dimanche 20 août 2017

LE PERROQUET

LE PERROQUET

Version française – LE PERROQUET – Marco Valdo M.I. - 2017
Chanson italienne - Il pappagallo - Sergio Endrigo – 1973
Texte de Vinícius De Moraes, Sergio Endrigo, Sergio Bardotti
Musi
que de Luis Enriquez Bacalov et Sergio Endrigo


En 1973, Endrigo collabore avec De Moraes à un disque qui raconte douze chansons pour enfants consacrées aux animaux, dont quelques traductions de chansons brésiliennes.

Comme le rappelle Vito Vita, « Le Perroquet », est cependant seulement en apparence une chanson pour enfants, mais qui en réalité, parle figurativement du Brésil, dans cette période de féroce dictature militaire (« Perroquet brésilien, Ton Brésil maintenant est loin.Toi, tu es né libre, Mais tu as oublié Que tu es né libre ! »), et ce n’est pas un hasard, si le morceau a été reproposé par Alessio Lega.


Dialogue maïeutique

Tu vois, Lucien l’âne mon ami, cette fois, je t’apporte la version française d’une chanson italienne, écrite par un poète, musicien, chanteur brésilien Vinicius De Moraes avec un chanteur italien, Sergio Endrigo ; elle parle d’un perroquet vert à l’œil jaune, connu dans le monde sous le nom de perroquet du Brésil et la chanson en fait une mascotte, un symbole, une allégorie, une métaphore.

Oh, mais je le connais ce perroquet vert à l’œil jaune et crois-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, il cause, il cause, comme disait Laverdure, qui en était un. J’ai l’idée qu’il parle beaucoup et même, beaucoup trop, surtout la fois où il s’était posé sur ma tête tandis que je déambulais pour me causer plus commodément, mais si près de mes oreilles, si sensibles. Quelle cacophonie! À ce propos, laisse-moi te conter une histoire vraie qui est arrivée à un Koweïtien qui avait eu l’idée saugrenue d’importer un perroquet vert à l’œil jaune qui parle si bien. Comme tu le sais, cette sorte de perroquet est particulièrement douée ce qu’elle entend et pour se souvenir longtemps e ce qu’elle entend et pour le répéter fidèlement et obstinément. C’est ainsi que cet homme a failli finir en prison du fait que le perroquet répétait à l’épouse du Monsieur tous les mots d’amour que le mari volage disait à la servante. Madame a donc porté plainte et comme au Koweit, on ne badine pas avec l’amour, l’adultère y est considéré comme un délit et poursuivi comme tel. Le perroquet a répété une fois de plus tout au juge. Finalement, tout s’est bien terminé pour Monsieur qui ne fut pas condamné, sans doute moins bien pour le couple et on ne connaît pas le destin ultérieur du perroquet. Mais cela dit, quand même, je le trouve fort sympathique ce volatile et pour un oiseau de son espèce, assez joli, malgré ce bec étrange tout courbé.

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, ce perroquet sympathique en cache un autre, bien inquiétant au regard de ce qui se passe actuellement au Brésil. Je m’explique : mais avant d’aller vers ce qui se passe aujourd’hui là-bas, il faut d’abord noter deux ou trois choses relative à la chanson elle-même : l’année où elle a été écrite, son auteur et le fait qu’elle parle de ce perroquet. Il faut aussi commencer par les couleurs du perroquet et de son œil, qui sont – dit la chanson – le vert et le jaune et sont par ailleurs, les couleurs du Brésil lui-même ; ce qui explique le choix de cet élégant psittacidé comme fétiche.

Dans le fond, dit Lucien l’âne, pourquoi pas un perroquet ? Ça se justifie pleinement, car dans les forêts de ce grand pays, ils sont nombreux. On peut considérer que c’est leur pays ; ce serait moins évident pour le Groenland et puis, j’ai un faible pour son œil cerclé de jaune, j’aimerais bien en avoir de pareils.

