dimanche 19 mars 2017

L’EAU DOUCE

L’EAU DOUCE



Version française – L’EAU DOUCE – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson allemande – Das weiche WasserDieter Dehm -1988




Mon ami Lucien l’âne, voici une chanson qui me semble se référer à une sagesse des plus anciennes et pour nous, des plus lointaines. À ce propos connais-tu Lao Tseu ? Est-ce que ce nom te dit quelque chose ?

Et comment !, Marco Valdo M.I. mon ami. Je l’ai rencontré là-bas dans la montagne cheminant sur un buffle énorme et placide, dont le nom était Chemin Pesant. J’ai salué le gros ongulé et j’ai salué l’humain. Alors, l’homme m’a dit : « Qui es-tu âne savant et causant, personnage bien surprenant ?
Car, dit le philosophe, car Lao Tseu était lui aussi philosophe, comme tous les buffles que j’ai rencontrés, notre ami le buffle Chemin Pesant, ici présent, ne dit pas un mot, ce qui est bien reposant pour les longs voyages. Je ne savais trop que lui répondre.
Alors, je lui révélai que j’étais âne et homme tout à la fois – ceci expliquant cela et comme lui, déambulant dans le monde. Il allait à sa retraite, dont il m’a fait jurer de ne jamais révéler l’endroit et moi, j’allais vers mon destin.
Cependant, Marco Valdo M.I. mon ami, ce n’est pas le moment ni le lieu ici et maintenant de raconter tout ce qu’il me confia au long de notre bout de chemin d’exil en commun.
D’autres l’ont déjà fait et particulièrement, Bertolt Brecht dans une de ses Kalendergeschichten, une de ses histoires de calendrier, celles qui accompagnent l’année tout au long de son chemin et qu’on nommerait en français plus volontiers : Histoires d’almanach.

Bertolt Brecht, dis-tu Lucien l’âne mon ami. Voilà qui est intéressant, car on l’a déjà rencontré plusieurs fois ici ; c’est un habitué, en quelque sorte. Peux-tu préciser à quoi tu fais allusion ?

Marco Valdo M.I. mon ami, je m’en vais illico satisfaire à ta dévorante curiosité. Il se fait, vois-tu, que Bertolt Brecht, un homme curieux de tout, s’est fortement intéressé à l’Asie et particulièrement, à la Chine ancienne.
Ainsi, un jour alors qu’il vivait en exil, il en vint à écrire un poème, assez long d’ailleurs où il raconte l’histoire de Lao Tseu partant en exil.
Il l’avait intitulé : « Legende von der Entstehung des Buches Tao Te King auf dem Weg des Laotse in die Emigration  », ce qui se traduit, écoute bien, par : « Légende de la naissance du livre Tao Te King de Lao Tseu sur la route de l’émigration ».
On voit déjà que rien que ce titre confirme ce que je t’ai dit à propos de Lao Tseu, du buffle Chemin Pesant et de leur voyage vers l’endroit de la retraite cachée du vieux maître chinois, il y a plus de deux mille cinq cents ans d’ici. C’était aux alentours d’environ 550 ans avant Zéro et pour la bonne forme, je te cite le passage où il est question de l’eau douce et qui à mon idée devrait bien être celui auquel renvoie la chanson :

« Daß das weiche Wasser in Bewegung
Mit der Zeit den harten Stein besiegt. »


« L’eau douce en mouvement
Défait la pierre dure, avec le temps. »

Tout à fait exact, Lucien l’âne mon ami, c’était bien là aussi mon sentiment. Il faut tout aussi évidemment comprendre que ce texte n’est pas sans rapport avec l’exil de Bertolt Brecht lui-même au temps du frénétique moustachu.
Cette parabole du sage chinois monté sur le buffle parle de bien autre chose qu’elle n’en laisse entrevoir au départ. Il s’agit d’une double réflexion adressée aux Allemands (notamment) : d’une part, aux hitléristes pour leur signifier leur futur et inéluctable effondrement et d’autre part, aux exilés et aux résistants de l’intérieur (Widerstand) pour leur donner confiance et courage.
Et le texte de Brecht, dans son préambule, met clairement en évidence le contexte – pour qui veut bien lire entre les lignes ou entre les mots :

« Comme dans le pays, le bien s’émoussait
Et le mal se répandait
Il mit ses souliers
Et s’en alla sur le sentier… »

Oh, Marco Valdo M.I., voilà qui est bien intéressant. Cependant, ne pourrais-tu dire deux trois choses, une sentence ou l’autre de ce Tao Te King, dont on attribue la paternité à Lao Tseu.

Bien évidemment, Lucien l’âne mon ami, mais ma version n’a certainement qu’une très lointaine parenté avec le texte d’origine et je ne puis te garantir que Lao Tseu lui-même y reconnaîtrait ses propos ; cela d’autant plus que je ne puis moi-même vérifier la pertinence des sources ne connaissant absolument pas le chinois Mais enfin, voici mon adaptation et tu en feras ce que tu voudras.
C’est une série de préceptes paradoxaux comme le sage ancien aimait à en faire. C’est un peu comme en musique, une variation sur le thème du TTK 63.

