mercredi 9 octobre 2013

Refusez !

Refusez !

Chanson française – Refusez ! – Marco Valdo M.I. – 2013



Mon cher ami Lucien l'âne, j'apprends que maintenant en Italie, il y a des jeunes qui désertent les cours de religion catholique...


Il était temps, dit Lucien l'âne en riant de toutes ses dents. On est quand même au vingt et unième siècle. Depuis le temps que ça dure cette comédie religieuse, je te jure vraiment qu'il est temps que ça cesse... Si l'humanité veut advenir et ensuite, survivre, il faut que les gens deviennent un peu moins crédules et un peu plus sensés et ne se laissent plus embobiner par des racontars fols.


Donc, je te disais qu'en Italie, je veux dire, même en Italie, un des pays les plus crédules du monde et des plus infestés par la religion – dans son cas, catholique, les jeunes commencent à se rebeller et à refuser en masse de se soumettre à ses diktats. J'apprends cela au travers d'un article de la revue de l'UAAR (Union des Athées Agnostiques et Rationalistes – italiens), que je te traduis ci-après :
LES ÉTUDIANTS REFUSENT
L'HEURE DE RELIGION
À GÊNES ET AILLEURS


Version française des Dernières Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes. (7 octobre 2013) :
Texte italien : http://www.uaar.it/news/2013/10/07/genova-altrove-studenti-rifiutano-ora-religione/

Précepte laïque 

Étudiants, encore un effort pour devenir tous laïques !




Une classe entière du lycée classique « Christophe Colomb » à Gênes demande de ne pas fréquenter l'heure de religion catholique. L'épisode est rapporté par La Repubblica, qui a interviewé le secrétaire de l'Uaar, Raffaele Carcano. C'est le second cas en Italie et le premier que relate un organe de presse. De sorte que la nouvelle a été relayée sur d'autres canaux et a beaucoup circulé sur internet. C'est l'occasion de discuter de la sécularisation croissante des jeunes générations et des difficultés que rencontrent toujours les jeunes qui ne veulent pas suivre l'« Heure de religion Catholique ». De 1995 à 2010, comme c'est mis en évidence par l'Istat, la fréquentation dans les lieux de culte a sensiblement baissé, dans toutes les tranches d'âge mais surtout chez les jeunes et les adolescents. Les vents changent ?

Le principal du lycée Colombo, Enrico Bado, parle d'« événement exceptionnel » et il le minimise, mais il met en évidence qu'il puisse être lié au fait qui s'agit de majeurs de dernière année, majeurs qui ont donc pu faire un choix de manière plus autonome par rapport à leurs familles. Comme l'a remarqué Piergiorgio Odifreddi sur son blog, quand les étudiants ont la possibilité de choisir et ne sont pas soumis aux injonctions de la famille, cela démontre leur tendance à ne pas choisir l'heure de religion catholique. Selon les données fournies par la Conférence épiscopale, le nombre de dépendants reste très élevé (actuellement de 89%), mais dans les vingt dernières années, il a baissé. La donnée est en moyenne plus basse dans le Centre-Nord et dans les grandes villes, zones où est moins fort le conditionnement religieux. Et, c'est le cas, dans les lycées. Mais la situation est encore fortement déséquilibrée, de sorte que notre association se retrouve souvent à devoir fournir un support à des parents et à des enfants auxquels est rendu difficile le choix en alternative à la religion catholique, souvent en raison de l'attitude obstructionniste des écoles. Le conditionnement ambiant continue à jouer en faveur de l'« Heure de Religion Catholique ». Mais la pression des pairs commence à pousser les jeunes dans la direction opposée, avec comme résultat que le nombre de classes dans lesquelles aucun étudiant ne fréquente la religion catholique est en croissance, selon les informations recueillies par l'Uaar.

