vendredi 23 décembre 2016

BRISEZ CE QUI VOUS BRISE !

BRISEZ CE QUI VOUS BRISE !

Version française – BRISEZ CE QUI VOUS BRISE ! – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson allemande – Macht kaputt was euch kaputt macht – Norbert Krause – 1969

Interprétation : Ton Steine Scherben
Paroles : Norbert Krause
Musique : Ralph Möbius (alias Rio Reiser)





LE VIEUX MONDE CACOCHYME


Ah, regarde Lucien l’âne mon ami, nous sommes en 1969 et le soufflé de la prospérité allemande (en RFA tout au moins) n’est pas prêt à retomber ; bien au contraire, il gonfle, gonfle, gonfle autant qu’il peut gonfler. C’est cette atmosphère à la dynamique adipeuse que décrit la chanson ; une atmosphère étouffante pour les gens qui ne partageaient pas cette grandiose euphorie.

Oh, dit Lucien Lane, c’est souvent, sinon toujours ainsi. C’est un des aspects de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin de faire taire toute protestation contre leur insolente escroquerie généralisée que d’aucuns nomment exploitation ; d’autres qualifient de profit ; bref, ce comportement de sangsues cannibales. Il y a de quoi avoir une solide envie de tout foutre en l’air, de crier sa honte et d’appeler à la révolte

C’est précisément, reprend Marco Valdo M.I., le propos de la canzone. En deux temps, assez rationnels. Temps un : description des faits ; temps deux : appel à la révolte. Cette incitation, lancée à la cantonade à détruire ce qui détruit, à réduire à néant toutes ces choses toxiques est nettement exposée dans le titre : Macht kaputt was euch kaputt macht – Détruis ce qui te détruit. La preuve que cette proclamation rencontrait un sentiment fort répandu dans la population de l’Allemagne nouvelle – en ces années-là, celle qui regroupait ceux qui avaient résisté aux temps du Reich de Mille Ans qui n’en avait duré que douze ; ceux qui en avaient été dégoûtés après y avoir cru ; ceux qui trop jeunes avaient grandi dans la terreur et l’abjection ; ceux qui venus au monde après la fin du Millénaire de douze ans qui, etc, et n’avaient connu au départ de leur vie que ruines, ressentiments et misères, tous ceux-là qui avaient aussi vu gonfler la baudruche.

À propos du titre de la canzone, dit Lucien l’âne en riant, il est curieux qu’en allemand, Kaputt – peut être traduit utilement par « foutu ». Chez nous, je ne sais par quel héritage, on utilise en français pour dire « c’est foutu », l’expression « c’est kaputt », alors qu’en latin, « caput » désigne la tête.

Laissons ce casse-tête à notre ami Ventu, friand de philologie. Ceci dit, une manière de rendre ce titre – il y en a tant et tant de ces tournures que je renonce à en faire une énumération exhaustive, donc, une façon de le faire sonner en français est : « Foutez en l’air ce qui vous en l’air ! ». Le titre de cette chanson correspondait tellement bien à un sentiment général chez certains (ceux ci-dessus recensés) qu’elle fut immédiatement adoptée comme une antienne qui fut scandée dans les manifestations, écrites sur les murs, peintes sur des panneaux et des pancartes, imprimées sur des vêtements, et ainsi de suite. Ce titre servit quasi-immédiatement de slogan aux Autonomes allemands ; on le retrouva repris en chœur dans les mouvements pour le logement et fit florès dans tout le mouvement étudiant et anarchiste, un peu partout en Allemagne. C’était un début et on n’était qu’au début.

Début ? Quel début ? Début de quoi ?, Marco Valdo M.I. mon ami. Tout cela est bien énigmatique. Pourrais-tu éclairer ma lanterne ?

