lundi 16 mars 2015

POUR LA NATIONAL DEPOSIT BANK

POUR LA NATIONAL DEPOSIT BANK

Version française – POUR LA NATIONAL DEPOSIT BANK – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson allemande – Gründungssong der National Deposit Bank – Bertolt Brecht – 1931
Texte de Bertolt Brecht
Musi
que de Kurt Weill




N'est-ce pas, fonder une banque,
Chacun doit trouver ça épatant.




Une chanson insérée ex novo par Brecht dans le scénario de « Die Dreigroschenoper » (L'Opéra de Quatre Sous), prévue pour la transposition cinématographique de Georg Wilhelm Pabst. Cependant, elle ne paraît pas dans le film car Pabst décida d'utiliser seulement les parties musicales de l’œuvre originale.


N'est-ce pas, fonder une banque,
Chacun doit trouver ça épatant.
Si on ne peut pas hériter de son argent,
On doit l'acquérir d'une autre manière.

De plus, des actions, c'est mieux
Que le revolver ou le poignard.
Mais il y a quelque chose d'ennuyeux :
On a besoin du capital de départ.

Si l'argent manque toutefois
Où le prendre, si on ne vole pas ?
Ah, nous ne nous demandons pas
D'où l'ont tiré les autres banques.
Il est venu de quelque part, cet argent
Elles l'ont pris aux gens.


dimanche 15 mars 2015

LA JOURNÉE DU SOLDAT

LA JOURNÉE DU SOLDAT

Version française – LA JOURNÉE DU SOLDAT – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – La giornata del soldato – anonimo – 1915-18


On forme les pelotons, hop là !
Garde à vous, tête droite, fixes,





Au matin de bonne heure, hop là !
On entend la diane, hop là !
Elle sonne le réveil, on se lève au clairon.
On se vêt, on se lave, hop là !
On se prépare pour l'instruction.

Après trois-quarts d'heure, hop là !
On entend le rassemblement, hop là !
On sort de la chambrette,
Sac au dos, fusil à la main, hop là !
La gourde et la musette.

Quand en bas dans la cour, hop là !
Commence l'instruction, hop là !
On forme les pelotons, hop là !
Garde à vous, tête droite, fixes,
Grand silence obligatoire !

Comment est le rata, hop là !
Riz et patates crues, hop là !
Potage à la verdure réchauffé
Et dessus, chers heureux appelés,
Les mouches et les araignées que nous devons manger.

Puis à cinq heures tapant, hop là !
J'entends sonner le clairon, hop là !
On s'élance tous, hop là !
Et sans un sou, sans tabac
Par la ville, on s'en va.

Et à neuf heures pile, hop là !
J'entends sonner le couvre-feu, hop là !
Le sergent fait son inspection :
« Silence, bande de troufions,
Sinon, je vous fous en prison ! »
Une demie heure passe, hop là !
Il pleut comme vache qui pisse, hop là !
On plante là le lit de camp, hop là !
Les chaussures à la main, on saute la barrière ;
On va retrouver sa bergère.

À minuit pile-poil, hop là !
On rentre dans les chambrées, hop là !
Le lieutenant fait une inspection :
« Où avez-vous été, bande de troufions ?
Trente jours sans permission ! »


samedi 14 mars 2015

La Poésie Fout Le Camp Villon !

La Poésie Fout Le Camp Villon !

Chanson française – La Poésie Fout Le Camp Villon ! – Léo Ferré – 1958
Interprétations :




La poésie fout le camp François !
Emmène-moi, emmène-moi !
Nous irons boire à Montfaucon





Voici, Lucien l'âne mon ami, une chanson française dont j'ai été stupéfait de ne pas la trouver dans ce site des Chansons contre la Guerre qui comporte bien des chansons de Léo, mais aussi une très belle chanson de Wolf Biermann : Ballade auf den Dichter François Villon de quelques années postérieure à celle de Ferré et bien entendu, la Ballade des pendus [Épitaphe Villon], par Serge Reggiani .


Il me semble que tu es bien modeste ou discret ou timide, que sais-je ? Car, à mon sens, tu devrais ajouter ta Ballade des Pauvres  , directement parodiée de celle des Pendus de Villon. Mais quelle est donc cette chanson de Ferré dont tu nous parle ?, dit Lucien l'âne en relevant le front et jetant sa crinière en arrière, comme on rejette une mèche de cheveux pour dégager le front.


