dimanche 24 juillet 2016

Dans les Orchestres militaires


Dans les Orchestres militaires

Chanson française – Dans les Orchestres militaires – Henri Tachan – 1975

Paroles: Henri Tachan
Musique: Yves Gilbert







Dans les orchestres militaires,
Il n’y a pas de cordes, il n’y a pas de cordes,
Dans les orchestres militaires.
Notre mandoline est morte.

Il n’y a que des cuivres pour faire des zimboumboums !
Des tagadatsointsoins et des broums !
Il n’y a que des cuivres pour faire des Pont d’Arcole,
Des cuivres pour nous passer à la casserole !

Dans les orchestres militaires,
Il n’y a pas de cordes, il n’y a pas de cordes,
Dans les orchestres militaires.
Notre mandoline est morte.

Il n’y a que des tambours en peau de pauvre soldat,
Des faux tam-tams, des tambourins au pas,
Il n’y a que des tambours de garde même pas champêtres
Qui font vibrer les cons à leur fenêtre !

Il n’y a que des fifrelins de mascarade,
Des flûtes de pan ! des pipeaux d’estocade,
Il n’y a que des fifres pour faire du berger,
En cas de guerre, un mouton enragé !

Dans les orchestres militaires,
Il n’y a pas de cordes, il n’y a pas de cordes,
Dans les orchestres militaires.
Notre mandoline est morte.

Il n’y a que des vents qui se lèvent à l’aurore
Pour jouer la Marche cadencée de la Mort,
Il n’y a que des vents pour claquer les drapeaux
Et faire bomber le torse aux généraux !

Dans l’orchestre de mon cœur,
Il y a une corde, il y a une corde,
Dans l’orchestre de mon cœur,
Il y a une petite corde qui pleure.

vendredi 22 juillet 2016

Odile

Odile
Chanson française – Odile – Ricet Barrier – 1975




Cherchez Odile


Comme tu le sais, Lucien l’âne mon ami, les émigrés connaissent de terribles nostalgies et dans ces moments d’une coloration assez dépressive, ils sont d’une faiblesse insigne et se laissent emporter par la sentimentale vague.

Oh oui, Marco Valdo M.I., je crois bien ça et j’en ai connu beaucoup qu’un air de musique, une chanson, un vêtement, un objet, un simple mot parfois, que sais-je, mettait la tête à l’envers. Mais sans doute me racontes-tu ça à propos de la chanson. Et d’abord, de qui est-elle ? Quel est son titre ? Que raconte-t-elle ?

En premier lieu, Lucien l’âne mon ami, je précise qu’il s’agit d’une chanson française écrite par l’incroyable Ricet Barrier, lequel n’a jamais émigré bien loin. Cependant, il a comme qui dirait une sorte de génie qui le travaille. Un génie de la chanson comme il y a un génie des eaux ou un génie de l’air ou du feu et ce génie lui souffle des histoires que Ricet Barrier, par une autre forme de génie, sait raconter ; ce sont des histoires de Gaulois, de paysans, de soldats, de fonctionnaires, de vacanciers (quand c’est la saison), d’hommes-grenouilles et de spermatozoïdes ; c’est tout un univers. Ici, il raconte l’histoire d’un émigré polonais, venu extraire la potasse des mines d’Alsace. Ce mineur va être la proie d’une crise de nostalgie fiévreuse en assistant à un spectacle de danses folkloriques alsaciennes lors d’une fête dominicale locale du côté du pied du Ballon d’Alsace. Une des danseuses l’a particulièrement charmé ; elle s’appelle Odile (c’est elle l’Odile du titre de la chanson) et il l’a emmenée manger (Alsace oblige!) une énorme choucroute.

Oh, oh, dit Lucien l’âne en riant à se péter la panse. Ça se corse, on dirait bien.

Je ne dirais pas les choses ainsi, réplique Marco Valdo M.I. d’un air entendu. Pas si vite, en tout cas. Odile est séduisante en costume folklorique et le soupirant de Podlachie se laisse bercer par son imagination jusqu’à la noce incluse. Mais, en effet, le lendemain matin, la situation se corse. Odile repart vers d’autres horizons avec la troupe de danses folkloriques et selon le lieu, le public et la demande, vers d’autres costumes et d’autres danses : un jour, polonaises, un autre berrichonne, russe, tchèque, croate, basque, finnoise, hongroise, tyrolienne, andalouse, lusitanienne, sarde, bavaroise, bretonne ou corse, pourquoi pas ? Odile est un vrai caméléon folklorique. Elle sème la nostalgie et le cafard dans le cœur des mineurs célibataires.

