mardi 6 octobre 2015

L'USINE

L'USINE
Version française – L'USINE – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – La fabbricaAndrea Sigona2011



40 ans, 8 heures tous les jours.
La sirène en bas à l'usine donnait le départ 




40 ans, 8 heures tous les jours.
La sirène en bas à l'usine donnait le départ ;
Avec ma sueur, des luttes et de dégoût, j'ai défendu
Les intérêts des miens.

Il y avait du vert et des prés à Sesto San Giovanni ;
De douces saisons, du vin et des étoiles à toucher.
Il y avait l'hiver au chaud de nos maisons
Et le printemps et tout à recommencer.

Pour nous, c'était tout ou rien qui le sait ;
Au fond, cette vie nous plaisait.
Pour nous, il n'y avait rien, mais ce tout était là
À la mesure de la terre et des hommes.

Puis, les décapeuses et le progrès vinrent
Rénover ce ciel sans plus ce vert.
Puis, vinrent les multinationales
Directrices d'un ciel qui ne brille plus.

Moi je me rappelle encore Sesto San Giovanni.
Je me rappelle les trains et les cent pas à la station,
Ses bonnes gens, les familles, les ouvriers
Et nos rêves liés à une boîte de carton.


Pour nous, c'était, tout ou rien, qui le sait
Cette vie, au fond, nous plaisait.
Pour nous, c'était rien, mais ce tout était là
À la mesure de la terre et des hommes,
À la mesure de la terre et des hommes.

jeudi 1 octobre 2015

SANTA MADONA DU BALLON ROND

SANTA MADONA DU BALLON ROND

Version française – SANTA MADONA DU BALLON ROND – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Santa Maria del palloneModena City Ramblers – 1996



Regardez et priez Santa Madona ! Regardez et achetez Santa Madona !Regardez et votez Santa Madona !
Sa
nta Madona du Ballon rond.

(d'après Paulo Ito)





Le pays qui reçoit les Mondiaux ne voit pas d'un bon œil, la FIFA. Il y a une protestation qui court sur les murs, et qui saute vite à l’œil. Le message est clair : la Coupe du Monde, selon les auteurs des murales, ne nourrira pas les Brésiliens et il n'améliorera pas leur condition économique. La compétition, en somme, sera une affaire seulement pour les puissants du football. Est emblématique, de ce point de vue, le graffiti qui a pour protagoniste un symbole de la nation, Pelé, qui met la maille « verdeoro » et entretemps serre un sac plein d'argent, peint comme s'il était un bandit. Et a fait bruit, les derniers jours, aussi l’œuvre de Paulo Ito, sortie sur le mur d'une école de São Paulo: elle représente un enfant en larmes qui à la place de la nourriture, sur le plat, a un ballon. Les manifestations contre la FIFA, entretemps, ne se calment pas,. La dernière samedi passé, à São Paulo, dans lequel les manifestants ont demandé des investissements dans le système sanitaire et dans l'éducation plutôt que dans l'imminent tournoi de football.

par Pier Luigi Pisa –
La Repubblica – 29/5/2014



C'est un opium qui mêle à l'encens la sueur
Pour fermer les yeux et chasser les tracas

Les bougies et le match, les saints et les olas
Sont une extase mystique, elle ravit le
cœur.
Un peuple prie
Santa Madona.
Il a besoin d'un guide et maintenant, il demande protection

À celle qui voit, pourvoit et protège des tracas.
Sa
nta Madona du Ballon rond.

Tout est à l'arrêt, tout dort ; ce soir, tout est effacé.
C'est
une drogue légère et on oublie le passé

Des voleurs, des brigands, des gros et des légers.
Quand arrive le prêtre, tout est
pardonné.
L'homme en capuchon allume un chandelier,
Il sourit pour le peuple de la télévision.

Regardez, achetez et votre Dieu adorez !
Sa
nta Madona du Ballon rond.

C'est un scandale, l'arrière taclé le centre-avant ;
Quel enthousiasme des foules pour un dribble foudroyant.

Une révérence au ralenti, Notre Père est sur le coup franc
Et à la fin, tous prêts pour la procession
En tête du cortège, l'homme au capuchon ;
Il a écrit un nouvel article de la constitution.
Regardez et priez Santa Madona !
Regardez et achetez Santa Madona !
Regardez et votez Santa Madona !
Sa
nta Madona du Ballon rond.

