dimanche 9 décembre 2018

Les Prisonniers des Gueux


Les Prisonniers des Gueux


Chanson française – Les Prisonniers des Gueux – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
116
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
IV, XVII)

HUGO DE GROOT à 16 ans


Dialogue Maïeutique

Après l’expédition nocturne, Dirk Slosse, les gens de la ferme et tout le butin sont ramenés à bord de la Brielle. On en était là, rappelle Marco Valdo M.I., quand commence la chanson.

Je ne souviens fort bien de toute cette cavalcade, dit Lucien l’âne. Et je suis très curieux de connaître la suite.

Et tu as bien raison, Lucien l’âne mon ami, car elle est peu ordinaire. Ayant appris la chose, le nouvel amiral Worst, que le Taiseux avait désigné à la place de Guillaume de la Marck, dit Lumay, considéré comme trop autoritaire et trop sanguinaire et dont le navire est lui aussi bloqué sur les glaces de l’IJ, arrive dès le matin à bord de la Brielle. Il s’agit de remettre les pendules à l’heure : de condamner dans le principe cette insubordination notoire qu’est le raid à la ferme et dans le même temps, passer l’éponge sur sa propre condamnation de cet événement. En un seul mouvement, il couvre ainsi les décisions de Till et de Lamme et en plus, il récompense les Gueux de la Brielle pour leur acte de guérilla en leur annonçant qu’ils bénéficieront du tiers du butin – le reste étant réparti entre la flotte et les dépenses générales des Gueux.

Évidemment, Marco Valdo M.I. mon ami, il aurait été de mauvaise grâce à les condamner, car leur action nocturne assurait le ravitaillement de toute la flotte pour un bout de temps.

Par ailleurs, continue Marco Valdo M.I., il préside aux débuts des réjouissances qui durent plusieurs jours ; la flotte attendant que la glace fonde pour retrouver sa capacité de mouvement. Pour une fête, c’est une fête e toute à la gloire du maître-queux.

Elles me plaisent bien, moi, les chansons de fête, dit Lucien l’âne. J’ai un peu l’impression d’y participer.

Avant de te laisser conclure, Lucien l’âne mon ami, il me faut attirer ton attention sur une manière de faire inhabituelle dans les guerres où on a plutôt l’usage d’éliminer l’adversaire ou de le réduire à l’état de prisonnier. J’insiste sur ce fait, car pour les Gueux, c’est l’application de leur devise de liberté qu’ils considèrent, bien avant la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, comme un droit humain. Au passage, je rappelle que Hugo de Groot de Delft, alias Grotius, qui écrit « Au nombre de ces faits particuliers à l’homme, se trouve le besoin de se réunir, c’est-à-dire de vivre avec les êtres de son espèce, non pas dans une communauté banale, mais dans un état de société paisible, organisée suivant les données de son intelligence », est un descendant direct de ces Gueux et par ailleurs, va théoriser leurs principes et de ce fait, devenir un des fondateurs du « droit de la guerre et la paix ». Dès lors, ils proposent à leurs prisonniers – aux femmes comme aux hommes – un choix de libre décision : rester avec les Gueux et s’engager dans le combat pour la liberté ou choisir de s’en aller, mais sous double condition d’une rançon et de ne plus servir l’occupant espagnol. En outre, spécifiquement pour les femmes, il est offert de se choisir librement un avenir.

Ce sont en effet, dit Lucien l’âne, choses peu ordinaires. Je n’ai jamais rencontré dans mes expéditions, bien entendu avant les Gueux, pareille proposition. Je pense même que dans certains pays contemporains, ce serait encore une nouveauté révolutionnaire. Cependant, pourquoi exiger une rançon de la part de ces gens qui n’étaient que des servants ?

