lundi 23 décembre 2013

MOI EN PERSONNE

MOI EN PERSONNE






Moi en personne







Version française – MOI EN PERSONNE – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – Io come personna – Giorgio Gaber – 1992
Paroles de Giorgio Gaber e Sandro Luporini
Musique de Giorgio Gaber


En ces temps de résignation et de décadence
Serpente la peur cachée de l'indifférence.
En ces temps si chaotiques et si corrompus
Tout peut se passer d'un jour à l'autre .
En ces temps exaspérés et saugrenus
Circule tant et tant d'information qu'à la fin
On ne sait plus rien.

En ces temps terribles partout dans le monde.

En ces temps où le mythe occidental
Lors même qu'il l'emporte se trouve dans le désarroi le plus total.
En ces temps qui sont peut-être pires qu'une guerre
Où les engins nucléaires doucement envahissent la terre.
En ces temps où les personnes par millions
Se massacrent entre elles
Sans qu'on en perçoive la raison.

Moi personnellement
Moi personnellement
Moi personnellement, complètement hors de la scène
Moi comme femme ou moi comme homme
Qui ne reçoit plus aucune demande
Moi qui ne comprends pas
Qui ne peux ni évaluer ni croire
Moi qui observe le tout
Avec le soupçon de ne choisir jamais, de ne choisir jamais, de ne choisir jamais…

En ces temps toujours plus hostiles aux étrangers
Face à l'Empire, tous les peuples vont quémandant
En ces temps stériles et affairés
Monte menaçant le soleil rouge de l'orient.
En ces temps sans idéaux ni utopie
L'unique salut est une honorable folie.

En ces temps terribles partout dans le monde.

En ces temps où tout est domination
Où toute décision passe par dessus nos têtes.
En ces temps où notre contribution
Notre vraie faute est seulement un vote.
En ces temps qui ne laissent pas de sortie
Où le destin ou quelqu'un a en mains nos vies…

Moi personnellement, moi personnellement
Moi avec mes sentiments
Avec mes buts presque jamais atteints
Moi avec ma foi qui se disperse en routes infinies
Moi, avec l'effarement d'assister, étourdi et éteint,
Moi, confus et vide et résigné à ne me ranger jamais
À ne me ranger jamais, à ne me ranger jamais

[parlé :] En ces temps terribles, doucement doucement on s'éloigne du monde, mais avec effort, sans arrogance, comme un homme vaincu qui réussit à vivre seulement en se réfugiant dans son petit monde. Mais le salut personnel ne suffit à personne. Et la défaite est vraiment d'avoir encore envie de faire quelque chose et de savoir avec clarté qu'on ne peut rien faire.
C'est là qu'on meurt, hors et en nous. On est comme un individu inoffensif, sans jugements et sans idées. Et si on ne nous arrête pas le cœur , c'est parce que le cœur n'a jamais eu la prétention de penser. On est comme un individu appauvri et transporté au terminus, un individu toujours plus égaré et plus impuissant, un homme au bout du monde, aux frontières du plus rien.

Mais je suis là, je suis là
Moi personnellement je suis là, moi personnellement je suis encore là
Moi avec mes sentiments je suis là, moi avec mes sentiments je suis encore là
Moi avec ma rage je suis là, moi avec ma rage je suis encore là
Moi avec mon envie de changer je suis là, moi avec mon envie de changer je suis encore là.

Je suis là, je suis là
Moi personnellement je suis là, moi personnellement je suis encore là
Moi avec mes forces je suis là, moi avec mes forces je suis encore là
Moi avec ma confiance, moi avec ma confiance encore là
Moi, femme ou homme, je suis là, moi, femme ou homme, je suis encore là.