Soit, Lucien l’âne mon ami, je te verrai dorénavant avec un œil cerclé de jaune et si tu le veux, je t’imaginerai couvert de plumes vertes et même, rouges ou bleues. Tu seras tout chou. Tu seras l’âne vert à l’œil jaune. C’est décidé ! Maintenant, j’en reviens à notre chanson et d’abord à Vinicius de Moraes, qui est un poète, chanteur brésilien en l’exil ; et ensuite, à l’année où elle a été écrite : 1973. Où en était-on au Brésil à cette époque-là ? Faisons court : le Brésil se débattait en plein dans les « années de plomb » auxquelles il était soumis depuis 1968, une période de terreur d’État comparable à ce qui se passe actuellement en Turquie (mais pas seulement en Turquie), où les artistes, les fonctionnaires, les policiers, les militaires, les étudiants, les travailleurs, les paysans, les syndicalistes, les opposants en tous genres sont surveillés et poursuivis jusqu’à l’étranger, arrêtés, torturés, mis en prison ; souvent même, liquidés. Parallèlement à cela, le pays connaît une espèce de croissance toxique et une corruption galopante, surtout parmi les plus hauts dirigeants. Curieusement, après une transition moins oppressante et moins oppressive entre les années 1980 et maintenant, le Brésil recommence à développer pareil régime. Certes, les militaires – en tant que tels ne sont plus au pouvoir, mais pour le reste, on est dans une même ambiance de misère accrue, d’exploitation renforcée, de triomphalisme des gens au pouvoir, de répression et de terreur systématiques.

Halte-là, Marco Valdo M.I., on n’est pas ici pour faire un cours d’histoire contemporaine ou même, un reportage sur tel ou tel pays ; on veut juste présenter une chanson et d’après ce qui vient d’être raconté, on voit combien elle est à nouveau d’actualité. Mais nous le savons que ce genre de situation se répète infiniment dans la Guerre de Cent Mille Ans  que les riches font aux pauvres sans discontinuer. Cependant, reprenons notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde dictatorial, mensonger, corrompu, ambitieux, avide, délirant et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Quel chouette perroquet !
Tout vert, l’œil jaune.
Que fais-tu, que veux-tu ?
Tu parles, parles, parles, parles.
Je parle, parle, parle, parle.
Quel chouette perroquet !
Tout vert, l’œil jaune.
Quel chouette perroquet !
Je parle, parle, parle, tu sais.
Tout vert, l’œil jaune,
Qu’il est chouette ce perroquet !

Quel triste perroquet !
Tout vert, l’œil jaune.
Que faire quand tu es triste ?
Chante, chante comme un coquelet.
Je chante, chante, chante, chante,
Je suis un perroquet triste,
Toujours seul comme un coquelet.
Je suis un triste perroquet,
Je chante, chante, chante, mais
Toujours seul comme un coquelet,
Je suis un triste perroquet.

Perroquet, quel malheur !
Tu es vieux et
tu es un enfant
De tant et tant d’ans,
Un enfant de cent
ans.
Je pleure et
je ris, je ris et je pleure.
Perroquet,
quel malheur !
J’ai
cent ans et je suis un enfant,
Perroquet,
quel malheur !
J’ai cent ans et je suis enfant,
Perroquet,
quel malheur !


Perroquet brésilien,
Ton Brésil maintenant est loin.
T
oi, tu es né libre,
Mais tu as oublié
Que tu es né libre !
Tu l’as oublié !
Tu parles fort et t
u penses peu,
Perroquet brésilien.
Tu
l’as oublié,
Tu parles fort et
tu penses peu,
Perroquet brésilien.