D’abord, Lucien l’âne mon ami, il faut supposer qu’une telle rançon serait dans leur cas assez symbolique, à la mesure de leurs moyens, mais c’est un principe : c’est leur façon de contribuer à l’effort commun de libération, à la lutte d’émancipation. Ensuite, il faut se replacer dans le contexte pour comprendre cette nécessité des Gueux de se procurer, au besoin par la force, les moyens de mener à bon terme cette guerre de liberté. Cette guerre, il faut le rappeler, est l’œuvre de gens qui au départ, étaient pacifiques, loyalistes et même, bienveillants à l’égard des structures en place. Sans l’avidité, l’arrogance, la rapacité, la brutalité des Espagnols, sans l’intransigeance et le fanatisme catholique, impulsé et dirigé par l’Inquisition, jamais, ces gens des Pays n’auraient pensé à se rebeller ; jamais, ils ne se seraient jetés à corps perdu dans la quotidienneté de cette guerre. De plus, il faut comprendre à quelle désespérance, ils avaient été poussés pour oser faire la guerre contre le plus riche et le plus puissant empire du monde. Il faut se souvenir que les Gueux des bois étaient des miséreux réfugiés dans les lieux les moins hospitaliers – comme le feront toujours partout les résistants du monde entier ; il faut se rappeler que les Gueux des mers étaient au début quelques dizaines de pêcheurs et de paysans sur de minuscules bateaux face aux « invincibles » armadas espagnoles et de plus, ils ne disposaient en propre d’aucun port où se réfugier. Ainsi, les pillages des biens ennemis étaient la reprise de ce qui avait été extorqué aux Pays.

Après ça, dit Lucien l’âne, tissons, nous aussi, le linceul de ce vieux monde rétrograde, disciplinaire, nationaliste, borné et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

Sur la Brielle, arrive au matin.
Solennel, l’amiral. Il dit :
« Pour vous, il y a un tiers du butin.
Je vais régler le destin des prisonniers.

Qu’on pende Dirk Slosse par le cou au grand mât
Et haut pour qu’au loin, on le voie.
Et dans la glace, faites un trou et aussitôt
Jetez son corps sous l’eau. »

Puis, l’amiral demande faussement étonné :
« J’entends des poules glousser,
Des brebis bêler, des truies grogner,
Des veaux mugir, des vaches meugler. »

Lamme répond : « Ces moutons, ces porcs, ces bœufs,
Sont prisonniers de gueule des Gueux.
Les canes, les oies, les poules seront épargnées
Contre les œufs, rançon de fricassées. »

Till complète : « Hommes et garçons de ferme,
Vous ne pouvez rester prisonniers.
Il faut choisir : ou vous engager
Dans l’équipage pour un terme ;

Contre une rançon et votre parole
De ne jamais plus servir l’Espagnol,
Vous pouvez choisir de payer
Et bientôt, libres, vous en aller

Et vous, mignonnes commères,
Vous aussi avez choix de liberté :
Garder, ici ou là, votre homme à vos côtés
Ou parmi nous, choisir un compère. »

Ce jour-là et les suivants,
Il y a grande fête sous les haubans,
Sur le pont, dans la cuisine :
Sans souci, chez Lamme, on dîne.

Assise sur une vergue, au froid de la bise,
Nelle boit en un grand hanap d’or,
Nelle essoufflée de souffler, souffle encore
Et contre le vent, fait glapir le fifre.

Avec le vin, l’équipage tangue un peu :
« Chez Lamme, c’est musique de cuisine ;
Tous ensemble, chez Lamme, on dîne. 
Vive le Maître Queux ! Vive les Gueux ! »

vendredi 7 décembre 2018

Noël est à nous – 2018 (Cantate de Noël – Chant du solstice d’hiver)

 Noël est à nous – 2018

(Cantate de Noël – Chant du solstice d’hiver)




Chanson de langue française – Noël est à nous (Cantate de Noël – Chant du solstice d’hiver) – Marco Valdo M.I. – 2012








Dialogue Maïeutique


Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, voilà-t-il pas que tu chantes Noël à présent, tu te mets à composer des cantates. J’en suis fort surpris.

Allons, Lucien l’âne mon ami, toi qui circules partout depuis si longtemps, que peux-tu bien trouver de si surprenant à ce que je fasse une cantate sur le thème de Noël. Nous sommes à la fin décembre, que je sache. C’est le début de l’hiver, c’est le moment où les jours sont les plus courts, la nuit la plus longue et où tout va basculer insensiblement. On fête ça depuis toujours ici, aussi loin que tu remontes dans le temps et dans des temps prébibliques, du temps de ces préadamites dont parlait le Duc d’Auge à son chapelain.

