mardi 19 mai 2015

NOUS NE SOMMES PAS TOUS DES HÉROS

NOUS NE SOMMES PAS TOUS DES HÉROS


Version française – NOUS NE SOMMES PAS TOUS DES HÉROS – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Non siamo tutti eroiPiero Ciampi1962




Ainsi chantaient les héros
Parmi les vols de vautours





« Ce que vous êtes nous avons été,
Ce que nous sommes vous serez,
Si vous y arrivez. »

Ainsi chantaient les héros
Parmi les vols de vautours
Et des arcs-en-ciel rouges
Paraissant des cimeterres.
Un berger placide qui passait par là
Abandonna ses chèvres pour se joindre aux héros.

Et si vous passez par là, vous pourrez encore voir
Ce pauvre berger qui cherche ses chèvres
Et dit à son mâtin et à chaque pèlerin :
« Dans cette vie, nous
Nous ne sommes pas tous des héros. »


samedi 16 mai 2015

La Pécheresse aux jolis doigts


La Pécheresse aux jolis doigts

Chanson française – La Pécheresse aux jolis doigts – Marco Valdo M.I. – 2015

ARLEQUIN AMOUREUX – 7

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.



Cette Maria de Magdala,
Santa Maria Maddalena,
Cette pécheresse aux jolis doigts,
C'est toi, Arlecchina !


Je pense avoir déjà dit que notre déserteur, notre Arlequin amoureux n'avait que de brèves rencontres avec son Arlecchina, laquelle suit son théâtre ambulant. Il ne la voit que très rarement et entretemps, il y rêve. Mais pour donner un peu de consistance à ces égarements songeurs, il s'est procuré une image, un portrait de sa belle. Ce portrait est une pièce de toile peinte qu'il a découpée d'un tableau qui portraiture une femme dont Arlecchino dit qu'elle est la représentation exacte de son amoureuse, Mademoiselle La Tournesse.


C'est bien possible…, dit Lucien l'âne un peu interloqué.


Bien sûr, mais il se trouve que ce n'est pas n'importe quel portrait de femme. Il s'agit d'une Marie de Magdala, d'une Marie Madeleine – celle qui exerça le métier de femme qu'on appelle « le plus vieux métier du monde », autrement dit le mariage multiple et tarifé, Marie Madeleine qui, selon « L'Évangile selon Jésus-Christ » (O Evangelho Segundo Jesus Cristo) que transcrivit José Saramago, séduisit Jésus Christ, lequel l'épousa et lui fit beaucoup d'enfants et de ce fait, ne s'en fut pas mourir sur le Golghota. Quant au tableau, il s'agit d'une copie d'un panneau de bois peint par le Perugino, dont je te rappelle qu'il fut un des maîtres de Raphaël ; panneau qui, à présent, se trouve à Florence dans la Galerie Palatine. Cette toile découpée, il l'emporte dans toute sa longue fuite, roulée au fond de son sac, la sortant et la dépliant avec précaution, il contemple ce visage craquelé comme un amoureux regarderait la photo de sa bien-aimée. Dans ces moments-là, il entretient avec elle un étrange commerce ; il mène de longues conversations ; il brise sa solitude et trouve auprès d'elle la force de poursuivre son chemin.C'est son talisman et l'incarnation de sa liberté. Elle lui tient chaud au cœur et il en a bien besoin, lui, l'éternel persécuté.


Sais-tu quoi, Marco Valdo M.I. mon ami ? Cette Arlecchina, La Tournesse ou tout autre nom dont on pourrait l'affubler, elle me fait penser à la Dulcinée du Toboso, la toujours lointaine et fantasmagorique compagne et inspiratrice de Don Quichotte, alias Alonso Quichano 


Et à moi, Lucien l'âne mon ami, elle me fait songer à cette jeune personne pour qui, selon la légende colportée depuis des siècles, tu cherches depuis si longtemps des roses. En réalité, comme toujours dans un univers romanesque ou poétique, et parfois même dans la vie de tous les jours, les événements, les choses, les personnages ont plusieurs rôles à la fois. Ainsi, il me paraît que La Tournesse, actrice de son état, par une sorte de transmutation s'inscrit dans le portrait de Maria Maddalena, et par une autre pirouette, se révèle n'être autre que la liberté que suit comme son ombre, notre déserteur.


