jeudi 10 novembre 2016

GUERRES SAINTES

GUERRES SAINTES



GUERRES SAINTES – Marco Valdo M.I. – 2016 (nouvelle version)
Von heiligen Kriegen – Reinhard Mey 1967



Chanson remontant un demi-siècle, mais – vous en conviendrez – encore plutôt actuelle…

Dialogue maïeutique

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, il me semble que le commentateur italien qui nous a précédé a bien raison : cette chanson est toujours d’une grande actualité.

De fait, Lucien l’âne mon ami, un peu comme l’érotisme à Copenhague, sujet à partir duquel j’ai écrit une chanson : « Sois islamique ! », pas plus tard qu’hier à la suite d’un acte imbécile, dément et criminel, commis au nom de la « Guerre Sainte », précisément. Donc, Lucien l’âne mon ami, voici une chanson sur la « Guerre sainte », « Djihad », comme la nomment certains furieux prophétiques. Elle date d’il y a un demi-siècle ; elle aurait pu être écrite bien avant car on n’a jamais manqué de délirants assassins fauchant leurs contemporains au nom d’entités nébuleuses telles que Dieu, les Dieux, les prophètes, les livres saints et autres babioles du genre, des entités fantômes dont ils usent pour justifier leurs penchants au sadisme. Ce qui, par parenthèse, permet de différencier les tenants d’une croyance : d’un côté, l’ensemble des croyants qui se contentent de croire et gardent leur croyance en eux-mêmes – bel exmple de décence sociale et de l’autre, ceux-là, les excités de la prière qui relèvent de la psychiatrie clinique. Ainsi, la chanson a été écrite en allemand par un Allemand, qui – composant aussi en français – aurait sans doute dû la traduire lui-même. Sans doute, l’a-t-il fait, mais je n’en ai pas trouvé de traces. Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi Frédérik Mey (nom que se donne Reinhard Mey quand il chante en français) ne l’a pas mise à son répertoire.

Si je comprends bien, Marco Valdo M.I. mon ami, tu en as fait une version de ton cru.

En effet, Lucien l’âne mon ami, je voulais me faire une idée de ce qui y était dit et je suis très content de ce que j’ai trouvé. Car, elle raconte trois guerres saintes et rien qu’entre des humains – toutes aussi stupides :
la première relate l’expansion de l’Islam,
la seconde les Croisades,
la troisième la Guerre de Trente Ans (et c’est une durée très sous-estimée) qui ravagea l’Allemagne et l’Europe centrale et qui je te le rappelle opposait les catholiques aux protestants.
Et la chanson un rien sceptique, ou carrément mécréante, pose la vraie question : en quoi une guerre est-elle sainte ? J’ajouterais volontiers : en quoi une guerre sainte est-elle saine (d’esprit) ?

Là, tu as bien raison, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est le cas de le dire. Il y a lieu de poser autrement la question. On ne peut, sauf en usant d’un sens figuré, poser sérieusement la question de la sainteté ou de la non-sainteté d’une guerre ou de quoi que ce soit ; car la sainteté, cela n’a aucun sens dans le réel. Par contre, on peut se poser la question de la santé mentale de ceux qui croient et qui, à partir de cette prémisse, édifient un univers fantasmatique, où ils abritent d’étranges entités qu’ils déclarent sacrées. Des gens qui à partir de là, veulent imposer leurs fantasmes aux autres humains et en cas de refus d’obtempérer, les massacrent à tour de bras. Tel est le sens de la guerre sainte, chose que nous les ânes, nous nous refusons à pratiquer et même, comme tu le vois, à reconnaître..

Certes, Lucien l’âne mon ami, mais c’est bien là le nœud, seuls les humains sont assez complexés pour vouloir imposer au monde de pareilles sornettes. Cela dit, on aurait pu ajouter aux joyeuses tueries qui en découlent, celles qui ont été pratiquées au nom de croyances sans dieux, sans Dieu, sans entités anthropomorphiques désastreuses. En fait, vois-tu, le vrai problème, c’est la croyance elle-même, qui est une drogue dangereuse. Elle rend fou celui qui l’absorbe. Ce qui est réjouissant dans cette chanson, c’est qu’elle rappelle que l’humanité a déjà connu pareilles mésaventures et qu’elle en est venue à bout.