vendredi 18 août 2017

Le Cri

Le Cri

Chanson française – Le Cri – Marco Valdo M.I. – 2017




Quand j’ai écrit cette chanson, c’était en 2005 ; c’était une chanson léviane, tirée de L’Orologio (La Montre, un roman de Carlo Levi) ; depuis, elle avait dormi dans mes cartons. Quoi qu’il en soit, ce que je veux en dire aujourd’hui, Lucien l’âne mon ami, c’est que je ne pensais pas, à ce moment-là, qu’elle anticipait certains événements que l’on voit de nos jours. On n’avait pas encore pris l’habitude de voir des cinglés du prophète foncer avec des camions et des automobiles dans les gens qui se promènent. Je ne l’imaginais pas, cette chanson, comme un écho aux cris des femmes dans les rues piétonnes où foncent des véhicules guidés par des débiles inspirés par le Tout-Puissant, sorte de crétins majuscules, atteints d’un grotesque délirium. C’est en découvrant les images des derniers ahurissants exploits de ces malades mentaux que je me suis rappelé cette chanson qui raconte tout simplement le cri d’une femme écrasée par une automobile.

Donc, Marco Valdo M.I. mon ami, si je comprends bien, cette canzone ne rapporte pas tel ou tel événement de l’actualité, mais plutôt fait écho à la douleur de quelqu’un qui est frappé par un véhicule et le lien est précisément cette douleur absurde.

C’est un peu ça, Lucien l’âne mon ami, en raison-même du fait qu’elle n’en parle pas directement, en raison-même du non-dit, en raison du silence qu’elle observe sur les faits-divers qu’on peut voir sur toutes les télévisions, avec tout le remue-ménage qui les entourent, la chanson renvoie au plus profond de l’affaire, à l’absurdité fondamentale de ces gestes de folie religieuse. Car sans le mépris des autres qui est enseigné par la religion, comme au fond des choses le font toutes les religions pour lesquelles il y a d’un côté, les élus ; de l’autre, les quoi ? Les riens ?

Marco Valdo M.I. mon ami, moi qui ai croisé tant de gens depuis si longtemps, moi qui me souviens d’avoir vu les croisés de la première croisade massacrer sur le chemin de Jérusalem, mais dans les villes d’Europe et en premier lieu, peut-être était-ce pour se faire la main, les Juifs, moi qui ai souvenance des massacres perpétrés par des croyants de toutes sortes de religions, ornées ou non d’un Dieu emblématique – car je te le rappelle, les religions n’ont aucun besoin d’un ou de plusieurs Dieux pour exister ; un prophète illuminé suffit (car le prophétisme est le berceau de tous les totalitarismes), moi donc, je te le dis : on n’en finira pas de si tôt avec le délire engendré par la croyance ; n’y a-t-il pas un « delirium credens » ? Ceci tient à la nature de la croyance, laquelle ne repose sur rien de réel, elle est fantasmatique et n’est en rien confrontable à la réalité ; pour elle, le réel ne compte pas et si réel, il y a, il faut l’adapter à elle, la croyance ; tout doit s’y soumettre. Ce qui est à l’évidence, absurde et cause des plus grandes folies. Mais je me suis éloigné de la chanson…

Pas du tout, Lucien l’âne mon ami, c’est ce qui est derrière cette chanson : la douleur engendrée par l’absurdité. Quant à la chanson, elle énonce dans sa sécheresse le déroulement d’un accident. Rien de plus, rien de moins. C’est d’autant plus terrifiant, un peu comme ce tableau du peintre norvégien Edvard Munch, tableau qui porte le même titre. Un récit plus verbeux aurait sans doute dédramatisé la chose, il aurait sans doute dévié, dilué l’horreur et la douleur compassionnelle. C’est, à mon sens – outre la nécessité de rencontrer certain goût du sensationnel (le sensationnel est ce qui procure de la sensation, c’est-à-dire de l’émotion, denrée recherchée par nombre de gens), le but des récits mélodramatiques en paroles ou en images.

Quant à nous, dit Lucien l’âne, toi comme moi, on se contenterait de l’énoncé des faits et quoi qu’il en soit, nous reprenons notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde croyant, mélodramatique, émotif, infantile et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Des freins crissent
Un bruit de vitres cassées
Un seul cri
Un hurlement de femme

Sur la rue
Pleine de gens
Qui courent dans la
Même direction
Celle du cri
De la femme

Au croisement
En un moment
Tous rassemblés
Fourmilière multicolore
Qui court dans la
Même direction :
Celle du cri
De la femme

A terre luisent
Des bouts de verre
Au chahut
Succède un silence
Absolu
Après le cri
De la femme.