Je suis là, je suis là
Moi personnellement je suis là, moi personnellement je suis là
Moi personnellement je suis là, moi personnellement je suis là, je suis là, je suis là.


dimanche 22 décembre 2013

PAIN, JUSTICE ET LIBERTÉ

PAIN, JUSTICE ET LIBERTÉ
Version française – PAIN, JUSTICE ET LIBERTÉ – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – Pane, giustizia e libertà – Massimo Priviero – 2006


Nuto Revelli 1944




Le garçon marchait dans la neige et le vent
La route était ce brouillard sombre et à cent à l'heure, tombaient  les soldats
Lieutenant des Alpins, chef de mulets et de paysans,
De cent fous invétérés, en janvier 1943

Le garçon respirait, avec la neige au coeur
Avec la neige aux yeux et le vent enfonçait sa douleur
Il disait, si je retourne jamais chez moi, si je rentre entier
Maintenant j'ai compris sur qui je devrai tirer, vraiment tirer

Annina, Annina, si tu penses encore à moi
Annina, Annina, si tu peux m'entendre
Je voudrais jeter ces loques
Et sur l'herbe du courtil, faire l'amour avec toi
Tu le sais, chaque jour je pense à qui vivra
Qui de nous nous se sauvera
Qui de nous demain combattra
Pour pain, justice et liberté,
Pour pain, justice et liberté.

Le garçon revint, sans cadeaux accrochés à la poitrine
Ils lui dirent : « N'en parle pas, ils ne vous croiront pas »
Nuto prit son fusil, le sentier le long du fleuve
Et avec lui les emporta, à la fin de l'été 1943

Annina, Annina, je suis dans la montagne
Et mon Piémont devra m'écouter
Tu sais, maintenant je mène ma bande
Je tire à la face de celui qui nous envoya crever
Je le fais pour ces enfants,
Pour ces mulets et les paysans
Et tant qu'il sera là, je le ferai
Pain, justice et liberté,
Pain, justice et liberté.

Et vint encore avril, quand les Langhe sont une fleur
Nuto retourna chez lui et enterra dans le bois son fusil
Maintenant les routes étaient pleines et les sourires étaient clairs
Le garçon but à sa vie et dit « maintenant la guerre est vraiment finie »

Annina, Annina, un jour j'écrirai
Pour ne pas fermer les yeux, pour ne pas oublier
Annina, Annina, je serai la voix
De celui qui n'a rien, même pas une croix
Et je tournerai dans mes vallées
Tant que ma force se maintiendra
Et je le ferai tant qu'il y sera
Pain, justice et liberté,
Pain, justice et liberté.


Le garçon marchait, où les Langhe sont une fleur
Le soleil se couchait doucement pour le soldat et l'écrivain,
Pour le soldat et l'écrivain.

vendredi 20 décembre 2013

Rappaport au rapport !

Rappaport au rapport !



Canzone française – Rappaport au rapport ! – Marco Valdo M.I. – 2013
Histoires d'Allemagne 101
An de Grass 07

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 – l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.


La naissance de la musique
La Charmeuse de Serpents - Henri Rousseau - 1907





Mon cher ami Lucien l'âne, tu me vois tout réjoui... Car, imagine-toi que je te présente aujourd'hui la cent et unième de mes Histoires d'Allemagne et comme je te l'ai peut-être déjà dit, il y en aura en tout cent et deux. Autant dire que je vais bientôt terminer la série que j'avais commencée il y a trois ans. Et bien évidemment, ce n'est pas vraiment fini, car il me faudra maintenant revoir l'ensemble et l'ordonner de façon cohérente et le présenter dans le bon sens ; ce qui prendra encore des mois.


Mon cher ami Marco Valdo M.I., je suis bien content pour toi que tu arrives ainsi à la fin de cette geste assez contemporaine. Je suis très content et en même temps, je me demande ce que tu vas bien pouvoir faire ensuite.


Oh, Lucien l'âne mon ami, je suis dans les mêmes dispositions d'esprit et j'appréhende assez cette sensation de vide soudain qui s'annonce au terme d'une pareille série. Mais je l'ai déjà connu ce moment d'incertitude et j'imagine que comme les autres fois, la solution viendra d'elle-même... sans que je sache trop d'où.