Concluons ici, Marco Valdo mon ami, d’une devise à vocation universelle :

« Ni Dieu, ni maître,
Ni religion, ni guerre ! »

Excellente incitation à la paix, Lucien l’âne mon ami. Mais avant de te laisser conclure, juste une petite indication. Pour aider à la compréhension de la chose, j’ai ajouté des sous-titres entre les différentes parties de la chanson. Ça rend les choses plus claires.

Fort, bien Marco Valdo M.I., il vaut mieux éclairer comme ça qu’avec des bûchers et maintenant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde malade de la croyance, crédule, religieux, calamiteux, massacreur et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



L’islam pacifique

On a appelé au Djihad, à la guerre sainte
Et on a été de Médine et La Mecque
Au berceau chrétien, en Palestine,
Et puis, jusqu’à Tunis et en Espagne,
Avec des oriflammes, des épées et d’autres instruments
Porter le salut de l’islam aux gens.
On a remplacé la croix par le croissant
Et on a pendu les mécréants.

La pax cristiana

Ça n’a pas laissé indifférents les chevaliers de la Croix
Et autour de l’an mil, ça y était : on partait là-bas
Avec écus, chevaux, armes et bagages,
À la croisade, au sacré carnage.
Avec le feu et l’épée, cette fois, on allait là-bas
Pour libérer des Turcs et des Sarrasins, la sainte patrie
Et celui qui ne put fuir la victoire de la Croix,
Par l’épée fut coupé en deux parties.

La confession de paix

Pourquoi fait-on toujours la guerre aux mécréants ?
Au nom de dieu ou contre une autre religion ?
Nous, avec Wallenstein, Tilly et l’Empereur germanique,
On fait la guerre au nom d’une confession.
On ne peut pas se supporter entre hérétiques et catholiques.
Alors, on brûle les maisons des protestants
Et on assassine vieux ou jeunes
En réplique à la furie suédoise d’avant.

Et maintenant ?

Aujourd’hui aussi, on appelle à la guerre sainte
On y va en mots et en actes
Et tous au ciel montent en triomphe.
Mais dites-moi, en quoi une guerre est-elle sainte ?


mercredi 9 novembre 2016

ON A JOUÉ GUILLAUME TELL


ON A JOUÉ GUILLAUME TELL

Version française – ON A JOUÉ GUILLAUME TELL – Marco Valdo M.I. – 2016 (nouvelle version)
Chanson suisse en Schwyzertüütsch Si her dr Wilhälm Täll ufgfüert – Mani Matter – 1966 





Il te souviendra, Lucien l’âne mon ami, que j’avais antérieurement proposé une version française de cette chanson de Mani Matter; remettant de l’ordre dans mes chansons en vue de l’édition des Rêves, j’ai retrouvé l’ancienne version et je me suis décidé à en tenter une nouvelle.

C’est toujours ainsi avec les traducteurs et les recréateurs de textes poétiques. Ils veulent toujours améliorer leurs textes, Marco Valdo M.I. mon ami. Et toi, tu fais pareil et c’est fort bien. On a deux versions pour le prix d’une, du coup.

Il te souviendra aussi, Lucien l’âne mon ami, qu’on avait déjà rencontré à Zurich en Suisse alémanique, aux temps des exils, Hugo Ball au Cabaret Voltaire, Erika Mann au Moulin à Poivre, Max Werner Lenz au Cabaret Cornichon. Tous modelèrent la forme artistique de leur époque qui jusque-là était développée en Allemagne – principalement dans les milieux nocturnes de Berlin et de Munich.
Après la guerre, dans les années 50, dans le sens contraire, Hazy Osterwald et son Sextett venaient de Berne pour faire un tabac en Allemagne. Il accompagnait à sa manière le Miracle économique et la conjoncture.
Cette fois, il s’agit encore d’un chanteur, d’un artiste qui trouva à se mettre à l’unisson de son temps.
Comme en Allemagne avec Franz-Josef Degenhardt, en Italie avec Fabrizio De André, Paco Ibañez en Espagne, Jacques Brel en Belgique, on vit naître en Europe des chanteurs à texte à la suite de Georges Brassens en France, apparut en Suisse alémanique Mani Matter.
Juriste, comme Franz-Josef Degenhardt, Mani Matter va rapidement construire son propre langage et adapter la forme à une manière de récit aux accents particuliers.

