samedi 21 janvier 2017

L’ÂNACORNE


L’ÂNACORNE

Version française – L’ÂNACORNE – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne – La ballata del ciucciocornoDario Fo – 1973
Texte : Dario Fo et Franca Rame





Dialogue maïeutique


Cette fois, Lucien l’âne mon ami, je vais te faire découvrir une fable. Une fable tout à fait dans la tradition d’Ésope, de Phèdre, de Jean de Capoue et de Jean de La Fontaine, pour ne citer qu’eux, et tu dois connaître assez les fables d’avoir été si souvent sur ces scènes sollicité.

Évidemment, d’ailleurs ne suis-je pas moi aussi un animal fabuleux, étant Lucien l’âne, figure moderne de cet Âne d’Or que l’on connut autrefois, dont je me demande parfois s’il ne viendrait pas de Chine et passant par l’Inde. Peut-être, me dis-je, car j’ai en tête de lointains souvenirs de mes pérégrinations en ces pays où je fus bien avant d’arriver par ici ; il m’en reste aussi quelques idées de sagesse et de raison. Dès lors, je le sais pardi que dans les récits des fabulistes, l’âne est un personnage qu’on rencontre fréquemment.
D’ailleurs, avant même de l’entendre, j’imagine une certaine parenté entre la chanson et la fable de La Fontaine où l’âne est trompé et raillé et condamné pour avoir mangé un peu d’herbe et surtout, de l’avoir avoué, alors que les pires dévastateurs et les plus odieux criminels niant tout continuent leurs méfaits en toute équanimité.
Une fable dont Chamfort estimait qu’elle racontait l’histoire humaine. Tu sais, celle qui se termine par cette morale quasiment universelle et qui pourrait figurer parmi celles de la Guerre de Cent Mille Ans :

« Selon que vous serez puissant ou misérable,
les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir ».

Au cas bien improbable où tu ne l’aurais pas reconnue, il s’agit…

De l’une des plus célèbres du fabuliste français, « Les Animaux malades de la peste », enchaîne Marco Valdo M.I. et tu l’as pointée à juste titre, car elle me semble avoir inspiré Dario Fo et je ne pense pas que ce fut à son insu.
Dario Fo, homme de théâtre, ne pouvait ignorer les fabulistes, leurs fables et leur fabuleuse technique du récit.
Ainsi, comme tu l’auras compris, cette chanson, cette histoire est une fable. On y voit évidemment les animaux carnassiers assemblés sous la présidence du roi Lion, lesquels sont bien embêtés et empêchés de commettre leurs habituels crimes et forfaits à cause du fait que l’âne est nanti d’une redoutable corne terriblement dissuasive, d’où son nom « ciucciocorno » que j’ai rendu en français par « ânacorne », animal rappelant à l’évidence la mythique licorne, dont nul n’a encore percé le secret.
Les fauves délibèrent en Congrès d’une alliance et organisent ainsi un piège pour se débarrasser de ce défenseur des plus faibles (plus spécialement ici, des herbivores), cet empêcheur d’assassiner en rond, cet affameur de tigres, de chacals et de lions. Les conjurés l’attirent à de grandes agapes faussement végétariennes, organisées afin de prouver leur innocuité et le convainquent ainsi de se laisser scier la corne, afin – disent-ils – de les rassurer et de ne pas mettre en doute leur bonne foi.
Évidemment, ce qui devait arriver, arriva et à peine la corne coupée, ils s’en prennent à l’ânacorne (sans corne), qui réussit à s’échapper et les fauves se répandent dans les environs tuent moutons, chèvres et autres paisibles ruminants. Et le vieux bouc, animal sage et prudent, qui avait prévenu l’âne et lui avait dit de se méfier de cette embuscade et de surtout, surtout ne pas se laisser désarmer, l’accuse de négligence, de stupidité et de trahison.

Oh, dit Lucien l’âne en rigolant, je n’ai jamais eu de corne, mais j’ai de solides sabots et des dents assez dures ; de plus, j’ai un cerveau et je sais m’en servir et je connais les arcanes de la Guerre de Cent Mille Ans que les forts font aux faibles. Pour ce qui est de cette histoire, elle me semble des plus classiques, mais j’imagine qu’elle a d’autres dimensions.

