jeudi 8 mai 2014

Les Volontaires

Les Volontaires

Chanson française – Les Volontaires – Jean-Baptiste Clément – 1873
Musique de Marcel Legay
http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=47284




Les gars à poil de ce temps-là
Voulurent qu'on les appela
Les volontaires...









Petit rappel historique à l'usage des bonnes gens.
« Dans le cours de l'année 1791, une coalition se forme contre la France alors en pleine Révolution. L’émigration se renforce de plus en plus. Le roi et sa cour se disposent à fuir. Les frontières de la France sont menacées. Conformément à l'article 14 de la loi du 15 juin 1791, un registre est ouvert, dans chaque district, pour l'inscription des Volontaires nationaux appelés à la défense du territoire.
L’entrée en guerre de la Prusse aux côtés de l’Autriche le 6 juillet 1792 oblige l’Assemblée législative à contourner le veto royal en proclamant, le 11 juillet 1792, la patrie en danger et en demandant à tous les volontaires d'affluer vers Paris. »
C'est bien à ces volontaires que renvoie la chanson de Jean-Baptiste Clément.






Oh, dit Lucien l'âne en passant la langue, je me demande, Marco Valdo M.I. mon ami, comment on va pouvoir faire de ces volontaires qui partent en guerre, une chanson contre la guerre ?






En fait, Lucien l'âne mon ami, c'est assez simple. Car quoi qu'il en adviendra par la suite, ces volontaires qui étaient en même temps pour la plus grande part, des gens du peuple et du petit peuple, bref, des pauvres – dont la solde parfois était la sauvegarde, ces volontaires se levèrent pour aller défendre cette révolution, cette libération qu'ils venaient de conquérir et qui effrayait tant le reste de l'Europe. Comme on le sait , dans la Guerre de Cent Mille Ans, les riches et les puissants ont toujours détesté, condamné, vilipendé, saboté et attaqué toute avancée vers une libération de l'oppression et de l'exploitation. Les formes de ces avancées ont varié selon les époques, mais toujours la répression fut à la mesure de la peur qui saisit les maîtres du jeu social. On peut citer Spartacus, les paysans allemands à la suite de Münzer, les Vaudois-Valdésiens... et bien entendu, entre autres, la France de la Révolution. En ce temps-là, contre cette dernière, ils s'étaient tous coalisés : des Empereurs et Rois du continent aux commerçants et financiers des bords de la Tamise. Et on lui fit la guerre durant plus de vingt ans...






Mais enfin, quand même l'Empire, l'Empereur, ses Rois et toute sa noblesse, ses nouveaux et anciens riches ne correspondaient pas à ce qu'ils avaient espéré... C'est le moins qu'on puisse en dire...






Que l'espérance des Volontaires ait été ensuite trahie, qu'ils aient été proprement roulés dans la farine par les nouveaux Maîtres arrivés au pouvoir en France-même, ne change rien à l'immense appétit de Justice et de Liberté qui mobilisait ces « gars à poil de ce temps-là » qui étaient pour l'essentiel des paysans sans terre qui en avaient marre de l'esclavage et de la misère. Mais cependant, c'étaient les volontaires de la Liberté et ils se mettaient route contre la Guerre que les riches et les puissants leur faisaient... C'est donc bien une chanson contre la guerre...






Curieux quand même, ces armées de volontaires qui s'en allèrent contre la guerre les armes à la main... Mais peut-être n'ont-ils pas trouvé d'autres moyens de se protéger contre les fauteurs de guerre et les sbires de leurs anciens exploiteurs... toujours désireux de récupérer leurs domaines et leurs sinécures. Et ce peuple de paysans pauvres fut victime de sa propre générosité... Il avait du tempérament... Le reste de l'histoire est une lutte entre riches et puissants, une explication entre gangs rivaux... Et crois-moi, c'est encore le cas à présent... À nous, il ne nous reste que ce que nous pouvons faire, là maintenant et à notre manière, autrement dit tisser nous-aussi le linceul de ce vieux monde sans cesse renaissant, de ce vieux monde mercantile, répressif, dominateur, contrôleur et cacochyme.






Heureusement !






Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Comme ils étaient fort entêtés
Quand ils avaient leurs volontés
Nos vaillants pères !
Les gars à poil de ce temps-là
Voulurent qu'on les appela
Les volontaires,

Au pays où l'on fait du vin,
Où la vigne est le médecin
Des poitrinaires,
Les hommes sont si bien bâtis
Que tous, un jour, grands et petits,
Sont volontaires.

Mal équipés, en gros sabots,
Ils coururent, le sac au dos,
À nos frontières,
Avec la Marseillaise au cœur,
Et du courage à faire peur
Des volontaires.

On ne voyait point de musards,
Point de poussifs, point de traînards
Dans les ornières.
La Liberté donnait du nerf,
Des pieds et des jarrets de cerf
Aux volontaires.

Aussi ce ne fut pas bien long
De reclouer le pavillon
Sur nos frontières.
Liberté, mère des héros,
Ils avaient du feu dans les os,
Tes volontaires.

Liberté, c'était en ton nom
Qu'ils se faisaient chair à canons
Et de civières !
O Patronne ! Quand vous hurlez,
Ça fourmille comme les blés,
Les volontaires.


BALLADE DE L'ARMÉE DES INVALIDES

BALLADE DE L'ARMÉE DES INVALIDES

Version française – BALLADE DE L'ARMÉE DES INVALIDES – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Ballade von der Krüppelgarde – Robert Gilbert – 1930
Texte de Robert David Winterfeld alias Robert Gilbert (1899-1978), signé par la suite du pseudonyme David Weber (et ce n'était pas le seul dont il usait). Il semble qu'il ait tiré son adaptation d'une chanson de Jean-Baptiste Clément, mais je ne sais pas laquelle.
Musique de Hanns Eisler.
Interprétation Ernst Busch.



Nous ne pouvons pas marcher au pas,
La plupart d'entre nous n'ont qu'une jambe.



Ah, Lucien l'âne mon ami, as-tu mémoire d'avoir rencontré pareille bande d'éclopés ? Mais avant d'aller plus loin, deux mots à propos du nom de cet incroyable défilé... Une traduction littérale serait : la garde des boiteux, des éclopés, des estropiés ou la garde boiteuse, éclopée, estropiée, infirme... Finalement, j’ai penché pour les invalides en référence à cet Hôtel des Invalides à Paris où depuis Louis XIV, sont hébergés ces militaires endommagés... Quant à la Garde , le mot ne recouvre pas la même chose en français qu'en allemand et vu le nombre, le mot « armée » conviendrait mieux. Et puis, j'avais en tête certain général de l'armée morte ou de l'armée des morts, que raconte Ismail Kadaré et qu'interpréta Marcello Mastroiani. D'où, cette « armée des invalides ».


Je trouve, en effet, Marco Valdo M.I. mon ami, que voilà un excellent titre. Quant à ta question des éclopés, j'ai vu de telles bandes de dégingandés bien des fois à commencer par celle des Dix Mille de Xénophon, en passant par la première Croisade [[9491]], les croisades en général et l’inénarrable Huitième, en particulier et les retraites de Russie – française, européenne, allemande, italienne... Et comme tu le sais sans doute, j'en ai vues plusieurs de mes propres yeux d'âne... En plus, ces gens-là ne rêvaient que de me manger... Autant te dire que je me suis tenu à l'écart de ces joyeux troupiers.


Tu as bien fait, Lucien l'âne mon ami. Car vaut mieux un âne vivant qu'un Lucien mort.


Maintenant, pour ta question, si je n'ai aucune idée à ce sujet, même vague, il me semble à voir ton œil qui vibre que toi, tu en as une... Alors, de quoi s'agit-il ? Aurais-tu une réponse à cette question concernant une chanson de Jean-Baptiste Clément ?


Tu as l’œil, Lucien l'âne mon ami et de fait, j'ai trouvé une chanson de Jean-Baptiste Clément qui me semble, car je n'ai pas pu m'en assurer plus que ça auprès de Robert Gilbert, alias alias... chanson qui me semble être « Les Volontaires », que je vais m'empresser de proposer comme Chanson contre la Guerre, car c'en est une assurément. Quoique ces volontaires ont l'air en meilleure forme que cette armée de stropiats, d'impotents, d'unijambistes... Sauf à la fin où :
« ...ils se faisaient chair à canons
Et de civières ! »


Évidemment, c'est ce qui attend tous ceux qui se précipitent la fleur au fusil au devant des canons et des pétoires ennemis. Quoi qu'il en soit, tu auras traduit une chanson et tu en apporteras une autre et c'est fort bien. Peut-être finira-t-on par dire que tu t'es gourré et que ce n'était pas « Les Volontaires », mais une autre chanson de Clément qui a servi de base à celle-ci... et donc quelqu'un te démentira...