Ah, dit l’âne Lucien un peu interloqué. Je n’en suis pas trop surpris, car je sais que tu es un admirateur de Sally Mara et de Zazie que connaisses aussi le Duc d’Auge et son chapelain. Je les avais accompagnés dans le temps entre Lascaux et Altamira où le Duc faisait découvrir à son chapelain les peintures rupestres datant d’avant la création de l’homme selon la Bible. Le chapelain ne savait plus où il en était avec son Paradis et son Enfer, avec son Adam et sa côtelette. Et en effet, le Duc aimait beaucoup évoquer les Préadamites et cela faisait enrager le chapelain. Mais au fait, peut-être, connais-tu Cidrolin ?

Évidemment, mon ami Lucien l’âne. Je connais bien le dénommé Cidrolin et son goût prononcé pour l’essence de fenouil à l’eau plate. Mais, excuse-moi, ce n’est pas le sujet de la chanson. J’y viens donc. Ce n’est pas que j’aie l’instinct propriétaire, ni le goût de l’accaparement, mais j’aime la vérité et je n’aime pas que l’on trompe sciemment les gens. La chose me fâche et d’autant plus, si elle dure longtemps. Et la vérité ici, c’est qu’il y a eu une manipulation du calendrier pour déplacer la grande fête hivernale qui en bonne logique coïncide avec le solstice afin d’en faire une fête de propagande religieuse.

Ah, dit l’âne Lucien un peu interloqué. Tu serais donc fâché…

Et comment donc, répond Marco valdo M.I., ça fait près de deux mille ans que ça dure et je dis assez, basta ! Je dis assez de clowneries, assez de menteries, assez de mensonges, halte à l’escroquerie. Halte au vol de Noël par certaine confrérie ecclésiastique. Ces gens se sont emparé de Noël pour en faire leurs choux gras, ils l’ont détourné de son sens originel pour remplir leurs chapelles et meubler leurs discours de réclame religieuse. Mais, Lucien mon ami l’âne, toi qui viens des temps anciens, tu le sais bien que Noël est une fête populaire, une fête pour tout dire, laïque – de laios qui en grec doit bien vouloir dire le peuple, les gens. Noël n’a que faire de l’Orient, Noël n’est pas né en Palestine, c’est évident. Il fallait être assez au Nord pour imaginer le sapin, la neige et vénérer le solstice pareillement. Avant même l’arrivée des Romains (disons même clairement l’invasion romaine), les druides – saints hommes de ce moment – coupaient le gui, coupaient le houx et bien entendu, fêtaient Noël en Finlande comme dans le Morbihan. Telle était l’Europe, à ce moment ; telles sont ses racines. Il est temps de remettre les pendules à l’heure, crois-moi. J’en ai marre de ces discours de la propagande religieuse de ceux-là qui veulent nous arracher nos racines pour nous en fourguer des ersatz de leur confection. Tous ces imposteurs sont purement et simplement des escrocs.

Certes, enchaîne Lucien l’âne, et je me souviens qu’en Gaule et bien avant qu’elle ne s’appelle ainsi, du temps de Cro-Magnon, à Lascaux, à Altamira, on fêtait Noël, on se rassemblait, on faisait un grand festin autour d’un feu de bois et chacun apportait un cadeau, généralement de la nourriture, car c’était ce qu’il y avait de plus précieux au milieu de l’hiver. Pour la viande et le poisson, c’était assez facile de s’en procurer, mais les légumes et les fruits, enfin tout ce qui pouvait accompagner ce morceau de renne, de caribou, d’auroch, de volatile ou de poisson, tout cela était chose rare, précieuse, car on était au moment de plus grande pénurie. On chantait, on se regroupait, on se rassurait. Plus tard, quand il y eut des maisons, des cabanes, des habitations, les animaux domestiques furent les bienvenus ; d’ailleurs, ils vivaient dans le même habitat et souvent, comme des radiateurs, tenaient les gens au chaud ; d’accord, la pièce était partagée d’un côté les gens, de l’autre, les bêtes ; n’empêche, c’était la même pièce. C’est ainsi que j’ai souvent passé des nuits avec la vache auprès de la litière où la famille mettait à dormir le petit enfant. C’était la coutume chez les paysans. Quant au Père Noël et aux rennes tractant son traîneau dans le ciel, c’est pure allégorie ; c’est du même tonneau que le prophète volant sur une mule. Cependant, une chose est sûre, il n’y eut jamais de rennes au Moyen-Orient. Dès lors, tu as raison, Noël est bien une invention d’ici, une réjouissance, une coutume de nos pays où l’hiver est rude, les jours très courts et les nuits très longues. Mais quand même, pour ne pas le laisser filer, pour le reprendre à ces imposteurs, pour nous le réapproprier, chantons Noël et son beau sapin, son Père Noël, son traîneau et ses rennes ; si on peut, faisons un festin et offrons des cadeaux (oh, modestes, sûrement modestes) et tissons le linceul de ce vieux monde croyant, crédule, dupé et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