Gand, La Dame


Gand, La Dame

Chanson française – Gand, La Dame – Marco Valdo M.I. – 2015


Ulenspiegel le Gueux – 4

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).



Prise par la ruse et punie par les armes,
Gand ne parla plus et ne put plus se défendre.
(Gand vers 1560 - d'après Lucas De Heer)



Si la chose t'intéresse, Lucien l'âne mon ami, voici la suite de cette histoire de Till le Gueux et de cette confrontation entre les gens d'ici et les armées d'ailleurs. Cette fois, dans le roman qui m'inspire, Charles De Coster raconte la prise et la destruction de la Ville de Gand par Charles-Quint. C'est un des prodromes de ce qui va ne faire que s'amplifier tout au long du siècle : l'affrontement entre les Espagnols et les habitants des Pays Bas. Cette chanson relate un moment des prémices de la Guerre des Gueux et aussi, un épisode de la Guerre de Cent Mille Ans, à savoir l'élimination progressive des villes libres au profit d’États de plus grande envergure, préludes eux-mêmes aux États nationaux du XIXiéme siècle.


Allons, allons, Marco Valdo M.I. mon ami, ne t'égare pas dans l'Histoire. Il ne s'agit quand même que d'une chanson…


Je t'assure, Lucien l'âne mon ami, que ceci ne nous éloigne pas de notre sujet. Bien au contraire, c'est un simple résumé qui permet un décryptage de cette chanson. Elle le mérite et elle en a bien besoin. Je veux juste donner quelques indications, mais si tu veux en savoir plus, il te faudra faire les mêmes recherches que moi. Ce qui n'est pas désagréable du tout, je te le dis. Cependant, je n'entends pas, rassure-toi, commenter pédantesquement ligne par ligne cette chanson. Je ne suis pas ici pour jouer au professeur. Il en existe d'excellents qui font ça très bien. Je ne souhaite pas leur couper l'herbe sous les pieds. Une expression que tu devrais comprendre aisément et qui n'a pas besoin (elle) d'explication.


J'apprécie assez cette ironie ad asinum et je comprends fort bien cette expression où il est question d'herbe et de pieds. Je me demande si ce n'est pas un âne qui l'a inventée. Maintenant, c'est le moment de tes explications… Mais en bref.


La première va te surprendre, car elle est d'un ordre linguistique. As-tu déjà entendu parler du génitif saxon ?


Bien sûr. Il existe en allemand, en anglais, en néerlandais et sans doute, en flamand et dans d'autres langues. Mais encore ?


Eh bien, Lucien l'âne mon ami, j'en ai glissé un dans ce texte, mais c'est un génitif saxon tel qu'il est pratiqué encore aujourd'hui à Bruxelles. Ma tante Ghislaine, qui était d'origine montoise mais vivait à Bruxelles, racontait la stupéfaction qu'elle éprouva devant le récit d'un incident entre chien et chat. Ce récit est très court, il disait : « Le docteur son chien a mordu la madame son chat », ce qui veut dire : « Le chien du docteur a mordu le chat de la dame ». C'est exactement la construction, qu'on trouve au premier quatrain :
« Gand, la dame, refusa de verser
À l'Empereur son fils, le tribut demandé. »

Sur ce, je reviens à mes autres explications et à la Ville de Gand vers 1540. À la suite de luttes internes entre les métiers, d'un côté et les marchands, de l'autre, Charles-Quint avait imposé à Gand son autorité et par ailleurs, il réclamait des sommes considérables. Au passage, je te rappelle que Charles est né à Gand en 1500, ce qui explique cette histoire de mère et de fils dans la chanson. Donc, Gand, déjà saignée par les précédents souverains, refuse de payer le tribut et entre en révolte, ou l'inverse. On est en 1538. Le temps pour Charles-Quint, empereur de son état, de terminer d’autres guerres, de rassembler ses armées, d'obtenir le passage par terre à travers les Pyrénées et la France – François Ier le lui accorde en 1539 – et voilà, trois mois plus tard – fin janvier 1540 ou début février, Charles-Quint aux portes de Gand dont les bourgeois n'avaient pas voulu préparer la défense en faisant appel aux milices, c'est-à-dire aux métiers… Résultat, l'Empereur entre en ville et c'est la saignée – dans tous les sens possibles : morts, pillages, destructions, impôts. La libre Gand est désarmée, ses fortifications détruites et elle est réduite au rang de ville sous tutelle.