On était au début des remous qui vont faire suite à 1968 ; les générations nées autour de la guerre avaient commencé leur vie dans la misère et les ruines, avait entretemps accédé aux richesses d’ersatz de la société de consommation où on leur avait proposé des objets, des ombres, des silhouettes, des plaisirs insipides et mornes, des attrape-nigauds en lieu et place de leur vie et de leur propre bonheur. Les plus lucides ouvraient la voie au rejet de l’imposture démocratique et consommatrice, de la réification de leurs êtres et de leurs sentiments ; tout s’évaluait, la valeur – qui n’est rien d’autre qu’un concept marchand – tenait lieu de conscience de soi et du monde. L’homme se mesurait sur la balance de l’épicier, le bien-être tournait à la boulimie. Ce double mouvement : l’accession aux objets, aux choses et la réduction concomitante de la personne au consommateur, d’une part et d’autre part, la volonté rationnelle et raisonnable de rejeter les faux semblants et les icônes, a commencé à se préciser et à se développer autour de ces années-là et la confrontation est toujours en cours. On n’était pas passé impunément des Lumières aux bilans trimestriels, de la philosophie émancipatrice au voile publicitaire du mercantilisme. Les Dieux – la plupart monomaniaques, sous les formes les plus communes en nos régions de Yahvé, de Dieu ou d’Allah – entendaient sauvegarder leur valeur à la bourse des éternités de pacotille ainsi que multiplier leurs clientèles ; leurs courtiers s’activent encore dans le placement des assurances vie-éternelle. Ces assureurs comme leurs confrères d’autres domaines ont le tour professionnel pour vendre du vent et des leurres. Face à ces religions prônant dieux, commerces et imageries, la chanson est un hymne iconoclaste.

« Brisez ce qui vous brise !
Détruisez ce qui vous détruit ! »

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, comme elle disait juste, comme elle avait raison. Et ses échos se répercutent encore à présent. Quand donc comprendront-ils ces humains drogués au salut et aux hochets des apparences ? C’est tout l’enjeu de la Guerre de Cent Mille Ans, cette guerre aux mille méandres et détours, que les riches, les puissants et leurs séides font aux pauvres du monde entier afin de maintenir la richesse, de rencontrer leur adipeuse ambition, leur domination stupide et mortifère. Reprenons notre tâche et brisons ce monde qui nous abîme la vie, tissons le linceul de ce vieux monde mercantile, intéressé, ambitieux, impotent, avide et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Les radios parlent, les disques chantent,
On tourne des films, les télés se vendent,
On achète des voyages, on achète des voitures,
On achète des maisons, on achète des meubles.
Pour quoi ?

Brisez ce qui vous brise !
Détruisez ce qui vous détruit !

Les trains roulent, les dollars roulent,
Les machines tournent, les hommes triment ,
Des usines fabriquent, fabriquent des machines,
Fabriquent des moteurs, fabriquent des armes.
Pour qui ?

Brisez ce qui vous brise !
Cassez ce qui vous casse !
Les bombardiers volent, les chars roulent ,
Les policiers frappent, les soldats meurent,
Protègent les chefs, protègent les riches,
Protègent le Droit, protègent l’État.
Avant nous !

Brisez ce qui vous brise !

Cassez ce qui vous casse !

jeudi 22 décembre 2016

JEAN LE VIOLONEUX

JEAN LE VIOLONEUX


Version française – JEAN LE VIOLONEUX – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson italienne – Il suonatore JonesFabrizio De André – 1971
Texte : Fabrizio De André et Giuseppe Bentivoglio
Musi
que : Fabrizio De André et Nicola Piovani




Toi et moi, Lucien l’âne mon ami, et tous les gens des communes et des villages de par ici savent ce que c’est qu’un violoneux et celui qui ne le sait pas ne sait rien des musiciens populaires, des musiciens de rue et de campagne. Il y en avait jusqu’au Québec comme ce Monsieur Pointu, qui avec son instrument conquit les oreilles et les cœurs de bien des gens dans le monde.