À propos de cette Cantate de Noël, j’en ai fait une version en italien ; je la mets à la suite.



C’est la Noël, c’est la Noël !
Chantons Noël à pleine voix !
C’est la Noël, c’est la Noël !
Chantons Noël et reprenons nos droits !
Noël est à nous, Noël est à nous !
Noël, c’est le nouvel an de chez nous.

Noël, c’est ici qu’on l’a inventé,
Noël n’est pas ce spectacle importé
De je ne sais quel Orient,
Il y a à peine deux mille ans
Par je ne sais quels propagandistes
D’un consortium monothéiste.
Ils ont occulté le solstice, ils ont déplacé le nouvel an,
Ils ont tout pris : l’âne, le bœuf, la mère et l’enfant,
On ne peut laisser notre Noël à ces gens.
Ils nous racontent des fables, un vrai roman :
Des récits de déserts, des légendes de pêcheurs,
Des histoires de foi, des contes d’aviateur.
Avec leurs évangiles et leurs croix,
Ils ont massacré le monde à tour de bras

C’est la Noël, c’est la Noël !
Chantons Noël à pleine voix !
C’est la Noël, c’est la Noël !
Chantons Noël et reprenons nos droits !
Noël est à nous, Noël est à nous !
Noël, c’est le nouvel an de chez nous.

C’est l’an qui finit, c’est l’an qui commence,
Le bébé dans la litière animale
Au milieu de la pièce familiale ;
C’est l’an qui finit, c’est l’an qui commence.
En dépit des homélies de leurs prêtres,
Noël est à Cro-Magnon et à nos autres ancêtres ,
À ces gens qui dans des grottes affrontaient le froid
Il y a dix mille ans et plus et qui fêtaient Noël dans nos bois
Et la verdeur du sapin dans les frimas.
Noël est à nous autres, ça ne se discute pas !
Noël, c’est le tournant des jours :
Ici, depuis toujours,
À Noël, la nuit rebrousse chemin ;
À Noël, avance le matin.

C’est la Noël, c’est la Noël !
Chantons Noël à pleine voix !
C’est la Noël, c’est la Noël !
Chantons Noël et reprenons nos droits !
Noël est à nous, Noël est à nous !
Noël, c’est le nouvel an de chez nous.
Au solstice, la nuit rebrousse chemin,
Au solstice, avance le matin.


NATALE È NOSTRO (CANTICO DI NATALE - CANTO DEL SOLSTIZIO D’INVERNO)
Versione italiana di Marco Valdo M.I.

Natale, Natale !
Cantiamo Natale a piena voce :
Natale, Natale !
Cantiamo Natale e riprendiamo il nostro bene !
Natale è nostro, Natale è nostro !
Natale, è il nostro capodanno.

Natale, è qui che fu inventato,
Natale non è questo spettacolo importato
Da non so quale Levante
Appena duemila anni fa
Da non so quale propagandista
Di un consorzio monoteista.
Hanno occultato il solstizio,
Hanno spostato l’anno nuovo,
Si son presi tutto
 :
L’asino, il bue, la madre ed il bambino.