Bien merci, Marco Valdo M.I. mon ami, mais je t'en prie arrête-toi là dans tes explications. Ce que je voudrais dire, de mon côté, et sans doute tu pourras me le confirmer (ou me démentir), c'est qu'il me semble que tu ne racontes pas ici toutes les histoires que la légende attribue à Till et pas toutes celles que raconte Charles De Coster.


Pour cela, Lucien l'âne mon ami, tu as parfaitement raison. Cependant, je te ferai remarquer que je n'entends pas raconter la légende de Thyl Ulenspiegel, mais bien l'histoire de Till le Gueux ; ce qui, tu en conviendras, n'est pas la même chose. Je ne retiens des aventures narrées par De Coster que celles qui intéressent Till en tant que personnage historique et en quelque sorte, politique. Comme cela a dû certainement t'apparaître jusqu'ici. Till est en fait la figure emblématique des pauvres et l'autre, Philippe II, celle des riches. Ceci replace cette saga dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour les mieux asservir, pour étendre leurs privilèges, pour multiplier leurs richesses, pour assurer leur domination…


Ah, je me disais bien qu'il devait y avoir une explication à cette façon de voir et de raconter l'histoire de Till le Gueux.


Cela dit, Lucien l'âne mon ami, Charles De Coster a procédé de la même manière. En fait, pour pouvoir développer son Thyl Ulenspiegel et lui donner son rôle et sa stature de « héros », et d'en faire un roman d'une certaine taille, se référant à une longue tradition, qui de L'Âne d'Or passe par Don Quichotte, il s'est appuyé sur un roman du XVIième siècle allemand (Ein kurtzweilig Lesen von Dyl Ulenspiegel, geboren uß dem Land zu Brunßwick, wie er sein leben volbracht hat... (Un ouvrage amusant sur Till l'Espiègle, né dans le pays de Brunswick, comment il a mené sa viequi se composait d'anecdotes populaires, telles qu'on pouvait s'en raconter dans les foires, les marchés, sur les routes, dans les tavernes, les auberges, les villages et les villes de ce temps. Ce sont ces anecdotes qui se sont répandues dans toute une assez vaste région (Rhin, Meuse, Escaut). De Coster y a ajouté certains épisodes plus « politiques » qui ont donné à son Thyl toute sa puissance et ce sont ceux que je reprends. Un dernier mot rapidement pour noter une certaine parenté entre Till le Gueux et l'Arlequin amoureux, tous deux « sujets » de l'Empereur, tous deux errant au travers de l'Europe d'alors.


On peut y ajouter Chveik le soldat et aussi, Oscar Matzerath, le héros du Tambour de Günter Grass. Enfin, concluons et reprenons notre tâche et tissons à nouveau le linceul de ce vieux monde plein de souverains, de répression, d'exactions, de ruines et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Déjà ruinée, exsangue et révoltée
Gand, la dame, refusa de verser
À l'Empereur son fils, le tribut demandé.
Charles dit : elle sera rudement châtiée.

La bastonnade d'un fils est plus dure
Au dos de sa mère
Que la sanglante blessure
Faite par une main étrangère.

Bon prince, François au Long-Nez
Laissa passer Charles et ses armées.
Entre souverains, il faut bien s'entraider.
Ainsi, l'Empereur franchit les Pyrénées.

Enfin, Charles-Quint vînt au travers de la France.
Avec quatre mille chevaux et dix fois plus de fantassins.
Il entra dans Gand, la bourgeoise, presque sans résistance.
Il lui infligea le plus terrible chagrin.

Ses sbires s'en furent partout en ville
On vit des postes militaires et des rondes peu civiles.
Alors seulement, Charles prononça la sentence.
Le peuple de la cité était puni pour désobéissance.

Il fit raser toutes les défenses :
Les murs, les tours, les portes.
Il abolit toutes les libertés.
Pour enrichir l'Espagne, tout fut confisqué.

Prise par la ruse et punie par les armes,
Gand ne parla plus et ne put plus se défendre.
Roelandt, la grande cloche, vit pendre
À son battant, celui qui avait donné l'alarme.

mercredi 30 septembre 2015

La Guenon Hérétique


La Guenon Hérétique


Chanson française – La Guenon Hérétique – Marco Valdo M.I. – 2015


Ulenspiegel le Gueux – 3

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).