Ce n'en sera que mieux, car alors, il apportera une autre chanson de Jean-Baptiste Clément, auteur dont je crois bien qu'une bonne part de la production mériterait d'être reprise ici...


Restons-en là, si tu veux bien, pour le moment et reprenons notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde exploiteur, propriétaire, belliciste et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Nous sommes l'armée des invalides,
La plus belle armée du monde ;
Nous sommes presque un milliard,
En comptant les morts.

Les morts ne suivent pas,
Ils doivent rester en terre
Nous ne pouvons pas marcher au pas,
La plupart d'entre nous n'ont qu'une jambe.

Notre lieutenant se terre sous terre
Notre capitaine a un moignon
Notre maréchal est à terre,
Ce n'est plus qu'un tronc.

Nous sommes l'armée des invalides
Un homme sur deux a des membres de bois.
Les prothèses sont beaucoup plus belles.
Les aveugles lisent encore mieux avec les doigts.

Même si nous boitons, contre vous nous marcherons
Même si nous perdons à gauche la jambe droite dans l'action.
Nous sommes l'armée des invalides, le plus fort des bataillons
Et la fière avant-garde de la révolution







lundi 5 mai 2014

TEMPS MODERNES

TEMPS MODERNES



Version française – TEMPS MODERNES – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Tempi moderni – The Stab – 1979



Les présidents aux mêmes manières,
Cette nuit ont à la boutonnière
Leur sale puant sourire.
Photomontage d'
Anne-Catherine Becker-Echivard






On dit que nous vivons en des temps modernes
En l'an civilisé 1979
Quand je regarde alentour, tout ce que je vois
Est torture, hypocrisie et douleur modernes.

En ces temps modernes de petits enfants meurent
Meurent de faim, mais qui ose demander pourquoi ?
Des gamines sans vêtements courent en hurlant
Brûlées au napalm, dans le feu de la nuit

Le prisonnier seul pleurera
Dedans sa tombe
Le malheureux de demain laissera
Le ventre de sa mère.

Pendant que de gras dictateurs siègent sur leurs trônes,
Les enfants enterrent les os de leurs parents,
Et la police secrète dans le profond de la nuit
Fait fonctionner pour la femme nue la chaise électrique.

Le prisonnier seul pleurera
Dedans sa tombe
Le malheureux de demain laissera
Le ventre de sa mère.

Le nègre gît dans le caniveau, mort,
Où le pétrole coule plus noir,
Les routes deviennent rouges, il y avait lui,
Qui naquit et commença à exister.
Vécut et mourut sans liberté.

Pendant que les bureaucrates, les spéculateurs,
Les présidents aux mêmes manières,
Cette nuit ont à la boutonnière
Leur sale puant sourire.


Ce sont seulement des temps modernes…



dimanche 4 mai 2014

DIGOS BOOGIE

DIGOS BOOGIE


Version française – DIGOS BOOGIE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne - Digos Boogie – Ivan Graziani – 1981
www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=47238








Le mot DIGOS est un acronyme pour les services spéciaux de la Police d'État italienne, dont la dénomination complète est : Divisione Investigazioni Generali e Operazioni Speciali – Division des enquêtes générales et des opérations spéciales. C'est cette police qui surveille également le territoire, les étrangers... Elle encadre et réprime les manifestations, infiltre les groupes et les mouvements politiques, révolutionnaires ou plus généralement de protestation. Elle s'occupe également des groupes d' « ultras », groupes de supporteurs de football.
C'est elle aussi qui est chargée de certaines opérations politiques et d'interventions discrètes mais musclées. Bref, c'est une police politique, c'est la police d'État par excellence.