Et bien, c'est tout simplement la chanson que Léo Ferré avait intitulée : « La poésie fout le camp Villon ! ». Elle est d'un caractère abrupt et à y bien regarder, puissamment révoltée. La même révolte que le petit père François. Ce n'est pas une chanson révolutionnaire, que nenni… Elle va bien au-delà, car même après les révolutions, il y a toujours des juges et tout le tralala. Il n'y a qu'à demander à Wolf Biermann.


Alors, Marco Valdo M.I., mon ami, écoutons cette canzone de Léo Ferré et comme il le fit tout au long de la longue scène, tissons le linceul de ce vieux monde qui tenta de pendre Villon, qui toujours méprisa les poètes vagabonds, sauf après leur mort, brutal, assis et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.




Tu te balances compagnon
Comme une tringle dans le vent
Et le maroufle que l'on pend
Se fout pas mal de tes chansons.
Tu peux toujours t'emmitoufler
Pour la saison chez Gallimard,
Tu sais qu'avec ou sans guitare
On finit toujours sur les quais.

La poésie fout le camp Villon!
Y'a que du néant sous du néon,
Mais tes chansons même en argot
Ont quelques siècles sur le dos.

Si je parle d'une ballade
À faire avec mon vieux hibou,
On me demandera jusqu'où
Je pense aller en promenade.
On ne sait pas dans mon quartier
Qu'une ballade en vers français,
Ça se fait sur deux sous de papier
Et sans forcément promener.

La poésie fout le camp Villon!
Y'a que des bêtas sous du béton,
Mais tes chansons même en argot
Ont quelques siècles sur le dos.

En mil neuf cent cinquante et plus,
De tes juges, on a les petits.
Ça tient de famille à ce que l'on dit,
Ça se fout une robe et t'es pendu.
Tu vois rien n'a tellement changé
À part le fait que tu n'es plus
Pour rimer les coups de pieds au cul
Que nous ne savons plus donner.

La poésie fout le camp Villon!
Y'a que du néant sous du néon,
Mais tes chansons même en argot
Ont quelques siècles sur le dos.

Emmène-moi dedans ta nuit
Qu'est pas frangine avec la loi.
"J'ordonne qu'après mon trépas",
"Ce qui est écrit soit écrit".
Y'a des corbeaux qui traînent ici,
Peut-être qu'ils n'ont plus de pain
Et je n'attendrai pas demain
Pour qu'ils aient un peu de ma vie.

La poésie fout le camp François !
Emmène-moi, emmène-moi !
Nous irons boire à Montfaucon
À la santé de la chanson.

vendredi 13 mars 2015

DES JEUNES COMME TOI

DES JEUNES COMME TOI


Version française – DES JEUNES COMME TOI – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Giovani come te – Rocco Scotellaro – 1954




Ils sont là avec les moissonneurs,
Endormis aux monuments,
Qui attendent la main du patron
Sur leur épaule.






Ah, Lucien l'âne mon ami, voici encore une canzone (comme disait Pétrarque, tu sais bien l'auteur d'un célèbre Canzoniere et qui se prénommait lui aussi, Francesco, lequel est un jeune homme qui nous amuse bien) de notre poète lucanien Rocco Scotellaro, dont je ne crois pas devoir faire la présentation et encore moins, justifier d'icelle. Pour cela, je te renvoie à Mio Padre, dont j'avais récemment présenté une version française. J'espère que tu t'en souviens.


Évidemment, c'était une canzone bouleversante. Mais, je t'en prie, continue… Parle-moi de celle-ci.


Comme tu peux le voir d'après le titre, .celle-ci décrit, raconte , dirais-je plus exactement, les jeunes de son temps et de son lieu. Et tous coptes faits, ces jeunes de ce lieu et de ce temps-là, en ce compris Rocco lui-même qui les interpelle, ne sont pas tellement différents des jeunes de cet autre temps, qu'est le temps d'aujourd'hui. Même désœuvrement, même déambulation, même errance, même désespérance. Même sentiment de révolte, même exigence de reconnaissance sociale, même orgueil au bord du vide de la vie. Mêmes rêves, peut-être, on ne sait rien des rêves qui ne sont pas dits : la vie dans un sourire, la lune dans le puits. Et puis, un jour, même résignation. Même disponibilité au pire comme au meilleur, à ce qui viendra et sur lequel, dans les faits, on n'a pas de prise.


Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, je me souviens très bien de cette lune dans le puits où le Lapin fit miroiter au renard mille poissons d'argent, lune que le loup prit pour un fromage, ainsi qu'il est conté dans le Roman de Renart (il y a presque mille ans), ou que l'amoureux breton prit pour le visage d'une jeune femme, ou tout simplement aussi, n'est-ce pas Narcisse…


Et Goupil le Renart de conclure en latin (de cuisine, cela va de soi) :
« Ecce, amice, caseum quam magnum et bonum ; descende ergo et ipsum affer ». Je sais que tu te souviens très bien de ton latin, même s'il n'est plus tant pratiqué, mais il se pourrait que certains de nos auditeurs lecteurs ne le maîtrisent pas avec la même maestria ; ainsi ne te vexe pas si je traduis cette petite phrase :
« Voici, ami, du fromage si grand et bon ; descend donc et prends-le ». Depuis ce temps, l'affaire (qui, à mon sens, venait de bien avant encore) fut reprise et adaptée mille fois ou plus encore. Je pense que voici la canzone suffisamment introduite et je trouve le texte suffisamment explicite et puis, j'aurais quelque embarras à déflorer la poésie de Rocco Scotellaro.


Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, tu as raison. Il ne faut pas mâcher trop les belles histoires, car elles finissent par en perdre tout leur sel.


Lucien l'âne mon ami, tu as parfaitement compris. Raconter ce que dit la canzone ne sert à rien, puisque la chanson est là pour le dire. Quant à l'expliquer, la manœuvre est délicate : sans compter que cela peut laisser supposer qu'on détient la vérité de la chanson, cela reviendrait en quelque sorte à exposer à l'amoureux putatif (ici , l'auditeur lecteur) dans un langage plat et détaillé les charmes intimes de la belle (ici, la chanson), dans une description que je qualifierais pudiquement de gynécologique. Comme disait Léo Ferré : « La poésie fout le camp Villon ! »


Lors donc, laissons la poésie dévoiler elle-même ses charmes et de notre côté, reprenons note tâche, avançons à notre pas et tissons le linceul de ce vieux monde empli de lunes dans des puits, d'étoiles dans des lacs, de galaxies dans les océans et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Combien tu en fixes dans les yeux
De ces arrogants de la rue, errants,
Jeunes comme toi.
Ils n'ont en poche
Que des mégots noirs
De cigarettes ramassées.
Ils ne savent que se pavaner
Devant les vitrines lumineuses,
Aux comptoirs des bars,
Dans les trams à la rapide course,
Sous la publicité,
Patronne des places.
Souvent, car le temps se tue,
Ils chantent une chanson quelconque,
Où ils se nomment égarés, où ils se disent
Amoureux des bas-fonds
Et se repayent de compréhension.
Une chanson pour couver un fol amour
Des filles bonbons
Qui sont un peu les étoiles toujours vivantes,
Qui sont l'espérance
D'une vie surprise dans un sourire.
Et comment, mais combien,
Ils voudraient la lune dans le puits,
Une route sûre
Qui ne se brise pas à tous les carrefours.
Quand ils accomplissent un geste, leur seul geste,
Ils sont là avec les moissonneurs,
Endormis aux monuments,
Qui attendent la main du patron
Sur leur épaule.
Ils sont avec les porteurs du port,
Contents de leur visage sale
Et leurs bras pendent
Dès que la charge est posée.
Ils se terrent parfois dans des salons
À faire des orgies de fumée et d'existentialisme
Ces jeunes, malades comme toi du rien :
Esprits prêts pour tous les appels,
Anges maudits,
Conscrits et vagabonds,
Compagnons des chiens errants.
Notre jeunesse
C'est le plus sale des drapeaux,
Le plus cru des tourments.
Alors, quand la terre échauffée
Met sur notre dos le tourment du feu
Dans les longs après-midis d'été,
Il est temps de nous inquiéter
De dire oui à l'Homme que nous serons
Et qui nous attend
Au coin de la rue
Avec la faux et le livre à la main !

mercredi 11 mars 2015

MON PÈRE

MON PÈRE



Version française – MON PÈRE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Mio Padre – Rocco Scotellaro – 1954



ROCCO SCOTELLARO
PAR
CARLO LEVI








Lucien l'âne mon ami, voici une chanson de Rocco Scotellaro, qui raconte son père.

Fort bien, Marco Valdo M.I. mon ami, mais dis-moi ce qu'une pareille chanson vient faire dans les Chansons contre la Guerre.

Tu as raison de poser la question, même si pour moi, la réponse est évidente, puisqu'il s'agit de Rocco Scotellaro. En fait, voici. Tu sais que Rocco Scotellaro est un homme du Sud, un homme au destin tragique et ce n'est pas négligeable, en l'occurrence, un militant politique socialiste qui avait pris – comme par exemple, Salvatore Carnevale, en Sicile – le parti des paysans pauvres de Lucanie. Notamment dans cette formidable tentative que fut la réforme agraire et l'occupation des terres : une confrontation entre les riches propriétaires fonciers et les les paysans, une lutte pour tenter de construire un avenir, bref, un de ces moments fameux de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin d'assurer leur domination, d'accroître leurs privilèges, de sauvegarder leurs propriétés, de perpétuer la millénaire exploitation des paysages, des terres et des hommes.