Un mètre
Devant la voiture
Sur le pavé
Une forme claire :
Une femme
La femme du cri.

Tête sur le trottoir
Corps sur la rue
Immobile, sur le dos
Jupe sur le ventre
Relevée
Cuisses nues,
Horriblement blanches
Quelle belle fille !
Morte
La femme d’un seul cri.

jeudi 17 août 2017

Giacinto

Giacinto

Chanson française – Giacinto – Marco Valdo M.I. – 2017





Giacinto est une canzone léviane, une canzone tout droit issue de L’Orologio (La Montre), un roman hautement poétique et tout aussi hautement politique de Carlo Levi. Cette canzone peut se chanter de diverses façons : on peut imaginer une chanteuse ou un chanteur; on peut aussi imaginer un duo. En somme, il y a beaucoup de possibilités et on peut même se passer de musique. La musique est déjà dans le texte, la musique est dans la poésie.
Giacinto, comme on le verra, a un gros problème dans l’existence et son métier n’arrange rien : il est serveur. Il est serveur, mais Giacinto a les pieds plats; ça ne l’aide pas.


D’accord, la chose est certainement intéressante, mais quel rapport avec les Chansons contre la Guerre, où caser une pareille chanson ? J’aimerais assez que tu me l’expliques, mon ami Marco Valdo M.I., car moi, je ne connais pas la canzone en question. En fait, il n’y a que toi qui sais.

Peut-être, peut-être, ça dépend. Vois-tu, Lucien l’âne, mon ami, il faut parfois prendre son temps pour dire les choses. C’est comme ça quand on cause. Ce fut aussi comme ça pour cette canzone léviane. J’ai longtemps hésité à la considérer comme une chanson contre la guerre. Et finalement, j’y suis arrivé. Oh, ce n’est pas évident, mais Giacinto, comme je l’ai dit, a vraiment un gros problème dans l’existence et son métier n’arrange rien.

Bien sûr, mais quand même, ne fais pas trop durer le plaisir, car moi, je voudrais bien connaître cette histoire de Giacinto.

Alors, voilà. Donc, Giacinto est un serveur, serveur dans un restaurant et, il fait ce métier, qui se pratique essentiellement debout en stationnant et en marchant, sur et malgré ses pieds plats. N’en ris pas, l’âne Lucien mon ami, les pieds plats sont une calamité chez les humains adultes. À tel point qu’ils étaient une cause de réforme du temps du service militaire.

Surtout chez les fantassins, dit Lucien l’âne. On marchait beaucoup dans les rangs militaires en ce temps-là.

Justement, tu mets le doigt – un doigt d’âne bien saboté – sur le point douloureux. Pour te donner une idée, le pied plat, c’est en quelque sorte la fourbure du cheval et bien entendu, celle de l’âne. Comme sans doute tu le sais, à force, la fourbure peut conduire à une forme d’abattement de l’animal qui peut arriver à un tel point que l’animal ne peut plus se lever. Et pendant des années et sans doute, toute sa vie ou presque, faire le métier de serveur avec des pieds plats, c’est un véritable calvaire. Et pourquoi le fait-il ce métier d’esclave, notre Giacinto ? Tout simplement, car il n’a pas le choix. Tout comme le paysan, le mineur, l’ouvrier, le manœuvre, les domestiques n’ont pas le choix. Comme pour eux, l’impératif est de travailler, car il faut bien qu’il vive.

C’est tout simplement un destin de bête de somme, tout comme celui de l’âne, par exemple, dit Lucien l’âne en opinant des deux oreilles. Tu sais, cet âne qui tourne indéfiniment une meule ou celui que l’on charge comme un baudet, ne font certainement pas ce travail par plaisir. Certes, l’âne a bon dos, mais il ne faut pas exagérer quand même.

