choisit jamais comme personnages de roman ou de chanson. Et à mon sens, c’est un tort, car les P3 sont une belle catégorie d’ouvriers et valent largement tout un tas de personnages qu’on a illustrés ces derniers temps en musique.
C’est pourquoi j’ai voulu réparer cette injustice en écrivant tout spécialement La Complainte du P3.

Ainsi Parlait Jean Yanne




Du début jusqu’à la fin de la semaine,
Je suis P3 chez Citroën ;
C’est un bon petit boulot
Avec cantine et avantages sociaux.

Je suis copain avec Nénesse
Qu
i est délégué du syndicat.
À la chaîne des boîtes de vitesses,
Je suis heureux comme un roi.

D’autant plus que le samedi
Et le dimanche aussi :
Avec Maria,
On va danser la java.

Maria, c’est la jouvencelle
Chez qui je vais tous les midis
Pour faire chauffer ma gamelle
Dans son petit bain-marie.


Je l’ai connue l’année dernière
Au bal de la RATP,
Là où travaillait son frère
Comme prêtre-ouvrier.

Et ce soir-là, messieurs-dames,
À la salle Wagram,
Avec Maria,
On a dansé la java.

On s’aime tout comme Adam et
Ève,
On va bientôt se marier.
On attend la prochaine grève,
Pour que je sois augmenté.


Mais comme l’a dit mon contremaître,
Quand on est jeune, faut s
dépêcher.
Ainsi, un enfant va naître
Qu’on appellera Irénée.

Irénée le divin enfant
Et le soir sans

Un mot, autour du berceau,
Avec Maria, on ira danser le tango.

dimanche 16 octobre 2016

PEUPLE QUI DE TOUJOURS

PEUPLE QUI DE TOUJOURS

Version française – PEUPLE QUI DE TOUJOURS – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson italienne — Popolo che da sempreDario Fo – 1971





Du balcon de la Maison du Peuple 






Ah, Lucien l’âne mon ami, un comédien qu’on aime bien vient de mourir. Bien évidemment, comme il est aussi l’auteur de cette chanson, dont je présente une version française, tu sais déjà qu’il s’agit de Dario Fo. Boris Vian disait lui-même : « un mort, c’est complet. On n’est pas complet tant qu’on est pas mort. » Il est mort, le voilà donc complet ; elle termine la vie ; la chose est banale et n’a rien de tragique.

En effet, dit Lucien l’âne d’un air narquois et aux pieds noirs, ce sont des choses qui arrivent dans la vie. Cependant, je le dis tout net à ceux que ça inquiète, qu’ils se rassurent, ça n’arrive qu’une seule fois. Une seule fois, sauf dans de rarissimes cas et encore. On laissera de côté les erreurs de diagnostic où des gens apparemment morts ont soudain réémergé de cette sorte de coma. On laissera pareillement de côté les ressuscités administratifs ou judiciaires, comme Joseph Porcu . Cependant, on raconte dans un livre ou dans un autre que certains seraient morts plusieurs fois ou étant déclarés morts seraient revenus à la vie, comment dire : miraculeusement – mais nul n’en a gardé trace certaine. Ce sont des fariboles. En vérité, Marco Valdo M.I. mon ami, je te le dis, à part nous, petits personnages imaginaires, qui donc peut être éternel et ressusciter ?

Et ressusciter à la demande, de surcroît, précise enthousiaste et joyeux Lucien l’âne ; car moi, par exemple, parfois pendant des siècles on me laisse végéter sur le bord des chemins peu fréquentés et puis soudain, à ta demande, je reprends vie et littéralement, je ressuscite. La seule chose triste dans cette affaire, c’est que Dario Fo, dont je doute fort qu’il ressuscite, n’écrira plus de chansons, ni de pièces et qu’il ne les jouera plus. Encore que, en vérité, dans l’état où il était, il vaut sans doute mieux qu’il ait quitté le monde définitivement. Du point de vue professionnel, en quelque sorte, peut-être aurait-il pu comme Molière et bien des travailleurs, rattrapés par la mort blanche et des militaires par une balle perdue ou un coup de mortier, mourir en pleine action et dans son cas, en scène, dans une dernière parade : théâtralement. Mais, parle-moi maintenant de la canzone.