Et comment donc, Marco Valdo M.I. mon ami, que des violoneux j’en ai connus et pour cause, on marchait de concert. Et même, de concert en concert, vu qu’ils allaient de village en village, de hameau en hameau, de bourg en bourg animer les fêtes et les bals. Et moi, moi je suivais ou même, parfois, j’aidais à porter leur personne et leur violon. Ah, pour faire des fêtes, on en a fait des fêtes. Et les filles dansaient, le plaisir qu’elles avaient, le plaisir que leur donnait le violoneux et son violon. Oh, il en a connu de bonnes fortunes, le coquin grâce à son instrument. Pour ce qui est violoneux, j’en ai connus qui venaient de partout. Faut dire que c’est plus facile à transporter que les grandes orgues. Mais dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, le violoneux de la canzone que raconte-t-il ? D’où vient-il ?

Eh bien, dit Marco Valdo M.I., c’est une excellente question. Ho, je t’arrête tout de suite, car je vois à tes yeux moqueurs que tu penses que j’ai répondu « une excellente question » comme un orateur embarrassé qui ne saurait quoi te répondre et qui aurait dit ça pour se donner le temps de réfléchir. Rassure-toi, ce n’est pas le cas. Mais la réponse à ta question peut être très courte ou bien, prendre le chemin de circonlocutions indéfinies. Mais commençons par le commencement : Jean le Violoneux est un violoneux régional, un de ceux qui vivent d’une certaine activité et pratiquent le violon à la manière d’un violon d’Ingres.

Oh, Ingres, Ingres, mais c’était un peintre, ce gars-là ! Il était encore tout jeune quand j’ai passé les Alpes avec lui quand il se rendait à Rome. Un bien beau jeune homme et un peintre qui savait peindre les femmes. Enfin, passons ! Ce que je peux en dire, c’est qu’il jouait du violon comme un violoneux, c’était sa passion cachée, le violon. Évidemment, on l’a su plus tard et on a parlé du violon d’Ingres, précisément pour désigner une passion, disons, un peu collatérale, dont on ne fait pas profession. Le photographe Man Ray, des années plus tard, a réussi à joindre en un joli tableau les deux passions de Monsieur Ingres et a proposé aux regards ravis un très sensuel Violon d’Ingres à la tête enturbannée.


Merveilleux dos, superbe personne, très décent turban, mais on s’égare, Lucien l’âne mon ami, on s’égare. Revenons à Jean le Violoneux, si tu veux bien, Lucien l’âne mon ami. À la différence des violonistes tziganes qui sont des itinérants du spectacle, Jean le Violoneux est un artisan musical amateur et strictement local. Il ne court pas le monde derrière son violon ; il vit, s’essaye à travailler, joue et meurt au pied de la colline où coule la rivière à travers les champs. C’est du cimetière local qu’il nous narre sa vie. Voilà pour notre Jean le Violoneux, incarnation paysanne de culture française du « suonatore Jones » de Fabrizio De André, incarnation paysanne de culture italienne, lui-même incarnation du Fiddler Jones, qu’évoquait Edgar Lee Masters dans sa Spoon River Anthology, publiée en 1916 à New-York ; une anthologie qui décrit post-mortem la vie de plus de 200 personnages, tirés des gens de deux petites villes de l’Illinois – Peterburg et Lewistown, que connut le poète ou dont il entendit parler.

Voyons donc ce Jean le Violoneux que tu nous as concocté et reprenons notre tâche à la durée indéfinie et tissons le linceul de ce vieux monde, que nous mettrons pour l’occasion sous la colline avec Jean le Violoneux et tous les autres cacochymes.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Dans un tourbillon de poussière,
Les autres voient la sécheresse,
Moi, il me rappelle
La jupe de Fanfan
Dans un bal d’antan.

Je sentais ma terre
Vibrer de musique,
C’était mon cœur
Et alors pourquoi la cultiver encore,
La penser meilleure.

