mercredi 7 août 2013

Du Pain aux Oiseaux

Du Pain aux Oiseaux

Chanson française – Du Pain aux Oiseaux – Jean Yanne – 1957




Oh, Lucien l'âne mon ami, tu connais sans doute Jean Yanne et tu as certainement dans l'oreille et en tête – dans ta tête d'âne, la souvenance d'un personnage et d'une œuvre pleins de gouaille et assez abrupts par certains côtés.


Bien sûr, je connais le dénommé Jean Yanne et, je te dirais même que je l'aime beaucoup et que je garde en mémoire bien de ses chansons, de ses sketches, de ses textes et de ses films – comme acteur et comme réalisateur. J'espère d'ailleurs retrouver quelques-unes de ses chansons dans les Chansons contre la Guerre. Même si elles sont parfois, j'aurais l'idée de dire, toujours – si elles sont un mélange alchimique de vitriol comique et d'acide ironique.


D'accord, Lucien l'âne mon ami, nous apporterons quelques autres pierres de Jean Yanne au monument des Chansons contre la guerre, car celle-ci, je l'avais déjà insérée il y a quelques temps déjà en 2008. Mais, ici et maintenant (hic et nunc), je voulais te faire connaître cette chanson – jamais publiée sur disque, jamais gravée – écrite, composée et chantée par Jean Yanne... Une chanson de sa jeunesse... On y découvre un autre personnage et sans une des plus émouvantes chansons antimilitaires.


Allons-y. Moi, du Jean Yanne, je suis toujours preneur d'autant qu'il tissait à sa manière – comme nous à la nôtre – le linceul de ce vieux monde empesé, polémophile, criminel, assassin et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Moi, je donnais du pain pour les oiseaux
Je ramassais le chien qui buvait au ruisseau
J'étais riche d'amour beaucoup plus que d'argent
Mais je riais de tout et n'avais pas vingt ans

Si je refusais Dieu qui me refusait tout
C'est sûr qu'entre nous deux, je tenais le bon bout
Lui qui ne donnait rien mais voulait qu'on le prie
Moi qui donnais l'amour sans rien d'autre en retour

Un matin vint chez moi, botté, vêtu de bleu
Celui qui me tendit un papier fabuleux
Portant un nom de ville, un nom de régiment
Et me donnant le droit de tuer sans châtiment

Pour avoir refusé l'uniforme à mon dos
A vingt ans dépassés, j'ai passé le falot
Des hommes médaillés du bas-ventre au képi
Pour ce fait, ont jugé que j'avais mal agi

Moi qui rêvais de ciel et de bateaux
Me voici enfermé au fin fond d'un cachot
Ma cellule est bien triste et n'a pas de hublot
Mais au mur un artiste a gravé quelques mots

Je chanterai encore et chanterai toujours
Car même si la mort ou le manque d'amour
Font tomber le malheur ou la terre sur mon dos
J'ai donné tout mon cœur et du pain aux oiseaux


mardi 6 août 2013

VINGT ANS MAINTENANT

VINGT ANS MAINTENANT



Version française – VINGT ANS MAINTENANT – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne - 20 now – Sine Frontera – 2009








J'ai vu les bleus noirs et les bras
J'ai vu les yeux et les pensées vides
Les motos volées et laissées là
Gris quartiers de rouille… rouille
J'ai vu les Punks et Christiane F.
Trous et peurs à l'ombre du mur
Le Rock et les caisses à plein tube
L'ennui, et le soleil… Le dimanche…
Dimanche

Temps ! Longs Temps ! Longs jours ! 20 ans … maintenant

J'ai vu ce mur surgir
Dans le Berlin 89 d'ici
Et puis, d'autres murs grandir
Le monde changeait d'opinion
Changeait de régime, il y a vingt ans
Changeait le jeu, les idées et les gens
Changeait peu au fond pour nous
Illusion non stop la musique…
Le perfecto et les rangeots… le dimanche…
Il y a vingt ans

Time ! Longs Time ! Long day ! 20… maintenant

J'ai vu les bombes et les tempêtes de feu
Finalement, j'ai vu le monde changer très peu
Un homme seul contre une armée
Un homme seul sur une place…
Tienanmen…
Tienanmen
J'ai vu les jours de l'apartheid
Mandela retrouver la liberté
Nos rêves seulement à moitié
Et des centaines de film… sur le Vietnam…
Putain de Vietnam