N'épiloguons pas plus loin, Marco Valdo M.I. mon ami, et reprenons notre tâche cent fois, mille fois recommencée, et tissons le linceul de ce vieux monde persécuteur, effrayant, impitoyable et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Cette pièce de toile roulée
Au fond de la boîte à chaussures,
Cette peinture craquelée
D'une femme en petite fourrure,

Cette Maria de Magdala,
Santa Maria Maddalena,
Cette pécheresse aux jolis doigts,
C'est toi, Arlecchina !


Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.


Une copie certes tardive d'un tableau
Du maître de Raphaël, dit Perugino
Copie volée, sans valeur
Longtemps dans le sac du déserteur.

Mêmes traits, même figure ;
Joli menton, belle chevelure ;
Tes joues, tes yeux, tes paupières,
Tes lèvres à la saveur amère.


Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.


N'est-ce pas toi, le déserteur Matýsek,
Qui l'emmena dans ton bagage,
Tout au long de ton long voyage
Dans ton sac, bien au sec ?

Regarde-la, cette Madeleine
Que partout je promène,
C'est notre amour, Arlecchina.
Je ne pourrais me passer de toi.


Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

jeudi 14 mai 2015

QUARANTE SOLDATS, QUARANTE SOEURS

    QUARANTE SOLDATS, 

QUARANTE SOEURS


Version française – QUARANTE SOLDATS, QUARANTE SOEURS – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Quaranta soldati, quaranta sorelle – Piero Ciampi – 1971
Texte : Piero Ciampi
Musique : Gianni Marchetti

Sur la clairière en effet gisent
Quarante fusils 


Dans la clairière, quarante sœurs
Calmes prenaient leur quatre-heures
Leurs voiles candides se levaient au vent
Avec l'herbe heureuse du jeu plaisantant.

Un peu plus loin, quarante soldats
Nettoyaient absorbés leurs fusils
Tendaient le bras d'un geste précis
Serrant sur leur arme les doigts.

Un chasseur en plein délire
Tire un coup de feu et les fait fuir
Changeant le destin de quatre-vingts cœurs :
Quarante soldats quarante sœurs.

Sur la clairière en effet gisent
Quarante fusils et quelques cerises
Quarante soldats quarante sœurs
Fuirent ensemble chercher le bonheur. 

mardi 12 mai 2015

CSÁRDÁS DE BIRKENAU

CSÁRDÁS DE BIRKENAU

Version française - CSÁRDÁS DE BIRKENAU – Marco Valdo M.I. – 2015
d'après la version italienne de Bernart Bartleby
d'une chanson polonaise – Czardasz BirkenauAleksander Kulisiewicz – 1979
Paroles de Roman Friedlein, un jeune Polonais – 1944
Sur une mélodie du compositeur hongrois Ferenc Lehar (1870-1948).



Les pieds dansent, dansent






Dans son livre « Auschwitz » (traduit en Anglais sous le titre « Auschwitz : True Tales From a Grotesque Land) l'auteure Sara Nomberg-Przytyk, une survivante, raconte que Roman Friedlein était un étudiant de Cracovie interné à Auschwitz II-Birkenau et qu'il écrivit ce poème en regardant une gamine gitane qui dansait une « csárdás » hongroise pour obtenir quelque chose à manger des gardes du camp. Roman Friedlein était à l'époque déjà gravement malade de tuberculose et peu avant de mourir, il lui advînt aussi d'assister à l'élimination des Gitans dans les chambres à gaz, sa Marika avec tous les autres…

Les Gitans, qui à Birkenau étaient concentrés dans une section qui leur était spécialement destinée, furent liquidés tous ensemble au début août 1944, après qu'une première tentative en mai avait échoué en raison de la résistance désespérée des victimes qui, armées d'objets contondants, avaient réussi à tenir tête momentanément aux SS… Alors les nazis transférèrent un millier d'entre eux, surtout les jeunes hommes, à Buchenwald et la nuit du 2 août 1944, ils éliminèrent en masse les 3.000 restant : vieux, femmes et enfants. Ainsi, tout à coup, Birkenau tomba dans silence : il n'y avait plus les Gitans qui chantaient et dansaient…




Je n'ai personne
J'ai craché du sang sur ma paillasse dégoûtante.
Tes beaux pieds dansent une
csárdás.

Dis-moi,
mon Dieu , pourquoi je crève ici ?
Je te maudis, Birkenau dégoûtant
e
Les pieds dansent, dansent
La mort me berce vers le sommeil
Viendras-tu dans le feu avec moi, Marika ?

dimanche 10 mai 2015

LE TRAVAIL

LE TRAVAIL

Version française – LE TRAVAIL – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Il lavoro – Piero Ciampi1971





Je t'emmène nager,
Je te fais voir l'écume blanche de la mer...