Non si può lasciare il nostro Natale a questa gente.
Ci raccontano delle favole, un vero romanzo,
Racconti di deserti, leggende di pescatori,
Storie di fede, racconti d’aviatori.
Con i loro vangeli e le loro croci,
Hanno massacrato il mondo senza pietà.

Natale, Natale !
Cantiamo Natale a piena voce :
Natale, Natale !
Cantiamo Natale e riprendiamo il nostro bene !
Natale è nostro, Natale è nostro !
Natale, è il nostro capodanno.

È l’anno che finisce, è l’anno che comincia,
Il bambino nella lettiera animale,
In mezzo al quadretto familiare.
È l’anno che finisce, è l’anno che comincia.
Nonostante le omelie dei loro sacerdoti,
Natale è dei Cro-Magnon e dei nostri altri antenati,
Di questa gente che nelle grotte affrontava il freddo
Diecimilla anni fa e più e che celebravano Natale nei nostri boschi
Ed il verde dell’abete nel gelo.
Natale è nostro, non se ne discute !
Natale, è la svolta dei giorni.
Qui, da sempre
A Natale, la notte torna indietro,
A Natale, avanza il mattino.

Natale, Natale !
Cantiamo Natale a piena voce :
Natale, Natale !
Cantiamo Natale e riprendiamo il nostro bene !
Natale è nostro, Natale è nostro !
Natale, è il nostro capodanno.
A Natale, la notte torna indietro,
A Natale, avanza il mattino.

jeudi 6 décembre 2018

L’Algérien



L’Algérien


Chanson française – L’Algérien – Patrick Font – 1972






Dialogue Maïeutique

La guerre d’Algérie est déjà de l’Histoire ancienne, presqu’aussi ancienne dans la mémoire des gens d’aujourd’hui que les guerres mondiales, déclare Marco Valdo M.I.

Oui, dit Lucien l’âne, elle date de plus d’un demi-siècle. C’est déjà un bon bout de temps.

Imagine Lucien l’âne mon ami que sur les 42 000 000 d’Algériens actuellement en Algérie, seuls les gens de plus de 60 ans, soit environ 5 % auront vécu durant cette guerre et plus de la moitié de la population a moins de 30 ans. Cependant, sauf peut-être pour de vieux Pieds-Noirs ou de vieux harkis ou les vieux d’Algérie, elle ne fait plus l’actualité, même si le FLN (Front de Libération Nationale) est encore toujours au pouvoir ; mais, il a perdu l’aura qu’il avait vers 1960, au moment de l’indépendance.

En effet, dit Lucien l’âne, l’Algérie n’est plus ce qu’elle était ou ce qu’on a cru ou espéré qu’elle pourrait être. Elle n’est pas la seule dans ce cas, on dirait même que c’est une sorte d’évolution naturelle. Avec le temps, les États (et leurs dirigeants, leurs élites) se sclérosent et paralysent leur environnement, l’empoisonnent ou l’étouffent.

Il y a certainement de ça et nous ne pouvons que le constater, reprend Marco Valdo M.I. ; pourtant, la chanson même si elle s’intitule « L’Algérien » ne pare directement ni de l’Algérie, ni de la guerre d’Algérie, même si, à la réflexion, elle baigne dedans. Elle est une lettre adressée par un Français à un de ses amis Algériens, qui dix ans après l’indépendance, après des années de travail immigré en France, vraisemblablement à Paris, est retourné au pays. C’est une lettre d’adieu, car les deux amis savent ou sentent qu’ils ne se reverront jamais. Elle raconte avec nostalgie leur amitié et l’espoir d’une future « mythique » retrouvaille. Elle me fait penser à ce Flamenco de Paris de Léo Ferré, qui dit :

« Toi mon ami l’Espagnol de la rue de Madrid »

En fait, si je comprends bien, dit Lucien l’âne, si ce sont des amis depuis un certain temps, ils devaient être amis depuis un certain temps déjà et pour eux, la guerre était encore toute proche, toute chaude.