Voilà déjà, en effet, une bonne raison, dit Lucien l'âne en souriant jusqu'à ses oreilles, lesquelles flottent comme de jolies barques à voile des deux côtés de sa tête. Y en a-t-il d'autres ?


Certes et elles se trouvent dans la chanson elle-même. D'une part, il y a le fait que Rocco Scotellaro évoque la condition d'artisan de son père, condition généralement oubliée en nos temps post-industriels. On en était encore à mesurer le pied droit de l'homme pour lui faire ses chaussures. Puis, il y a dans cette canzone bien de la violence, des scènes de guerre sociale évoquées. Et la lutte de l'artisan pour se défendre de la pression de l'État, plus prompt à saigner les pauvres qu'à gêner les riches aux entournures.


Alors, en effet, voilà d'autres bonnes raisons de placer ici cette évocation du père… Un fameux lutteur, il me semble. Cordonnier, il taillait le cuir, le cousait et nous, nous tissons le linceul de ce vieux monde où rien n'a fondamentalement changé, ce vieux monde exploité, exploiteur, propriétaire et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Il mesurait le pied droit, mon père
Et vendait les chaussures faites à la main
Dans les foires pleines de poussière.
De son tranchet, il coupait la semelle
Comme on coupe le pain.
Un jour, il sortit les tripes
D'un fils de chien.
C'était une nuit à oublier
Et quand on lui demandait d'en parler ,
Il faisait les petits yeux à tout le monde.
Il faisait des reproches à mon frère
Car il ne savait pas écrire
Les réclamations pour les taxes.
Il avait toujours prêt dans ses manches
Un tranchet bien coupant
Pour le ventre de l'agent.
Il jeta la suspicion
Sur son camarade qui fut arrêté
Car un jour, désespéré,
Il envoya à l'administration sa collation
Et dessus, il était écrit sur un papier :
« Yeux de bœufs
Magnez-vous des deux ».
Il n'espéra plus alors, d'ailleurs.
Mon père, le cordonnier
Au rire fragile et sans rougeur
Répondait « Qu'il soit toujours loué »
À un monseigneur.
Et il se mit déjà fatigué –
De son grand manteau ressortaient ses yeux –
À regarder la place, sur le côté,
À l'écart des hommes qui discutaient entre eux.
Et il mourut – comme il voulait – vite, sans cri,
Sans faire la paix avec le monde.
Lorsqu'il pressentit l'attaque
Il chercha la main de maman dans le lit,
Il la broie ; elle comprend et s'écarte.
Il était étendu le visage difforme,
Le mot de révolte
Lui était resté dans la gorge.
Ensuite, ils dirent que c'était un brave homme,
Même l'agent, et ils en firent tout un vacarme.



vendredi 6 mars 2015

Le Danseur de Nikowikwanda


Le Danseur de Nikowikwanda


Chanson française – Le Danseur de Nikowikwanda – Marco Valdo M.I. – 2015
Tirée d'une nouvelle d'Oskar Panizza, intitulée « Une Histoire de Nègre », dans la traduction française de Jean Bréjoux, La Différence, Paris (1979)




Et tous les soirs, à l'Alcazar,
Les gens reluquent ce nègre noir.


Encore une chanson inquiétante, mais où cette fois, le protagoniste est un nègre.

Ça me rappelle la chanson de Caussimon, Monsieur William [[39498]]:

Oui, mais le nègre dans le noir
Lui a coupé le cou
En deux coups
De rasoir…


De fait, si le docteur, car c'est le même docteur qu'avec l'Indien, a pensé une seconde, une seconde seulement, à Caussimon, il a dû avoir peur, très peur.


Et il aurait eu raison, car à la fin de l'entretien, le nègre – une force de la nature, un géant – se jette sur lui et commence à l'étrangler. Le docteur ne devra la vie sauve qu'à l'intervention de deux infirmiers musclés, qui finiront par ligoter le forcené. Mais cette partie de l'histoire n'est pas dans la chanson.

C'est tout ce que tu as à dire de cette chanson ?, Marco Valdo M.I. mon ami.Et d'abord, juste par curiosité, car j'aime bien penser aux gens par leur nom, comment s'appelle ce nègre ?