Certes, dit Lucien l’âne en ouvrant grand les yeux et les oreilles. Mais encore ? Parle-moi de Mani Matter, que j’avais bien croisé sur un chemin alpin, un soir d’été et de villégiature ; mais nous n’avions pas eu le temps de faire beaucoup connaissance ; il passait à toute allure en automobile. On ne nous avait même pas présentés l’un à l’autre ; et puis, maintenant que j’y pense, avec le recul, il aurait mieux été inspiré de se déplacer à dos d’âne ; je l’aurais volontiers porté. J’aurais dû insister, mais pouvais-je savoir que je serais amené à en parler ici avec toi ?

Eh bien, répond Marco Valdo M.I., allons-y dans l’ordre et la discipline et prenons tes questions à la queue leu-leu, comme elles sont venues. Donc, je reviens à Mani Matter – vois comme la chanson est quelquefois prémonitoire, dont une des compositions les plus connues fut « Appréhensions ».

Oui, dit Lucien l’âne, et alors ? Appréhensions ? Tout le monde peut avoir des appréhensions et puis, qu’est-ce que ça veut dire exactement Appréhensions ?

Voyons ça. Appréhensions, dit Marco Valdo M.I. très souriant, a un double sens ; le second sens dérivant du premier. Le premier veut dire en gros, compréhension anticipée et le second, marquant un penchant au pessimisme, signifie un ressenti anticipé d’événements fâcheux. Dans le cas de la chanson de Mani Matter, on peut tout à fait parler d’appréhensions, lui qui mourut à 36 ans d’un accident automobile. Maintenant, au départ, Mani Matter – de son nom de ville : Hans-Peter Matter, dans ses loisirs, était un joyeux troubadour bernois et exerçait ses talents professionnels comme juriste à la Ville de Berne, jusqu’au jour où le démon de la chanson l’emporta. La particularité de Mani Matter, c’est qu’il a écrit et chanté tout son répertoire en « Schwyzertüütsch », plus éloigné de l’allemand courant que l’italien ne l’est du suédois et encore, ce devait être du Bärndütsch (bernois) et non du Zuritüütsch (Zurichois) ; ce qui lui a assuré longtemps une relative célébrité alémanique. Cela dit, Mani Matter ne manquait ni d’humour, ni d’espièglerie.

Oui, mais qu’en est-il de la chanson ?, insiste Lucien l’âne. J’aimerais quand même savoir ce qu’elle raconte.

Sans doute, Lucien l’âne mon ami, toi qui as tant voyagé et qui est passé souvent au travers des Alpes connais-tu la légende suisse de Guillaume Tell, le mythe fondateur de ce pays si sourcilleux et tout aussi légendairement, calme et ordonné. L’exploit de l’archer ou de l’arbalétrier Guillaume Tell qui symbolise par son geste – il tira une flèche dans la pomme posée sur la tête de son propre fils, la résistance et la finale victoire des Suisses sur l’occupant autrichien. C’est là, comme toutes les légendes fondatrices une chose quasi-sacrée, dont il est malvenu de rire et de se moquer. Cet exploit héroïque fut pour l’écrivain et dramaturge allemand Schiller, l’occasion d’écrire un morceau de bravoure et sa pièce devint une célébration de la Suisse jusque dans les villages les plus reculés des cantons les plus montagneux. Et la chanson de Mani Matter, à cet égard, est véritablement sacrilège. Elle raconte une représentation dans un village qui tourne finalement au pugilat et ensuite, à l’émeute locale après une série d’épisodes comiques dignes de Spike-Jones ou des Monty-Pythons. Cette aventure a été reprise par un théâtre, par le « Theater am Tatort » (Théâtre sur le Lieu du crime), bagarre comprise. Mais c’était bien des années plus tard. Pour les détails, voir la chanson de Mani Matter.