Mais qui dira les ravages de la danse folklorique parmi les travailleurs exilés ? Telle est la question, que tel un prince danois, je me pose. C’est-là, j’en suis persuadé, Marco Valdo M.I. mon ami, un excellent sujet d’études ethnologiques ou anthropologiques, le fondement d’une sociologie particulière, que sais-je moi, l’âne. En attendant, reprenons nos travaux et tissons le linceul de ce vieux monde anthropologique, migratoire, nostalgique et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Depuis que j’ai quitté le pays,
C’est dur de travailler ici
Dans la potasse de la vieille Alsace.

Entre Thann et Niederbraun,
Je me sentais loin de ma Pologne
Jusqu’à ce dimanche matin
Où je t’ai serré la main.

Odile, Odile,
Qu’il est doux quand on s’exile
Le sourire d’une Alsacienne
En costume traditionnel.

Je t’ai parlé polonais,
Tes yeux seuls me répondaient.
Pour pas causer, on a dansé
Et la choucroute a suivi le bal ;
Ce kouglof, quel régal !
Toi et moi, moitié-moitié,
C’est si bon de partager.

Odile, Odile,
Tu seras mon nouvel asile
Et quand poussera le houblon,
Tous deux, nous nous marierons.

Mais le lendemain, j’ai compris
En te voyant changer d’habits
Que tu t’en allais, tu me quittais.

Tu étais danseuse du folklore
De l’Alsace au Périgord
Et tu changeais de vêtements
Comme les polkas changent d’amant.

Odile, Odile,
Tu t’en vas vers d’autres villes
Comme les cigognes qui passent.
Reviendras-tu en Alsace ?


Depuis que j’ai quitté le pays,
C’est dur de travailler ici
Dans la potasse de la vieille Alsace. 

lundi 18 juillet 2016

ERDOQUI, ERDOGOGO, ERDOGAGA, ERDOGAN

ERDOQUI, ERDOGOGO, ERDOGAGA, ERDOGAN


Version française – ERDOQUI, ERDOGOGO, ERDOGAGA, ERDOGAN Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson allemande - Erdowie, Erdowo, Erdowahn - Dennis Kaupp - 2016

Écrite par Dennis Kaupp (1972-), auteur, acteur et réalisateur de l’émission satirique « Extra Drei » sur la chaîne allemande NDR.



Erdo le Tout Puissant





Le Boss du Bosphore
Vit sur un grand pied
Dans une résidence de mille pièces
Construite sans permis, et
Dans une réserve naturelle.
La liberté de la presse le suffoque, elle lui donne le cafard ;
Lui, il aime les foulards.

Un journaliste qui écrit
Ce qu'Erdogan n'aime pas,
Dès le matin est mis au pas,
La rédaction est fermée, elle aussi.
Erdogan ne réfléchit pas
Et passe à l'eau et au gaz dès la nuit.

Il faut être charmant
Avec le sieur Erdogan
Car il vous tient
Dans sa main
Erdoqui, erdogogo, erdogaga, Erdogan
Le temps est venu maintenant
Pour le grand empire ottoman
D'erdoqui, erdogogo, erdogaga, Erdogan

Droits égaux pour les femmes ?
Qu'on les tabasse aussi !
La police d'Istamboul a balayé une manifestation de femmes
Manu militari.
Quand le résultat électoral est mauvais
Comme il faut, il le remet.
"I like to move it, move it"
Il déteste les Kurdes comme la peste
Il les bombarde plus encore
Que ses coreligionnaires de l'État islamique.

Donnez-lui votre argent
Il vous construira une tente
Erdoqui, erdogogo, erdogaga, Erdogan
Son pays est mûr, c'est lui qui le dit
Pour entrer en Europe.
Il se fout de la démocratie
« Pouf ! », dit Erdogan
Et il cavale dans le soleil couchant.


samedi 16 juillet 2016

LE TAMBOUR, OU LE RÉGIMENT DE LA GARDE

LE TAMBOUR, OU LE RÉGIMENT DE LA GARDE

Version française – LE TAMBOUR, OU LE RÉGIMENT DE LA GARDE – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson allemande – Die Trommel, oder Das LeibregimentKurt Tucholsky1923






Le Tambour ou le Régiment de la Garde est une chanson ironique et même assez gaillarde, écrite par Theobald Tiger, alias Kurt Tucholsky, au début des années 20 du siècle dernier. C’est une chanson qui ressemble à une chanson de troufions, à une chanson d’hommes des casernes.