L'an 1575, la ville nommée Oudewater fut le huitième jour d'août prise par force des Espagnols et tous les habitants d'icelle mis à mort sans distinction de sexe et d'âge.


Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, quel beau titre que cette Guenon hérétique…

Malheureusement, Lucien l'âne mon ami, cette pauvre guenon hérétique va connaître le sort qui attend généralement les hérétiques ; elle finira en martyr.

Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, que voilà une bien triste chanson.

Triste et effrayante, elle l'est et plus encore qu'il n'y paraît. En deux phrases d'abord, un aperçu de l’histoire qu'elle raconte. Charles-Quint rentre de la guerre en Espagne et de retour en son palais de Valladolid, fait appeler son fils Philippe, lequel ne se manifeste pas. Il lui faut l'aller chercher où ce prince et futur roi d'Espagne se terre. Ou – son père et l'archevêque, qui lui sert de tuteur, le découvrent dans un coin sombre perdu au fond du palais. Dans la pièce, liée à un piquet, la guenon hérétique achève de se consumer.

Mais c'est vraiment épouvantable, cette histoire, dit Lucien l'âne en raclant le sol d'un noir sabot. Comment peut-on s'en prendre pareillement à une petite bête, sans défense. C'est un sadique, ce Philippe.

Un sadique et un futur roi catholique qui, quand il régnera, se livrera aux pires exactions afin d'éteindre les velléités d'indépendance et aussi, l'esprit de liberté de conscience qui enflammait les provinces du Nord. De cela, on en saura plus bientôt, car c'est précisément le sujet du roman de Charles De Coster. On est en plein dans les guerres de religion et l'Espagne, où est née l'Inquisition, sera à la pointe dans la répression et la Contre-Réforme. Elle le sera encore quatre siècles plus tard…Et de ce côté-ci de l'Europe, on s'en souvient encore…

Et on a bien raison, dit Lucien l'âne et foi d'âne, il importe de se garder tous les fanatismes. « Fanatiques de tous les pays, calmez-vous ! », telle est notre antienne. Alors, vive la chanson et à bas ce vieux monde religieux, inconscient, incendiaire et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



L’empereur Charles de guerre s'en revînt,
En son palais d'Espagne, un beau matin.
Mande son fils saluer son père.
Philippe refuse, il n'aime que livres et prières,

Se tenir seul dans le noir
Toujours rodant dans les couloirs.
Longtemps, avec l’archevêque, son père le chercha
Dans un réduit des plus sombre, il le trouva.

Un local de terre battue qu'éclaire une lueur pâle.
Un pieu en son milieu s'orne
D'une guenon petite et mignonne,
Cadeau d'un roi des Indes occidentales.

Sa bouche béante criait la mort
Et sa face terrifiait plus que son corps.
L'odeur des poils brûlés sentait l'enfer.
La guenon avait tant souffert.

L'infant Philippe tapi dans le fond
De noir vêtu suçait un citron,
Songeant qu'un jour, bon prince catholique,
Il fera par milliers rôtir les hérétiques.


vendredi 25 septembre 2015

Till et Philippe


Till et Philippe


Chanson française – Till et Philippe – Marco Valdo M.I. – 2015


Ulenspiegel le Gueux – 2

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).


« Ik ben ulen spiegel »

« Je suis votre miroir »



Évidemment… Évidemment, Lucien l'âne mon ami, je n'ai pas pu – pour une fois – résister à mon goût caché (généralement) de me plonger dans un dictionnaire afin de vérifier certain mot qui m'est venu à l'esprit, la bouche, à la plume, à la pointe ou au bout des doigts, selon que je le pense, le parle, l'écrive (au stylo ou au crayon) ou le tape au clavier. À la suite de cette exploration savante, je ne résisterai pas à l'envie d'expliquer (une fois n'est pas coutume) un vers, mais un seul, de cette canzone. Même si elle mériterait bien elle aussi qu'on s'y attarde. Notamment dans ce parallèle entre le futur Gueux et le futur roi d'Espagne. Mais de cela, il en sera question tout au long de cette légende de Till le Gueux, car c'en est le principe moteur, comme le Ying et le Yang pour certaine philosophie chinoise, comme le blanc et le noir en photographie, comme le oui et le non dans les questionnaires ou le zéro et le un en informatique… Principe binaire définissant ici les deux pôles de ce moment de la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] que fut la Guerre des Gueux, où l'on tortura, brûla, assassina, massacra, éventra à qui mieux mieux les pauvres gens de par ici.