De plus, Lucien l’âne mon ami, considère ceci : son appellation de « serveur » rappelle furieusement son état, celui de « serf ». Faut voir comment les gens, certaines gens, traitent un serveur. Avec quelle morgue, quelle indifférence, quelle condescendance, ils s’adressent à lui, le commandent, lui donnent des ordres. Et on le houspille, on le presse, on l’engueule, on le méprise. Cependant, le serveur doit se taire, sourire, dire merci. Comme je te l’ai dit, il n’a pas le choix, car il faut bien qu’il vive. Le voilà rabaissé, le voilà amoindri, écrasé, à un tel point que même sa vie intime en est détruite. Et comment pourrait-il se défendre, il n’a même pas cette force collective qu’on peut voir parfois à l’œuvre dans les grandes entreprises, dans les usines, dans les mines et dans les campagnes et qui déborde parfois dans les rues, sur les boulevards, sur les places. Lui, en plus de tout, il est tout seul, tout seul à affronter la vie et l’exploitation qu’on fait de lui et d’elle. Ainsi, la Guerre de Cent Mille Ans s’abat aussi sur ces personnages qui passent souvent inaperçus dans notre société.

Ah, voilà, j’ai compris. Bref, Giacinto endure une souffrance terrible, il meurt au travail, mais lentement, quotidiennement, silencieusement. Appelons-la cette vie de mort, si tu veux bien, Marco Valdo M.I., de la couleur de bien des ânes, appelons-la : la mort grise.

Oui, c’est une bonne façon de l’appeler : la mort grise, celle qu’on ne voit pas dans le brouillard des jours gris. Oh, tu sais, ceux qu’elle frappe, il suffit de lever le regard dans les rues, dans les trains, les bus, les métros, dans les couloirs des grandes administrations, dans les halls des entreprises, dans les magasins. Partout, partout, on la voit gravée dans les visages. C’est une tueuse discrète ; elle n’est même pas pressée ; elle prend son temps, elle ronge et ronge et ronge jusqu’à ce que mort s’ensuive. L’épuisement, le désespoir, une étrange fatigue ; parfois, c’est le cœur qui lâche, parfois c’est l’homme qui lâche.

Mais, il est temps de conclure et de reprendre notre travail, notre effort, notre tâche, celle que nous faisons pourtant en souriant, en riant, en chantant et tissons le linceul de ce monde triste, gris, terne, épuisant, épuisé et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Giacinto
Se précipite
Et
Offre
Une chaise
À une table libre
Giacinto est serveur


Bas
Plutôt gras
Visage rond
Peau humide
Et
Luisante
Cheveux noirs
Yeux fourbes
Pieds plats
Giacinto
Se précipite
Avec ses pieds plats
Avec ses pieds plats


Giacinto
Dans son métier
Devine
Évalue
Les clients


Dans son métier
Giacinto
Se précipite
Avec ses pieds plats
Avec ses pieds plats


Giacinto
Dans son métier
Y a pas de mal
Fait le serveur


Giacinto
Le serveur
Dit que
Les femmes
Ne lui plaisent pas
Les femmes
Quelle épouvante ! Comment faire ?


Dans son métier
Giacinto
Se précipite
Avec ses pieds plats
Avec ses pieds plats


Giacinto
Le serveur
Dit que
Les femmes
Ne lui plaisent pas
Mais quelle femme pour lui ?
Mieux vaut le faire seul


Giacinto
Se précipite
Vers les femmes
Avec ses pieds plats

Avec ses pieds plats

mercredi 16 août 2017

Fanny

Fanny

Chanson française – Fanny – Marco Valdo M.I. – 2017






Voici, Lucien l’âne mon ami, un portrait de femme, une femme telle qu’elle est vue par un de ses soupirants, un de ses anciens amants, peut-être ; ou simplement, une femme telle qu’un certains hommes dans certaines conditions peuvent la rêver. Un songe, une idée, un idéal, une idéale. Évidemment, on se demande si de ce portrait, on tire le portrait d’une certaine femme ou celui d’un certain genre de femme.