À mon sens, précise Marco Valdo M.I., ce sont d’incorrigibles pacifistes, pour, sur les cendres d’une guerre qui avait fait environ 350 000 morts algériens en moins d’une dizaine d’années, vouloir bâtir une amitié entre des gens des camps adverses. Un peu comme si, au cours de la guerre de 1914-18, un poilu avait fait ami-ami avec un fritz.

Certes, dit Lucien l’âne, il faut du courage, de la conscience, de la confiance et de la volonté pour affirmer son humanité au milieu du délire binaire et massacreur, face aux nationalismes des camps.

Ce que tu dis, Lucien l’âne mon ami, est vrai pour ces deux amis de la chanson, mais aussi et même surtout, pour celui qui l’a écrite et qui l’a chantée en public ces années de tout-après-guerre. On lui en a beaucoup voulu.

Je pense qu’on en a dit assez à propos de la chanson ; alors, tissons le linceul de ce vieux monde guerrier, nationaliste, binaire, vindicatif, absurde et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Depuis que tu es reparti
Retrouver dans ton Algérie
Tout ce qui te manquait chez nous,
Tu nous manques un peu
Et tu me croiras si tu veux,
Tu nous manques même beaucoup.
Tu nous disais qu’avec le temps,
On oublierait les bons moments.
Hélas, tu n’étais pas prophète,
Car le temps passe et tu verras,
Quand tu liras cette lettre,
Que les copains ne t’oublient pas.

Dans Paris que tu aimais bien,
Il y a de plus en plus d’Algériens,
Il en arrive tous les jours.
Comme disent les gens civilisés,
On sera bientôt colonisés;
Moi, je leur dis chacun son tour.
Ils ont des yeux de pauvre chien
Qui me rappellent un peu les tiens
Lorsque nous avons fait connaissance.
Je ne sais plus pourquoi on s’est parlé,
Mais je sais qu’on ne s’est plus quittés
Jusqu’à ce que tu quittes la France.

Aujourd’hui, c’est comme autrefois,
Tous les Arabes sont en proie
Aux quolibets des imbéciles.
Tous les Arabes ont des surnoms :
Bicots, bougnoules, ratons –
Tu parles d’un état-civil.
On a des fourmis dans les poings
Quand la vue d’un Nord-Aricain
Fait déblatérer les minables ;
Mais s’il fallait cogner les cons,
Il faudrait un marteau-pilon
D’une taille incommensurable.

Comment se portent tes enfants
Que tu nous montrais en ouvrant
Ton portefeuille en peau de chagrin ?
La photo était si râpée
Qu’il nous fallait deviner,
Mais tu nous en parlais si bien
Que malgré la distance qui
Nous séparait de ton pays,
On les voyait mieux qu’en image
Et le parasol du café
Se changeait alors en palmier,
Le court espace d’un mirage.

Et puis l’automne a rappliqué,
Les parasols ont replié
Les feuilles qui nous abritaient.
Alors, avec tous les oiseaux,
Tu as rejoint les pays chauds
En nous disant, je reviendrai.
On a dit oui en sachant bien
Que tu mentais comme un chrétien,
Sacré Bon Dieu de fils de ta race !
Le jour où on se reverra,
Je suis certain qu’il y aura
De vrais palmiers sur la terrasse.

Visite à la Ferme


 
Visite à la Ferme


Chanson française – Visite à la Ferme – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
115
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
IV, XVII)

Chez Lamme, on dîne



Dialogue Maïeutique

L’autre jour, dit Lucien l’âne, on a fait ici la version française d’une chanson italienne (La fattoria degli animali), une version qu’on avait intitulée « La Ferme des Animaux ». Est-ce la suite ?

Oh non, pas du tout, se récrie Marco Valdo M.I., et tu le sais fort bien, puisque celle-ci est une chanson de la Légende, un épisode de la Geste de Till. De plus, faux devin, elle ne raconte pas du tout la même chose. C’est forcé, rappelle-toi, nous avions laissé Till, Lamme et compagnie – toute une flotte en vérité – devant Amsterdam. Depuis des jours, Till et son équipage vivaient sur la Brielle prise par le gel au beau milieu du détroit de l’IJ et le temps passant, les vivres vinrent à manquer.