Je l'ai vue dormir, Liberté,
Dans les champs cultivés,
Ciel et argent, un jour,
Ciel et amour, toujours,
Protégée par un fil barbelé.

Je l'ai vue se réveiller, Liberté,
Chaque fois que j'ai joué,
Pour un frou-frou de filles
Au bal, à l’hiver, à l’été,
Pour un ami ivre.

Et puis quand les gens savent,
Et les gens le savent que tu sais jouer,
Il te faut jouer
Toute ta vie sans rechigner
Et il te plaît qu’on t’écoute.


J’ai fini chez les macchabées
Avec une flûte cassée
Et un rire secret,
Et tant de pensées,
Et pas un regret.


vendredi 16 décembre 2016

TOUT CHANGE

TOUT CHANGE



Version française – TOUT CHANGE – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson allemande – Alles verändert sichGert Möbius1971
Interprétation : Ton Steine Scherben
Texte : Gert Möbius
Musique : Rio Reiser

HÉRACLITE


Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson assez courte et en apparence assez simple. Mais la réalité apparente est souvent trompeuse. C’est le cas cette fois avec cette chanson qui relève de l’épigraphe ; d’ailleurs, elle fut gravée elle aussi, non dans la pierre, mais dans le vinyle. Elle s’intitule Tout change.

Marco Valdo M.I. mon ami, tu sais comme moi d’où je viens et combien longtemps j’ai aprcouru les rives de la mer Égée, celles de l’Hélespont et d’autres encore aux bords de la Méditerranée, que les Romains ont appelée Mare nostrum, un propos d’impérialistes et de colonisateurs. Enfin, soit, passons. D’ailleurs depuis la plus haute Antiquité, cette « mare nostrum » a toujours vu sur ses bords fleurir les dictateurs sous les formes et les apparences les plus diverses. C’est encore le cas aujourd’hui. Aujourd’hui, les dictateurs ne se veulent plus (provisoirement ?) empereurs ; ils se proclament présidents. C’est le cas du côté de la Corne d’Or.
Cela dit, le titre me paraît être en syntonie avec le Πάντα ῥεῖ (Tout coule) d’Héraclite et de ce fait, être une proclamation relative au destin de notre monde, qui a ainsi une histoire et s’en vient de la plus haute Antiquité, bien avant Lucie et Cro-Magnon, jusqu’à aujourd’hui sans qu’il y ait autre chose qu’un sens de consécution, car tel est le sens du monde et il ne pourrait y en avoir d’autre. Seul ce qui sera peut être changé et ne peut être univoquement déterminé. Panta rhei, ainsi va le monde, ainsi va la rivière. Est-ce bien là la philosophie de la canzone?

En effet, Lucien l’âne mon ami, c’est une chanson philosophique au plein sens du terme et au-delà, une chanson qui invite à l’action. Elle est tout à fait dans le sens de son époque et dans celui du mouvement qui la sous-tend, un mouvement issu de 1968 et qui se traduisait hors des institutions et des organisations établies; c’est e qu’on a connu sous le nom de mouvement autonome ou extra-parlementaire. Un mouvement qui n’est d’ailleurs pas disparu et qui comme à l’époque déjà se propage par la chanson, à l’écart et en dehors des structures qui pèsent sur la société, la contrôlent, la manipulent et au besoin, la censurent.

Pourtant, dit Lucien l’âne en faisant l’âne pour avoir du foin, la presse est libre, les médias sont libres – du moins, dans notre partie du monde.

