jeudi 14 mai 2020

Euthanasiez-moi !


Euthanasiez-moi !



Chanson française – Euthanasiez-moi ! – Marco Valdo M.I. – 2020
Chanson de la vérité humaine toute nue.

 

Vincent va son chemin

Van Gogh – 1888

Dialogue Maïeutique



Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson nue. Voici la parodie d’une chanson « Déshabillez-moi ! » écrite pour une strip-teaseuse, qui ne l’a jamais chantée ; une chanson que Juliette Gréco a interprétée à partir de 1967 en provoquant un immense scandale. J’en ai à mon tour fait une parodie au sens originel du terme : « texte composé pour être chanté sur une musique connue », comme l’entendait l’excellent Voltaire. Bien entendu, elle recèle autant que la chanson dont elle s’inspire une dose explosive d’acide ironique Cette chanson opère un dévoilement, celui de l’immense hypocrisie d’une société qui veut occulter la mort et le désir de mourir au nom d’une conviction aberrante en un être inexistant.

Oh, dit Lucien l’âne, on dirait bien que c’est une attaque frontale contre la pudibonderie et la tartuferie religieuses. Je n’ai jamais compris pourquoi les religieux et les religions étaient opposés à la mort volontaire ou à la fin de vie choisie et assistée. D’ailleurs, juste pour qu’on comprenne l’absurdité des religions qui s’opposent à la mort volontaire des gens (je souligne que ce sont les mêmes qui approuvent, organisent et bénissent de grands massacres et des guerres) imaginons un croyant qui souffre ou qui en a marre de cette vie ou qui simplement veut en finir ou qui pour résumer, veut rejoindre Dieu et son jardin des délices au plus tôt ; ce croyant adresse donc une prière à son Dieu (ne pas se tromper de destinataire) ; moi, je serais Dieu, je serais ravi de sa demande et je l’exaucerais aussitôt. Évidemment, comme ni Dieu, ni Diable n’existent, rien ne se passe.

Oui, tout à fait, répond Marco Valdo M.I., il y a dans la Guerre de Cent Mille Ans des chapitres entiers qui sont occultés et par exemple, celui de l’oppression millénaire qui empêche chacun de mourir librement, de quitter sa vie quand il le juge opportun et dans de bonnes conditions. Cette façon de faire se traduit par le mot : « euthanasie », « mort bienveillante » ou « bonne mort ».

Bonne mort, bonne mère, quelle affaire !, s’exclame Lucien l’âne. Cela dit, c’est une bonne idée.

C’est une bonne idée, reprend Marco Valdo M.I. et ce serait une bonne pratique. Surtout après ce qu’on vient de vivre et vit encore actuellement et sans doute demain, quand on prolonge inutilement et en masse la terrible souffrance de vieillards au bord de la libération, d’asphyxiés cherchant désespérément à en finir, de comateux traînés de force jusqu’au bout du bout, il est temps pour les survivants de tirer l’enseignement de cette terrifique leçon et de pouvoir bénéficier de cette pénible expérience individuelle et collective. Oui, une vieille, un vieux, une jeune, un enfant, un bébé, tous peuvent être des nœuds de douleurs indémêlables et insupportables qu’il convient de dénouer ou de trancher pour y mettre fin. Qu’il y ait des précautions nécessaires, nul n’en doute, mais qu’on puisse en finir n’est pas seulement un droit, n’est pas seulement l’exercice plein et entier de la liberté et de l’autonomie de la personne humaine, ce n’est pas seulement un droit, c’est aussi un devoir pour l’autre que nous sommes d’y apporter notre compréhension, notre compassion et notre aide avec comme le demande la chanson : sympathie et empathie.

« Soyez sympathique,
Soyez empathique !
Laissez-moi partir,
Laissez-moi finir,
Sans souffrir !

Euthanasiez-moi ! »

Oui, dit Lucien l’âne, il importe aussi que cet acte de solidarité se fasse comme le demande la chanson :

« Avec délicatesse,
Avec tendresse,
Et sans tristesse. »

et que l’aide à la mort ne soit pas seulement ce pis-aller qu’on dispense à l’extrême extrémité de l’ultime douleur. Véritablement, on doit pouvoir mourir librement et la tête haute. On doit pouvoir le faire aidé par ses parents, par ses amis, dans la cordialité et la joie de sa dernière cène. Alors tissons le linceul de ce vieux monde oppressant, mortifère, ennuyeux, pénible et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Euthanasiez-moi !
Euthanasiez-moi !