En effet, Lucien l’âne mon ami, il fallait s’y attendre avec un auteur comme Dario Fo, dont les représentations théâtrales furent plusieurs fois interdites et qui fut lui-même poursuivi et censuré.
Donc, la canzone parle du coup d’État qui eut lieu au Chili en 1972 qui mit fin à l’illusion démocratique et dévoila l’impossible union des militaires et de la démocratie, disons, évolutionniste de Salvador Allende, président élu du Chili, arrivé au pouvoir porté par une coalition des gauches chiliennes, elles-mêmes soutenues par tout un peuple.

Excuse-moi d’interrompre ton propos, mais il me semble avoir compris, Marco Valdo M.I. mon ami, qu’elle raconte aussi d’autres choses, cette canzone.

En effet, Lucien l’âne mon ami, elle va plus loin et raconte aussi une histoire italienne, celle de la démocratie imaginée dans la Résistance au fascisme et qui aurait dû se traduire dans la Constitution et abolir les lois et structures mises en place par le régime mussolinien.
Là aussi, après le référendum instaurant la République, voulu et remporté par la résistance, on allait tout changer et il y eut un grand congrès – la Constituante et comme dans la canzone, il y eut une victime des agissements stupides d’un « ânacorne » et cette victime ou plutôt, ces victimes, ce furent le peuple partisan, ces gens qui avaient donné ou risqué leur vie et celles des leurs pour liquider le fascisme, l’éradiquer jusqu’au fondement et pour établir une république généreuse et pacifique.
Aux gens d’Italie, cet ânacorne italien promit la démocratie et le peuple une fois désarmé, on lui a resservi les anciens plats et on inséra dans la Constitution les Accords du Latran, autrement dit la religion d’État, la domination de l’Église catholique, et conséquemment, celle de la démocratie chrétienne, courroie de transmission d’un pouvoir en quelque sorte théocratique.
Et sous la houlette de l’ « ânacorne », les communistes du PCI, censés être les meilleurs défenseurs du peuple lui ont raconté une histoire à la Pangloss, comme quoi tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes – imagine, Lucien l’âne mon ami, ils étaient au gouvernement. Il convenait d’y rester.
C’est ainsi que se fiant aux promesses de la démocratie chrétienne, ils ont de fil en aiguille, de compromissions en compromis « historique », été complètement laminés et ce sont les gens d’Italie qui à présent encore doivent payer le prix de cette brillante politique. C’est ce que j’ai appelé la Trahison des Clercs à l’italienne. Évidemment, comme pour toutes les fables, la vérité transcende la petite histoire.

Mais enfin, Marco Valdo M.I., tout cela est bien désolant. À la lecture de cette Trahison des Clercs en Italie, il me semble qu’il y a eu une sorte de coup de Jarnac à la dernière minute et que cette position de ralliement subit du PCI aux sirènes vaticanes est surtout le fait d’un homme et que, dès lors, ce serait donc lui cet « ânacorne » dont il est question dans ta chanson.

À la vue des événements historiques et à celle de la biographie du personnage, on peut sans crainte désigner Palmiro Togliatti, comme l’« ânacorne ». à la fin de la toute dernière séance consacrée au vote de l’article 5 de la Constitution – l’article qui insère les « Accords du Latran » dans la Constitution, C’est lui, Togliatti Palmiro, secrétaire général du PCI, qui va contrairement à toute attente et à ce qu’il avait promis au peuple, conclure son discours par le ralliement aux manigances chrétiennes et cela, à l’encontre de l’avis du peuple italien et de la Constitution elle-même, qui proclamaient l’Italie comme une république laïque. Voilà pour les événements.

Et, il me semble Marco Valdo M.I. mon ami, que tu as évoqué des éléments biographiques pour expliquer cette volte-face de Palmiro Togliatti.