« Use de la paresse,
Abuse du farniente
Savoure le fade
Regarde le minuscule comme immense
Le peu comme multiple
Construis ton œuvre
Avec une lente patience
Partout, le difficile débute par le facile
Toujours, le géant par la petitesse »


Merci beaucoup, dit Lucien l’âne en riant, mais avec tout ça, je ne sais encore rien de la chanson elle-même, je ne sais même pas de quoi elle parle.

En effet, Lucien l’âne mon ami. Réparons immédiatement cet oubli. La canzone examine la possibilité, la forte probabilité d’une troisième guerre mondiale et tente de la conjurer en appelant à une résistance festive et douce ; douce comme l’eau qui dissout la pierre et finit par la traverser de part en part et par la briser.

La canzone date d’il y a maintenant environ trente ans, pense à haute voix Lucien l’âne, et la troisième guerre mondiale n’a pas encore eu lieu.
Oh, ce n’est pas que le feu ne couve pas sous la cendre, ce n’est pas que les braises ne flambent pas ici ou là, mais enfin, la grande explosion n’a pas encore éclaté. À mon sens, on ne peut l’exclure et cette chanson est comme en écho, me semble-t-il, avec la toute dernière histoire d’Allemagne, intitulée d’ailleurs : « La Troisième Guerre » et qui a sans doute raison quand elle dit :

« La guerre se fait autrement
En civil, maintenant
On conquiert par l'argent
Avec lui, on asservit les gens.
Les temps ne sont plus les mêmes
Déjà a commencé la troisième. »

Dès lors, reprenons notre tâche et tissons, tissons encore et toujours le linceul de ce vieux monde plein de rumeurs, de furieux, absurde, abominable et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



L’Europe a connu deux fois la guerre,
La troisième sera la dernière.
Ne faiblissez pas, ne laissez pas faire.
L’eau douce défait la pierre

La bombe qui n’épargne aucune vie,
Sauf les machines et les pierres,
Par une chanson tous nous relie.
L’eau douce défait la pierre.

Elle perce les parois les plus épaisses,
Doux et tendres,
Comme l’eau nous voulons être.
L’eau douce défait la pierre.

Les fusées devant notre porte
Sont là pour nous défendre.
On se passerait bien de cette défense
L’eau douce défait la pierre.

Elle perce les parois les plus épaisses,
Doux et tendres,
Comme l’eau nous voulons être.
L’eau douce défait la pierre.

Les armes couvrent la table du monde,
Quand des enfants pleurent de faim.
Pour les armes, l’argent coule à plein.
Mais l’eau douce défait la pierre.

Elle perce les parois les plus épaisses,
Doux et tendres,
Comme l’eau nous voulons être.
L’eau douce défait la pierre.

Venez avec nous en paix faire la fête
Et montrer comment les hommes vivent.
Hommes ! Les hommes peuvent être des hommes.
L’eau douce défait la pierre.

Elle perce les parois les plus épaisses,
Doux et tendres,
Comme l’eau nous voulons être.
L’eau douce défait la pierre.


vendredi 17 mars 2017

LA GUERRE DES IMBÉCILES

LA GUERRE DES IMBÉCILES

Version française – LA GUERRE DES IMBÉCILES – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne (Emiliano Bolognese) – La guera di inbezell Malnàtt2005





Déterminés, nous allions tous à la guerre,
Nos tambours faisaient trembler la terre !
Nos chants secouaient la voûte céleste,
Devant nous s’inclinaient les arbres !

Nous sommes forts, en avant !
Allons à la victoire ! Nous épandrons le sang !
Il y aura des larmes et des grincements des dents,
Et la victoire sera pour nos gens !

Arrivés sur le champ de la bataille,
Nous n’avons trouvé vivant qu’une canaille.
Il nous a dit que le combat était déjà terminé,
Mais au moins nos alliés avaient gagné…

Dis-moi l’ami, qui nous oblige,
D’aller pour dieu encore nous battre ?
Allons aux tonneaux et mettons les en perce,
Buvons tous la gueule ouverte,
Rotons et fêtons toute la nuit encore
Le beau cadeau que ne nous a pas fait la mort !


lundi 13 mars 2017

LE TROISIÈME REICH

LE TROISIÈME REICH

Version française – LE TROISIÈME REICH – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne (Emiliano Bolognese) – Al Têrz Inpêr Malnàtt (Porz) – 2007






L’Ordre Nouveau est arrivé
Porté par quatre crochets
Et nous soudain levons la main
Pour saluer ce moustachu crétin.

Les fils de Jéhovah seront des étrangers
Dans leur propre pays
Car une loi l’a dit ainsi…
Après, gratis dans les « camps », ils vont travailler
Jusqu’à ce qu’ils commencent à avoir de la peine à respirer…

Nous ne savons pas ce qui s’est passé
Au-dehors et à l’intérieur de nos frontières.
Plus tard aussi, nous dirons pareil au procès.
Que personne n’est coupable de ce massacre.


dimanche 12 mars 2017

LA FÉE

LA FÉE


Version française – LA FÉE – Marco Valdo M.I.2017
Chanson italienne – La FataEdoardo Bennato1977





La mémoire de cet album d'Edoardo Bennato s’est peut-être perdue un peu, remontant à 1977 l’année « fatidique », où l’auteur-compositeur architecte napolitain revisitait à sa manière l’histoire de Pinocchio. Il eut un gros impact sur ceux qui alors, comme moi, se trouvaient dans leur prime adolescence : 14, 15, 16 ans. On voyait des groupes de gamines sur les autobus chanter presque à gorge déployée cette chanson sur la « Fée turquoise ».