Eh bien, dit Lucien l’âne, voyons-la et puis, reprenons notre tâche qui, je le rappelle, est de tisser le linceul de ce vieux monde querelleur, conformiste, héroïque, patriotique et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.


Au « Lion » de Nottiswil, on jouait le Guillaume Tell de Schiller.
Il y avait foule : la moitié du village
 sur la scène s’activait,
L
autre moitié dans la salle, devant de grandes bières,
Bon
 public, regardait et écoutait ce qui se passait.
Au début, dans le rôle de la femme de Stauffacher,
La pasteure débitait son texte au tailleur
Émue, elle omit certaine réplique et sans cœur,
L’artisan lui reprocha cet oubli. Ainsi, commença l’affaire.

À l’instant crucial de la pomme, le fils de l’instituteur qui jouait Tell,
Pose à son père d’assommantes questions, alors un garde – un effet de l’alcool ?
Si fort que tout le monde l’entend, le héros interpelle :
Cet enfant n’a-t-il donc rien appris à l’école ?
Furieux, un ami de Tell, un gars d’Altdorf, le frappe à la figure,
Et le garde, sans réfléchir, immédiatement enchaîne
Et leste, lui flanque un coup de pied au ventre ;
Accourt tout le peuple d’Uri et la bagarre se déchaîne.

Les uns, pour l’Autriche, prennent le parti du garde ;
Les autres, d’Altdorf, celui de Tell : on se cogne sans remords
Avec les épées de carton, avec les décors, avec les hallebardes,
Tell tombe sur Gessler, toute la salle s’en mêle alors.

La colère éclate, les verres volent, en un instant.
Au sang se mêle la bière, on brise les tables et les bancs.
L’aubergiste s’arrache les cheveux, sa femme compte les dégâts.
L’affaire dure deux heures, l’Autriche l’a dans le baba.

Au « Lion » de Nottiswil, on a joué le Guillaume Tell de Schiller
Dans un style hautement naturaliste et avec tant et tant de bières.
L’assurance a payé – et moi, j’ai appris,
Comment dans ce petit pays d’Uri,
On gagne la liberté,
Quand on se bat comme ça.
On gagne la liberté,
Quand on se bat comme ça !

mardi 8 novembre 2016

Le Rêve de Weimar sur papier


Le Rêve de Weimar sur papier





Après Dachau Express, qui raconte l’histoire d’un déserteur de l’armée mussolinienne et du Rêve de Guillaume, premier tome des Histoires d’Allemagne, voici un autre livre de Marco Valdo M.I. : il s’intitule Le Rêve de Weimar et couvre les années 1920 à 1932, les années où une République a tenté de survivre aux poussées nationalistes. Elle connut ses heures paisibles et surtout, d’énormes vicissitudes qui la conduisirent à sa perte.

Ce qu’il faut absolument dire ici, ce qui mérite d’être dit et souligné ici, c’est que sans les Chansons contre la Guerre (C.C.G.), cette édition papier n’aurait sans doute jamais existé puisque toutes les chansons et tous les textes (ou presque) qui y figurent viennent en droite ligne des C.C.G. Ils y ont été conçus et ils y ont grandi ; l’auteur y a aussi appris à les faire.
Au final, il y a 30 chansons pour 13 années. Il y en a 13 tirées des récits de « Mein Jahrhndert » de Günter Grass et mises en chanson, une est une évocation des Bananes de Koenigsberg d’Alexandre Vialatte et 16 qui sont des versions françaises de chansons allemandes, proposées ici par Marco Valdo M.I. ; pour certaines, il a même fallu faire la version française expressément afin de pouvoir les insérer dans le livre.