En effet, Lucien l’âne mon ami, mais je ne vais pas faire sa biographie, d’autres s’en sont chargés ou s’en chargeront. Je retiendrai deux ou trois faits terriblement clairs. D’abord, en 1936, le dénommé Palmiro Togliatti lance, depuis l’exil, un « Appel aux fascistes » :
« Pour le salut de l’Italie, réconciliation du peuple italien ! La cause de nos maux vient du fait que l’Italie est dominée par une poignée de grands capitalistes. (...) Seule l’union fraternelle du peuple italien obtenue par la réconciliation entre fascistes et non-fascistes pourra abattre la puissance des requins dans notre pays. (...) Les communistes adoptent le programme fasciste de 1919 qui est un programme de paix, de liberté, de défense des intérêts des travailleurs. Peuple italien, fascistes de la vieille garde, jeunes fascistes, luttons ensemble pour la réalisation de ce programme ! »

On dirait un cauchemar, une blague, dit Lucien l’âne. Un discours digne du grand Dictateur de Chaplin ou du Big Brother d’Orwell.

C’est, en effet, une proclamation aux ordres d’un grand Dictateur. Mais il va persister dans ses attitudes conciliatrices avec les fascistes et les gens de l’autre bord et il va y pousser tout le PCI et avec lui, tous ceux qui lui ont fait confiance, c’est-à-dire une bonne part des ouvriers et des gens du peuple italiens.
Parmi ces gestes de conciliation, il y a l’inquiétante amnistie qu’il va – comme ministre de la Justice – accorder aux fascistes dès 1946. On s’étonnera après qu’il n’y eut pas de véritable défascistisation de l’Italie.
Et, bien entendu, cette allégeance au Vatican et à la démocratie-chrétienne qu’est son ralliement à l’inclusion des Accords du Latran – signés entre les fascistes et la Papauté, qui font de l’Italie un protectorat pontifical, une sorte de Catholie, de Catholand ou de Catholikistan, selon l’endroit d’où on la regarde.

Tu y vas fort, Marco Valdo M.I. mon ami. Mais il me semble bien, à voir l’Italie d’aujourd’hui et son histoire depuis la fin de la guerre, que tu pourrais avoir raison. Ce pourrait bien être la vérité vraie à voir cette désolation : un parti qui a commencé son histoire avec Antonio Gramsci et l’achève avec Matteo Renzi.
Enfin, soupire Lucien l’âne, passons et – retrouvant son sourire – voyons cette canzone de l’ « ânacorne » et reprenons notre tâche qui est de tisser sans jamais dévier le linceul de ce vieux monde ignoble, ambitieux, avide, croyant, conciliateur et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Le lion a trouvé dans un livre de la Curie
Qu’au lieu de cabri, on peut manger la pastèque ;
La pastèque rouge dite aussi melon
Sera dorénavant la pitance des lions.
Le loup est fou des pommes de terre,
Le lynx, aux poules, les choux et les raves préfère,
La hyène est folle de la salade,
La fouine raffole de céleri et de carottes.
Ah, dit le lion, pour toi et les tiens, ne crains plus rien,
Nous sommes à présent tous végétariens.
Tu pourras le vérifier à notre Congrès des fauves
Et des rapaces personnellement, je t’invite.

L’ânacorne se rend à ce congrès de brigands ;
Le croisant le vieux bouc lui dit sagement :
Attention, Ânacorne, c’est un piège !
Surtout, ne laisse pas couper ta pointe !
Car l’arme terrible de ta corne
Est notre plus sûre défense.
L’ânacorne se mit à braire
Et dit : Je suis un âne, certes ;
Je suis cornu, oui, mais ne suis pas bête !
Je la connais cette bande de gangsters.

Au Congrès, le lion et la panthère,
Lui firent grande fête,
On l’installa sur le trône du roi
Et commença le fastueux repas.
Œufs durs, aubergines au fromage,
Haricots verts et pois chiches.
Le tigre buvait de l’eau plate,
Avec un sandwich à la ricotta douce.
Étendu langoureux, un fort reptile
Léchait gourmand un sorbet à la fraise.
Le renard suçait des scorsonères,
Il criait : « Plutôt le choléra que manger de la chair ».
C’était à se pisser dessus
De voir tous ces carnassiers se gaver de légumes crus ;
Le loup grignoter le melon, boire son jus,
La hyène suçoter des choux pourris et des fruits charnus.
Et tous mangeaient avec grand plaisir,
Sauf qu’à son tour, en cachette, chacun allait vomir.
Fini le repas, le roi lion demanda :
Alors, Ânacorne, il t’a plu ce petit repas ?