Ne m'embrouille pas encore une fois et dis-moi quel est donc ce vers si mystérieux…


Mystérieux, je ne dis pas. Je dirais plutôt mystifiant ou mystificateur. D'ailleurs, le voici ; s'agissant de Till, il dit :
« Il se gausse, c'est un zwanzeur. »
Ce que je m'empresse de traduire en français standard contemporain – au passage, remarque qu'une langue qui perd ses mots ou l'usage de ses mots entre en déliquescence. Comme tu le vois, mon propos est tout à l'inverse (alla rovescio). Donc, je traduis le français en français : « Il se moque, c'est un blagueur » ou « Il raconte des craques, c'est un fouteur de gens » ou « Il dit des conneries, il se fout du monde »… On pourrait en ajouter bien des autres. Mais il s'agit de Till et de rendre hommage à Charles De Coster, son très mortel auteur – tous deux zwanzeurs émérites. Car, et il convient que cela se sache, De Coster avait formulé le projet et avait finalement tenu la gageure d’introduire dans ce roman baroque, dans cette épopée burlesque (mais pas seulement), tous les néologismes et les mots qui lui passaient par la tête (et il y en avait beaucoup), y compris ceux que de savantes têtes dénonçaient comme vocables patoisants, localement usités, mais à déconseiller fortement. C'est le cas du « zwanzeur », qui selon le Dictionnaire vivant de la langue française (http://dvlf.uchicago.edu/mot/zwanze) et surtout, le Centre national de ressources Textuelles et Lexicales (http://www.cnrtl.fr/definition/zwanze ), remonterait au néerlandais « zwans : queue; membre viril », etc (se reporter à la notice du Centre National de ressources textuelles...). Mais ce n'est pas tout. Il me faut avouer également que j'ai trouvé fort plaisante la conjonction de ce zwanzeur avec « gausse », car (toujours selon la notice), ce serait André GOOSSE qui aurait fait connaître zwanze, zwanzer et zwanzeur aux érudits du français.


Ce petit intermède terminé, nous diras-tu ce qu'il y a dans la chanson ?


Mais je l'ai déjà dit… Il s'agit tout simplement de la présentation des deux héros de l'histoire, car comme dans toute bonne pièce, nouvelle, légende, épopée, saga ou dans n'importe quel (bon) roman, il convient de présenter les personnages. J'ajouterai cependant et c'est mon dernier vers (pour ce soir), qu'il y a là une explication – mais directement donnée par De Coster – de l'étrange surnom de Till et sa signification. Car il veut dire quelque chose cet Ulenspiegel… et on trouve cela dans la canzone, au dernier vers.


Et bien, allons voir ce dernier vers, découvrir ces protagonistes et leur contraste et puis, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde binaire, divisé, empli d'assassins, de dévots sadiques et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Le fils du charbonnier Claes croissait en malice ;
Pluie, neige ou soleil tapant, il dansait.
Le rejeton impérial dolent traînait sa peau lisse
Dans les longs corridors noirs du palais.

Dans la chaleur de l'été triomphant,
Philippe étendait son corps frissonnant.
Mal au ventre, à la tête, aux mollets,
Loin des jeux de son âge le tenaient.

Mon homme, où est notre Till, maintenant ?
Till a quitté la maison depuis trois jours.
Avec les chiens vagabonds, il court.
Femme, notre enfant n'a que neuf ans.

Charles dit : Mon fils, il te faut rire et t'amuser.
Je n'aime point jouer, dit Philippe.
Charles dit : Mon fils, il te faut courir et sauter.
Je n'aime point bouger, dit Philippe.

Till éclaire les tristes mines de ses sauteries ;
Il enchante la compagnie de ses gamineries ;
Il fait des niches, c'est un amuseur ;
Il se gausse, c'est un zwanzeur.

Inerte, sec, revêche, sans émotion,
Philippe, fils de Carolus Quintus
Confit en dévotions.
Philippe se signe à l'Angélus.

À la belle, Till prend deux baisers ; au moine, deux patards.
Au clerc enflé, au soudard étonné, au vieillard encorné,
Pour un peu de cuivre, Till dit leurs quatre vérités.

Puis, il dit : « Ik ben ulen spiegel » – « Je suis votre miroir ».