On y trouvera donc :

1919-1936 – La Lorelei et le Svastika ; 1920 – La Locomotive unitaire ; 1921 – Mademoiselle Ilse ; 1922 – Peu importe mon Nom ; 1922 – Rathenau ; 1923 – Les beaux Billets ; 1924 – La Colombe argentée ; 1925 – Par la Radio ; 1926 – Le Bois de l’Empereur ; 1926 – Il y a huit Ans ; 1926 – Les Tranchées ; 1927 – Année dorée de la Danse ; 1927 – Connais-tu le Pays où les Canons fleurissent ?; 1927 – Voix du Charnier ; 1928 – Classe 1899 ; 1928 – Les trois Frères de Barmbek ; 1928 – La Chanson du Savon ; 1929 – Le vieil Adam et la Grenouille verte ; 1929 – Très sages Contemporains ; 1930 – Chez Diener ; 1930 – L’autre Possibilité ; 1930 – À droite toute !; 1930 – L’Économie libérale ; 1930 – L’Armée des Invalides ; 1931 – Nous voilà !; 1931 – Le Cœur doré de la Bourgeoisie ; 1931 – Une Question ; 1932 – N’importe quoi, mais quelque chose ; 1932 – La Parabole du Train ; 1932 – Le Poirier sur la Lorelei.

Republier ce qui existe déjà dans les C.C.G. et sur au moins, deux blogs (Canzones et Histoires d’Allemagne) peut sembler paradoxal, mais il n’en est rien. Il y a diverses raisons à cela.

La première, c’est la demande de plusieurs amis qui souhaitaient pouvoir trouver ces Chansons contre la Guerre (en langue française) sur papier ; essentiellement par commodité de lecture. Les écrans lassent l’œil.

La deuxième, c’est le souhait de l’auteur de voir son travail présenté sous une autre forme ; peut-être aussi, son envie de faire des livres et le fait que j’aime les livres.

La troisième est une opportunité de l’évolution ; tout comme Internet avait permis la création et le développement (notamment) des Chansons contre la Guerre (et d’un milliard d’autres sites, blogs…), les nouvelles formes d’édition sont apparues qui permettaient de publier des livres sans disposer de grands moyens financiers et pour tout dire, sans moyen. C’est une forme d’édition libre qui naissait. Concrètement, je suis mon propre éditeur, mais également, celui qui écrit les textes, les compose, les met en page, les corrige ; il n’y a que les imprimer que je ne fais pas. Ce travail artisanal se rapproche assez de celui du peintre, du sculpteur. Évidemment, tout ceci n’est possible que parce qu’un imprimeur peut – grâce à des nouvelles techniques – proposer une impression à la demande, un exemplaire à la fois et à un prix raisonnable à l’exemplaire. Ainsi, chaque personne qui le souhaite peut publier un livre (mais il faut évidemment pouvoir faire, c’est-à-dire concevoir et écrire un livre, ce qui est un autre sujet), mais aussi peut commander directement son exemplaire du Rêve de Weimar à l’imprimeur et régler son dû à l’imprimeur.
Une des conséquences de cette manière de faire est qu’il ne se trouvera pas des paquets de ce livre sur les étals des libraires, sauf si un libraire particulièrement enthousiaste décide de le faire dans sa librairie.
On me demande souvent si je fais ces livres pour gagner de l’argent… Avec ce système de vente à l’exemplaire, c’est à peu près impossible ; mais en fait, comme disait mon grand-père, ce n’est pas le but du jeu ; traduction : on s’en fout. Dès lors, il est clair qu’on ne pousse pas à la consommation : lit qui veut.

Une autre raison de cette publication est que les Histoires d’Allemagne avaient été conçues sur une durée de plusieurs années et apparaissaient dispersées et perdaient une bonne part de leur vitalité en raison-même de cet éparpillement. Il convenait d’y mettre de l’ordre et de les rassembler en un ensemble structuré.

Bonne idée car en les regroupant, il est apparu que ces chansons jouaient un rôle de catalyseur de la réflexion sur ce qui est actuellement le « problème central de l’Europe » : l’Allemagne.

L’Allemagne qui fut le Rêve d’Otto (von Bismarck) est déclinée ici en six rêves qui prolongent celui du premier chancelier. Tous ces rêves tendent vers le même but : la Grande Allemagne.
On commencera ici par celui de Guillaume II, qui est donc un chapitre du déroulement du rêve allemand. Comme on sait, il se terminera par un épouvantable désastre.
L’unification allemande était certes un rêve et aurait pu être un rêve réussi, s’il n’y avait une question de méthode : la méthode militaire, l’usage de la force, l’ambition territoriale, le nationalisme et la guerre étaient des erreurs tragiques.
L’idée était bonne, excellente même, mais la méthode absolument exécrable. C’est ainsi qu’on finit par mourir pour des idées…

D’autres volumes sont prévus. On en reparlera.



Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.


On peut le trouver à l'adresse :

http://www.publier-un-livre.com/fr/le-livre-en-papier/261-le-reve-de-weimar


dimanche 6 novembre 2016

SUR LES BORDS DU RHIN ET DE LA RUHR

SUR LES BORDS DU RHIN ET DE LA RUHR

Version française – SUR LES BORDS DU RHIN ET DE LA RUHR – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson allemande – An Rhein und Ruhr marschieren wir – Anonyme – 1937 






Chanson née dans les groupes de jeunes antinazis connus comme Edelweißpiraten – Edelweiss pirates. La base mélodique est celle de l’« Argonnerwaldlied » (Chant des forêts de l’Argonne), une chanson militaire remontant à la Grande Guerre (14-18), dont le schéma musical fut emprunté par les militants communistes, ensuite les nazis et enfin, nos « Edelweiss pirates ». Mais le morceau est un véritable pot-pourri, avec des références à des chansons populaires (comme celle remontant au XVIIIe siècle « Wahre Freundschaft soll nicht wanken », qu’on peut traduire par « Vraie amitié ne peut chanceler ») et des chants de travail (comme celles des premières années du XXe intitulées « Immer bunt sind wir gekleidet », ou « Das Wolle lied »)
J’ai trouvé le texte sur Museenkoeln, un site très intéressant consacré aux événements culturels dans la ville de Cologne et qui comporte une solide section sur les Edelweißpiraten et les autres groupes de jeunes anti-nazis qui furent actifs surtout dans la région du Rhin-Ruhr et à Cologne en particulier.
Ce n’est pas un hasard si le 10 novembre de 1944 précisément dans la ville rhénane, la Gestapo pendit publiquement, sans procès, 13 membres des Navajos, une bande de fuyards, déserteurs, Juifs, communistes et petits délinquants qui se reconnaissaient dans les Edelweißpiraten. Voir la chanson Lied Von Navajos



Dialogue maïeutique

Sur les bords du Rhin et de la Ruhr ? Mais, Marco Valdo M.I. mon ami, ça me fait presque le même effet que si le titre avait été « Sur les bords de la Meuse et de la Sambre ». D’ailleurs, il me semble, à moi qui me suis longuement promené sur les rives de ces cours d’eau et dans les creux de ces vallées et sur les crêtes qui les encadrent – parfois de vignes, parfois de rochers ; parfois aussi de champs, par fois de forêts ; parfois encore de villes et parfois d’usines, que ce sont des lieux aux parfums voisins – que j’y suis en pays de connaissance. Pour un peu, partout, on s’y sentirait chez nous.

Il reste à y adjoindre la Moselle, cousine de la Meuse… Pour le reste, tu as raison, Lucien l’âne mon ami, n’eût été l’incommensurable bêtise de Guillaume, roi de Prusse et Empereur d’Allemagne et ses ambitions folles et les massacres qu’elles entraînèrent dès août 1914 sur précisément les bords de Meuse et de Sambre, on aurait gardé les relations de bon voisinage et d’amitié qui étaient celles qui unissaient les pays de Liège et de Cologne. Mais voilà, il y eut les incendies, les vols, les viols, les meurtres, les assassinats imbéciles, tellement stupides qu’ils furent condamnés même par les lois de la guerre.
Pourtant, et tu le sais aussi bien que moi, il n’y a aucun respect intellectuel à avoir pour ces lois qui n’en sont pas et qui sont, d’ailleurs, totalement idiotes, vu que tout comme on ne peut faire d’omelettes sans casser des œufs, on ne peut faire de guerre sans tuer des gens – peu importe qu’ils portent ou non, un uniforme. Des lois comme s’il s’agissait d’établir les règles d’un jeu entre militaires… On ne joue quand même pas avec des soldats de plomb. Ceci dit, petite parenthèse à propos de cette idée de lois de la guerre, car il s’agit d’une expression amphibologique. En ce sens, qu’il faut distinguer loi et loi. Il y a les lois disons « scientifiques », c’est-à-dire des règles générales qui peuvent découler de l’observation ou de l’étude des faits et les lois disons « juridiques », qui elles sont de purs principes, de purs postulats, de purs édits qui découlent de la volonté des hommes ; elles ne reposent sur aucun socle solide extérieur à celle-ci. En ce sens, ce sont des supputations et des intentions qu’on espère voir s’appliquer dans le réel. Elles relèvent de la croyance en la bonne volonté des belligérants, autant dire des illusions.