Tout de suite,
Très, très vite.
Sachez m’accompagner,
Me relaxer,
M’encourager.

Euthanasiez-moi !
Euthanasiez-moi !

Ne soyez pas nerveux !
Que votre regard
Soit plein d’égards.
Souriez-moi des yeux
Et des deux !

Euthanasiez-moi !
Euthanasiez-moi !

Sans retard,
Avec art.
Sachez m’hypnotiser,
Sachez m’envelopper,
Sachez me rassurer !

Euthanasiez-moi !
Euthanasiez-moi !

Avec délicatesse,
Avec tendresse,
Et sans tristesse.
Pour mon dernier repos,
Sans un mot de trop.

Euthanasiez-moi !
Euthanasiez-moi !

Voilà, ça y est, je suis
Prêt pour les houris et le paradis.
De votre main experte, allez-y !
Maintenant tout de suite,
Allez vite !
Euthanasiez-moi !
Euthanasiez-moi !

Mesurez bien vos paroles :
Ni sinistres, ni trop drôles !
Envoyez-moi en l’air
Sans manières,
De l’autre côté !

Euthanasiez-moi !
Euthanasiez-moi !

Conduisez-vous en homme,
Sans trembler,
Soyez un bon homme,
Agissez,
Sans tarder.

Euthanasiez-moi !
Euthanasiez-moi !

Soyez sympathique,
Soyez empathique !
Laissez-moi partir,
Laissez-moi finir,
Sans souffrir !

Euthanasiez-moi !
Euthanasiez-moi !
Euthanasiez-moi !
Euthanasiez-moi !


lundi 11 mai 2020

La Poule d’Homère



La Poule d’Homère


Chanson française – La Poule d’Homère – Marco Valdo M.I. – 2020

Quelques histoires albanaises, tirées de nouvelles d’Ismaïl Kadaré, traduites par Christian GUT et publiées en langue française en 1985 sous le titre La Ville du Sud.(3)







La Tête d'Homère




Dialogue Maïeutique


Quel titre étrange, une fois encore, Marco Valdo M.I. mon ami. Que peut bien raconter une chanson qui est intitulée « La Poule d’Homère ». C’est très ambigu. Enfin, pour ce qui est d’Homère, je sais qui c’est ; je l’ai promené un jour sur mon dos, il y a très longtemps, j’en conviens, mais j’ai une mémoire d’âne. Seulement pour ce que j’en sais, et j’en sais sans doute plus que quiconque actuellement, Homère voyageait seul. C’était une sorte de vagabond, le déserteur de tant de combats. Donc, s’il est question de lui attribuer une « poule », je pense que c’est une erreur. Avec le métier qu’il avait d’aller raconter des histoires de village en village et à pied encore bien, la plupart du temps, il ne pouvait pas s’encombrer d’une poule. Et de plus, à l’âge qu’il avait quand il s’était affublé du nom et de la réputation d’Homère, encore moins. Il n’en avait pas les moyens. Tout ceci évidemment, à supposer que nous parlons du même Homère ou que l’Homère dont nous parlons aujourd’hui est bien l’Homère d’alors.

L’Homère d’alors ?, soit ! Lucien l’âne mon ami, tu fais bien de parler de cet Homère-là. Le personnage ainsi visé dans la chanson est bien celui-là, il n’y a pas d’erreur : il s’agit de l’aède auquel on attribue l’Iliade et l’Odyssée. Quant à sa personne réelle et à la vie qu’il a vraiment vécue, c’est pareil que pour William Shakespeare, celui qui a vraiment écrit les pièces de théâtre publiées sous ce nom. On ne sait pas grand-chose, on suppute, on suppose mille choses.

Oui, je sais, dit Lucien l’âne, en guise de tête d’Homère, on a un buste ; pour Shakespeare, on a un mauvais portrait et aucun des deux – buste ou portrait – fait de leur vivant. Quoique pour ce qui est de William Shakespeare, les choses évoluent et on commence à lui trouver à l’incarner dans une personne réelle, dont le nom d’auteur serait un hétéronyme.

Mais laissons cela, dit Marco Valdo M.I., on risquerait une querelle d’Anglais et ça nous entraînerait trop loin. Maintenant, pour ce qui est de la poule, tu as été trop vite en besogne. Il s’agit d’une malheureuse gallinacée, déjà presque morte au début de la chanson.