Fort bien, dit Lucien l’âne en riant, faisant ainsi trembler son poitrail et balancer ses oreilles comme les ailes d’un faucon crécerelle. Fort bien, une chanson ironique et drôle, mais à propos, Marco Valdo M.I. mon ami, la question se pose d’elle-même : « De qui se moque-t-on ? »



Ah, Lucien l’âne mon ami, j’admire ta perspicacité, car c’est bien le problème que pose au traducteur cette chanson. « De qui se moque-t-on ? ». Si tu veux bien, commençons par le commencement et posons immédiatement bien en vue la remarque du traducteur. Vois-tu, Lucien l’âne mon ami, il se pourrait que ma « traduction » soit par endroits assez « fantaisiste » à des yeux orthodoxes et il est bien possible qu’ils aient raison, car justement, ce n’est pas une traduction. Je me suis souvent expliqué à ce sujet, mais il me faut insister : Ceci n’est pas une traduction ; c’est une version française et, qui plus est, la mienne. Pour autant, ce n’est pas une adaptation, car elle entend quand même s’en tenir au sens de l’originale. Libre à chacun d’en faire une autre et aussi, de faire savoir toutes mes éventuelles erreurs et mes contresens. »
C’était la première réponse à ta question : « De qui se moque-t-on ? ». Mais, ien évidemment, il y a d’autres réponses à cette question.



Sans doute, dit Lucien l’âne, mais j’aimerais quand même savoir – comme Bernart Bartleby, me semble-t-il – ce que raconte cette chanson.



Eh bien, vous allez être servis, car c’est dans la chanson ou autoir d’elle que se trouvent les réponses.
Et pur commencer, le titre. Il est cocasse et polysémique. Décomposons : Le Tambour d’un côté – devant ; le régiment, de l’autre côté, derrière.
Question numéro un : qui est le Tambour ?
Question numéro deux : qu’est-ce qu’un Leibregiment ?



Mais, dis-le-moi donc, Marco Valdo M.I. mon ami, qui est ce Tambour ? Que fait-il dans la chanson ?



De ce Tambour qui tant t’intrigue, qu’en dit la chanson ? Ceci :



« fanfaron, marche devant l’armée entière
Un tambour, un tambour, un tambour, »


En fait, chez Tucholsky, il faut penser que ses chansons sont souvent des chansons politiques de lutte contre le militarisme et le nationalisme. Donc, c’est un Tambour politique. Et déjà dès le début des années 20, il y a en Allemagne, un énergumène qu’on surnomme le Tambour, car tel le tambour de ville, il va claironnant et tambourinant ses rodomontades et ses borborygmes et cet énergumène est Adolf Hitler.
Ensuite maintenant, le Leibregiment ? Et aussi le roi Gustav ? Là, il faut faire un petit tour historique. Un Leibregiment est littéralement un « régiment du corps » ; plus exactement, il importe de lire : un « régiment de la garde du corps ». Du corps de qui ? Mais du roi Gustav, plus tard, du duc ce Bavière ou du roi de Bavière Louis II. C’est-à-dire un régiment affecté à la personne du souverain ; il est généralement composé de 20 ou 30 hommes. À Rome, il y avait les prétoriens ; pour Napoléon, ce fut la Garde impériale, la Garde (celle qui se meurt et ne se rend pas) ou la Vieille Garde.


Oui, tout cela est bien beau, mais qu’en est-il du Leibregiment du roi Gustav ?, relance Lucien l’âne.

Pour ce qui est du roi Gustav, l’explication – à mon sens – est double. En premier, il s’agit d’une évocation de la création par Gustav Vasa, roi de Suède, d’une Livgarde ; on était en 1520. C’était une garde du corps composée de 16 hommes venus du Darlana ou Darlicarlie, région du centre de la Suède. La Livgarde est probablement passée en Allemagne lors de la Guerre de Trente ans, un siècle plus tard et prit alors le nom de Leibregiment. Mais il faut aussi voir l’actualité allemande au moment où Tucholsky écrit cette chanson. On est en 1923. C’est l ’année du putsch de la brasserie à Lunich, qui conduit Hitler, alias le Tambour fanfaron, en prison et c’est aussi l’année où Gustav Stresemann occupe le poste de chancelier.


Jusqu’ici, dit Lucien l’âne d’un air un peu circonspect, je ne distingue pas vraiment le comique de cette chanson.