Moi, à le lire, je me demande, s’il est vraiment possible que de telles personnes existent chez les humains, demande Lucien l’âne un peu interloqué. D’un autre côté, il est vrai que j’ai entendu dire qu’il existait des ânesses très calmes et très rondes et douces et assez nonchalantes et pour tout dire, passives ou placides. Je dois pourtant à la vérité de dire que moi, les ânesses, je ne les fréquente pas beaucoup ; je ne sais trop quoi leur dire et elles ne me disent de toute façon, rien. Mais alors là, rien du tout. Il faut dire aussi que je suis un âne un peu particulier et d’un âge outrageusement canonique et même, au-delà de ces saintes normes. Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, excuse-moi, je t’ai interrompu.

Ce n’est pas bien grave, Lucien l’âne mon ami, car, comme tu le sais, nous avons tout le temps. Pour ce qui est de cette femme qui s’appelle Fanny, je ne pourrais te dire grand-chose d’autre que ce qui est dit dans la chanson. Cependant, malgré son extrême sobriété, on peut tirer plus qu’on l’imagine de ce petit texte. Ainsi, en apparence, le physique, le mental et la psychologie de Fanny vont de pair. Est-ce l’un qui entraîne l’autre ? Ou l’inverse ? Ou une symbiose ?

Pour répondre à cette question, Marco Valdo M.I. mon ami, il faudrait probablement pouvoir remonter à son enfance et connaître également sa vie, sa famille, les lieux où elle a vécu, etc. Il y faudrait tout un roman, une chanson comme celle-ci ne pourrait y suffire.

Effectivement, Lucien l’âne mon ami, c’est pour cela que la chanson a cette forme caricaturale. Et puis, il n’est pas sûr que cette Fanny-là existe ; elle pourrait être une poupée, une marionnette.

Peut-être, Marco Valdo M.I. mon ami, est-elle un rêve, un fantasme, une obsession. N’est-ce pas le genre de rêve, de personnage imaginaire qu’un prisonnier longtemps tenu à l’écart de la vie réelle avec ses rencontres, ses relations, ses contacts et tout son univers de sensations, de sensualités, de sentiments, d’émotions et d’envies pourrait poursuivre des heures, des nuits, des jours entiers ?

Évidemment, Lucien l’âne mon ami, qu’un homme longtemps privé de contacts et de relations affectives et mis dans l’impossibilité d’en avoir, se met à compenser ce manque en puisant des éléments dans ses souvenirs, dans ses affects anciens, dans ses moments passés pour se construire à l’aide de ces matériaux dématérialisés, de ces bribes et morceaux de réel enfui, d’immatériel et d’intangible, un monde fantasmé.

On dirait, Marco Valdo M.I. mon ami, que tu décris la façon dont un croyant édifie un paradis, dont il se construit un Dieu et toutes les imaginations qui l’accompagnent.

On dirait, Lucien l’âne mon ami, mais finalement, c’est assez juste et c’est ainsi que l’homme, apeuré par le vide ou la taille incommensurable de l’univers qui l’entoure, peuple le monde de créatures fantomatiques. Elles n’ont sans doute d’autre réalité que son imaginaire et servent à donner une forme à ses peurs. Pour en revenir à Fanny et à sa passivité, on ne trouve de curieux exemplaires dans notre monde actuel ; j’ai vu passer dans la presse récemment l’histoire de ce Japonais, citoyen du pays du Soleil Levant, qui s’était mis en ménage avec une poupée à taille humaine et l’emmenait pique-niquer les dimanches d’été ; par ailleurs, on annonce pour bientôt les femmes-robots, les robots-femmes ou les robotes (on trouvera également l’équivalent mâle), conçues pour tenir compagnie et chérir ces messieurs (ou ces dames).