Libres, libres, c’est vite dit, répond Marco Valdo M.I. C’est ignorer qu’ils sont aux mains soit de pouvoirs sous contrôle de l’État ou de pouvoirs publics – en gros, sous contrôle des milieux politiques ; soit des groupes financiers qui s’emparent des moyens de diffusion ou les tiennent par la manne publicitaire. Dans un cas comme dans l’autre, on comprend immédiatement les limites de la « liberté » de paroles et d’action des médias, de la presse, de la radio, de la télévision et même, de ce qui circule sur le Net et on n’a aucune peine à imaginer le rôle que ces pouvoirs entendent leur faire jouer vis-à-vis des gens, un peuple devenu public. Et cette censure, cette main mise impose ses diktats la plupart du temps de façon implicite. Les médias comprennent très bien et très vite qu’il serait en effet assez contre-indiqué de révéler aux gens qu’on les contrôle, les manipule et les censure. Ce serait découvrir le pot aux roses de la démocratie. En somme, la démocratie est un peu comme le clavecin, une démocratie très tempérée.

Parfois cependant, il y a un responsable qui lâche le morceau, qui dévoile la supercherie. Ainsi, un ancien dirigeant d’une télévision française n’a pas pu s’empêcher de dire, en un terrible lapsus :

« Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ».
Dans le cynisme, on a rarement été aussi loin.
De même, question de faire avaler tout ça aux gens, jeunes et vieux, on leur parle du changement, on leur fourgue du changement par charretées entières.
Comme l’écrivait Lampedusa : « Tout doit changer pour que rien ne change ». Comme quoi, tout change sans que rien ne change tout en faisant croire qu’il y a du nouveau. On maquille – c’est mieux pour le spectateur – le passé, le présent et même le futur.

La chanson aussi parle du changement, appelle à changer le monde et ce qui la distingue, c’est qu’elle appelle à changer en dehors du système, en dehors des mantras que marmonnent ses hérauts, de ces messages liminaires ou subliminaires diffusés par les médias.
Mais la réalité revient au galop et elle s’impose dès qu’on commence à la penser simplement, sans fioritures, telle qu’elle est en dehors des marchands de sable, des dealers d’informations, des fabricants de menteries. Elle rappelle aussi que le changement ne peut se faire que dans le réel, qu’il n’est pas une image, qu’il ne se réduit pas à une apparence (vestimentaire, esthétique, maquillage) ; on n’est pas ce qu’on paraît, on est ce qu’on fait (en ce compris, « ne rien faire et refuser de participer à la mascarade »).

Eh bien , Marco Valdo M.I. mon ami, même si nous avons l’idée que le monde dans lequel nous vivons est doté d’une formidable pesanteur sociale, qu’il est doué d’une faculté extrême d’inertie, qu’il aime par-dessus tout le changement qui ne change que les apparences, qu’il apprécie une sorte d’irisation, de voile irisé qui couvre d’un chatoiement trompeur son immobilité obstinée, et parce que nous savons tout cela, nous tissons obstinément son linceul à ce vieillard injuste, inique, avide et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Il n’y a pas de soleil, quand on ne le voit pas.
Il n’y a pas de vérité, quand on ne la cherche pas.
Il n’y a pas de paix, quand on ne la veut pas.

Tout change, quand on le change.
Mais on ne peut gagner, tant qu’on reste seul !
Tout change, quand on le change.
Mais on ne peut gagner, tant qu’on reste seul !

Un arbre ne peut fleurir, si aucun soleil ne brille.
Il n’y a pas de fleuve, si aucune pluie ne tombe.
Il n’y a pas de vérité, quand on ne la cherche pas.
Il n’y a pas de liberté, quand on ne la prend pas.

Tout change, quand on le change.
Mais on ne peut gagner, tant qu’on reste seul !
Tout change, quand on le change.
Mais on ne peut gagner, tant qu’on reste seul !

Tout change, quand on le change.
Mais on ne peut gagner, tant qu'on reste seul !
Tout change, quand on change.
Mais on ne peut gagner, tant qu'on reste seul !