Temps ! Longs Temps ! Longs jours ! 20 ans … maintenant

J'ai vu les premiers signes du sida
Fonzie et le pop corn, la guerre à la télé
Nos mains notre jean
Les disques en vinyle…
Le dimanche... dimanche
J'ai vu les enfants de Tchernobyl
La désolation les bidonvilles
Et le futur volé est déjà ici
Et la mer, le goût de la mer… au nucléaire…
Nucléaire


Temps ! Longs Temps ! Longs jours ! 20 ans … maintenant

dimanche 4 août 2013

Camille

Camille

Chanson française – Camille – Jean Yanne – 1961
http://www.youtube.com/watch?v=jf24MkOKllo



Dans son commentaire à la chanson de Wolf Biermann[[45184]], Ballade auf den Dichter François Villon, R.V. se demandait ce que François Villon pouvait faire de ses nuits avec la grosse Margot et parallèlement, ce que Wolf Biermann pouvait faire avec la Marie. À titre d'hypothèse et aux fins d'aider ( a posteriori, certes...) les visiteurs de la nuit, agents de la Stasi, à parfaire leurs dossiers, je propose cette description assez détaillée des amours de Jean Yanne, qu'on peut considérer à juste titre comme un descendant de Villon, avec le ou la dénommé(e) Camille.

Cordial

Lucien Lane





Je prends Camille avec des pinces,

Et la remets dans son bocal !






J'ai connu des tas de filles
Des tas de garçons aussi,
Mais quand j'ai connu Camille
Ah quel trouble dans ma vie !
Camille n'est pas très fille,
N'est pas très garçon non plus,
Comment expliquer Camille
À ceux qui ne l'ont jamais vu?

Camille est assez spécial
Il ou elle, je ne sais plus,
Ressemble à une amygdale
Aux extrémités fourchues.
Certains trouveraient atroce
Son corps car un peu partout
Où il devrait y avoir des bosses,
Chez Camille, il y a des trous !

Gnia gnia gnia gnia gnia gnia gnia
gnia gnia gnia gnia gnia gnia gnia gnia !

Comment décrire Camille
Qu'a ni cul, ni seins, ni dos?
On dirait une chenille
Ou un dessin de Picasso
C'est comme un intestin grêle
Avec une tête au milieu,
Un gros triangle isocèle
Boursouflé jaune et visqueux !

Chaque nuit avec Camille,
Je m'envole vers les cieux,
Je suffoque et m'écarquille,
Je plane, je suis heureux.
C'est vraiment l'apothéose
Des voluptés de l'amour,
Mais la meilleure des choses
Ne peut pas durer toujours !

Gnia gnia gnia gnia gnia gnia gnia
gnia gnia gnia gnia gnia gnia gnia gnia !


Quand le premier soleil brille,
Venant mettre un point final
À l'étrange cérémonial
De mon bonheur avec Camille,
Quand le petit jour évince
La nuit de mon bonheur nuptial,
Je prends Camille avec des pinces,
Et la remets dans son bocal !
Je prends Camille avec des pinces,
Et la remets dans son bocal !
Dans son bocal....

samedi 3 août 2013

BALLADE DU POÈTE FRANÇOIS VILLON

BALLADE DU POÈTE FRANÇOIS VILLON

Version française – BALLADE DU POÈTE FRANÇOIS VILLON – Marco Valdo M.I. – 2013
d'après la version italienne de Riccardo Venturi – 2013
d'une chanson allemande - Ballade auf den Dichter François Villon – Wolf Biermann1968