Ah, dit Marco Valdo M.I., mon ami Lucien l'âne, voici juste une petite note à propos de la chanson et de ce sibyllin :
«  Nous sommes tous flics depuis quatre générations ».
Il suffit de calculer un brin et en prenant comme mesure d'une génération vingt ou vingt-cinq ans, on se retrouve des dizaines d'années en arrière. Comme la chanson date de 1981... En fait, on se rend compte ainsi qu'elle est la police du pouvoir quel que soit le régime. En fait, elle transcende les régimes. Comme on est en Italie, elle a servi (sous un autre nom...)le fascisme... Au fait, à quelle police était rattaché l'OVRA - la police politique de Mussolini – de sinistre mémoire ?


Ah, dit Lucien l'âne, on ne se refait pas... Mais une telle police n'est pas spécifique à l'Italie... Tous les États qui se respectent en ont une... et toutes ces polices politiques ont une fâcheuse tendance à se comporter selon une certaine conception du monde à cent lieues d'être libertaire. Et, à mon tour de te rapporter une petite anecdote à propos de police et de recherche et de répression de l'amour dans les endroits « discrets » et sombres... Lorsqu'on avait instauré à Bruxelles des patrouilles de police mixtes – un homme et une femme... ce furent les gendarmes (à l'époque, il y en avait encore ; en Italie, ce seraient les Carabinieri) qui surprirent la patrouille de police en pleine action amoureuse (et en uniforme... au moins, partiellement). Ceci dit reprenons notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde (précisément ce que ce type de police doit empêcher) policier, fliqué, enquêteur, fouineur, répressif, autoritaire et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Nous sommes tous flics, Digos boogie
Nous sommes méchants mais toujours justes, Digos boogie
Nous sommes tous flics depuis quatre générations
Nous croyons à la loi qui ne pardonne pas et qui ne se trompe jamais.
Nous sommes tous flics, Digos boogie.

Et ainsi,
Nous marchons la nuit dans les ruelles sombres,
Sombres pour épier les couples enlacés à faire l'amour
Contre les murs.
Pour un peu d'amour…

Nous sommes tous flics, Digos boogie
Nous sommes de la, de la, de la Digos, boogie
Nous sommes tous flics, Digos boogie
Et ainsi,
Nous marchons la nuit dans les ruelles sombres,
Sombres pour épier les couples enlacés à faire l'amour
Contre les murs.
Pour un peu d'amour…

Nous sommes tous flics, Digos boogie
Nous sommes méchants mais toujours justes, Digos boogie
Nous sommes tous flics depuis quatre générations
Nous croyons à la loi qui ne pardonne pas et qui ne se trompe jamais.
Nous sommes tous flics, Digos boogie.
Et ainsi,
Nous marchons la nuit dans les ruelles sombres,
Sombres pour épier les couples enlacés à faire l'amour
Contre les murs.
Pour un peu d'amour…

Nous sommes tous flics, Digos boogie
Nous sommes de la, de la, de la Digos, boogie
Nous sommes tous flics, Digos boogie
Et ainsi,
Nous marchons la nuit dans les ruelles sombres,
Sombres pour épier les couples enlacés à faire l'amour
Contre les murs.
Pour un peu d'amour…


HOP LÀ ! NOUS VIVONS !

HOP LÀ ! NOUS VIVONS !

Version française – HOP LÀ ! NOUS VIVONS ! – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Hoppla! Wir leben! – Walter Mehring – 1927

Texte de Walter Mehring.
Musique de Edmund Meisel (1894-1930)






Éclipse de Soleil
Peinture de George Grosz








C'est la chanson qui porte le titre au célèbre spectacle théâtral « Hop là, wir leben ! , ein Vorspiel und fünf Akte », écrit par d'Ernst Toller (1893-1939), écrivain, dramaturge et révolutionnaire allemand, juif, qui s'est suicidé le 22 mai 1939 à New York (comme le jeune révolutionnaire protagoniste de l'opéra), où il était réfugié pour échapper aux nazis. Le drame, mis en scène par Erwin Piscator, fut représenté en 1927 à Hambourg et à Berlin.