Tu as raison, Lucien l’âne mon ami, j’y viens. On a d’abord ce Tambour fanfaron qui marche devant tout un cortège de drapeaux et d’hommes en armes – ce sont les S.A. ; ensuite, il y a la cantinière qui couche avec tout le monde sur le tambour ; et vient le capitaine (Röhm, Erhardt ?), jaloux de la cantinière, bourré et au ventre comme un tambour et tout ce joyeux monde, une bande de gamins pas sérieux, se dispute, se bagarre dans le tambour. Finalement, le mieux est de lire la chanson.


C’est ce que je vais m’empresser de faire, Marco Valdo M.I. mon ami, et puis, nous reprendrons notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde plein de régiments, de capitaines bourrés, de cantinières et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien l’âne.









Celui qui autrefois fit
Dans son froc face à l’ennemi
Mérite son surnom de Gustave le constipé.
Les soldats ont fait et donné
Gratuitement tout pour le prince.
Ont défilé avec les fusils et les drapeaux bariolés,
Mais fanfaron, devant l’armée entière, marche
Un tambour, un tambour, un tambour,
Rabadaboum, rabadoboum, rabadabour,
Du régiment de la Garde,
Du régiment de la Garde,
Qui porte le nom du Roi Gustave.

Le brave fantassin ne porte rien,
Car pour ça, il a sa voiture
Derrière le bourrin,
Dans la colonne
Marche la cantinière.
Elle connaît toute la troupe du régiment,
Car elle a connu chacun personnellement
Sur le tambour, sur le tambour, sur le tambour,
Rabadaboum, rabadoboum, rabadebour,
Du régiment de la Garde,
Du régiment de la Garde,
Qui porte le nom du Roi Gustave.





Le capitaine, un gros bouffi,
Reste volontiers jusqu’à midi au lit.
Mais seul, à contrecœur,
Et plein de vin et de lie,
Il est de mauvaise humeur.
Avec des yeux vitreux, il nous conduit
Mais en dedans, il est complètement cuit
Et promène son gros ventre comme un tambour,
Rabadaboum, rabadoboum, rabadibour,
Du régiment de la Garde,
Du régiment de la Garde,
Qui porte le nom du Roi Gustave.

Et ce cauchemar a une fin :
Au ciel, en morceaux découpés,
Les fantassins
Seront mis à griller
Très profondément empalés !
Le diable n’est pas un mauvais bougre,
Il a mis à rôtir ensemble la fille et le capitaine
Dans le tambour, dans le tambour, dans le tambour,
Rabadaboum, rabadoboum, rabadobour,
Du régiment de la Garde,
Du régiment de la Garde,
Qui porte le nom du Roi Gustave.

Meurt même un général.
Le tambour repose à l’arsenal.
Dans sa housse.
Pour les rats,
Comme avant, la vie continuera.

Car ils mangent et aiment et boivent,
Font les cons et se querellent et se bagarrent
Dans le tambour, dans le tambour, dans le tambour,
Rabadaboum, rabadoboum, rabadubour,
Du régiment de la Garde,
Du régiment de la Garde,
Qui porte le nom du Roi Gustave.

mercredi 13 juillet 2016

Les Animaux du Zoo de Vincennes

Les Animaux du Zoo de Vincennes

Chanson françaiseLes Animaux du Zoo de Vincennes – Henri Tachan1981
Paroles et musique: Henri Tachan



La femme et le gardien - Dans la cage du zoo humain












Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson qui devrait te plaire et qui d’une certaine manière rejoint les principes évoqués dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Âne [[49337]]. Elle raconte l’histoire (malheureusement imaginaire) des animaux d’un zoo (ici, celui de Vincennes) qui se révoltent conter cette détention et qui s’échappent.

Évidemment, dit Lucien l’âne en riant comme un soleil de printemps, qu’elle me plaît cette chanson, d’autant qu’elle est d’Henri tachan, un chanteur que j’aime bien et qui malgré un répertoire passionnant, mais sans doute trop révolté, n’est pas très connu.

C’est assez normal qu’Henri Tachan ait été mis à l’écart. D’ailleurs, lui-même, savait bien qu’au regard de l’univers du commerce musical, il était un « En dehors », un rejeté à la marge des marges. Normal, Henri Tachan, autant que je me souvienne, est anarchiste, il ne connaissait qu’un parti : le sien.

Mais nous aussi… Maintenant, Marco Valdo M.I. mon ami, parle-moi un peu de la chanson elle-même.