Texte et musique : Wolf Biermann



La police le cherche depuis un bon bout de temps, le sieur François Villon ; les dernières nouvelles remontaient à 1465, lorsqu'il s'était éclipsé après avoir commis une série impressionnante de délits et avoir risqué plusieurs fois de finir comme les fameux pendus à propos desquels il composa une célèbre ballade. Les nouvelles sur ce dangereux délinquant ont toujours été fragmentaires, et sans doute, il doit avoir joui d'un très considérable réseau d'appuis pour avoir réussi à s'en sortir pendant tout ce temps ; on fut cependant proche de la capture cinq cents ans après, en 1968, quand le fugitif s'était évidemment caché en Allemagne, et plus précisément à Berlin, dans un appartement de la Chausseestraße au numéro 131. Un refuge de fortune, accueilli par une espèce de collègue, le dénommé Wolf Biermann, confiné là par les Autorités d'État de la disparue République Démocratique Allemande pour avoir formulé à la susdite des critiques un peu trop poussées dans ses chansons et ses écrits. Et pensez que ce Wolf Biermann, de famille communiste et lui-même d'une telle croyance, tout en étant originaire de l'Allemagne fédérale, avait choisi volontairement de se transférer dans l'Orientale ; en somme, pour résumer, le voici là dans son appartement, à écrire des chansons rassemblées dans un album intitulé comme l'adresse de maison (une pratique qui sera répétée, des années après, seulement d'un auteur-compositeur de Modène qui habitait via Paolo Fabbri 43, à Bologne - Francesco Guccini ), à les enregistrer comme il pouvait, et à héberger dans son placard son « frère aîné » en fuite depuis des siècles, le poète François Villon, qu'il appelle amicalement « Franz ».

Il lui fallut le cacher dans le placard, naturellement, car il est recherché. Certes, le loup a perdu son poil mais pas ses vices : alcool et femmes, et à n'en pas douter, dans tous ces siècles, il a même découvert le tabac. Ainsi, en 1968, François Villon s'était établi à Berlin et il y serait resté encore pendant longtemps, jurant et faisant certaines choses avec la grosse Margot en comptant sur la discrétion de son hôte, si ne s'était pas mise en travers la Marie, qui évidemment devait être l'amante, ou tout comme, de son hôte ; elle arrivait le soir, avec d'évidentes intentions d'accomplir d'héroïques gestes d'amour avec le sieur Biermann, et donc le poète François Villon, qui n'avait aucune intention de faire le voyeur du placard, devait déloger. Il s'en allait faire ses promenades sur un mur étrange et très long , alors construit depuis peu d'années, dont le poète ne devait pas comprendre à quoi il servait ; il était plein de guérites, de miradors, d'emplacements de garde avec des hommes armés, de barbelés. Et les gardes ne rigolaient pas, pensant peut-être qu'il était quelqu'un qui voulait s'enfuir : en somme, ils lui tiraient dessus. Inutile ; en étant plus ou moins immortel, François Villon se laissait tranquillement transpercer par les balles, en versant de discrètes quantités de vin rouge. Ensuite, il se mettait à jouer de la harpe sur les barbelés, en tirant des Vopos tout le sens de l'harmonie qu'ils avaient (en somme, nous sommes aussi toujours dans le pays de Bach et de Beethoven). À l'aube, lorsque la dame Marie avait réduit le sieur Biermann à l'état de lavette et se préparait à aller au travail, le poète François Villon rentrait à maison et il se remettait tranquille dans le placard.

Il y aura peut-être eu une dénonciation, et puis la STASI que faisait-elle ? Une nuit, le sieur Biermann entend frapper à sa porte ; et quelqu'un qui frappe à cette heure n'est probablement pas venu, car il passait par là et voulait tailler une bavette en buvant un petit café. En somme, la Police sait tout. Et le sieur Biermann panique, totalement. Mettez-vous du reste à sa place : confiné chez lui, défense absolue de publier ses chansons, enregistrées clandestinement. Qu'auriez-vous fait à sa place ? Ni une, ni deux, il dénonce immédiatement à la Police son « frère aîné », comme il l'appelle dans la chanson. Mors tua, vita mea ; et, du reste, de vie d'oiseau sauvage, il en a déjà eu assez : cinq siècles peuvent suffire pour éviter que les cinq prochains siècles en prison, pour ne pas dire pire, les y passe le sieur Biermann. Pour cet ivrogne délinquant et dégoûtant ! Et dans le placard, vraiment là, vous pouvez le prendre ce maudit provocateur qui dérange les Gardes du Peuple, et emmenez-le. Seulement le poète François Villon s'est encore une fois enfui , à sa manière. Il s'est dissous en vomis, en entendant toute cette belle petite scène. Il aura pensé, peut-être, qu'il aurait mieux fait de se cacher dans la maison de Georges Brassens. [RV]





1.