Tu vois, depuis longtemps, tel est notre régime ;
Nous sommes des êtres pacifiques à cette heure.
Il est temps qu’on vive ensemble en bonne entente,
Qu’on collabore pour édifier un monde de bonheur.
Le tigre entre ses dents murmure : 
Il n’y a plus rien à craindre ;
Le faucon crie en se lissant les plumes : 
 Oublions nos rancunes !
Déposons les armes, les becs, les griffes et les cornes,
Il faut la confiance pour créer un nouveau monde
Et tous le cajolaient de façon presque sincère :
L’ours embrassait Ânacorne et même la panthère,
Le python ensuite d’une telle étreinte le serre
Qu’il s’en faut de peu qu’il l’étrangle.

Eh bien, dit le lion,
Maintenant que règne la confiance,
Cette corne au front,
Que veux-tu en faire encore ?
Je la garde pour nous défendre moi et mes amis,
Mais si tu es armé où est la démocratie ?
Avec cette corne, tu nous tiens tous en respect,
Dit le renard et pleurniche le crocodile,
On dirait que tu nous trouves suspects,
La confiance et la bonne foi sont choses civiles.
Maintenant que nous sommes végétariens,
Cette corne est un comportement de vilains.
Nous te donnons notre parole de citoyens,
Parole de vrais démocrates et chrétiens :
Jamais plus les armes ne saliront nos doigts !
Parole de vieux militaire, parole de roi,
Parole de prêtre, d’évêque, de pape et de sacristain,
Ôte cette corne et nous te baiserons les mains.

Mais l’ânacorne n’était pas crétin
Pourquoi n’ôtes-tu pas ton bec, Faucon, mon ami ?
Car il me sert à picorer le raisin ;
Sans mon bec, je ne peux pas vivre ainsi !
Et pourquoi ne scies-tu pas tes dents, cher Lion ?
Avec quoi mangerais-je la pastèque et le melon ?
Sans dents, je ne peux pas me nourrir ;
Sans la pastèque, de faim, je vais mourir.
Et les fauves tous en chœur se désespèrent :
Les griffes, becs et dents ne sont pas des armes,
Ce sont des couverts ; sans eux, on ne peut manger.
Si on nous en prive, on est condamnés
Comme des enfants sans leur mère.
Ému, gêné, honteux, pleure l’ânacorne.
Alors, il plie le genou ; à la scie, il abandonne,
En baissant le front, sa longue corne.

Quand la corne fut sciée et l’âne désarmé,
Les fauves se mirent à crier :
Âne ! Nigaud ! Nous t’avons bien coincé !
Coups de patte et grandes morsures,
Blessures profondes, presqu’égorgé,
L’ânacorne fuit par le bois jusque sur la montagne
Où il arrive presque mort et sans souffle.
De là-haut, il voit lions, tigres, loups et panthères,
Happer les moutons, dépecer les vaches et les chèvres.
Il voit impuissant égorger ses enfants, ses compagnes ;
Il voit le sang et les larmes couler dans les campagnes.

Ils m’ont trahi – criait-ilcette bande de chacals,
Mont dupé le renard prêtre, le lion général
Et la louve perverse de la démocratie chrétienne.
Ils m’ont rempli la tête de fanfares,
De promesses et de louanges, ces charognards.
Ne pleure pas – dit le bouc en furie
Dorénavant à juste titre par tout le monde, tu seras appelé
L’âne cocu, cornu, décorné pour la vie
Qui par cette bande de truands s’est laissé désarmé.
Tu as cru au compromis historique, comme à la démocratie
Croient les vieux socialistes séduits par la bourgeoisie.
Tu ne mérites aucune compréhension,
Juste du mépris pour ta compromission,
Une ruade terrible de vieux bouc en colère
Et méritent pareil sort tous ceux qui s’entichent
De collaborer dans cette guerre
Avec les fauves, les puissants et les riches !