D'abord, pour satisfaire ta curiosité à propos des noms des gens, ce nègre s'appelle Poppy. Cela est dit dans la chanson. Pour le reste, je vais te répondre plus longuement. Ainsi ici, après le drame de l'extermination des Indiens, voici celui de la négritude. Le même docteur, le même auteur de l'histoire d'origine : Oscar Panizza. Le drame de la négritude dont parleront si bien Jacques Roumain et sa chanson Sales Nègres (1945) [[48782]], qui est en somme une réplique de celle-ci, mais d'une ampleur collective ou Léopold Sédar Senghor, pour citer deux poètes noirs de langue française… Mais ici, c'est le drame de la négritude vu à l'intérieur de l'être et même, de l'intérieur de l'être. La destruction intime de l'homme (ou de la femme) noir(e) par la négritude ; en fait, par le mépris dans lequel les tient le « blanc », personnage auquel ne s'identifie pas du tout Oskar Panizza (et moi non plus, d'ailleurs). Panizza ne fut pas pour rien médecin et psychiatre, cela s'entend. Remarque au passage qu'il est quasiment l'exact contemporain de Freud et donc, comme psychiatre, il se trouve au moment où la psyché se place progressivement au centre des préoccupations des spécialistes de la santé mentale.


Hou là, Marco Valdo M.I. mon ami, tu en as dit assez. J'ai un peu peur que tu t'égares dans les méandres de l'histoire de la psychologie des profondeurs. Reviens à la chanson… Viens-en au fait !


Au fait justement, à l'époque, où il situe ces deux récits, c'est-à-dire après la guerre de 14-18, Panizza exerce sa profession de médecin dans le port de Hambourg. À ce moment, avec la reprise des relations entre les ex-belligérants, des troupes de spectacles exotiques arrivent à Hambourg venant d'Afrique ou d'Amérique, cornaquées par des entrepreneurs de spectacles, qui les exploitent en leur faisant faire le tour des villes d'Allemagne et d'Europe. L'usage de présenter des populations étranges et généralement, étrangères avait été lancé au siècle précédent par l'Étazunien Phineas Taylor Barnum avec sa troupe de Lilliputiens qu'il trimbalait partout dans le monde ou presque. À Hambourg, ces groupes arrivent par mer et souvent, ont le plus grand besoin d'une aide médicale. Oskar Panizza s'empare de cette clientèle en faisant un prix de gros au gérant de la troupe. Il soigne en masse. Et c'est ainsi qu'il voit débarquer chez lui toutes sortes de personnages exotiques. C'est aussi comme ça qu'il décèle les ravages de la domination des Blancs et qu'il les dénonce au travers de ces histoires. Ce que raconte Panizza s'est en fait fort probablement déroulé dans son cabinet médical. Et dès lors, le « Docteur » des chansons, c'est lui.
Quant à l'Alcazar, tu le trouveras dans Les Remparts de Varsovie, une chanson de Jacques Brel. 


Et bien alors, voyons cette chanson si bien inspirée et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde méprisant, abject, destructeur et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Docteur, hello, vous docteur ?
J'ai une très importante consultation,
Vraiment très importante communication.
Très importante, très agréable, docteur.

Docteur, vous avez bon cœur.
Je pense, je présume,
Vous n'allez pas me croire
Il faut me croire, bon docteur !

Je suis nègre, j'étais nègre.
Je ne suis plus nègre, plus du tout.
Ce nègre était noir, plus noir que beaucoup.
En fait, c'était un vrai noir nègre.

Non docteur, je ne suis pas malade,
Non, je n'ai pas besoin d'argent
Je suis danseur excentrique à Londres.
L'argent est sale et l'or est puant.

Je suis du Pays du Poivre sur la côte
Face à la Mer Rouge, tout là-bas,
Le meilleur danseur du village,
Du village de Nikowikwanda.

Je n'avais jamais regardé dans l'eau
Pour me voir en personne.
Le Grand Esprit interdit de regarder dans l'eau
Sa propre personne.

J'étais le meilleur de tous les danseurs
Mais je ne savais pas que j'étais noir.
En Europe, j'ai découvert mon malheur ;
À Liverpool, dans un miroir.

Dans la vitrine, devant moi, sur le trottoir,
J'ai vu un être effrayant, un monstre noir.
Et tous les soirs, à l'Alcazar,
Les gens reluquent ce nègre noir.

Deux mois, j'ai pensé même en dormant :
Poppy, bon nègre du Soudan, Poppy, tu dois devenir blanc.
Alors, alors, docteur, maintenant,
Docteur, donnez-moi un certificat de blanc.

Je suis du Pays du Poivre sur la côte
Face à la Mer Rouge, tout là-bas,
Le meilleur danseur du village,
Du village de Nikowikwanda.