François Villon, mon frère aîné
Habite la même chambre que moi
Quand des gens viennent fouiner chez moi
Villon va toujours se cacher
Alors il se planque dans le placard
Avec une bouteille de Pommard
Et attend que l'air redevienne pur
Mais l'air n'est jamais tout-à-fait pur

Le poète pue la mort en fleur
Il devait ainsi fleurer
Avant même, le jour et l'heure
Où comme un chien, ils l'ont enterré
Quand un ami est là, par bonheur
Et trois belles filles
Alors, il sort de sa penderie
Et trinque jusqu'aux premières lueurs.


Et chante parfois une chanson
Des ballades et des histoires
S'il oublie son texte, je lui souffle
Du Brecht, des poésies et des chansons

2.

François Villon, mon frère aîné
Fut souvent arrêté
L'église et la police
Voulaient le pendre
Et lui contait, riait et pleurait
Alors, arrivait Margot la grosse
Qui chaque fois faisait jurer
Le vieux vieil homme

J'aimerais bien savoir ce qu'elle lui faisait
Je ne veux pas insister, mais
C'est loin déjà aussi
Avec ses prières et
Ses supplications
Villon s'est souvent sorti
Des dettes et des prisons.
Il s'en est bien tiré, lui.




Il échappa en suppliant
Souvent au nœud coulant
Il ne voulait pas que son cul
Lui fasse un cou trop distendu

3

Il sentait la vanité des puissants
À des lieues et il dut
Immortaliser certains culs
Qu'il honora. Cependant,
François Villon fut insolent.
Mon grand colocataire
Avala l'air frais et le vin rouge, ressuscita
Et avec impudeur et beauté chanta
Comme l'oiseau libre dans les airs
À propos d'amour et de coups fumants
Assis là, il baragouine maintenant
Le schnaps d'Adlerhof bientôt
Lui tape au ciboulot
Il lit le Neues Deutschland péniblement
(Il lit mal l'allemand)

Savoir, on lui a enseigné enfant
Le latin de haute école
Savoir, comme homme cependant
Il a surtout vécu avec le peuple.

4

La Marie me rend parfois visite le soir
Alors Villon sort un moment dans le noir
Se promener sur le Mur et là
Met les sentinelles en émoi
Les balles le traversent
Mais des trous de Villon
Ne coule pas le sang vermillon
Seul du vin rouge en perce

Puis, par blague, il joue du barbelé
Comme d'une grande harpe
Les gardes frontières tirent en rythme
Variable selon les nécessités
Dès que tôt, Marie me quitte
Tout est bu quasiment
Et Marie se lève tout doucement
Pour aller travailler en ville.

Alors, Villon rentre et tousse avec aplomb
Trois livres de plomb
Et jure et crache et est toujours plein de
Compréhension pour nous deux.

5

Naturellement, la chose est venue au jour
On ne peut rien cacher
Dans notre pays, l'ordre règne toujours
Comme chez les Sept nains.
Frappent à ma porte
Au petit matin, vers trois heures
Trois messieurs de notre grande armée
De la Police Populaire.

Monsieur Biermann, disent-ils, voilà
Vous nous êtes bien connu comme fidèle
Enfant de la RDA
La Patrie nous appelle
Debout sans rappel !
Depuis un an environ,
N’habiterait donc pas chez vous
Un certain Franz Fillon
Aux cheveux roux ?

Nuit après nuit, un contestataire
De manière provocante
Fait peur aux gardes frontières...
Je réponds à voix basse

6

Certes, il m'a d'ailleurs harcelé
Avec ses chansons d'insolence
Pourtant, je vous dis en confidence :
Ce gredin me fait gerber !
Si je n'avais pas ces jours derniers
Lu l'écrit de Kurella
Sur les chauves-souris et Kafka
Je serais encore paumé.

Il est assis dans le placard, ce chien
Une chance que vous veniez le chercher enfin
Il me soûlait avec ses gamineries
J'en avais marre de ses conneries
Je suis un paroissien respectueux
Je suis un petit agneau de Dieu
Un citoyen tranquille ; il y a seulement
des fleurs dans les chansons que je chantonne doucement.