Cela dit, si tu me parlais de la canzone, de cette avant-dernière histoire d'Allemagne, car je ne sais toujours pas de quoi elle cause, ni même qui cause...


Ah, je vois que tu as bien perçu le mécanisme de ces histoires d'Allemagne, qui chacune est présentée par un témoin, un narrateur, lequel est parfois Günter Grass lui-même et la plupart du temps, un narrateur différent dont il nous faut en quelque sorte deviner ou découvrir l'identité. Parfois, comme ici, ainsi que tu vas pouvoir t'en rendre compte, ce narrateur est un parfait inconnu et le reste. En fait, malgré mes recherches, tout ce que je peux t'en dire est – primo – qu'il se nomme Rappaport et – deuzio – qu'il était employé de la D.G.G. ; en clair, de la Deutsche Grammophon Gesellschaft et qu'il devait y occuper le poste de responsable commercial, poste assez stratégique dans une société dont le but était de développer un commerce de « gramophones » et de disques. Et comme on l'a su depuis, une entreprise aux ambitions mondiales. Enfin, cette histoire de Rappaport raconte le passage d'une société où la musique, l'opéra et même, la chanson étaient des événements éphémères à une société où le son enregistré a submergé jusqu'aux derniers replis la vie quotidienne de (quasiment) tout un chacun. Sans son enregistré – en gros sans le disque, par exemple – pas de radio, pas de cinéma, pas de télévision... Et enseignement majeur de cette histoire, c'est que sans les efforts de Rappaport (ou de tout autre personnage du même acabit)... je n'arrive pas à imaginer ce que serait actuellement le monde.


Sûr qu'il n'y aurait même pas les Chansons contre la Guerre (C.C.G.), s'esclaffe Lucien l'âne.


Nipper et le gramophone
peinture de Francis Barraud - 1898


En effet. Deux mots encore à propos d’Émile Berliner et de ses ambitieuses entreprises... Je signale que si la DGG est son œuvre, il faut savoir qu'il est aussi le fondateur de HMV – « His Master's Voice » (La Voix de son Maître), si célèbre également grâce à son chien Nipper écoutant le gramophone, portraituré par le peintre Francis Barraud, un tableau de 1898. Pour en revenir à « Rappaport au rapport ! », une de ses missions principales fut de constituer le catalogue ; certes, il y avait le disque et le gramophone, mais à quoi pouvait-il bien servir, de quoi allait-on nourrir ce nouvel ogre musical et sonore; alors il fallut tout inventer et en quelque sorte, imposer au public et dès lors, sa mission fut aussi d'aller à la pêche aux artistes chantants. Il le fit avec un grand succès ; à titre d'exemples, dans la chanson, il cite : Melba : Nellie Melba [http://www.youtube.com/watch?v=VGd7c4McSUc], une femme à voix ;


Nellie Melba



 Fédor Chaliapine [https://www.youtube.com/watch?v=b3nOBw2UlkI], un homme à voix de basse ; Enrico Caruso [https://www.youtube.com/watch?v=t936rzOt3Zc], un autre chanteur à voix, un ténor, cette fois ; et plus rare encore, Alessandro Moreschi, l'Angelo di Roma [https://www.youtube.com/watch?v=KLjvfqnD0ws], sans doute le dernier des castrats et le seul « enregistré »...


Fédor Chaliapine en Don Quichotte



Ah, la voix humaine... C'est vrai qu'elle séduit...


Ainsi, je vois que « Rappaport au rapport ! » et sa petite Histoire d'Allemagne t'ont intéressé...