mardi 17 janvier 2017

GANDHI


GANDHI


Version française – GANDHI – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne – GandhiAlessandro Mannarino – 2017




« J’en ai contre les icônes pop comme Marylin Monroe et Einstein, contre la paix édulcorée de Gandhi. Je vois une subtile ligne qui divise le pacifisme de la complaisance et de la résignation, car celui qui passe sa vie à asphalter des routes sous le soleil cuisant d’août, on ne peut pas enseigner le pacifisme, il le subit. Dans mes fréquents voyages au Brésil, à Rio de Janeiro, j’ai vu toutes les contradictions enter celui qui vit dans les favelas et celui qui par contre vit entouré du luxe, forcé cependant à se barricader chez lui. Où est la méchanceté du pauvre ? Il serait utile refonder la pensée de l’être humain. J’en ai contre les intellectuels que je trouve totalement abstraits de la réalité. Je ne suis pas parmi ceux- même si j’ai étudié philosophie, je fais un travail manuel et je me salis les mains comme un ouvrier ».



On se rassemblait sur les places les fleurs à la main.
Suivant la doctrine des gourous indiens,
Nous évitions les coups de fusil en psalmodiant leur refrain.
Toutes les fois qu’un coup de feu sur la rue répand le sang,
Au niveau supérieur, quelqu’un accumule de l’argent.
Un vieil avare a élevé un mur, le jardin pour les grands ;
Le vin blanc frémit encore plus blanc servi avec des gants,
Des gants blancs
Et des ongles noirs sous les gants,
Des mains sales de chantier.
Dans les poumons, des cheminées,
Dans la tête, des fourrés,
Tous à la queue chez l’épicier
Qui nous donne la carte de fidélité,
Avec le visage de Gandhi, de Gandhi
Et nous allons tous en file chez le baron
Nous inscrire pour ouïr la leçon
Sur les discours de Gandhi,
(Pour les petits et pour les grands) Gandhi.

Il y a celui qui change de vie et va en Inde,
Le change a plein d’avantages.
Tant gens pour rien lavent, repassent,
Courent les rues nommées,
Je ne vous dis pas ici du nom de qui,
Vous l’avez deviné. Gandhi !
Maintenant méditez, méditez :
À quoi sert de travailler ?
Si les Indiens sont nombreux,
On peut compter sur eux
Grâce à la monnaie avec le visage de Gandhi, de Gandhi.

Allons dans les usines parler de Gandhi,
Allons dans les prisons parler de Gandhi,
Allons dans les écoles de quartier
Inaugurer une autre école de Quartier,
Nommée Mahatma Gandhi, Gandhi.
Dans les usines chinoises,
Au milieu des champs de Calabre,
À Raguse, ramassent les tomates
Des adeptes du Mahatma Gandhi,
Gandhi, Gandhi, Gandhi, Gandhi.

Quand un pauvre gars
Sur sa croix
Par une mouche a le nez mangé,
Il ne peut la chasser,
La mouche a grandi dans le caca
De la vache sacrée,
La vache a maigri pour pouvoir participer à la corrida.
Riez madame, riez.
Détendez-vous et dites à votre fils de ne plus lancer
De cailloux, s’il vous plaît.

Polichinelle, enlève ton masque,
Baisse le rouleau à pâte,
Et maintenant, qui est la plus belle ?
Calme, détendu, avec le visage souriant,
Tout vêtu de blanc, il rit.
Il me rappelle quelqu’un Polichinelle
Il me rappelle…
Un certain Gandhi, Gandhi, Gandhi.