Bien, bien, dit Lucien l’âne, tu me dis que cette volatile meurt et puis quoi ?

Il existe en français, Lucien l’âne mon ami, et presque tous les enfants la connaissent, une comptine, une très petite comptine qui a inspiré le début de la chanson. Cette comptine, vraiment enfantine, est très courte, si courte que je te la chante entièrement de mémoire à l’instant :

« Une poule sur un mur
Qui picore du pain dur
Picoti, Picota
Lève la queue et puis s’en va. »

Oh, dit Lucien l’âne, les comptines sont des choses fort mystérieuses. Je pense que leur grand secret, c’est d’être à la mesure de la mémoire enfantine.

Enfin, bref, reprend Marco Valdo M.I., cette poule se noie dans la citerne et on ne peut l’y laisser sous peine d’empoisonner toute la famille. Il faut donc extraire la poule, mais aussi, vider et nettoyer la citerne. On fait venir des ouvriers et parmi eux, il y a un certain Omer, qui va en quelque sorte ressusciter Homère.

D’accord, dit Lucien l’âne, mais que viennent faire les Allemands dans cette histoire de poule ?

Mais rien précisément, répond Marco Valdo M.I. ; ils n’ont rien à y faire sauf que dans la tête de l’enfant, perdu dans cette guerre qui ravage toute l’Europe d’alors, ces Allemands sont les affreux monstres qui mutilent et qui tuent. Ainsi, la guerre s’invite dans l’imaginaire des enfants.

En somme, dit Lucien l’âne, c’est toujours ainsi dans la Guerre de Cent Mille Ans ; elle est partout, elle s’insinue dans tous les moments de la vie, y compris dans celle des enfants ; elle façonne leur interprétation du monde, elle nourrit leurs peurs et leurs terreurs, mais elle nourrit aussi leurs jeux et leurs rêves. Enfin, que dire, tissons le linceul de ce vieux monde monstrueux, imaginaire, fantastique et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Une poule dans la cour,
S’en vient faire un petit tour ;
Trop curieuse de tout,
Elle tombe dans le trou.

Dans l’eau de notre citerne,
La poule caquetante se noie.
Tout le quartier à notre poterne
Se presse comme à l’opéra,

Pour voir ce spectacle rare
De la citerne qu’on nettoie.
Une citerne n’est pas une mare,
On ne la vide pas comme ça.

Ainsi, tel Diogène, l’homme au tonneau,
Les ouvriers, lanterne à la main,
Au bout d’une corde, depuis le matin,
Descendent et montent avec leur seau.

Le plus vaillant et le plus petit aussi
Au joli nom d’Omer répond.
Par le trou, je crie son nom
Et la citerne en écho renchérit.

Sais-tu qui était Homère ?, me dit mon père.
Un ancien aède aveugle des deux yeux,
Il racontait Hélène, Troie et la guerre.
Pourquoi les Allemands lui ont-ils crevé les yeux ?

C’était il y a très, très longtemps,
Il n’y avait pas encore d’Allemands.
Souvent, à présent, je crie « Omer ! » au trou
Et la citerne répond Homère à chaque coup.

dimanche 10 mai 2020

Le Tract



Le Tract


Chanson française – Le Tract – Marco Valdo M.I. – 2020

Quelques histoires albanaises, tirées de nouvelles d’Ismaïl Kadaré, traduites par Christian GUT et publiées en langue française en 1985 sous le titre La Ville du Sud.(2)


C’est un tract, un message clandestin,
Un papier boulé pour changer notre destin.
 
  




Dialogue Maïeutique


Nous voici, Lucien l’âne mon ami, de retour dans l’Albanie du Sud, vers 1940, très précisément à Gjirokastër et plus encore, probablement, dans cette ruelle des Fous qui est sans doute la ruelle la plus célèbre d’Albanie et pourquoi pas, du monde. Dans cette ruelle ou tout à côté, se trouve la maison où vit cette famille dont la grand-mère, dite mémé, avait annoncé « la guerre » à la lecture de l’os du coq.


Bien sûr, dit Lucien l’âne, que je me souviens de cet épisode de divination. À ce sujet, je voudrais quand même souligner que la superstition n’est pas morte ; elle sévit encore, sous de multiples formes et chez des gens qu’on penserait rationnels. Il est vrai que la bêtise est fort répandue chez les humains. Maintenant, on ne peut pas dire que la Mémé ait eu tort lorsqu’à la lecture de l’os du coq, elle annonça : « La guerre », car en effet, la guerre est arrivée. Mais d’autre part, cette guerre était dans l’air et cette annonce d’aruspice ou de Pythie n’était qu’une sorte d’écho des rumeurs qui circulaient depuis un temps et qui reflétaient la situation tendue de cette région frontalière entre l’Impero italien et le Royaume de Grèce, touts deux dirigés par des fascistes. Mais au fait, quel rapport avec cette nouvelle chanson ?


Bonne question, Lucien l’âne. Eh bien, on pourrait dire que cette nouvelle chanson, dont le titre est « LE TRACT », s’inscrit dans cette même période et est un des éléments de cette atmosphère de guerre et de résistance.Il n’est d’ailleurs pas précisé de quel bord vient ce tract, ni ce qu’il raconte.


De quel bord ? Ni ce qu’il raconte ?, demande Lucien l’âne. Qu’est-ce que ça veut dire ?


Je m’en vas te l’expliquer, répond Marco Valdo M.I., mais d’abord, je voudrais attirer ton attention sur un autre aspect de cette affaire. Un aspect en liaison avec la grand-mère et son univers particulier tout empreint de magie. L’affaire se présente ainsi : la maman remonte de la cour – remonte, car dans les maisons de Gjirokaster, La grande pièce d’apparat, de réception et de vie familiale, avec ses hautes fenêtres, est située au premier étage et le rez-de-chaussée est une zone d’entreposage et de service, notamment, la citerne. Donc, la mère remonte de la cour et elle tient à la main une boule de papier qu’elle vient de ramasser près du portail d’entrée. Une chose étrangère qu’un inconnu a jetée là. Cette boule intrusive est immédiatement interprétée comme un sort, c’est-à-dire un sortilège, un objet magique ou ensorcelé et donc, dangereux.


Oh, dit Lucien l’âne, les sorts, voilà bien des choses inquiétantes et depuis la plus haute antiquité, je peux te le garantir. Comme tu le sais, je suis moi-même – à ce qu’en disait Apulée – la victime d’un sortilège, lancé par une sorcière.


Sans vouloir généraliser à tous les lieux et à tous les temps, dit Marco Valdo M.I., dans cette histoire albanaise vieille de bientôt un siècle, il apparaît une sorte de dichotomie entre l’appréhension des sorts par les femmes et par les hommes. Les femmes réagissent de la manière traditionnelle et rejettent cet objet diabolique. C’est le père, lui, sans doute moins superstitieux et peut-être aussi engagé dans l’affrontement politique, qui ramasse l’objet insolite, déplie le papier et après un coup d’œil, déclare : c’est un tract. Comme à ses yeux, c’est aussi un objet dangereux, mais pour d’autres raisons, il intime le secret à toute la famille.


Pour d’autres raisons ? Lesquelles ?, demande Lucien l’âne.


J’y viens, reprend Marco Valdo M.I., à ces raisons qui sont assez complexes à démêler. Je ne peux rien dire de tranché du bord d’où ce tract proviendrait, ni de son contenu. Cependant, on peut recourir au contexte et comme toujours dans la Guerre de Cent Mille Ans, la guerre a mille visages et diverses conformations. Un, il y a l’occupation du pays par l’armée italienne et donc, deux : il y a la résistance à cette occupation et à l’annexion pure et simple du pays ; trois, indépendamment de la guerre à venir et de l’occupation en cours, il y a la guerre civile souterraine entre Albanais : outre ceux qui se sont ralliés à l’Impero italien – en gros, les fascistes albanais, il y a une résistance divisée en gros entre les royalistes, d’une part et les communistes d’autre part ; ces deux derniers camps sont les plus susceptibles de diffuser clandestinement des tracts. Aussi, quel que soit le bord et le contenu du tract, on peut être sûrs de l’exactitude de la conclusion :


« C’est un tract, un message clandestin,

Un papier boulé pour changer notre destin. »


Certainement, Ora e sempre, Resistenza !, dit Lucien l’âne et j’imagine qu’on en saura plus ultérieurement. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde clandestin, superstitieux, militant et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Un matin glacial de février

Où les toits gouttent moroses,

Dans la cour, au pied de l’escalier,

Ma mère a trouvé la chose.


Chez nous, chacun a son humeur,

Chacun a son pas dans l’escalier.

Ma mère entre, on voit battre son cœur

Et dans sa main, une boule de papier.


Jette ça, ma fille, en vitesse !

Dit mémé plus pâle que la mort.

C’est l’œuvre d’une diablesse,

C’est le malheur, c’est un sort.


Les sorts, on y croit très fort.

Mémé ferme les yeux et se met à prier ;

Maman se tait et tremble encore.

Mon père ramasse la boule de papier.


Dans un silence de tombe,

Papa déplie le papier dangereux,

Rien ne tombe.

Papa lit le papier mystérieux.


Une feuille blanche avec des mots

Tapés à la machine ; des mots.

Qu’est-ce qui est écrit ?

Qu’est-ce que ça dit ?


Cette chose n’est pas un sort malvenu.

Ne dites rien à personne. Silence absolu.

C’est un tract, un message clandestin,

Un papier boulé pour changer notre destin.




vendredi 8 mai 2020

LE VIEUX ET L’ENFANT

LE VIEUX ET L’ENFANT


Version française – LE VIEUX ET L’ENFANT – Marco Valdo M.I. – 2020
Chanson italienne – Il vecchio e il bambino Francesco Guccini – 1972



« Le vieux et l’enfant a le goût d’une histoire de science-fiction mais n’a rien à voir avec le smog, la pollution et les nuisances, malgré les tentatives louables de beaucoup de l’interpréter. Elle remonte à l’époque de Noi non ci saremo e de L’atomica cinese. Le vieux et l’enfant parlent de l’holocauste nucléaire. »
Cotto
Un altro giorno è andato – Giuntipg 81-82



 

Il n’y avait personne tout alentour,
Juste le contour morne des tours.





Dialogue Maïeutique

L’autre jour, dit Marco Valdo M.I., c’était peut-être même hier, j’avais proposé une version française d’une chanson d’Ahmed il Lavavetri qui s’intitulait, si tu t’en souviens, «  Il vecchio e il bambino [Fiaba primitivista] LA FABLE DU VIEUX ET DE L’ENFANT – Conte primitiviste. »

Oui, évidemment que je m’en souviens, dit Lucien l’âne. C’est une chanson dont j’avais pensé – par devers moi – qu’elle devait, d’une façon ou d’une autre, être rattachée à1984, le roman de George Orwell, alias Eric Blair, roman dont elle semblait vouloir célébrer le centenaire.

Ta mémoire d’âne, reprend Marco Valdo M.I., ne me paraît pas affectée par les virus ambiants et c’est une bonne chose. Donc, de cette chanson d’Ahmed, je t’avais informé qu’il s’agissait d’une parodie c’est-à-dire une sorte de paraphrase, de variante d’une chanson de Francesco Guccini (1972), intitulée Il vecchio e il bambino et j’avais promis d’en faire une version française, que je devais forcément titrer : LE VIEUX ET L’ENFANT. La voici. À vrai dire, à les regarder comme ça, elles sont presque similaires, presque des jumelles ; en tout cas, des cousines proches. Cependant, il ne faut pas s’arrêter à ce coup d’œil. L’aînée, celle de Guccini, brosse le tableau d’un paysage détruit par une bombe (ou plusieurs) atomique, une sorte de désert nucléaire où plus rien ne pousse et où on distingue en fond les tours en ruines d’une grande ville. On ne sait d’ailleurs rien du moment e l’histoire où elle se situe. L’autre, la puînée, s’inscrit en 2084 dans une société effondrée – celle qu’anticipent les collapsologues. Elle ne dit pas vraiment pourquoi on en est là, mais on peut penser qu’il s’agit plutôt du résultat de l’élévation de la température ambiante et des effets délétères qu’elle va nécessairement engendrer et face auxquels, on est fort démunis. Tout cela, semble-t-il, a débouché sur un retour à une société désertique, un monde d’éleveurs de chèvres, une sorte de Larzac du Sud, tout de pierrailles, de thym, de menthe et de chardons ou d’univers tiré des Città del mondo d’Elio Vittorini, mais inversé.

Vittorini, dit Lucien l’âne, Les villes du monde, pourquoi pas et sans doute, le mouvement s’est inversé. Et en confidence, il me vient à l’esprit que c’est encore le mieux qui puisse en résulter, car face à la progression des déserts et à la montée des eaux, face aux températures insupportables, face à des conditions de vie générales intenables, l’humaine nation est sans autre solution que d’admettre le phénomène, de reculer et de s’adapter à la situation, telle la Grande Armée, à cette retraite de Russie.

C’est effectivement, dit Marco Valdo M.I., l’impression que je tirais moi aussi de la Fable primitiviste. Pour synthétiser la chose, si tant est qu’il faille le faire et que ça puisse intéresser, l’une – l’aînée, la fille de Guccini – est ravagée par la guerre – l’impossible guerre atomique et l’autre – la puînée, l’enfant d’Ahmed– est ravagée par un effondrement social, industriel et économique, par une réelle et profonde rupture de civilisation.

Tout ceci est certainement passionnant, Marco Valdo M.I. mon ami, et il se pourrait – si je te laissais faire – que tu en fasses tout un livre, mais ce n’est pas ici le bon endroit. Je te propose de laisser la réflexion courir, car il faut en finir. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde malade de lui-même, égrotant, mortifère et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Un vieux et un enfant se tenaient la main
et allaient ensemble à la rencontre du soir.
La poussière rouge s’élevait au loin
Et le soleil brillait d’une lumière fausse.
La plaine semblait aller immense
Jusqu’où l’œil d’un homme pouvait voir,
Il n’y avait personne tout alentour,
Juste le contour morne des tours.

Les deux marchaient, le jour tombait,
Le vieux parlait et doucement pleurait.
L’âme absente, les yeux mouillés,
Il poursuivait le souvenir des mythes passés.
Les vieux subissent les injures des années,
Ils ne peuvent distinguer le réel des songes.
Les vieux ne savent pas, dans leur pensée,
Distinguer le faux du vrai dans leurs rêves.

Le vieux disait, en regardant au loin :
« Imagine ceci, couvert de grains,
Imagine les fruits, imagine les fleurs,
Pense aux voix et pense aux couleurs.
Dans cette plaine, aussi loin qu’elle se perd,
Les arbres poussaient et tout était vert ;
La pluie tombait, les soleils faisaient don
Du rythme à l’homme et aux saisons ».

Le gamin riait, son regard était triste…
Ses yeux regardaient des choses jamais vues.
Puis, il dit au vieux d’une voix en rêve perdue :
« J’aime les contes de fées, racontez-en d’autres. »

jeudi 7 mai 2020

LA FABLE DU VIEUX ET DE L’ENFANT



LA FABLE DU VIEUX ET DE L’ENFANT 

Conte primitiviste.

Version française – LA FABLE DU VIEUX ET DE L’ENFANT – Conte primitiviste – Marco Valdo M.I. – 2020

Paroles : Ahmed il Lavavetri
Musique
 : Francesco Guccini, Il vecchio e il bambino, 1972
2020 : Chansonnier du Coronavirus



Désert de plaine (2084)
d'après Filippo de Pisis (1921)




Dialogue Maïeutique


Comme tu vas le voir ci-après, Lucien l’âne mon ami, je viens de terminer la version française d’une chanson italienne de notre ami Ahmed il Lavavetri, autrement dit Ahmed le Lavevitre, le laveur de carreaux, alias, alias. On dira ici pour simplifier Ahmed, afin de préserver son anonymat.

Oh, dit Lucien l’âne, je vois très bien qui c’est ce personnage. C’est un comme nous, un hétéronyme, chose prisée dans le monde de la chanson intelligente et extelligente. Pour les autres auteurs ou chanteurs, il y a le pseudonyme, qui leur sert de masque. Il faut dire que le masque est fort à la mode ces temps-ci.

Tu fais bien, dit Marco Valdo M.I., de parler de l’étrange coutume du temps présent, car c’est un peu le sujet de la chanson. Le masque : la chanson est elle-même une parodie, ce qui dans son domaine est aussi un masque. Donc une parodie d’une chanson ancienne (1972 – à l’heure où je te parle, ça près de cinquante ans, un demi-siècle) de Francesco Guccini qui s’intitulait tout pareillement Il vecchio e il bambino – Le Vieux et l’Enfant et cette circonstance m’a poussé à en faire également la version française.

En soi, Marco Valdo M.I. mon ami, ce n’est pas une mauvaise chose que de faire connaître en français une chanson de Francesco Guccini, lequel comme tous les auteurs italiens de chansons de qualité est assez peu connu dans les régions de langue française, sauf peut-être dans l’émigration italienne et sa proche descendance.

Dès lors, Lucien l’âne, pour distinguer ces deux chansons qui auraient sans ça porté le même titre, Ahmed a ajouté la mention « Fabia primitivista ». Ce que je n’ai pas fait ; j’ai finalement opté pour « LA FABLE DU VIEUX ET DE L’ENFANT – Conte primitiviste ». L’essentiel est cependant ailleurs ; il est dans l’histoire elle-même que je te résume : un vieux et un enfant se promènent dans un paysage désolé et le vieux raconte à l’enfant les souvenirs de ses vingt ans.

Certes, dit Lucien l’âne, ça ne m’étonne pas : les vieux racontent souvent aux enfants les souvenirs de leur propre enfance et de leur jeunesse.

Oui, c’est souvent le cas, dit Marco Valdo M.I., mas pas toujours. Passons ! L’affaire est que ce vieux avait eu ses vingt ans cette année-ci. Je la sais, car j’ai compté à partir de la mention préliminaire qui dit : « Quelque part dans la plaine padane en 2084. » J’en ai tiré la conclusion que : primo, le vieux était né en 2000 ; deuzio, qu’il a 84 ans ; troizio qu’il avait donc 20 ans en 2020. J’ai peut-être raisonné dans un autre ordre, mais enfin, tout est venu d’un coup. Donc, le vieux (un jeune de ces jours-ci) raconte la vie d’aujourd’hui à un enfant de demain et même, si tu veux mon avis, d’après-demain, le tout dans un décor pas très enthousiasmant. Même si j’ai tendance à penser que c’est encore fort optimiste et qu’au train où on y va, à ce moment-là, il risque de n’y avoir plus grand-chose et plus grand monde dans la plaine padane carbonisée par le soleil. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai introduit – et j’espère qu’Ahmed ne m’en voudra pas, j’espère d’ailleurs toujours que les auteurs ne m’en veulent pas de mes versions assez baroques – en lieu et place du crapaud (vispo ranocchio), deux escargots qui s’en vont à un enterrement (Chanson des escargots qui vont à l'enterrement‎ d’une feuille morte), une coutume rituelle provisoirement suspendue pour l’instant.

Oui, dit Lucien l’âne, j’ai appris ça. Il paraît même qu’on n’a plus de places pour entasser les cadavres en attente. Mais de mémoire d’un âne, ce n’est pas la première fois que ça arrive et ce n’est même pas la pire. Tiens, à propos de cadavre, ça me rappelle ce roman où il faut conduite le cadavre de Dieu (alias Jéhovah) au Pôle Nord pour conserver son corps gigantesque, long de plusieurs kilomètres. Si je me souviens exactement, ce roman porte comme titre « Towing Jehovah » (en français, En remorquant Jéhovah) et a comme auteur, l’écrivain étazunien James Morrow. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde croulant, triste, écervelé et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Quelque part dans la plaine padane en 2084.


Un vieux et un enfant se tenant la main
Allaient ensemble sur le chemin.
La poussière jaune s’élevait dans le vent,
La croissance stagnait depuis longtemps.
La plaine immense pullulait
De chèvres et les femmes barattaient le lait,
Pressaient le fromage, cueillaient les haricots
Pour nourrir grands et petiots.

Les deux cheminaient, le jour tombait,
Le vieux parlait et souriait
En pensant à l’âge de sa jeunesse,
Quand il travaillait pour la peau des fesses.
Il pensait au temps de ses vingt ans,
Aux virologues, au confinement et autres événements,
Il ne restait plus rien, tout était décadent,
Tout était revenu au passé lointain. Heureusement !
 
Le vieux disait, l’air enjoué :
« Imagine pépé masqué,
Pépé et mémé toujours éloignés,
Les files à la poste et au supermarché.
Et dans cette plaine, passé le pont,
On trouvait le pouvoir et ses institutions,
Ses décrets et l’aide des autres nations,
Qu’on regardait avec circonspection. »

Le gamin s’arrêtant et de l’œil,
Lorgnant heureux deux escargots en deuil,
Dit au vieux en lâchant la bonde :
« Grand-père, c’était un joli monde… ! »