[...] La très dure rencontre de Ciampi avec le monde social (voir la chanson Il Lavoro) est à l'enseigne du silence et de l'incompréhensible : ils ne lui ont pas donné de travail, mais surtout « ils ne lui ont rien dit » ; il ne sait pas, il ne comprend pas, il fait comme si de rien n'était, il ne s'est rien passé, faisons l'amour, allons voir l'écume blanche de la mer. Combien de précarité dans ce trou inhumain où son ombre doit chercher du travail. Pour un instant, l'abandon sentimental le tire par la manche, mais l'ombre s'est maintenant installée comme un poids.
Enrico De Angelis,
Tutta l'opera (di Piero Ciampi), ARCANAEditrice, 1992, p. 15.



Le travail ? Je ne sais pas encore.
Ils m'ont pris ? Ils ne m'ont rien dit .
Et alors ? Je t'ai dit, je ne sais rien.
Et alors ? Alors, je ne sais pas,
Je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas,
Je ne sais pas, je ne sais pas.

Je t'ai apporté quelque chose qui te plaira,
Voilà le journal et un paquet de cigarettes
Et derrière moi, il y a une surprise,
Un hôte, un nouveau locataire :
C'est mon ombre qui demande asile
Car malheureusement cette fois encore
Je dois te dire que ça s'est mal passé.

Mais il ne s'est rien passé, il ne s'est rien passé,
Fais comme si de rien n'était, il ne s'est rien passé,
Allume une cigarette, ferme la fenêtre
Et déshabille-toi…
Je t'emmène nager,
Je te fais voir l'écume blanche de la mer,
Pas un son, toi et moi seuls,
Toi et moi seuls, toi et moi seuls.
Te rappelles-tu ce matin ? Quand je suis venu te chercher
Pour aller nous marier et quand nous sommes entrés
Dans ce bureau… tu m'as dit « mais où m'as -tu amenée ?  »,
Je t'ai dit « ah… Je t'ai amenée ici pour t'épouser »
Et toi tu riais, ensuite peu à peu, tu es devenue sérieuse et ensuite,
Tu pleurais et je riais… te rappelles-tu ce matin ?
Il était comme celui-ci, je t'aime comme alors.

Faisons l'amour, faisons l'amour,
Faisons l'amour, faisons l'amour,
Faisons l'amour…
Ne pas parler, ne pas demander d'explications,
Ne pas me créer de complications,
Rien n'est changé, je m'en occuperai,
Demain, c'est dimanche et je t'emmène nager
Jusqu'à minuit.

Le travail ? Je ne sais pas encore.
Ils m'ont pris ? Ils ne m'ont rien dit .
Et alors ? Je t'ai dit, je ne sais rien.
Et alors ? Alors, je ne sais pas,
Je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas,
Je ne sais pas, je ne sais pas.

samedi 9 mai 2015

CHANSON DE LA GUERRE

CHANSON DE LA GUERRE



Version française – CHANSON DE LA GUERRE – Marco Valdo M.I. – 2015
d'après la version italienne de Riccardo Venturi d'une
Chanson allemande – Kriegslied - Linard Bardill - 1991

Poème de Matthias Claudius [1778]
Musi
que de Linard Bardill


C'est la guerre hélas - et je désire
Ne pas en être responsable !






C'est la guerre ! C'est la guerre ! Ô ange de dieu, défends-moi,
Et parle, toi !
C'est la guerre hélas - et je désire
Ne pas en être responsable !

Que ferais-je
, quand dans mon sommeil triste
Sanglant, blême et pâle,
Les esprits des victimes viendront à moi,
Et pleureront devant moi ?

Quand
hommes braves qui cherchaient l'honneur,
Mutilés et à demi-morts
Rouleront dans la poussière devant moi, et me fuiront
Dans leur danse de mort ?

Quand par milliers épouses, mères, pères,
Si heureux avant la guerre,
Maintenant tous malheureux, tous pauvres gens,
Viendront à moi se lamentant ?

Quand la faim, l'épidémie maléfique et leur malheur
Ami, ami et ennemi dans la tombe
Se rassembleront, et chanteront en l'honneur
D'un cadavre ?

Que ferais-je de la couronne, du pays, de l'or et de l’honneur ?
Ils ne me pourront pas réjouir !
C'est hélas la guerre - et je désire
Ne pas en être responsable !