Luana Gandhi, Moira Gandhi, Natasha Gandhi,
Emanuele Gandhi, Mauro Gandhi, Danilo Gandhi.
Jennifer Gandhi, Cristina Gandhi, Alessandro Gandhi,
Magasins Gandhi, Électricité Gandhi, Collège technique commercial Gandhi,
Pour apprendre à confectionner la tunique de Gandhi.
Machines à laver Gandhi, Gandhi affaires, Institut Gandhi
Polichinelle, comme vous êtes élégant,
Quel plaisir de vous revoir ainsi,
Sans bâton, avec le visage souriant, tout vêtu de blanc.
Polichinelle, l’apéritif est servi
Venez, ne restez pas à penser
Imaginez que, dans cette société,
Il y a celui qui fait la grève de la faim
Et celui qui fait grève, car il a de la faim.
Mais toujours à la fin
Arrive la police qui
N’a jamais lu un livre de Gandhi.

samedi 14 janvier 2017

LE PANZER DE LA PAIX


LE PANZER DE LA PAIX

Version française – LE PANZER DE LA PAIX – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson allemande – Friedenspanzer – Rod Gonzalez & Farin Urlaub (Die Ärzte) – 1994






"Friedenspanzer" [LE PANZER DE LA PAIX] est une chanson punk du groupe allemand Die Ärzte, une chanson à propos d’une machine de guerre qui répand la paix, l’amour, les solutions aux problèmes et aide les gens.

Dialogue maïeutique

Vois-tu, Lucien l’âne mon ami, dit Marco Valdo d’un ton un petit peu docte, contrairement à ce qu’on raconte, la naïveté n’est pas un vilain défaut, même quand elle est fausse.
Et c’est précisément le ton de cette chanson que cette fausse naïveté, voulue ou non, ce n’est pas la vraie question. La vraie question est toujours est-ce une bonne chanson ? Raconte-t-elle quelque chose qui intéresse ?
Car il y a mille et une manières de faire une chanson, comme il y avait mille et une manières de charmer un sultan par des contes susurrés à son oreille. Il n’y faut pas nécessairement la pesanteur académique ou l’amplitude des grandes œuvres, qui d’ailleurs sont rares ; une œuvrette suffit souvent.

Oh oui, je le sais bien, Marco Valdo M.I. mon ami, dit Lucien l’âne en se dandinant curieusement. Jean Constantin avait réussi à faire une chanson très appréciée du public avec ce texte assez déconcertant : « Où sont passées mes pantoufles ? » (https://www.youtube.com/watch?v=MrhnnmQzjwA), qui de plus sert de titre à la chanson. Une belle économie de moyens !, rattrapée par un énorme talent de comédien-pianiste-chanteur.

On n’est pas à ce degré de simplicité dans les moyens avec LE PANZER DE LA PAIX. On a là une structure plus classique : un soliloque, un monologue transformé en une sorte de discours à la cantonade. Sur le fond, il s’agit d’une réflexion paradoxale où l’on transforme l’engin guerrier et répressif par excellence en machine à paix. L’idée est curieuse et le projet étrange, mais il s’agit juste d’un moyen poétique de dire l’angoisse qui rémane dans la société. Il s’agit d’une angoisse diffuse sans vraiment de raison et de contour précis, mais elle est d’autant plus difficile à exprimer et à traduire en chanson. Et puis, il y a ce souhait – somme toute rassurant – de trouver une solution universelle face à la propension des humains à s’affronter – LE PANZER DE LA PAIX, instrument idéal pour faire la « Guerre à la Guerre ».

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, tout cela me paraît bien sympathique, mais – comme tu l’as laissé entendre dès le départ, carrément cousu de naïveté. Reste à savoir si c’est une naïveté volontaire, ce que tu appelais une « fausse naïveté ».

Lucien l’âne mon ami, les choses sont évidemment très claires, car la chanson est portée par un personnage imaginaire qui est effectivement la naïveté personnifiée, une sorte de doux rêveur et donc, si sa naïveté est réelle, celle de la chanson est feinte. C’est un jeu d’ombres, un jeu dans un miroir où tout s’inverse et où cette feinte naïveté sert également à alléger le propos, à médiatiser l’angoisse. Il reste cependant qu’il s’agit d’évoquer cette Guerre de Cent Mille Ans que les puissants et les riches (ou l’inverse) font aux pauvres pour assurer leur domination, bétonner leurs privilèges, renforcer leur pouvoir, étendre l’exploitation et satisfaire leurs ambitieuses avidités.