Je t’ai presque tout dit en te racontant qu’un beau matin, le zoo de Vincennes s’était vidé de tous ses animaux ; une fuite collective. Le reste, tu le découvriras en écoutant soigneusement la chanson et comme on dit dans les fables classiques, en apprenant la morale de l’histoire.

« Faites attention, petits humains, que les bêtes,
Un de ces jours, ne vous jettent des cacahuètes ! »

Oh, voilà une bien belle morale de l’histoire et de fait, les petits humains et même, les grands hommes feraient bien d’y réfléchir. L’espèce humaine fait de telles sonneries qu’elle met aussi en danger les autres espèces et là, c’est sûr, nous, les autres espèces (bref, tous les êtres vivants), on a bien envie de jeter des cacahouètes aux femmes, aux hommes et à leurs petits. Il serait peut-être temps que la majorité des humains se rendent compte qu’ils sont aussi des animaux dans un zoo.

Sans doute, Lucien l’âne mon ami, mais dans ce cas, où fuir ? Les terres inconnues se font rares. Reste la question des zoos pour animaux, des « jardins zoologiques ». C’est une question complexe qui donne à réfléchir car d’une part, à l’origine, le zoo est une sorte de grand vivarium, un lieu de présentation et de préservation des animaux, mais aussi, un endroit d’exploitation des animaux, leur mise en spectacle et un lieu d’enfermement. Mais, cette sorte de bêtise a frappé aussi des humains, quand par exemple, dans les expositions coloniales, on présentait des « indigènes » dans des décors censés représenter leurs lieux de vie. Ou encore, dans le même ordre d’idées, il y a les cirques, les arènes, les hippodromes et bien évidemment, les stades où l’on fait courir des bêtes humaines avec ou sans ballon.

Il y a donc eu des zoos humains ?, dit Lucien l'âne en rigolant. On les offrait à la visite aux vaches et aux cochons ?


Mais non, Lucien l'âne mon ami, il s'agissait de montrer des femmes, des hommes et des enfants des autres parties du monde ; mais c’étaient des expositions destinées aux humains – exclusivement.



Peut-être les animaux règleront-ils le problème en poussant les humains à l’intelligence, qui sait ?, dit Lucien l’âne, comme l’imaginait Erich Kästner dans ce conte pour enfants : La Conférence des Animaux, écrite vraisemblablement au moment où s’écrivait La Déclaration Universelle des droits de l’Homme en 1948. C’est en tout cas le sens de la déclaration universelle des droits de l’âne. Cependant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce monde anthropocentrique, humain, trop humain et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.




Les animaux du zoo de Vincennes se sont taillés :
Ils en avaient marre de faire semblant d’être empaillés,
Ils en avaient marre de faire le singe derrière les grilles,
D’amuser les petits garçons, les petites filles.

Les animaux du zoo de Vincennes ont mis les bouts,
Ils sont partis sans laisser d’adresse pour Tombouctou.
Ils ont repris leurs crocs, leurs crinières, leurs rayures,
Couvertes de poux, de poussière et de sciure.

Ne pleurez pas, petits enfants, c’est chouette,
Plus jamais, vous ne leur jetterez de cacahuètes !
Ne pleurez pas, petits enfants, c’est chouette,
Plus jamais, vous ne leur jetterez de cacahuètes !

Les animaux du zoo de Vincennes ont fait la belle,
Par une belle nuit d’hiver, sur une arche de Noël,
Ils se sont embarqués, deux par deux, pacifiques,
Vers leurs forêts d’Asie, vers leurs palmiers d’Afrique.

Les animaux du zoo de Vincennes ont disparu,
La Police est perplexe, qui l’eût dit, qui l’eût cru ?
Car, il n’y a pas la moindre prise d’otages,
Comme ça arrive chez certaines bêtes sauvages.

Ne pleurez pas, petits enfants, c’est chouette,
Plus jamais, vous ne leur jetterez de cacahuètes !
Ne pleurez pas, petits enfants, c’est chouette,
Plus jamais, vous ne leur jetterez de cacahuètes !

Les animaux du zoo de Vincennes en parlent encore
De ce fameux voyage vers leur Île au Trésor,
Et tout là-bas, au fin fond des savanes,
Sur leur violon, ils jouent une pavane.

Une pavane pour leurs frères, les animaux défunts,
Les sangliers, les cerfs, les sarcelles, les lapins,
Tous ces petits indiens de nos bois de Vincennes
Abattus par des Buffalo Bills à bedaine.