« Hop là, wir leben ! » est l'histoire d'un militant communiste spartakiste qui, à son retour à la liberté après des années d'internement dans un asile judiciaire, trouve une société inhumaine et corrompue et ses camarades d'antan intégrés dans le système. Il voudrait tuer l'un d'eux, devenu ministre, mais il est précédé par un tueur de droite. Cependant, il est arrêté à la place du meurtrier et en finit en se pendant. Une constatation lucide et désespérée de la faillite des idéaux juvéniles de révolution sociale et une analyse impitoyable de la République de Weimar maintenant presque à la fin de sa course, sur le point de céder au nazisme. (de Sapere.it)
« Hop là, nous vivons ! » elle a été proposée pour la première fois en Italie par Giorgio Strehler en 1951 (traduction d'Emilio Castellani et Giorgio Strehler, musiques de Fiorenzo Carpi, Fritz Hollander, Gino Negri, Kurt Weill).


Il y avait déjà une référence à cet opéra dans les CCG : voir celui de notre Marco Valdo M.I.




Ils ont raison les amis des CCG, le Holà, nous vivons ! que j'avais écrit est bien une allusion directe à Ernst Toller et à son Hop là, nous vivons ! Et à la révolution allemande manquée après la guerre de 1914-18 et à la République des Conseils Ouvriers de Bavière. Une allusion aussi au fait que Toller est un de ces inclassables libertaires anarchisants, proche d'Erich Mühsam [[38381]]. Mais pour en venir à la chanson de Walter Mehring, qui s'intitule elle aussi Hop là, nous vivons ! Et qui renvoie elle aussi à Toller, vu qu'elle figure dans l'opéra, on y trouve – on est en 1926, lorsque Toller écrit la pièce d'origine – une lucidité incroyablement précise, une analyse de ce qui adviendrait dans les années suivantes... En fait, on y annonce purement et simplement la remontée du militarisme et sa conséquente guerre mondiale : « Vor dem nächsten Weltkrieg » ( « avant la prochaine guerre mondiale ») et comme à Troie, Cassandre a raison. Ernst Toller et Walther Mehring font une analyse politique de ce qu'il se passe et de ce qu'il va se passer... et de l'inéluctabilité des choses à partir du moment où la guerre est un des moteurs du développement. Écoute bien ce qu'ils disent :
« Nous avons à nouveau besoin d'une guerre
Et de temps plus héroïques !
C'est la seule politique :
Hop là, nous vivons -
Nous vivons et nous comptons ! »... Ainsi, la Guerre est, en effet, le moteur du développement, et réciproquement : le développement est le moteur de la Guerre.


Ce que tu dis là est très exactement à replacer dans le cadre de la Guerre de Cent Mille Ans et également dans les errements du rêve d'Otto. En fait, les guerres ponctuelles – mondiales ou non, celles faites par les militaires, les armes, avec leurs tueries sont des états paroxystiques particuliers, mais la Guerre, elle, est permanente... Elle est la justification ultime du pouvoir... Du pouvoir de certains sur tous ; elle est le fondement de la domination des riches et des puissants (très minoritaires) sur les pauvres (innombrables). En fait, Orwell touchait juste lorsqu'il mettait au jour certaine sentence de novlangue : « La Guerre, c'est la paix... » et j'ajouterais volontiers, et inversement.


Soit, mais peut-être est-il temps de resituer dans l’extraordinaire bouillon artistique et culturel qu'était cette Allemagne qui, un court moment (ce fut l'éphémère et incertaine République de Weimar), disposa d'espaces de liberté. Il importe aussi souligner ici le fait que Mehring ne fut pas seulement un cabarettiste et qu'il s'inscrivait résolument et depuis longtemps dans la mouvance dada (on y trouve notamment, George Grosz (Georg Groß), Helmut Herzfeld, alias John Hearthfield...) et dans ce qui portera un temps le nom de « simultanéisme » (ce qu'on entend nettement dans cette chanson chorale, où s'entremêlent les discours assez discordants... Où va le monde, Monsieur ? On ne sait trop, mais ainsi va le monde et il y va sûrement... et qu'on retrouve dans le Simultan Berlin, autre chanson de Mehring) et qui fut dans un premier temps, la transposition au cabaret en effet de ce que tentèrent les peintres cubistes. En fait, Mehring est cabarettiste car il veut aussi intégrer la matière sonore et le mouvement dans la poésie et que le cabaret (celui du Berlin de ces années) est le lieu le plus commode et le plus foisonnant pour l'art comme forme de création d'inédit et de révolution. Ainsi, avec Mehring (et les autres poètes, penseurs, artistes, écrivains, satiristes, chanteurs, musiciens, peintres, photographes, imagiers en tous genres), on est dans un univers où on ne peut séparer le fond, la forme, le temps, le son, la couleur ... Un univers très bousculé où tout s’entrechoque... Avec la descendance de Dada et l’expressionnisme, on navigue quelque part du côté de Kurt Tucholsky, Tristan Tzara, Karl Krauss, Erich Kästner, George Grosz, Alfred Döblin... Et puis d'un coup, les égouts débordent, le magma excrémentiel accumulé comme la lave d'une coulée volcanique se régurgite, le monde soudain est noyé dans un océan de bêtise et de fumier. En vérite, je vte le dis, le travail de Bartelby, Venturi sur la chanson allemande de la première moitié du siècle dernier est en train de faire revenir au monde cet univers submergé sous la bave puante de la barbarie fasciste et son clone national-socialiste. Certes d'autres l'avaient fait, mais pas dans un contexte aussi largement ouvert et diversifié que celui des Chansons contre la Guerre.