Si c’est ainsi – et ce l’est, alors il ne nous reste qu’à reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde ambitieux, avide, avare, assassin, absurde et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Le journal télévisé n'est pas ma tasse de thé,
Rien que des meurtres et des tas de morts partout.
Les chiens de guerre sont à nouveau lâchés,
Quand frères et sœurs se détestent tout d’un coup.
Quand tombent les bombes
Les hommes se prennent de haine.

Ce qui me vient en tête,
Pour sauver ce monde,
C’est un Panzer de la Paix
Il bombarde d’amour les cœurs,
Il apporte la paix sans douleur,
C’est le Panzer de la Paix, le Panzer de la Paix

Il lance des fleurs au lieu d’obus
Il touche tout le monde, même les insensibles
Au lieu de gaz toxique, il envoie du parfum de rose
Il purifie l’air pollué en lançant l’encens dessus
Il ne nous laisse plus jamais solitaires
Vous, moi, tous, nous sommes ses mercenaires.

Ce qui me vient en tête,
Pour sauver ce monde,
C’est un Panzer de la Paix
Il bombarde d’amour les cœurs,
Il apporte la paix sans douleur,
C’est le Panzer de la Paix, le Panzer de la Paix

Il bouche le trou de la couche d’ozone,
Il replante sans tarder une forêt équatoriale.
Avec son canon à tofu, il arrête les famines.
Il empêche la pêche à la baleine,
Il neutralise même la bombe à neutrons,
À se demander s
i ce n’est pas la solution.

Ce qui me vient en tête,
Pour sauver ce monde,
C’est un Panzer de la Paix
Il bombarde d’amour les cœurs,
Il apporte la paix sans douleur,
C’est le Panzer de la Paix, le Panzer de la Paix

Il m
et fin à toute dictature :
Comment il fait ça, je me le demande.
Il nous aide pour la rime,
Il porte les sacs des grands-mères.
C’est le Panzer de la Paix,
Le Panzer de la Paix !

mercredi 11 janvier 2017

MOINS CINQ


MOINS CINQ


Version française – MOINS CINQ – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson allemandeFünf vor zwölf Campino (Andreas Frege) et Andi (Andreas Meurer) [Die Toten Hosen] – 1990
Reprise sur le disque collectif intitulé : « Nazis Raus ! (Nazis Dehors !) » en 1991, republié en CD en 2003.




Lucien l’âne, à voir ce qu’on y raconte, on ne dirait pas que c’est une chanson qui date de plus d’un quart de siècle. Elle raconte l’attaque d’un commerçant, un verdurier, un épicier turc quelque part dans une ville allemande.

Chez nous aussi, il y a des commerçants turcs qui vendent les légumes, le pain, l’épicerie. Il y a aussi le « paki », le « marocain »… Drôle comme on désigne les gens ainsi par une sorte de qualificatif générique. Comme si parlant de moi, il dirait « l’âne » ; pas Lucien l’âne, mais juste « l’âne ». À propos, le garagiste du coin est d’origine turque, mais tout le monde l’appelle Jacky. Il y a plus de vingt ans qu’il est là. Mais en face, le marchand de pneus est « italien », la supérette sur la place est tenue depuis vingt ans par des « italiens »- tiens, c’est Nino et Francesca. On remarquera que dans ces dénominations génériques, on oublie souvent la majuscule ; c’est sympathique, mais aussi symptomatique. En fait, au stade suivant et généralement à la génération suivante, les gens commencent à appeler ceux venus d’ailleurs par un nom, généralement un prénom. Mais, revenons à la chanson.

Oui, alors, reprend Marco Valdo M.I., cette histoire est simple . Comme on est en Allemagne, il est Turc, originaire de la Mer Noire, il se nomme Erdal ; le protagoniste de la chanson qui raconte qu’il va chez ce « Turc » chercher ses légumes, on comprend ainsi que cet « immigré » est là depuis un certain temps – des années sans doute. Il est là probablement depuis que l’Allemagne (la Fédérale, celle de l’Ouest) est devenue tellement obèse qu’elle a dû importer des travailleurs étrangers – spécialement, Turcs ou Grecs, pour suppléer à son manque de main d’œuvre pour remplir les fonctions et les tâches subalternes de la société. Cependant, il faut quelques années, sans doute de longues années, à un immigré pour installer un commerce et ensuite, avoir pignon sur rue. Dans la chanson, il n’est pas dit s’il est de première ou deuxième génération d’émigration. Par ailleurs, si cette histoire s’était déroulée ailleurs en Europe (disons, de l’Ouest), il aurait tout aussi bien pu être Kurde, Roumain, Bulgare ou si l’on élargit le spectre à la Méditerranée : italien, marocain, grec, algérien ou même, portugais ou espagnol.