Où donc s’arrêtera le flot de l’amour ?, dit Lucien l’âne en souriant de toutes ses grandes dents. Mais de ce fait, notre Fanny est un modèle, une anticipation, un prototype. Et finalement, pourquoi pas, si ça peut désennuyer et désangoisser ceux qui s’y attachent, grand bien leur fasse. Quant à nous, nous avons assez de notre tâche et alors, reprenons-la et tissons le linceul de ce vieux monde aphasique, aboulique, apeuré et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Je l’ai trouvée
Et maintenant
Je l’ai perdue
Fanny


Fanny est une femme
Merveilleuse
Elle est elle
Énorme
Toute blanche
Tendre
Accueillante
D’une passivité
Absolue


Je l’ai trouvée
Et maintenant
Je l’ai perdue
Fanny


Fanny reste muette
Elle ne bouge pas
Elle se laisse embrasser
Et
T’engloutit
Elle prend tout
Fanny
Merveilleuse Fanny
Bien et mal
Avec son grand
Corps blanc
Plein
De mamelles
Elle t’engloutit
Elle se laisse embrasser


Je l’ai trouvée
Et maintenant
Je l’ai perdue
Fanny
Fanny est une femme
Merveilleuse
Elle est elle
Énorme
Toute blanche
Tendre
Accueillante
D’une passivité
Absolue


Je l’ai trouvée
Et maintenant
Je l’ai perdue
Fanny
Fanny passivité.



mardi 15 août 2017

GIORDANO BRUNO

GIORDANO BRUNO

Version française – GIORDANO BRUNO – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Giordano BrunoRocco Rosignoli – 2015

les lointaines vapeurs
De son frère, ce volcan napolitain
Qui illuminait mes peurs.



Giordano Bruno est assurément un personnage fascinant, on en avait déjà parlé dans une autre chanson italienne qui portait le même titre . Mais il me semble, Lucien l’âne mon ami que tu l’avais en son temps rencontré, si ma mémoire ne me trompe pas.

Certes, Marco Valdo M.I. mon ami, tu as raison sur toute la ligne ; c’est quasiment un sans-faute. J’ai, en effet, rencontré le Nolan sur les routes de ses exils d’abord quand il fut de Naples vers Rome et quand il fut de Rome vers Venise ; nous avons longé ensemble les Apennins, puis de Ligurie en Piémont, revenant dans la Plaine padane, on s’en fut à Venise. Déjà à ce moment, Bruno avait rejeté l’habit de Dominique. Plus tard, il fit un tour d’Europe : on le vit à Chambéry, à Genève, à Lyon, à Toulouse, à Paris, à Londres, à Oxford, à Wittenberg, à Francfort, à Zurich. Il bougeait beaucoup et comme tu peux le voir à la lecture, il fréquenta des lieux suspects d’hérésie. C’était curiosité du monde, comme il me le disait lui-même lors de ces interminables marches où je l’accompagnais. Finalement, il commit l’erreur fatale de rentrer en Italie.

Fatale, dit Marco Valdo M.I., et naïve, pour ne pas dire, téméraire, car il avait sous-estimé la hargne et la vindicte de l’Église et de la Papauté. Il s’était cru hors d’atteinte à Venise, mais la République, où déjà la raison d’État étouffait la raison, le remit aux sbires du Pape. Une fois entre leurs serres, il était perdu. L’Église clamant sa magnanimité et sa clémence, essaya de le faire revenir sur ses opinions, de désavouer sa libre pensée – trop spéculative, trop scientifique et trop sujette à l’immanence pour les gardiens des dogmes. Imagine, Lucien l’âne mon ami, que ce penseur avait jeté aux orties la cosmologie de Ptolémée et la Terre, comme centre du monde, qu’il avait adopté la cosmologie de Copernic en faisant de la même Terre un simple planète de l’astre solaire et il avait poussé au-delà des conclusions de Copernic. Le pire, c’est qu’il l’enseignait et qu’il l’écrivait. L’eût-il gardé pour lui, le pape aurait pu faire semblant de ne pas le savoir et de l’oublier. Mais il avait une conception du monde qui voyait l’Infini, l’Univers et les Mondes – toutes choses indicibles ; il voyait d’innombrables soleils, un monde infini de Terres, un espace qui s’étendait où le ciel en tant que tel n’existait plus. Le Ciel, il mettait le ciel hors-jeu et ajoute à tout ça qu’il envisageait sans frémir d’autres mondes habités, mieux ou pires que le nôtre, avec des êtres, mieux ou pires que nous. Tout ça soulevait des questions subsidiaires : quid de la Création ? Et des récits sacrés ?, dont la réponse était redoutable. Et puis, sans doute pire encore, il donnait le primat à l’intellect, à la raison, à l’intelligence sur la croyance et la foi. Décidément, si j’avais été Pape, j’aurais décrété que cet hérétique était vraiment impardonnable.