Oh, tu sais Marco Valdo M.I., j'ai bien perçu combien le texte de Mehring (comme ceux des autres de la même époque) est chargé de signification. Et son antienne terrifiante « Hop là, nous vivons - Nous vivons et nous comptons ! » me paraît convenir très bien aux temps présents... On dirait le mantra de nos élites. REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS ! ILS VOUS LE FERONT AUSSI... Compter, compter, c'est tout ce qu'ils savent faire... Et compter, crois-moi, moi, je déteste ça. Ça me paraît une perversion mentale qui gangrène le cerveau, le cœur et les pensées. Cela dit, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde surarmé, inféodé, sur le bord du gouffre et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Dans cet « Hôtel de la Terre »
C'est la crème de la société que l'on convie
Elle porte d'une main légère
La lourde charge de la vie !
Elle fut toujours bien nourrie
Jusqu'à ce qu'on notifie
En paiement d'un chèque une déclaration de guerre
Les diplomates vinrent là
Pour débattre du cas.
Ils dirent : Nous avons à nouveau besoin d'une guerre
Et de temps plus héroïques !
C'est la seule politique :
Hop là, nous vivons -
Nous vivons et nous comptons !

Bruits de sabre - extase de peuple -
Quelle danse danse-t-on demain ?
Hop là !
Gaz moutarde - phrases d'humains
Nos angoisses !
Hop là !
Notre cœur saigne
Devant la noirceur du noir d'encre.
Hop là !
Liberté - derrière des barres -
Tranchées.
Hop là ! Nous vivons !

Dans cet « Hôtel de la Terre »
Ce sont les militaires que l'on convie
Nous combattions pour leur guerre -
Pour nous, ils ont haï !
Ils ont fait des frais sanguinaires,
Ils ont donné des prothèses, comme pourboire
Aux cadavres, un charnier -
Au bout du compte comme ils devaient payer
Pour toutes les agonies du mouroir :
Alors, notre Generalfeldmarschall
Et le clergé à l'unisson -
Ont chanté des héros l'émouvant choral :
Hop là, nous vivons -
Nous vivons et nous comptons !

Les troupiers - et les rouges,
Seront demain nos adversaires.
Hop là !
Et ces quelques millions de morts -
Nos remords !
Hop là !
Notre cœur désespère
Sous les minerais de fer !
Hop là !
Liberté - derrière des barres -
Tranchées.
Hop là ! Nous vivons !

Dans cet « Hôtel de la Terre »
C'est encore la crème de la société que l'on convie
Elle porte toujours d'une main légère
La lourde charge de la vie !

Les ennemis ont eu le dessous
Donnez-y au mutilé un sou !
Nous l'avons à peine nous-mêmes !
Ministres, philosophes et poètes :
Ce sont à nouveau les mêmes têtes !
Tout est de nouveau comme avant la guerre -
Juste avant la prochaine guerre mondiale -
Fascistes tambours musique militaire -
Écoute quand même ! Miséreux !
Quand allons-nous en finir avec eux ?

Si nous démolissons tout le machin
Quelle danse danse-t-on demain ?
Hop là !
Si à la place des leurs régissent
Nos exigences.
Hop là !
Cherchez auprès de votre dieu protection
Contre l'échafaud à haute tension.
Hop là !
Dehors vos Généraux !
Nous ordonnons : Hop là ! Nous vivons !
Et nous comptons !