Ces messieurs de la police
Forcèrent alors le placard
Ils n'y trouvèrent que des vomissures
Coulant dans le noir.

dimanche 28 juillet 2013

Ballade des Pauvres

Ballade des Pauvres


Chanson française – Ballade des Pauvres – Marco Valdo M.I. – 2013



Holà, Marco Valdo M.I. mon ami, j'entends que tu viens de nous faire une parodie et de Villon encore... De sa si belle Ballade des Pendus [[5843]]... Et bien, mon ami, mon frère humain, là, je te le dis tout net, tu oses... faut espérer que Villon voudra bien t'absoudre...


Faut l'espérer, tu as raison... Mais enfin, Lucien l'âne mon ami, cette parodie, je l'avais promise... Je l'avais commencée ici même lorsque, tout récemment, nous commentions « Vamos a trabajar » [[45160]], l'inénarrable chanson des Charlots. Cependant, tu as raison, s'en prendre ainsi à François Villon, c'est une gageure... mais enfin, j'ai bien traduit des chansons de Riccardo Venturi...


Certes, certes... Là aussi, il faut oser. Mais, passons... Qu'en est-il de ta chanson parodique ? De quoi cause-t-elle ?


En somme, cette chanson est un pendant à celle sur la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres depuis déjà fort longtemps... Aussi loin que se porte la mémoire des hommes. C'est la chanson des pauvres. Elle rappelle Villon, mais aussi Jean Richepin ; elle se tourne vers le bon curé Meslier, vers Brassens, Ferré, Mouloudji, Fanon et bien d'autres. Sans oublier évidemment, Pierre Valdo et la Fraternité des Pauvres, dont nous nous réclamons volontiers. Ce n'est donc pas une simple parodie ; elle se veut en quelque sorte l'hymne de la fraternité des pauvres. Même si, pour les besoins du genre, elle a conservé – question de forme – quelques réminiscences chrétiennes, dans lesquelles baigne le texte de Villon, lui-même pris par les lois du genre... alors que les pauvres que nous sommes et que nous voulons être "non sono cristiani" : ne sont pas chrétiens, comme le disaient les paysans sans terre, travailleurs sans avenir, jeunes sans travail ... là-bas en Lucanie à Carlo Levi.


Tu fais bien de le rappeler : « Noi, non siamo cristiani, siamo somari » - « Nous, nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme » et cela nous ne le renierons jamais. C'est d'ailleurs pour cela que nous tissons jour après jour le linceul de ce vieux monde malade de la richesse, de la religion, des croyances et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Frères humains qui près de nous vivez
Et qui de nous pauvres cure n'avez,
Qui les cœurs avez contre nous endurcis,
Jamais n'avons de vous merci.
Vous nous voyez ci à travailler toute notre vie
Et notre chair de malbouffe nourrie
Par mille maladies épuisée et pourrie
Demain nos os seront cendre et poudre
De ce sort infernal, vous faites notre vie
Même Dieu ne pourra vous absoudre !

Si frères vous nommons, pas n'en devez
Avoir fierté, car vous nous avez proscrits
Par votre justice. Toutefois, vous savez
Que les hommes n'acceptent pas ainsi
De vivre à genoux, de rester transis
Appelez-en au fils de la Vierge Marie
Si sa grâce n'est pas déjà pour vous tarie
Afin de vous préserver de l'infernale foudre
Vivants, vous êtes morts et terne votre vie
Et Dieu lui-même ne pourra vous absoudre !

La pluie vous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis:
Pognon, boulot vous ont les yeux crevés
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps vous n'êtes assis;
Puis ça, puis là, comme le vent varie,
À son plaisir sans cesser vous charrie,
Plus affairés pour tant aimer en découdre.
Ainsi ne serez donc de notre confrérie;
Et Dieu lui-même ne pourra vous absoudre !

L'humaine nation, qui de tous est patrie,
N'a que faire de vos seigneuries :
Il ne vous reste qu'à les dissoudre
Hommes, ceci n'est point moquerie;

Car Dieu lui-même ne pourra vous absoudre !