En réalité, il faut éclaircir quelques questions posées dans les déclarations attribuées à notre secrétaire. Le lycée Fracastoro de Vérone, cité par Carcano dans un cas analogue à celui de Gênes, qui était le seul dont il se rappelait le nom au moment de l'interview. Mais le renoncement en masse à l'heure de religion catholique, dans ce cas, n'était dû à un professeur intégriste, comme il est rapporté, mais il était probablement la conséquence du projet « Odifreddi à l'école », lancé à l'époque par l'Uaar. En classe, on décida de participer à l'initiative, qui prévoyait l'envoi gratuit de la part de l'Uaar de textes de mathématique impertinente aux étudiants, lesquels devaient les recenser et les commenter. Deux classes du lycée Fracastoro adhèrèrent à l'initiative.

Des nouvelles de classes entières allergiques au catéchisme circulent de toute façon depuis des années, spécialement là où il y a enseignants particulièrement zélés. L'Uaar a rassemblé sur les années divers témoignages dans ce sens et la même chose est arrivée ces derniers jours, suite à la diffusion de la nouvelle à propos du lycée Colombo. Il ne manque pas toutefois de parents forcés à envoyer leurs enfants subir un enseignement religieux, avec des professeurs choisis par les évêques mais payés par l'État. Quoique la possibilité d'une alternative — comme l'activité didactique, la sortie ou l'entrée anticipée et l'étude individuelle — soit un droit que l'école doit garantir par la loi, sans alléguer d'alibi comme l'absence de fonds (c'est le Ministère qui couvre les frais) ou de problèmes d'organisation. Ces parents laïques ou mécréants, pour ne pas laisser leurs enfants isolés par rapport à leur classe, cèdent finalement. La question commence toutefois à être abordée dans les médias, justement par des journalistes qui se trouvent devoir affronter en personne ces problèmes avec leurs enfants (comme Federico Ferrazza de Wired.it ou Alessandro Gilioli de l'Expresso).

Nous espérons que la diffusion de l'information de Gênes convainque tous ceux qui ne veulent pas fréquenter la religion catholique à faire le pas de ne plus la fréquenter. Et que sortent toujours plus à découvert en grand nombre des étudiants, des parents et des enseignants qui n'aiment pas cet enseignement dont, comme association, nous demandons une fois de plus la complète abolition.

La rédaction



Suzanne et les vieillards - Rembrandt (1647)


Ah, je vois. L'Italie se réveille. Il était bien temps... Elle avançait comme s'en vont les écrevisses... À reculons, à reculons. Je dis Apollinaire, juste pour te montrer que je me souviens de ce que disent les poètes. Enfin pauvre Italie ! – Baudelaire disait bien Pauvre Belgique !... (http://www.idwigstephane.eu/pauvreB.html). Pauvre Italie ! Depuis que le gros fasciste au menton levé l'a revendue à l'Église, elle s'abêtit, elle s'ankylose, elle se flétrit. Elle en est, pauvre Suzanne, à céder ses derniers charmes à des vieillards libidineux. Et même après s’être débarrassée, croyait-elle, du régime et de ses tenants, elle n'a jamais pu se dégager de l'étreinte céleste et s'est jusqu'à présent traînée sous le dais du pape et des évêques et a imposé à sa population cette domination et son financement. Mais il y a ce frémissement et cette révolte des jeunes...


Quant à la chanson, elle est calquée sur la chanson-phare de ce site : Le déserteur, chanson de Boris Vian. C'est une chanson impie, mécréante et résolument, pro-civile. Elle raconte ce frémissement, ce début... Elle est la chanson qu'écrit un de ces jeunes au Directeur de son école pour lui annoncer qu'il « déserte » le cours de religion quasiment obligatoire... La religion, tu sais, c'est ce poids qui étouffe la liberté, enferme la pensée et séquestre les consciences. Et ce frémissement, ce n'est qu'un début...


Ce n'est qu'un début... Alors, attendons la suite et en attendant, tissons le suaire de ce monde crédule, croyant, soumis, inféodé et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Monsieur le Directeur
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez une heure
Je viens de recevoir
Notre nouvel horaire
Pour toute l'année entière
Et je viens de m'apercevoir
Qu'il y a cette heure de religion
Monsieur le Directeur, je ne veux pas me taire
Je ne suis pas sur terre
Pour faire le mouton
C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter


Depuis que je suis né
J'ai été encadré par des pères
J'ai été inculqué par des frères
Et sans mon accord, baptisé
Ma mère a tant supporté
Leurs étranges caresses
Qu'elle ne va plus à la messe
Et se passe de leur charité
Quand j'étais petit enfant
On m'a menacé des flammes
On m'a imposé une âme
Et tout un bataclan
Demain de bon matin
Que le diable m'emporte
Je fuirai ces âmes mortes
J'irai sur les chemins


Et je vivrai mon temps
Sur les routes du monde
Par toute la terre ronde
Et je dirai aux gens:
Refusez de prier !
Refusez toujours de croire !
Refusez toutes leurs histoires !
Refusez de vous incliner !
Comme j’aime boire le vin
Je bois à la bonne vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le sacristain
Si vous me dénoncez
Prévenez vos catéchistes
Que je suis anarchiste

Et que je suis entêté.

lundi 7 octobre 2013

ALLEMAGNE ÉVEILLE-TOI !

ALLEMAGNE ÉVEILLE-TOI !

Version française – ÉVEILLE-TOI ! – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson allemande - ALLEMAGNE ÉVEILLE-TOI ! – Kurt Tucholsky – 1930

Poème publié sous le pseudonyme de Theobald Tiger dans l'hebdomadaire illustré antifasciste AIZ, arbeiter-Illustrierte-Zeitung.



Je ne sais si quelqu'un a jamais pensé à mettre en musique cette poésie de Tucholsky, mais je la propose comme chanson parce car elle constitue une réponse directe à un des plus terrifiants hymnes nazis, le « Deutschland erwache ! » (« Allemagne, éveille-toi ! »), comme le « Heil Hitler dir ! » (Salut à toi, Hitler ! - une sorte d'Ave Caesar!) écrit dans les années 20 par Dietrich Eckart, un nazi de la première heure, grand ami de Hitler et son compère de raids, comme le tristement célèbre Putsch de la Brasserie de Munich en 1923.
Un infarctus l'emporta à l'enfer cette année-là et l'ami avec les moustaches lui dédia le second volume de son Mein Kampf…




Ils te creusent une tombe,
Avec l'argent des riches.
Le pays aux mains de ces barbares
Expire ville après ville…
Ils veulent déclencher la guerre civile –
(Que les communistes essayent de le faire !)
Déjà les nazis te tressent une couronne mortuaire – :

Allemagne, ne vois-tu pas cela ?


Ils te rongent dans l'obscurité.
Dans leur lumineux sanctuaire
Tous les jours de l'année
Ils professent le fascisme…
Les juges ne trouvent rien à y redire
(Que les communistes essayent de le faire !)
Les nazis se battent au profit des exploiteurs

Allemagne, ne comprends-tu pas cela ?


En armes, ils te défient,
Tout au travers du pays
Ils trimbalent leurs agents
Inlassablement…
Les grenades d'exercice éclatent…
(Que les communistes essayent de le faire !)
Les nazis énoncent ta condamnation à mort – :

Allemagne, ne pressens-tu pas cela ?


Et des entreprises monte un chœur
De millions de voix de travailleurs :

Nous savons tout. Ils nous enferment.
Nous savons tout. On nous laisse insulter.
Nous sommes dissous, interdits et...
Nous comptons les victimes ; nous comptons les morts.
Aucun ministre ne bronche, quand Hitler parle.
À eux la rue. Contre nous la Cour suprême du Reich.
Nous voyons. Nous entendons. Nous sentons le prochain krach.

Et quand l'Allemagne dort – :
Nous sommes éveillés !


samedi 5 octobre 2013

IDÉAL ET RÉALITÉ

IDÉAL ET RÉALITÉ


Version française – IDÉAL ET RÉALITÉ – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson allemande – Ideal und Wirklichkeit – Kurt Tucholsky – 1929







Ce poème sarcastique et amer, écrit par Kurt Tucholsky peu avant que l'Allemagne ne se rende au fascisme maintenant envahissant , fut mise en musique par Hanns Eisler à la fin des années 50, à la demande d'Ernst Busch qui voulait l'interpréter.