Il se peut que le public de Bennato fut précisément celui-là, les très jeunes qui en raison de leur âge, ne faisaient pas partie intégrante du mouvement, même si beaucoup d’entre eux en étaient. Mais, ensuite, y a-t-il un sens à parler d’une « partie intégrante » ? D’une manière ou d’une autre tous y étaient dedans, tous autant qu’on était, nous y étions, vivant ces instants. Personne n’était et ne pouvait être indifférent. Mais je divague sûrement ; je cesserai donc immédiatement, n’ayant pas à m’aventurer en choses trop vastes pour une… chanson.
Ce fut du reste le même Bennato, peu temps après, qui déclara que « c’étaient toutes des chansonnettes ». Entretemps il fit cet album, ciblé ou non vers un certain « target » (une cible de toute façon atteinte, vu le nombre d’adolescents qui alors épuisèrent les stocks de gazous dans les magasins d’instruments de musique). Les personnages de Pinocchio comme métaphore du pouvoir, et cette « Fée turquoise » qui est toutes les femmes, qui joue le rôle de toutes les femmes, imposé par la société et le pouvoir.
Il lui faut être belle, disponible, sœur/mère/épouse, et à cause de cela, elle ne peut se déplacer : si elle veut voler, ils la tirent vers le bas. Peut-être quelque jeunette de quinze ans passait chaque jour de cette chanson aux collectifs féministes des lycées (ils existaient, ils existaient), ou bien la méprisait, car de toute façon écrite et chantée par un « maskietto », ou bien peut-être on ne sait quoi. Mais trente ans après, vu comme s’est « avancé le neuf », il ne serait de toute façon pas mal la reproposer. [RV, 9 août 2007]



Il y a une fleur seule dans cette chambre
Et tu te meus avec patience.
La potion est amère,
Tu sais déjà qu’il va la boire.

S’il ne se rend pas, tu le tentes ;
Tu dénoues le nœud de tes hanches
Que ce vêtement dévoile déjà.
Cueillir la fleur l’affolera.

Il fera pour toi n’importe quoi,
Sœur et mère et épouse,
Reine ou fée, toi
À plus, tu ne pourras prétendre

Peut-être est-ce vengeance,
Peut-être est-ce désarroi,
Ou seulement inconscience,
Mais depuis toujours, c’est toi
Celle qui paie.
Si tu veux voler, ils te tirent vers le bas.
Quand commence la chasse aux sorcières,
La sorcière, c’est toujours toi.

Tu poursuis des rêves de fille ;
Tu quêtes l’amour et tu es sincère ;
Tu ne fais pas de magie, tu ne truques pas.
Personne désormais n’y croit.

Il y a celui qui te hurle que tu es belle,
Que tu es une fée, que tu es une étoile,
Puis, il te fait esclave, ainsi tu vois
L’appeler amour ne se peut pas.

Il y a celui qui t’exalte, qui t’adule,
Il y a celui qui t’expose en vitrine.
Il se dit amour, cependant tu vois
L’appeler amour ne se peut pas


vendredi 10 mars 2017

FRÈRES ?

FRÈRES ?


Version française – FRÈRES ? – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne – Fratelli? Roberto Vecchioni – 1973



Être tant et partir ensemble,
Tout droit vers la lumière.
Pendant des semaines et des semaines,
On partage le vin, on casse la graine ;
Où nous allons ? Peu importe !
Plus nous sommes, plus la route est courte.
Pendant des semaines et des semaines,
S’aimer et boire aux fontaines.

Amour, le monde seul est amour :
Diverses couleurs, divers atours,
Mais qu’importe, le cœur est velours.

Le voyage est long et le jour vient
l’on se demande : « Ça me convient ? »
Yahvé, guide du passé
Fixe les prix du marché ;
Certains naissent perdants,
À eux, la faim, la soif, les tourments.
Le blanc exploite et hausse le ton
À la moindre récrimination.

L’amour meurt ;
où il meurt ne naît jamais une fleur
L’amour meurt, où il meurt naît la douleur.

Quand volent les couteaux,
On se dit : « Soyons frères !
En avant,
à l’assaut !
Être tous égaux et puis s’aimer ».
Aimons-nous veut dire :
« Aim
ez-vous pour commencer »
Chacun pense à soi seulement ;
Quand ça va mal, il tombe en pleurant.

Garçon, encore à boire !
Je veux noyer dans la boisson
Leurs faces, leurs dieux et leurs drapeaux.
Nous chantions une chanson,
Nous la chantions tous ensemble,
Passe le temps, le soleil brûle,
Qui se rappelle les paroles ?