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, cette chanson est – avant la lettre – une chanson qui raconte à sa manière la Guerre de Cent Mille Ans , cette furieuse guérilla que les maîtres mènent contre les gens du peuple aux seules fins de maintenir leur pouvoir, d’accroître leurs richesses, de renforcer leur domination et de tirer plus de profits encore. Et ils y parviennent : l’écart entre les riches et les pauvres s’accroît encore et encore et partout dans le monde. La canzone s’adresse au peuple et lui propose de réfléchir à cet état de choses. Elle dit exactement :

« Cherchons à comprendre,
Ensemble au moins une fois à comprendre
À découvrir le pourquoi
De ce truc-là. »

C’est une excellente idée, Marco Valdo M.I. mon ami, et si je m’en souviens bien, c’était aussi le but de la chanson sur la Guerre de Cent Mille Ans.


Avant de te laisser conclure, je voudrais éclaircir une singularité de ma version française. Comme on peut le voir, le texte de la version française est plus long que l’original. Ce n’est pas que la langue française soit si peu concise, mais c’est que j’ai rajouté – un peu à la manière de Dario Fo – en manière de refrain un petit quatrain, tiré du folklore populaire contemporain de Wallonie.

« Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique ! »

C’est en fait en soi une chanson complète, disons une antienne, une rengaine que chantent les manifestants en colère, annonçant leur intention de faire de gros dégâts s’ils n’obtiennent pas satisfaction. C’est l’expression pure de la colère populaire ; elle veut dire grosso modo : « On va tout foutre en l’air » ; c’est le feulement du tigre, le grondement du séisme qui monte du centre de la Terre, c’est le chant des Canuts : « on entend déjà la révolte qui gronde ». Ce chant accompagnait les grandes manifestations très dures (il y eut des morts) de l’hiver 1960-1961, quand la Wallonie a failli obtenir son indépendance. Finalement, la manœuvre politique n’a fait que renverser le gouvernement belge… et un autre s’est empressé de prendre sa place ; c’est ce que raconte si bien la chanson. Voilà, nous sommes plus de cinquante ans plus tard et l’affaire n’est toujours pas réglée. Et la Wallonie, très largement minoritaire au nombre d’habitants et donc aux élections, au nombre d’élus – dans toutes les structures nationales, elle souffre d’un sous-investissement systématique, d’une sorte de mépris national et paye toujours plus cher son enfermement dans la Belgique sous domination flamande. Tout cela se traduit par une misère grandissante (qu’on essaye de camoufler), par la disparition massive d’emplois, la dégradation se marque dans les paysages urbain et périurbain, on annonce une pénurie de médecins…Voilà pourquoi dans les manifestations, on entend de plus en plus « Et ric et rac… ». À propos de la chanson de Dario Fo elle-même, on comprendra à ce qui précède qu’elle est tout à fait en syntonisation avec la situation contemporaine de nos régions.

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, ce « Et ric et rac » pourrait bien devenir un cri de ralliement à l’échelle de l’Europe entière. Quand on voit ce qu’ils font aux Grecs et qu’ils essayent d’imposer partout ailleurs sur le continent, sans compter le reste du monde. Européens, regardez ce qu’ils font aux Grecs, ils vous le feront bientôt ! Tu as donc bien fait de rajouter ce petit refrain, il pourra servir. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons, autant que nous pourrons, le linceul de ce vieux monde arnaqueur, exploiteur, rusé, flagorneur, écraseur et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Peuple de toujours au boulot assidu,
Couillonné depuis dix mille ans et plus,
Piétiné, divisé,
Raillé et roulé,
Combien de fois as-tu explosé
Et t’es-tu jeté tête baissée dans la bagarre
Et as-tu foutu en l’air toute la baraque ?

Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !

Et combien de fois as-tu coupé
Les têtes bâtardes des maîtres.
Mais le m
aître sans attendre pâques et trinité
Est toujours ressuscité.
Alléluia !
Toujours il est reparu.
Alléluia
 !
Comme avant, encore une fois, oh ! Miracle, il est revenu !
Alléluia
 !
Avec des flagorneries, avec des cabrioles,
Avec des bons mots, avec des crocs en jambe,
Avec des préfets, avec des prêtres !
Alléluia
 !
Avec des réformes, avec des chiquenaudes,
Avec des policiers, avec des juges ,
Comme avant, toujours, est revenu le maître !
Alléluia
 !
Comment y est-il parvenu?
Le truc est archiconnu.
Dans cette histoire,
Cherchons à comprendre,
Ensemble au moins une fois à comprendre
À découvrir le pourquoi
De ce truc-là.

Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !