dimanche 3 novembre 2019

CANTILÈNE POUR LE CHER-CHAR ARMÉ

CANTILÈNE POUR LE CHER-CHAR ARMÉ



Version française – CANTILÈNE POUR LE CHER-CHAR ARMÉ – Marco Valdo M.I. – 2019
Chanson italienne – Ninna nanna (per il caro / armato)Ivan Cattaneo1979


Berceuse 
Edouard Vuillard vers 1890


Dialogue maïeutique 
Berceuse 
Edouard Vuillard vers 1890

Comme depuis le temps, dit Marco Valdo M.I., tu t’en es certainement aperçu, les chansons, presque toutes les chansons, attisent les commentaires et sont des occasions de dialogue. Tu as aussi dû t’apercevoir que j’avais un certain goût pour les « ninna nanna », les comptines, les lalalaires, les lallations, les litanies, les berceuses, les ritournelles, les cantilènes ; bref, les chansons (vraiment ou faussement) enfantines où en apparence, tout n’est que ramages, pépiements, gazouillis, chuchotements qui tournent en rengaines, en cavatines, en mélopées douces, en mélodies apaisantes, enfin, quand le discours du soir tourne au lied, à l’air hypnotique. Cette chanson d’Ivan Cattaneo – regarde bien le titre en italien : Ninna nanna (per il ca (r)ro / armato) et surtout, ce qui se cache dans la parenthèse et que j’ai ajouté pour expliciter certain sens caché et qui dévoile un double sens que je n’ai pu inclure tel quel dans la version française. Car dès lors, on peut indifféremment traduire par : « char d’assaut » ou par « cher armé ». Et selon que l’on choisisse l’une ou l’autre de ces significations, la ninna nanna ne raconte pas la même histoire : soit, il s’agit d’un engin blindé (carro armato) qui mène une guerre au sens militaire, même s’il s’agit d’une guerre civile ou d’une répression armée ; soit, c’est quelqu’un de proche qui use de la force (caro armato), et on découvre la violence civile, la violence intrafamiliale ou la violence de couple, la violence contre la femme, la violence contre l’enfant, cette guerre sourde et quotidienne qui dans le monde des humains, compte aussi ses morts et ses victimes par milliers, si ce n’est plus. Oh, les victimes ne sont pas toutes physiquement mortes, mais leurs vies se passent en enfer. Et cette ninna nanna a beau mettre en garde, elle ne peut vraiment prévenir – ni dans un sens, ni dans l’autre. Comme disait Tonton Georges, toutes deux sont des :

« Guerres saintes, guerres sournoises
Qui
n’osent pas dire leur nom,
Chacune a quelque chos
e pour plaire,
Chacune a son petit mérite,
Mais, mon colon, celle que j
e préfère
C’est la Guerre de Quatorze-Dix-Huit.
 »

Évidemment, celle de 14-18 était celle que préférait également ma grand-mère, infirmière dans un hôpital en campagne du côté de Verdun ou dans la Somme. Elle y a trouvé mon grand-père un peu dans le gaz – c’était un gaz d’Yser ; il en est mort un peu plus de quarante ans plus tard ; entretemps, elle l’a bien soigné.


Tout ça m’a l’air romantique pour tes aïeux, mais pour tout le reste, c’est assez effrayant, Marco Valdo M.I. mon ami, et ça me paraît recouper, confirmer ce que dit La Guerre de Cent Mille Ans, à savoir que la guerre se joue à tous les instants et à tous les niveaux ; elle rode jusque dans l’inconscient, d’où elle déchaîne des violences parfois soudaines et d’autres d’une quotidienneté affligeante ; et il faut la museler jusque dans les recoins les plus secrets de la bête humaine.

Et le pire, Lucien l’âne mon ami, c’est que je me dis que si on compare la grande guerre, celle avec les armées, les chars et les soldats, avec ses avions, ses bombes, ses tortures, ses atrocités – celle-là même symbolisée dans la chanson par le « char armé » (carro armato) à cette guerre sournoise et rampante, cette guerre cachée, à cette violence civile et souvent silencieuse – symbolisée dans la chanson par le « cher armé » (caro armato), on s’aperçoit que la première frappe finalement de façon circonscrite – dans le temps et dans l’espace et touche un nombre de gens restreint par rapport aux ravages de la seconde.

Et en vérité, je vous le dis, conclut Lucien l’âne, je ne sais trop quand, ni comment cessera la Guerre, mais il est des conditions sans lesquelles il est certain qu’on n’y arrivera pas. On n’y arrivera pas tant que le monde sera pourri d’ambition, d’envie, de cupidité, d’avidité, tant qu’il poursuivra cette course imbécile à la richesse et au pouvoir, à la domination et aux privilèges, tant qu’il sacrifiera ses semblables à une autorité supérieure réelle ou illusoire. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde cupide, avide, absurde, ambitieux et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Ninna nanna, ninna nanna nai na na
Ninna nanna nai na na
Ninna nanna, ninna nanna, nanna nai na na
Ninna nanna, ninna nanna, ninna na na na…


Allez, laisse-le dormir
Et qu’il ne s’éveille plus,
Qu’il ne se réveille plus.
Sinon demain, ce sera pire.
La guerre, la guerre, la guerre :
Il fera la guerre
Et à tirer, tirer, tirer, tirer
À tirer, tirer, il va recommencer.


Ninna nanna, ninna nanna nai na na
Ninna nanna nai na na
Ninna nanna, ninna nanna, nanna nai na na
Ninna nanna, ninna nanna, ninna na na na…


C’est mon char d’assaut
Et je le surveille
Et lui, sur chacun de nous veille.
Et si tantôt
Je l’éveille, je l’éveille, je l’éveille,
Il t’écrasera
Et la raison, je ne la sais pas.
Mais bien sûr, bien sûr,
Je suis sûr,
Lui, sait pourquoi.


Ninna nanna, ninna nanna nai na na
Ninna nanna nai na na
Ninna nanna, ninna nanna, nanna nai na na
Ninna nanna, ninna nanna, ninna na na na…


C’est mon char d’assaut
Et je le surveille ;
Inconscient en nous, il veille.
Mais si tantôt
Je l’éveille, je l’éveille, je l’éveille,
Lui vous écrasera
Et la raison, je ne la sais pas.
Mais bien sûr, bien sûr,
Je suis sûr,
Lui, sait pourquoi
La guerre, la guerre,
La guerre, la guerre, la guerre,
Il te fera…


Ninna nanna, ninna nanna nai na na
Ninna nanna nai na na
Ninna nanna, ninna nanna, nanna nai na na
Ninna nanna, ninna nanna, ninna na na na...

Ninna nanna, ninna nanna nai na na
Ninna nanna nai na na
Na na na na na na

vendredi 1 novembre 2019

La Porte


La Porte

Chanson française – La Porte – Marco Valdo M.I. – 2019

ARLEQUIN AMOUREUX – 7 ter

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

Dans les jardins du monastère de Litomysl


Dialogue Maïeutique

L’autre soir, on avait, Lucien l’âne mon ami, laissé notre Arlequin amoureux sur la scène du théâtre du Comte Wallenstein dans une position pour le moins scabreuse. Rappelle-toi que patatras, la statue du Commandeur était tombée de son socle et montrait au public ahuri son derrière, car, souviens-toi, Matthias à qui le Comte avait imposé ce rôle ingrat, s’était présenté aux gens et aux amis du Comte : de dos, à genoux et sans caleçon.

Évidemment que je m’en souviens, répond Lucien l’âne. On n’oublie pas une pareille scène, ni une chanson intitulée : « Une Statue ne porte pas de Caleçon ». J’en ris encore.

Toi, peut-être, répond Marco Valdo M.I., et peut-être même le public osa-t-il le faire après que la Comtesse Hohenfeld, d’ordinaire si rébarbative, ait laissé se déployer son hilarité éclatante. Certainement pas le Comte qui avait renvoyé Matthias sur le champ en lui concédant un viatique de huit piastres – une petite fortune pour notre vagabond. Luigi Sevastiano, maestro in teatro, alias pour l’intime Arlecchino, ainsi banni du château de Litomysl, se réfugie à la taverne où se retrouvent les soldats et les officiers de la garnison. Arlecchino prudent s’est installé à la table près de la porte.

À mon avis, dit Lucien l’âne, cette prudence de principe, ce principe de précaution appliquée est une seconde nature qu’il a dû acquérir au cours de ses années d’errance clandestine. Si je me souviens bien, il s’est écoulé au moins onze ans depuis sa première désertion.

En effet, dit Marco Valdo M.I., et bien lui en a pris, car dans la salle, un officier – présent à Marengo – reconnaît son visage et se dirige vers lui pour l’arrêter. Il ne reste à Arlequin (alias etc.) qu’à sortir sans tarder sous la pluie battante et à fuir dans la ville poursuivi par l’officier et quelques soldats. Cette chasse mène notre déserteur devant la porte du monastère des frères piaristes, où il est bien connu et apprécié du Père Prosper, avec lequel il travaillait au théâtre, qui l’accueille et l’abrite sans poser de question.

Ouf, dit Lucien l’âne, il a eu chaud sous la pluie glaciale, mais tout est bien qui finit bien – au moins pour ce soir-là. Je suis bien content pour le maestro Luigi Matthias Pollo Arlecchino Sevastiano. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde persécuteur, vindicatif, dangereux et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


À la taverne, les soldats entrent et sortent ;
Matthias songe près de la porte :
Je ne suis pas fait pour l’armée,
Je n’aime ni le fusil, ni l’épée.

Oh, Pollo, c’est toi, tout trempé sur ce banc ?
Oh, Pollo, ne te fais pas de mauvais sang.
Oh, Pollo, mange, bois ta bière, sois patient !
Oh, Pollo, il n’y a rien d’autre à faire par ce temps.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Pollo, le galonné te reluque
Comme un curé le petit Jésus.
Pollo, ne laisse voir que ta nuque,
Si tu te tournes, tu es perdu.

L’officier se souvient bientôt,
Il se rappelle exactement ce visage :
Ce soldat avait déserté dans le village,
Là-bas en Italie, là-bas, à Marengo.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Fonce, Matthias, le bruit des pas
Martèle la boue et le pavé derrière toi ;
Vorwärts ! En avant ! Ne le perdez pas !
Arlecchino, mon ami, ne ralentis pas !

Ah, la porte, la porte, Maestro !
La cloche, la cloche, Sevastiano !
Père Prosper, ouvrez, ouvrez !
Entrez donc, mon frère, vous abriter.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

MARENG

MARENG


Version française – MARENG – Marco Valdo M.I. – 2019
d’après la version italienne – MARENGO – de Piero Milanese
d’une chanson piémontaise – MarengPiero Milanese 2011



C’est l’histoire de la bataille de Marengo vue du côté des paysans locaux. Il est écrit en Piemontese mandrogno (Alessandria), dialecte piémontais d’Alexandrie comme « La balada’d Pipu Majen ».


Dialogue maïeutique

Nous connaissons bien ici la bataille de Marengo et son histoire, car comme tu t’en souviens certainement, Lucien l’âne mon ami ; on en avait déjà parlé à l’occasion de la présentation de trois chansons : toutes issues de la saga de notre Arlequin amoureux.

Oui, dit Lucien l’âne, je me souviens parfaitement de tout ça. La première « Marengo » racontait la bataille vue par Matthias, simple soldat de l’armée autrichienne et sa mue en déserteur, dès le soir de la bataille et en fugitif, dès le lendemain matin. La seconde, je veux dire « La Marengo du Lieutenant » rapportait la même bataille, vue par le Lieutenant qui commandait le régiment où était incorporé le futur Arlequin. Quant à la troisième, « Les Coquets Lieutenants », elle narre la défaite autrichienne. En somme, on voit la bataille de Marengo du côté autrichien. C’est évidemment intéressant pour nous qui avons l’habitude de voir ces histoires du côté français.

Ainsi donc, je n’ai pas besoin de trop resituer l’affaire, reprend Marco Valdo M.I. ; mais résumons cependant. Au matin, face à face – mais quand même étalés entre le Piémont, le Milanais et la Ligurie, près de Marengo : l’armée autrichienne sous le commandement de Michael Friedrich Benedikt von Melas, à ce moment Feldmarschall du Saint Empire Romain Germanique, environ 30 000 hommes et l’armée française du Premier Consul Napoléon Bonaparte, environ 22 000 hommes. À midi : victoire autrichienne. Au soir : Bonaparte finit par l’emporter. Pour le maréchal autrichien, c’est la déroute et la capitulation. Son armée se replie vers l’Est au-delà du Mincio. Pendant ce temps, notre futur Arlequin s’est planqué dans une grange à Marengo et attend la nuit pour déserter, espérant qu’on le tiendrait pour mort.

Oui, répond Lucien l’âne, je savais vaguement tout cela, mais par contre, je ne sais toujours rien de la chanson que tu viens de versifier en français.

En effet, dit Marco Valdo M.I., mais je vais combler cette lacune sur le champ. Voici une quatrième chanson à propos de la bataille de Marengo. Elle s’intitule « Mareng » ; c’est le nom en piémontais du village de Marengo, actuellement Spinetta Marengo, incorporé à la ville d’Alessandria. C’est la même bataille de la mi-juin 1800, vue cette fois par les paysans de Mareng. C’est une vision de spectateurs, fortement inquiets et soucieux de se tenir à l’écart de la bataille, qui dans le fond, ne les concerne pas. Sauf évidemment, si on se place d’un point de vue plus général ; par exemple, celui qui transparaît à la fin de la chanson :

« Vie de paysan, terrible destin :
Les combats des soldats venus de loin
Ont détruit la vigne et les ceps sont écrasés.
Cet automne, il faudra arracher les pieds et semer le blé. »

Il y a là deux mondes qui se croisent sans jamais s’interpénétrer, si ce n’est à la marge quand les paysans viennent aider les soldats à remettre la charrette sur la route, comme ils l’auraient fait pour n’importe quelle charrette en difficulté. Deux mondes : le monde immobile, immédiat et en quelque sorte, apolitique, sans État, car lié à la terre, le monde des paysans et celui évanescent, toujours mouvant, assez hasardeux des États, des nations, des institutions, un monde administratif et urbain. C’est une autre version du « Cristo si è fermato a Eboli », roman écrit un siècle et demi plus tard par le Piémontais Carlo Levi.

Oui, dit Lucien l’âne, ce fut toujours ainsi partout. Les paysans regardent passer les armées ; une fois dans un sens, une fois dans l’autre ; ils regardent aussi tomber les bombes, ils regardent brûler leurs villages, tuer leurs enfants ; puis, ils reprennent leur vie et recommencent à choyer la terre, qui les fait vivre. Xénophon racontait déjà cette histoire dans son Anabase ; les armées finissent toujours par se dissoudre dans le paysage. Et nous nous tissons le linceul de ce vieux monde guerrier, volatil, évanescent, passager et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Les ombres longues des étés lointains,
Les odeurs des terres rouges de Fraschette,
Les clochers des villages, le laïus des cloches,
Et tous ces gens autour d’une charrette


De soldats français avec ses roues dans le trou.
« Donnons un coup de main, poussons tous ensemble.
Attention que les caisses ne tombent pas sur nous ;
Il n’y a rien à faire, c’est un vrai problème. » 


« Vite, Félix va chercher deux bœufs.
Écoutez ces échos de Bormida, ce sont les canons.
Ces Français sont pressés ; sous peu,
Sur la grande route, il y aura de l’animation. »


« Merci messieurs ! », dit un officier en passant ;
Il remercie les paysans pour la charrette
Remise sur le chemin ; éperonnant,
Il repart vers la fusillade à l’Épinette.


La musique des fusils, la grosse caisse des canons,
Le boucan gronde toujours plus fort ;
La campagne est devenue un grand sablon
Pour une folle fête, la Foire de la Mort.


À chaque instant, on tue sur cette terre.
L’été a mal commencé son voyage
Et des soldats venant de Voguère
Au pas de course, traversent le village.


Les escadrons français avancent sur la route de Tortona :
Infanterie, grenadiers, tirs de canon,
La fanfare qui sonne la musique et la confusion,
Et Napoléon à cheval au milieu de tout ça.


La tempête de la bataille approche.
« J’en ai déjà vu tout un tas fuyant.
Femmes courez aux écuries, à la cave !
Cachez-vous bien, ne laissez pas sortir les enfants ! »


Un nuage de cavaliers sort d’un songe
Comme des loups, hors de la broussaille.
Ils viennent de Pozzolo vers Mandrogne :
Trompettes, cris, lueurs, sabres : bataille.


Vagues de chevaux, tremblement de terre,
Poussière rouge plus haute que les mûres,
Bruit de lames, horreurs de la guerre, jurons,
Jets de sang, écume de rage et destruction.


Puis, un silence de mort couvre tout :
Les lamentations des blessés, les cris de corneilles,
Les fossés, les champs, les plantes, tout
Et couleur sang, va mourir le soleil.


Vient la nuit qui cache, le hibou qui chante.
Les sabots des chevaux qui courent, les derniers drapeaux,
Le général tué dans la Vigne Sainte :
On dit qu’il était jeune, on dit qu’il était beau.


Vie de paysan, terrible destin :
Les combats des soldats venus de loin
Ont détruit la vigne et les ceps sont écrasés.
Cet automne, il faudra arracher les pieds et semer le blé.

mardi 29 octobre 2019

CHANSON CONTRE LA PEUR


 

CHANSON CONTRE LA PEUR

Version française – CHANSON CONTRE LA PEUR – Marco Valdo M.I. – 2012
Chanson italienne – Canta che ti passa la paura – Herbert Pagani – 1967
Texte : Herbert Pagani
Musique : Tony De Vita (1932-1998), pianiste, compositeur et chef d’orchestre.



En 2012, suite à une erreur d’attribution de cette chanson à Giorgio Gaber, erreur portant sur la version italienne originale, je l’avais également attribuée au même Giorgio Gaber. Il s’avère finalement qu’elle est l’œuvre d’Herbert Pagani, même si elle fut interprétée également par Gaber, deux ans plus tard.

Dès lors, dit Marco Valdo M.I., il convient évidemment de modifier l’attribution de la chanson dans la version française également et supprimer la phrase d’introduction. J’en profite pour refaire la ponctuation.

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.



Sans une tune, je me suis mis en chemin ;
J’avais mes vingt ans et mon courage à la main,
Mes oreilles pour entendre, mes yeux pour regarder,
Un cœur pour comprendre et ma voix pour chanter.

J’ai tant vu de gens qui luttaient pour le pain ;
J’ai vu saluer celui qui part et celui qui revient,
Se battre et s’aimer des filles et des garçons.
Pour tous et pour chacun, je chante ma chanson.

Chanson contre la peur,
Chanson contre le malheur,
Chanson pour que soit mieux demain,
Chanson pour égayer le chemin.

Il faut des chansons qui puissent atteindre
Le haut des gratte-ciel et le fond des minières,
Chansons pour les mères qui restent à attendre,
Chansons pour celui qui part et qui espère.

Chanson contre la peur,
Chanson contre le malheur,
Chanson pour que soit mieux demain,
Chanson pour égayer le chemin.

Passent les années, je poursuis le voyage ;
Pour aimer le monde, il en faut du courage,
Mais celui qui me reste, j’entends le donner.
Tant que j’aurai du souffle, je continuerai à chanter.

Chanson contre la peur,
Chanson contre le malheur,
Chanson pour que soit mieux demain,
Chanson pour égayer le chemin.

Chanson contre la peur,
Chanson contre le malheur,
Chanson pour que soit mieux demain,
Chanson pour égayer le chemin.



lundi 28 octobre 2019

LE BATEAU DE PAPIER

LE BATEAU DE PAPIER

Version française – LE BATEAU DE PAPIER – Marco Valdo M.I. – 2019
d’après la version italienne LA BARCA DI CARTA – Lorenzo Masetti – 2018
de la chanson chilienne (espagnol) – El barco de papel Amerindios1973
Paroles et musique : Julio Numhauser
Album : Tu sueño es mi sueño, tu grito es mi canto (Ton rêve est mon rêve, ton chant est mon chant).

 


Selon le site Cantos Cautivos, c’était l’une des chansons les plus importantes des camps de détention de la dictature de Pinochet. Quand quelqu’un était libéré ou qu’il y avait des informations crédibles selon lesquelles un prisonnier aurait été envoyé en exil, une immense chorale chantait cette chanson à l’unisson avec force.


Dialogue Maïeutique


Celle-ci, Lucien l’âne mon ami, est une chanson chilienne et comme il est indiqué par le commentaire italien, une chanson qui était entonnée par les prisonniers des camps de détention où le gouvernement chilien du général Pinochet, un militaire félon tout comme l’avait été en d’autres lieux et d’autres temps Francisco Franco Bahamonde, dit le Caudillo. Augusto Pinochet est arrivé au pouvoir au Chili en 1973, par un coup d’État perpétré le 11 septembre en liquidant par la force le gouvernement et au passage, en assassinant nombre de gens, dont le Président en titre Salvador Allende. Bien que félon et ouvertement répressif et tortionnaire, son régime va bénéficier de la bienveillance et l’appui des États-Unis. Avant d’en venir à ce que raconte la chanson, juste une réflexion générale. Cette chanson aurait aussi bien pu être une chanson d’à peu près n’importe lequel des pays d’Amérique latine, car tous (ou presque) ont connu ou connaissent aujourd’hui encore des situations chaotiques où la guerre civile n’en finit de couver sous la cendre et comme les éruptions volcaniques, d’éclater au grand jour. C’est un état endémique à l’œuvre dans le monde entier, mais il apparaît plus crûment là-bas que dans les pays d’Europe. Comme on le sait, ça n’a pas toujours été le cas. Par ailleurs, on a un peu oublié qu’à l’époque le Chili était lui-même un pays de refuge pour les fugitifs d’autres pays voisins. Notamment, par exemple, les Brésiliens ou les Uruguayens ou sans doute, les Boliviens ou, ou… et une bonne part de ceux qui purent échapper aux diverses dictatures se retrouvèrent un temps en Europe.


J’en ai croisé beaucoup, dit Lucien l’âne, et il y en a beaucoup qui sont encore de ce côté-ci de la planète. Globalement, toutes ces dictatures sont l’effet et le reflet de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour maintenir et idéalement – à leurs yeux, accroître leur pouvoir, leur domination, leur exploitation, leurs privilèges, leurs richesses.


Cela dit, reprend Marco Valdo M.I., mise à part sa spécificité chilienne de chant saluant la libération des prisonniers des camps et du pays, ce Bateau de Papier fait irrésistiblement penser à d’autres esquifs qui se glissent entre les mailles du malheur vers une liberté même relative et une vie moins assassine ; en somme, vers la vie tout court. Parmi ceux-là, il y a le Radeau de Lampéduse qui reliait le désespoir d’Afrique à ce mirage d’Europe où ses passagers croyaient que les appelait leur destin. Le bateau y va, c’est sûr, mais il est toujours incertain qu’il y arrive et plus encore que la terre d’exil soit une terre d’accueil – rêves et cauchemars vivent dans la même tête. Dis Papa, c’est loin l’Europe ? Tais-toi et nage. On peut toujours rêver, dit l’enfant noir.


Mais au fait, demande Lucien l’âne, n’est-ce pas ce même bateau de papier qui fait la joie des enfants du monde entier ?


Tu as raison, mon ami Lucien l’âne, il le pourrait encore, du moins quand est chanté par Tonton Georges, Le Petit Bateau de Pêche (1937, paroles André Hornez, musique Paul Misraki). Il commençait son parcours magique ainsi :


« C’était un petit tout petit voilier
Un petit bateau de pêche
On l’avait bâti d’un bout de papier
Et d’un vieux noyau de pêche »


Je m’en souviens très bien, dit Lucien l’âne, cependant, laisse-moi faire remarquer que même l’aventure du petit bateau finit mal :


« Cela fit une tempête
Et rapidement je vous en réponds :
Les événements se gâtent,
L’eau s’est engouffrée dans les entreponts,
Adieu la jolie frégate ! »


Pour en revenir au Chili et à d’autres pays d’Amérique latine, dit Lucien l’âne, j’ai entendu dire que sur terre aussi, là-bas, la marche vers la liberté et l’espoir et comme tu as dit : « vers la vie tout court » est tout aussi aléatoire que l’escapade en bateau. Certains même dressent des murailles pour tuer ce pauvre rêve. Mais nous, nous tissons le linceul de ce vieux monde tourmenté, tremblant, volcanique, éruptif et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Le bateau en papier s’en va
Sur la mer de l’espérance ;
Il suscite un tas de créances
Et les enfants n’y montent pas.


Il s’en va, il s’en va, il s’en va et il ne reviendra pas.
Il s’en va, il s’en va, il s’en va et il ne reviendra pas.


Il y a un médecin comme passager ;
Comme capitaine, un soldat ;
Un bourgeois comme canonnier
Et une reine de poix.


Il s’en va, il s’en va, il s’en va et il ne reviendra pas.
Il s’en va, il s’en va, il s’en va et il ne reviendra pas.


Sur le bateau, un ouvrier monte,
Un professeur, un artiste
Et monte aussi cette petite fille
Qui était restée sur la rive.


Il s’en va, il s’en va, il s’en va et il reviendra.
Il s’en va, il s’en va, il s’en va et il reviendra.


Marin, sur le bateau, tu peux monter,
Car il ne faut plus qu’on se batte,
Car on est tous camarades
De paix et d’égalité.


Il s’en va, il s’en va, il s’en va et il reviendra.
Il s’en va, s’en va, s’en va, s’en va vers la liberté