Vamos a trabajar


Vamos a trabajar


Chanson française – Les Charlots – 1984



http://www.wat.tv/audio/charlots-vamos-trabajar-1984-3s8f5_2hz8l_.html



Il est temps de rendre hommage au grand Stakhanov, idole grandiose de tous les travailleurs du monde. Il ouvre devant nous l'abîme d'un avenir radieux où nous nous précipiterons avec enthousiasme.






D'abord, Lucien l'âne mon ami, je voudrais rapprocher cette chanson des Charlots, de celle des Righeira [[42445]] Vamos a la playa, avec laquelle elle ne partage pas seulement le titre, mais une certaine tournure d'esprit et de dérision...Elle raconte d'où vient le goût du rat pour la course au fromage...




Et moi, dit Lucien l'âne en riant d'un air sérieux, qui me demandais pourquoi tous ces humains couraient dès l'aube...




Tu sais, Lucien l'âne mon ami, on leur ferait bien une ballade sur la trame de celle des pendus du père François... Quelque chose comme : frères humains, qui près de nous vivez, cessez de vous démener ainsi... Pour te montrer, voici une strophe ... Une imitation de la ballade... Chez Villon, c'est la dernière...


La pluie vous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis:
Pognon, boulot vous ont les yeux crevés
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps vous n'êtes assis;

Puis ça, puis là, comme le vent varie,
À son plaisir sans cesser vous charrie,
Plus affairés pour tant aimer en découdre.
Ainsi ne serez donc de notre confrérie;
Mais priez Dieu que tous vous veuille absoudre!





Oh, Marco Valdo M.I., mon ami, tu devrais en faire une entière de ballade en imitation de François Villon.




Je sais, je sais... La vraie question, c'est le temps... Mais j'y songe, pendouillant moi aussi selon le sens du vent... Mais deux mots encore à propos de la chanson pour dire que les Charlots avaient mis dans le mille (Émile...) et en noyant tout dans une sorte de curry fait de poivre comique et d'acide ironique. Une chanson décapante... Toute la mécanique de l'aliénation démontée...




Le pire, c'est qu'elle est juste et que ceux qui s'y sont laissés prendre y tiennent et en redemandent. Comme dans la chanson... Et puis, ce qu'ils craignent par dessus tout, c'est d'en être privés... Ainsi, le piège est bien refermé. Tu vois, moi qui suis un âne, moi qui ai une longue expérience du travail obligatoire, imposé par la force du bâton et la séduction de la carotte, je comprends qu'on travaille car on est contraint de le faire, qu'il faut bien vivre, qu'on n'a pas le choix, bref, qu'on doive subir l'esclavage. Ou alors, et c'est plus rare et là, ça vaut la peine, on fait ce qu'on aime et on y trouve une sorte de tranquille plénitude ou de réalisation de soi. Mais ce qui m'échappe chez les accros du STO, c'est leur manie d'en redemander... jusqu'à en crever. Aucun âne n'accepterait ça.. Alors, Marco Valdo M.I., mon ami, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde laborieux, stakhanoviste, glouton, infantile et cacochyme.






Heureusement !






Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Le soleil montre son nez
Puerta de la Chapelle
Il est 7 heures
On met les pinces à vélo
La conchita tendrement
Nous tend la gamelle.
Quel panard, on va au boulot.



Vamos a trabajar,
Vamos a gagner les dollars.
Vamos a trabajar,
Pour la mouquère et les moutards.



De huit heures jusqu'à midi
De une heure à six heures
C'est déjà bien mais il nous faudrait du rab.
Si on pouvait passer la barre des 40 heures
On vivrait tous comme des nababs.



Vamos a trabajar,
Vamos a gagner le caviar.
Vamos a trabajar,
Pour la Mercedes, la Jaguar.



Nous l'aurons la villa et la piscine
Le chauffeur et le jardinier
Pour Pepita le manteau de zibeline
Il suffit d'aller bosser.



Vamos a trabajar,
Vamos a gagner l'or en barre.
Vamos a trabajar,
Pour le cognac et les cigares.



L'été Saint Tropez, Tahiti et l'hiver
Le petit yacht et l'avion.
Si on fait quelques heures supplémentaires
On aura satisfaction.




Vamos a trabajar,
Vamos a gagner les dollars.
Vamos a trabajar,
Pour la mouquère et les moutards.