Pour moi, Marco Valdo M.I., mon ami, comme tu le sais et je suis persuadé que c’est ton cas pareillement, je me tamponne le coquillard de ce que pense ou ne pense pas tel Dieu ou telle Église ou tel ou tel prélat et tant qu’il garde ses ruminations pour lui, grand bien lui fasse. La seule chose que je relève dans cette histoire de Bruno est cette incroyable malveillance qui a frappé – au travers de Bruno – la libre pensée, la liberté de pensée et le libre discours. Ce qui me révulse, c’est la chape de plomb que les religions et les religieux font peser sur le monde et les vivants. C’est là un des aspects de la Guerre de Cent Mille Ans qu’on oublie un peu trop souvent de souligner.

Je te rejoins totalement sur ce point, Lucien l’âne mon ami. La question est pourquoi, pour quelles raisons veulent-ils étouffer la liberté de penser, la libre pensée ? À mon sens, si on veut la supprimer, l’éradiquer, et cela dans tous les domaines, c’est tout simplement, car elle est le premier révélateur de l’iniquité du monde ; c’est tout simplement, car elle est le moyen par le quel on découvre et on comprend comment et pourquoi les riches font la guerre aux pauvres. Et comprendre ça, c’est commencer à se révolter et à s’appliquer à ne plus accepter le monde tel qu’il est, tel que les riches et les puissants aimeraient qu’il soit et qu’il reste.

Et, justement, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est ce que toi et moi, nous nous efforçons de faire en tissant le linceul de ce vieux monde cupide, avide, ambitieux, mortel, crédule et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Par les Mondes des ciels infinis ,
Par les Terres infinies, j’ai traversé
Au pas de course ma vie
Cherchant cette sérénité que j’ai esquivée.

Des villes qui renaissaient de signes,
De flammes que l’esprit fomentait
Que des hommes crucifiés, impies et indignes,
dans le dogme, la pensée il emprisonnait,

Et mes mots comme un pari
Qu’on ne peut plus remanger, une fois dit.
Une marque sur ma peau dénonce
Les jours de prisons qu’ici, je décompte.

Puis, il y eut Venise et la lagune calme,
Qui me piégea comme un rat
Entre les épices et la soie.
Après, ce fut un tonnerre qui éclate.

Comme un éclair éclatant, pourtant ce sont huit ans,
Ce furent huit ans, qui en valaient cent
Et ils me demandaient compte de mes boniments ;
Mais quand je parle, jamais je ne mens.

Campo dei Fiori, Champ des fleurs, on dirait un jour de fête,
Un champ de flammes où mes cris se sont tus.
Je ne pense pas à ce que je laisse ou à ce qui reste,
Je ne demande pas ce que pense qui me tue.

Je ne pense pas à cette croix que j’ai devant moi,
Tandis que mon corps cuit et mon gras coule,
Comme cela arriva à d’autres, à tant d’autres,
Qui, comme moi, avaient fauté par la parole.

Mercure me vole de son aile,
Revient ma pensée au léger vent
De la montagne au nom de Cigale,
Qui, enfant, m’ombrageait quand

Tendant le doux raisin à ma main,
Elle m’indiquait les lointaines vapeurs
De son frère, ce volcan napolitain
Qui illuminait mes peurs.

Montagne de feu, tas de braises
Et laisse-moi froid, et la Cigale enserre
Mes derniers baisers à ta pierre
Alors que me vole l’aile de Mercure.