Ohé, ohé !, chante soudain Lucien l’âne. Ohé, ohé, matelot…

Non, Lucien l’âne mon ami, on ne tirera pas à la courte paille pour savoir qui sera mangé, car Lamme se révèle et impose une expédition à terre pour s’emparer de la ferme du félon afin de réapprovisionner la flotte entière. Till décide de prendre la tête de ce raid. On en était resté là.

De ça, je me souviens, déclare Lucien l’âne, et je brûle de connaître la suite ; d’autant, si je m’en souviens bien qu’il est aussi question d’aller châtier ce traître, le dénommé Slosse, qui avait vendu des Gueux aux Espagnols ; des Gueux que les Espagnols avaient décapités sur le marché aux Chevaux du Petit Sablon à Bruxelles, un jour en plein midi.

Exactement, dit Marco Valdo M.I., la Visite à la Ferme commence là, quand le commando s’élance dans la nuit et s’empare de la ferme, du fermier, des autres gens, de vivres et du bétail. Il fait également main basse sur le trésor (dix mille florins, une fortune !) du délateur. Puis, ils ramènent le tout au bateau. Voilà pour l’action.

Pour de l’action, s’exclame Lucien l’âne, on peut dire qu’il y a de l’action. Aller-retour en pleine nuit, un vrai rezzou. Mais tu voulais ajouter quelque chose ?

Bien sûr, assure Marco Valdo M.I. sans acrimonie, et merci de me le rappeler. Je voulais une fois encore attirer ton attention sur la métamorphose de Lamme, qui soudain devient non pas un scarabée, mais un chef, un maître, par la grâce de la cuisine. Non seulement, au nom de son engagement à nourrir l’équipage, il impose à Till son autorité en imposant cette razzia du la ferme, mais ensuite, de son propre chef, il organise la célébration de sa victoire en une fête de cuisine.

« Demain, tous ensemble, chez Lamme, on dîne. »

Oui, poursuit Lucien l’âne, on est loin du Lamme, pleutre et pleurnichard, qu’on a connu au début de la Geste. Voyons ça et puis, tissons le linceul de ce vieux monde lâche, pleutre, traître, veule, félon et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



« Silence les Gueux ! Sans parler, sans chanter,
Sans bruit, filons tout droit à l’étoile. »
Les fins patins de fer griffent la glace.
« Qui tombe se relève !, dit Till. Venez ! »

Pas une ombre humaine sur le sol gelé,
Pas un oiseau ne frémit dans l’air léger,
« Les chiens de la ferme ont aboyé.
Déchaussez vos patins, on est arrivés. »

Till frappe le portail du grand heurtoir,
À l’étage, une fenêtre s’ouvre dans le noir.
« Qui va là ? », « Messager d’Albe ».
La porte s’ouvre. Vingt Gueux entrent.

Till dit : « Slosse, traître batelier
Qui en embuscade fit tomber
Dix-huit Gueux, l’autre printemps,
Paie à présent le prix du sang ! »

« Ô Gueux ! Votre pitié, votre pardon !
Je ne savais, j’ignorais
Le sort qui les attendait. »
« Où caches-tu le salaire de l’espion ? »

« Je n’ai pas cet argent, je n’ai plus cet or. »
D’une planche, un pot à fleurs tombe alors ;
Ducats et florins roulent à terre en tintant fort.
« Tiens, le voilà revenu, le trésor ! »

Et Slosse tempête et hurle « Aux voleurs ! »
Valets et servantes viennent au secours.
Les Gueux garrottent les hommes en un tour ;
Les femmes, en linge, sanglotent de peur.

Plus tard, tous repartent vers les bateaux,
Poussant les traîneaux chargés de tonneaux,
Pourchassant par les cornes, par les naseaux,
Bœufs, cochons, moutons, chevaux.

Mettez les ceintures aux vaches et aux veaux,
Tirez les poulies, hissez bien haut !
Les pigeons dans les paniers roucoulent,
Dans les cages, caquètent chapons et poules.

Dans la cale, oies et poulardes seront mieux.
Je suis le Maître Queux ! Vive les Gueux !
« Demain, dit Lamme, sera musique de cuisine ;
Demain, tous ensemble, chez Lamme, on dîne. »