Tout change, quand on le change.
Mais on ne peut gagner, tant qu’on reste seul !
Tout change, quand on le change.
Mais on ne peut gagner, tant qu’on reste seul !



mardi 13 décembre 2016

LE CHANT DES CORNEILLES (ENTRE DEUX GUERRES)

LE CHANT DES CORNEILLES

(ENTRE DEUX GUERRES)

Version française – LE CHANT DES CORNEILLES (ENTRE DEUX GUERRES) – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson (de langue) allemande – Das Krähenlied (Zwischen Zwei Kriegen)Schmetterlinge – 1982
Parole
s de Heinz R. Unger, leader de ce « Folk-Politrock-Band » autrichien des 70-80
Musi
que de Georg Herrnstadt et Willi Resetarits
Album : « Die Letzte Welt » (Le dernier Monde)








Le Chant des Corneilles serait déjà, Marco Valdo M.I. mon ami, un étrange titre pour une chanson, mais si on y ajoute l’entre-deux-guerres, on nage en plein mystère. D’abord, va-t-on entendre des crôas-crôas aux accents ecclésiastiques ? J’imagine que ce n’est pas là le sens du titre ; Dès lors, quel est-il ? Et pourquoi des corneilles ? Que viennent-elles faire là ?

En premier lieu, Lucien l’âne mon ami, je répondrai à ta dernière question tout simplement que je n’en sais rien, si ce n’est que des grenouilles ou des crapauds auraient sans doute fait également de très mélodiques crôas, crôas tout aussi ecclésiastiques, mais ces batraciens n’auraient jamais pu gagner les confins de l’Arctique à tire d’ailes. Or, l’affaire commence en Allemagne et se termine au Groenland, ce qui correspond bien à l’aire de diffusion des corneilles noires. Ainsi donc, on assiste à une conversation de trois corneilles, un peu comme trois bigotes cancanant à la sortie d’une messe, à ceci près que les corneilles corbinent et criaillent.

Mais, dit Lucien l’âne en riant, les bigotes aussi criaillent ; je t’accorde cependant qu’elles ne corbinent pas et d’ailleurs, qui d’autre qu’une corneille aurait l’idée de corbiner. De plus, je me demande bien où tu as été pêcher de joli mot de corbiner.

Tout simplement dans le dictionnaire du moyen français ; c’est ainsi que l’on disait avant 1600 ; depuis la trace s’en était perdue ou presque ; seuls quelques lettrés, amateurs de mots, s’en souvenaient encore. Cependant, le revoici ; saluons-le. Donc, nos corneilles corbinaient à qui mieux mieux et de quoi ? De la prochaine guerre qui se déroulera – selon elles en Allemagne ; faut dire qu’elles en débattaient en 1982, époque où l’Allemagne (et les pays voisins) voyaient pousser un peu partout des nids à fusées à tête(s) nucléaire(s) ; de jeunes personnes assez promptes à s’envoler. Il fallait des foules entières pour les retenir.

J’ai moi-même assisté – du bord du chemin – à ces immenses manifestations ; courages, hardies tant les forces de l’ordre étaient répressives, déclare solennellement Lucien l’âne.

Cependant, reprend Marco Valdo M.I., l’idée d’une prochaine guerre sur le territoire allemand – constitué de deux pays antagonistes, venait même aux corneilles, c’est tout dire.

L’ennui dit, Lucien l’âne, c’est qu’il n’y a plus trop de gens pour voir que la situation n’a pas vraiment évolué et je serais curieux de rencontrer quelques corneilles pour corbiner avec elles du sujet. Mon avis personnel est que la situation si elle n’est pas pire qu’à l’époque, est assez semblable. On a le cul sur un volcan. Une flammèche de trop en Ukraine, un petit dérapage aérien en Syrie ou que sais-je et hop là, c’est reparti comme en quarante. Et on ne parle que du sujet de la chanson ; la guerre en Allemagne. Ailleurs, elle n’a pas arrêté ; jamais.

Ce que dit la chanson, ce sur quoi elle insiste – et cette antienne revient plusieurs fois, elle scande cette poésie, c’est une sorte de vœu comme on en fait à Noël ou au Nouvel An (en fait, Noël et Nouvel An, c’est la même chose : l’un et l’autre marquant l’année nouvelle ; le basculement vers le futur été, mais comme les gens aiment les fêtes, on a gardé les deux ; c’est en fait la période de l’hibernation).


De quoi donc tu parles, Marco Valdo M.I. mon ami ?

Mais tout simplement de ce souhait répété de :

« Joyeuse Entre-deux-guerres ! »
Qui est le message des corneilles et dont il me paraît que si on l’applique au monde entier et pas seulement à l’Allemagne, est d’une parfaite permanence. On pourrait se le dire tous, tous les jours, car tel est le destin de l’humaine nation tant qu’elle n’aura pas mis fin à la Guerre de Cent Mille Ans et comme on le sait, mettre fin à la Guerre de Cent Mille Ans impose préalablement de mettre fin à l’appétit de richesse, au goût du pouvoir, à la pratique odieuse de l’exploitation, à la désastreuse ambition des hommes. Ce ne sera pas simple d’y arriver ; cela demande de la conviction et une volonté obstinée et profonde. Cependant, comme tu le sais, ce mouvement d’humanisation de l’homme est la seule voie possible vers une humanité juste et libre.

Dès lors, on n’est pas près de voir les humains cesser de se souhaiter « Joyeuse Entre-deux-guerres ! » ; il y a du chemin à faire pour y arriver. Quant à nous, ce sera notre contribution à l’humanisation de l’homme en tissant le linceul de ce vieux monde humain, trop humain, ambitieux, riche, trop riche, puissant, trop puissant, exploiteur, aliéné et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Entre deux guerres, corbinaient trois corneilles –
Une aveugle, une blanche, une sans plumes :
« La prochaine guerre en Allemagne
Sera encore plus grande ! »

La prochaine guerre en Allemagne
Avait déjà commencé bien avant, pendant la paix
Dès qu’on a fabriqué les premières bottes
Pour les nouveaux militaires !
On n’achète quand même pas les soldats tout faits
Avec un serment au drapeau et le casque sur la tête
Sauf ceux qui ne savaient pas tirer ! –
« Joyeuse Entre-deux-guerres ! »

Entre deux guerres, corbinaient trois corneilles, –
Une pauvre, une vieille, une famélique :
« La prochaine guerre en Allemagne
Sera inouïe et gigantesque ! »

La prochaine guerre en Allemagne
C’était il y a longtemps déjà
Dès que s’est tu « Le Plus jamais la Guerre ! »
À la fin du défilé du Premier mai
On n’a quand même pas eu honte de la paix
Dès l’après-guerre Déjà
Quand nul alors ne pensait à la guerre ! –
« Joyeuse Entre-deux-guerres ! »

Entre deux guerres, corbinaient trois corneilles , –
Une chauve, une bossue, une grisonne :
« La prochaine guerre en Allemagne
Arrivera comme un gaz toxique ! »

La prochaine guerre en Allemagne
Commence quand le chancelier déclare :
« Nous ne nous armons certes plus maintenant.
Toutefois, nous nous armerons plus tard ! »
On ne mobilise quand même pas tant d’argent
À chaque alerte ;
On le met de côté en attendant ! –
« Joyeuse Entre-deux-guerres ! »

Entre deux guerres, corbinaient trois corneilles, –
Une frêle, une noire, une invalide :
« La prochaine guerre en Allemagne
Nous entraînera encore tous ensemble ! 

Pour la prochaine guerre en Allemagne
Des fusées sont stationnées –
Elles sont pilotées de l’étranger
Mais en Allemagne, elles sont installées !
On ne va pourtant pas à distance déclencher
La mort et la mise à feu
Si on ne devait pas devenir un champ de bataille ! –
« Joyeuse Entre-deux-guerres ! 

Trois corneilles corbinantes se disputent
Au Groenland dans le vent froid –
Mais que font tous les autres
Qui sont restés là-bas ?