Oui, cela peut se produire maintenant ici, à tout moment, dit Lucien l’âne. C’est devenu banal.

C’est bien ce qui encore plus inquiétant, dit Marco Valdo M.I. On aurait pu penser que ces attitudes xénophobes s’estomperaient avec le temps et avec la banalisation de la présence des émigrés – de tous horizons, dans les villes et les agglomérations d’Europe. Il semble bien que ce ne soit pas le cas et que contrairement à ce qu’on pouvait espérer il y a une cinquantaine d’années, l’humanisation de la société n’arrive pas à éradiquer les comportements imbéciles.

Dans quoi donc vasouille notre « civilisation » ? Quels sont ces gens qui traitent les autres par le mépris, les maltraitent, les matraquent et finissent par les tuer ? Sont-ce vraiment des gens, ces gens-là ? Il est vrai que bon nombre d’entre eux cherchent le sens de leur propre vie dans des entités extérieures à eux-mêmes prétendent appartenir à un groupe, un parti, une nation, une religion, un Dieu, un Prophète ou que sais-je encore. Dans tous les cas, une seule chose ressort de ce constat, c’est qu’ils ne s’appartiennent pas et ispo facto, se transforment eux-mêmes en pions, en sujets obéissants d’une chose qui les envoûte, qui les englue, qui les englobe, qui les enferme. Ils vivent prisonniers d’une entité qui les manipule.

Ainsi, conclut Lucien l’âne, l’homme a encore pas mal de chemin à faire pour devenir lui-même et ne plus envier ou haïr ses semblables. Par parenthèse, un des premiers pas vers l’humanisation de l’homme serait qu’il accepte d’être lui-même, qu’il se débarrasse des armures psychologiques dans lesquelles il s’enferme et qu’il garde pour lui-même ses croyances bien au chaud dans son intimité. Je dis cela, car dès lors qu’il ne ferait plus état, ni usage de ces béquilles mentales, il grandirait à ses propres yeux et entretiendrait des rapports détendus avec les autres humains. Ce serait un excellent début. Quant à nous, chi siamo somari, reprenons notre tâche, aidons l’humanité à se débarrasser de ces poids encombrants et trompeurs et tissons de ce fait le linceul de ce vieux monde envieux, avide, ambitieux, absurde, atroce et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Chez lui, j’achetais toujours mes légumes.
Il a dans la trentaine, un enfant et une femme.
Nous nous comprenons très bien,
Nous buvons parfois une bière ensemble
Au café d’en face,
Quand on s’y rencontre.
Lundi, son magasin si matinal
Au lever n’était pas ouvert encore.
Des voisins me dirent,
Il est à l’hôpital.

Erdal vient de la Mer Noire,
Cependant, il habite dans notre ville.
Il est chez lui ici.
Erdal – peux-tu m’entendre ?
Cela se passe toujours ici aussi –
Je suis avec toi, l’ami !

Il a buté dans vos rangs,
En marchant dans notre rue paisiblement.
Vous chantiez des slogans,
Ne plus jamais voir Erdal.
Seul, il a essayé encore de résister,
Vous étiez bien cinq contre Erdal.
Avant que ça ne soit commencé ,
C’était aussi déjà terminé.

Qui ici croit encore
Que cela ne nous concerne en rien ?
Quand vient la rage
Qui desserre tous les freins ?

Erdal – tu m’entends ?
Je veux te dire seulement ,
J’ai honte de tout ceci !
Erdal – tu m’entends ?
Face à ce qui se passe encore ici -
Je suis avec toi, l’ami !
Erdal vient de Turquie
Et celui qui ici est contre lui,
Est mon ennemi aussi !