Certes et il est en effet heureux que malgré tout, malgré les sordides histoires d’argent, d'intérêt, de bénéfices... qu'on peut deviner derrière ces belles inventions de l’humaine nation, envers et contre les financiers âpres et coureurs de richesses, les Berliners ensemble (Émile et Joseph) avec l'aide de « Rappaport au rapport ! » ont donné cette nouvelle dimension au monde ; ont pu contrer (au moins partiellement) l'éphémère, qui était la destinée éternelle de la voix, de la musique et du son. Cela dit, retournons à notre tâche qui est de tisser le linceul de ce monde plein de bruit et de fureur et insignifiant, argenté, embanqué et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



« Rappaport, au rapport ! »
Inventer l'industrie musicale,
Une aventure grandiose et pas banale
« Rappaport, au rapport ! »

C'était l'année du premier camp
Où vingt garçons dans le vent
Sur Brownsea Island, en Angleterre
Apprenaient la paix d'un ancien militaire

Moi, je m'appelle Rappaport
Eux, mes patrons, les deux Berliner
Émile et Joseph s'y connaissaient en affaires
Ils disaient : « Rappaport, au rapport ! »

Depuis vingt ans, ils faisaient des disques
Et les gramophones pour les écouter ces disques
Au début, Émile lui-même racontait et chantait
Et il n'y a pas à dire, ça marchait.

Émile avait d'abord inventé le microphone
Ensuite, il inventa le disque et le gramophone.
Faut dire qu'Émile l'aîné des Berliners
A imaginé et développé toute l'affaire.

On a commencé la musique un peu plus tard
C'était un peu monotone toutes ces fanfares
Vite, on en a sorti des millions de ces galettes noires
De l'atelier de la Celler Chaussée à Hanovre

Mais voilà, soudain, le berceau de la D.G.G a brûlé
Malgré tout, on s'en est bien tiré
Et puis, je le disais déjà à la ronde,
Avec le gramophone et le disque, on réinventait le monde

Les Berliners ensemble ont dit : « Rappaport, au rapport ! »
Il nous faut des chanteuses, des basses, des ténors
J'ai enlevé de haute lutte, la « grande » Melba.
Une charmeuse de serpents, cette femme-là

Et les hommes ? « Rappaport, au rapport ! »
Fédor la basse, Enrico le ténor
Et Sandro, le dernier castrat
Tels furent mes plus beaux exploits.

« Rappaport, au rapport ! »
Inventer l'industrie musicale,
Une aventure grandiose et pas banale

« Rappaport, au rapport ! »

jeudi 19 décembre 2013

TERRE LIBRE (LA FORCE)

TERRE LIBRE (LA FORCE)



Version française – TERRE LIBRE (LA FORCE) – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – Libera terra (La forza) – Massimo Priviero – 2013
Album : Ali di libertà



Dans les rues ensoleillées de cette ville
Il y a un homme



Dans les rues ensoleillées de cette ville
Il y a un homme qui demande qui pourra se sauver
Il dit « J'ai donné tous les jours de ma vie
Pour des temps meilleurs, pas pour cette folie », dit-il

Terre libre libre libre, libre libre
Terre libre libre libre, libre libre

Et dans la lumière qui brille quand tu appelles
Il te regarde et puis te dit dis-moi maintenant comme jamais
J'ai perdu mon futur et je ne sais plus où je suis
Anéanti par l'économie et ses bandits

Terre libre libre libre, libre libre
Terre libre libre libre, libre libre

Et dans les soirs du monde quand tombent
Les générations perdues qui ne croient plus
Ils disent « Mieux vaut se tirer d'ici en vitesse
Et ensemble demain résister»

Terre libre libre libre, libre libre
Terre libre libre libre, libre libre

Sous les étoiles tombées dans tes yeux
Dans le manège qui tourne, chacun fait ses comptes
Il y a celui qui tombe debout et qui te demande pourquoi
Celui qui appelle ton nom et tu ne sais jamais qui c'est

Dans les rues ensoleillées de cette ville
Il y a un homme qui demande qui pourra se sauver
Il me dit « Donne la voix à qui n'a pas de voix
Pour libérer la terre, libérer

Terre libre libre libre, libre libre
Terre libre libre libre, libre libre

Terre libre libre libre, libre libre
Terre libre libre libre, libre libre