Tucholsky était un grand journaliste et un écrivain satirique. Tombé profondément amoureux du cabaret, au point de se transférer en France dans les premiers années 20 pour le savourer dans sa meilleure expression (même si celui de Weimar n'était certain pas moins intéressant, et Tucholsky lui donna sa précieuse contribution en écrivant beaucoup de sketches), dans ses écrits, même ceux apparemment plus « légers », transparaît d'abord tout son espoir dans la phase démocratique qui s'est ouverte en Allemagne dans l'entre-deux-guerres, avec la promulgation de la Constitution de 1919 ; ensuite, plus tard, toute la déception et le désespoir pour la fin de ce rêve – qu'en 1929, année de composition de ces vers, était déjà entièrement évidente – renversé par la crise économique mondiale, par la soudure entre le vieil et le nouvel autoritarisme, entre le grand capital et le national-socialisme montant.

Déjà en 1930 Tucholsky choisit l'exil en Suède. En 1933, les nazis lui révoquèrent la citoyenneté allemande, lui confisquèrent toutes ses biens et ils brûlèrent tous ses livres et ses publications, en arrivant à emprisonner son très cher ami Carl von Ossietzky que Tucholsky avait laissé pour diriger l'important hebdomadaire culturel « Die Weltbühne » refondé par lui en 1914… Tucholsky se suicidera à Göteborg en décembre de 1935 ; Ossietzky mourra dans un camp de concentration nazi à Berlin en mai de 1938, bien qu'en 1935 il avait reçu le Prix Nobel pour la Paix…

Dans ce « Songe et Réalité », Tucholsky joue ironiquement de la comparaison entre la femme idéale, haute et mince, et celle réelle, basse et grasse, pour raconter combien le peuple allemand était mal préparé à jouir des libertés démocratiques et se faisait infailliblement m'embobiner d'un nouveau et plus féroce autoritarisme. Le contraste entre l'idéal, les attentes, les rêves, et la brutale réalité de la société humaine, ainsi va le monde, conclut Tucholsky : « C'est la vie ! Célavi ! »Et dans les années 50 ce qui avait été le douloureux et sarcastique regret de Tucholsky pour la fin du rêve démocratique de Weimar devenait le chagrin et la rage d'Eisler pour la trahison du rêve socialiste se fracassant contre la réalité du totalitarisme soviétique…



******


Je voudrais simplement faire la remarque que cette chanson a ceci de particulier qu'on y voit les penchants féminins de Kurt Tucholsky, lequel apparaissait déjà dans une autre chanson, où il faisait son entrée dans la vie de Mademoiselle Ilse, qui devait être grande, mince et blonde, assurément. [[37875]], dit Marco Valdo M.I.


Certes, dit Lucien l'âne en riant, je me souviens très bien de cette histoire d'Allemagne dans laquelle on rendait hommage à Kurt Tuchoslky, alias Peter Pan (ter) et autres personnages. Et Günter Grass et toi aviez bien raison car Tucholsky est un fameux canut, un formidable tisserand qui, tout comme nous essayons de le faire maintenant, tissa le linceul du vieux monde guerrier, militariste, nationaliste, ambitieux, avide, assassin et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.




Dans la nuit calme et notre lit monogame
On s'invente, ce qui manque de vie.
Les nerfs craquent. Quand enfin nous avons cela,
Une chose nous tourmente doucement, elle n'est pas là.
On se figure en pensée
Ce qu'on veut – et ensuite on ne le voit jamais…
On voudrait toujours une grande mince,
Et toujours, nous arrive une petite grosse -
C'est la vie !

Elle doit, montée sur roulements à billes ,
Tanguer des hanches, grande et blonde.
Une livre en moins - et elle serait maigre,
Qui donc alors dans ses cheveux irait se mirer …
On succombe ensuite à cette foutue passion,
Dans la hâte et l'imagination.
On voudrait toujours une grande mince,
Et toujours, nous arrive une petite grosse -
Célavi !

On aurait voulu acheter une flûte enchantée
Et on achète un ocarina, car il n'y rien d'autre là.
On voudrait chaque matin se laisser aller
Et ne rien faire. Comme ça...Comme ça...

Sous la contrainte impériale, nous avons pensé
À une république,… et maintenant elle est là !
On voudrait toujours une grande mince,
Et toujours, nous arrive une petite grosse -
Célavi !