Fondamentalement, dit Lucien l’âne, du point de vue de la raison, la guerre est une connerie, disait à la Barbara le poète Prévert. Cependant, il faut parfois y répliquer par la force, s’y opposer avec violence. C’est une évidence qui fut assumée depuis toujours par les résistances. « Ora e sempre : Resistenza ! » a ce sens-là.

Voilà, dit Marco Valdo M.I., qui nous ramène à notre canzone, qui nous reporte aux bords du Rhin et de la Ruhr et) à ces jeunes gens (jeunes filles et garçons) qui depuis le début se sont mis en travers (au péril de leur vie) en travers des pas des bandes nazies. Franz-Josef Degenhardt qui leur a consacré une chanson, intitulée Ballade vom Edelweiß-Piraten Nevada-Kid, disait :

« Les Edelweiss pirates – ainsi se nommaient dans les années 30-40 des groupes de jeunes qui s’opposaient aux nazis. Certains d’entre eux combattirent le régime de terreur par les armes. La plupart furent découverts par la Gestapo, torturés et exécutés. Seule une petite partie a survécu. Dans ma région, ils se surnommaient les Edelweiss pirates Navajos. Sous le col de leur chemise, ils portaient une fleur d’Edelweiss en corne, ils se donnaient des noms d’Indiens et de vieux trappeurs et, comme signe de reconnaissance secret, un sifflement – le refrain d’une chanson de soldats, qu’on hurlait alors et qui l’est encore aujourd’hui. Mais les dernières notes étaient sifflées de travers. »

Bref, ces Edelweiss pirates avaient comme signe de ralliement (outre des chaussettes blanches) l’édelweiss, une petite fleur figurée en corne ou en nacre et qu’ils portaient au revers de leur chemise. L’édelweiss– alias pied-de-lion, Gnaphale à pied de lion, étoile d’argent ou encore étoile des glaciers, cette fleur blanche sauvage qui pousse en haute altitude et qu’il faut aller chercher à ses risques et périls ; c’est ce que raconte la chanson. Certaines rumeurs disent que l’édelweiss était la fleur préférée de Hitler ; sans doute, devait-il aimer les coups de pied au cul ou les coups de patte de l’Ours blanc.

Alors, Marco Valdo M.I mon ami, il nous reste à connaître cette canzone de révolte et puis, à reprendre notre tâche tout aussi révoltée et à tisser le linceul de ce vieux monde encroûté, inique, absurde, aboulique, avide et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Sur les bords du Rhin et de la Rhur, nous marchons,
Pour notre liberté, nous nous battons.
Nous attaquons la patrouille rudement.
Edelweiss marche, Attention – sur la route librement.
Maître, donne-nous les documents !
Maître, donne-nous notre argent !
Car nous préférons les femmes
Au travail obligatoire en ce monde.

Notre camp d’Edelweiss pirates
Se trouve en Autriche sur une montagne.
Il nous faut un certain courage,
Pour grimper là-haut sur la montagne.

Nous les repousserons toutes :
Gestapo ou patrouille,
Car nous, Edelweiss pirates
Ne connaissons pas la ruse lâche.

Les étoiles par-dessus les sapins
Sautant l’Isar te dirigent
Vers le camp des Edelweiss pirates,
Ours blanc, garde-le bien.

Écoute Ours blanc :
Notre patrie n’est plus libre maintenant !
Balance ta massue comme dans l’ancien temps !
Frappe les crânes des Hitlerjugend et des S.A. durement !