Faites attention, petits humains, que les bêtes,
Un de ces jours, ne vous jettent des cacahuètes !
Faites attention, petits humains, que les bêtes,
Un de ces jours, ne vous jettent des cacahuètes !

jeudi 7 juillet 2016

L’Enterrement

L’Enterrement

Chanson française – L’Enterrement – Ricet Barrier – 1965
Paroles : Ricet Barrier – Bernard Lelou
Musique : Ricet Barrier






Lucien l’âne mon ami, aujourd’hui, je vais te faire connaître, si ce n’est déjà fait, une chanson qui raconte un enterrement et même celui du chanteur en l’occurrence, l’excellent et drôle Ricet Barrier.

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, te voilà bien sombre à me parler d’enterrement.

Pourtant, Lucien l’âne mon ami, quand tu auras pris connaissance la canzone, m’est avis que tu changeras d’avis. Car la mort vue comme ça, c’est plutôt une bonne nouvelle ou disons, une façon sympathique d’aborder cette phase de la vie, par ailleurs, pour les ânes comme pour les hommes, inévitable. Car la mort se présente sous la forme d’une amoureuse compagne, tout à fait heureuse de tenir compagnie à son soupirant. C’est une mort athée et amoureuse qui tiendra compagnie joyeux défunt aussi longtemps que durera le temps. C’est Byzance ; plus jamais sel et avec une personne éternellement jeune. Et à chacun sa mort, c’est fabuleux. Une mort qui vous soigne aux petits oignons et puis, elle au moins, elle est certaine et au rendez-vous. Elle pose pas de lapin, cette fille-là.

C’est assez réjouissant comme perspective et comme tu le dis, l’avantage sur les racontars fols des religieux et de leurs idoles nébuleuses et, extra-terrestres, c’est une certitude.

C’est du moins ce qui ressort de la chanson de Ricet Barrier, le même qui s’extasiait sur le cul de la patronne et sans doute, est-ce la patronne qui le rejoint et qui, on ne peut en douter, le gardera bien au chaud dans son lit.

Ah oui, dit Lucien l’âne, en tressautant de rire, je m’en souviens de cette chanson, avec ce refrain extraordinaire :

« Il est beau le cul le cul le cul de la patronne
Un cul pareil à Waterloo
Et les Anglais l’avaient dans le dos
Il est beau le cul le cul le cul de la patronne
Si on l’avait comme drapeau
On serait tous des héros !!
Taratatatata !!! »


Cela dit, tu disais que c’était une chanson athée et en effet, c’est une chanson où il n’est en aucune façon question de Dieu ou de dieux. Ce qui me réjouit, car à vrai dire, ces ectoplasmes ne me paraissent pas crédibles, ni croyables. Ce sont des ombres chinoises ou des fantaisies platoniciennes qui viennent s’agiter sur les murs de la caverne. J’en profite pour évoquer une autre camarde qu’évoquait le bon José Saramago. Tu sais, celle qui envoyait des lettres de faire-part violettes et anthumes aux intéressés, afin qu’ils puissent mettre en ordre leur succession et qui un jour se refuse à l’expédier à un homme dont elle tombe amoureuse.

Cela dit, Lucien l’âne mon ami, des morts et des enterrements, on en trouve à tous les tournants dans la chanson et par exemple, juste pour amorcer la réflexion :
L’Enterrement de Cornélius : Bécaud ; Le Moribond : Brel ; Les Funérailles d’Antan : Brassens. D’ailleurs, la mort et toutes les pompes et cérémonies qui y sont liées me paraît être un thème parfait pour un parcours dans les Chansons contre la Guerre. Mais concluons

Restons-en là, en effet. Écoutons Ricet Barrier et reprenons notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde guindé, croyant, crédule, religieux, idolâtre et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Je suis mort, je suis bien mort.
S’il vous plaît, ne pleurez pas sur mon sort !
Elle est enfin venue la femme que j’adore.
Elle suit mon corbillard, je la sens près de moi.
Son Rimmel fout le camp.

Qu’est-ce que suis content,
Tu es venue à mon enterrement,
Toi qui n’ venais jamais à mes rendez-vous de mon vivant.
Tu ne te promenais jamais en moto, seule avec moi.
Aujourd’hui c’est fête, nous voilà réunis dans le même convoi.
Tu m’as dit non toute ma vie,
Le jour de ma mort tu me dis oui.
L’amour auquel je ne croyais pas
Est né le jour de mon trépas.

Qu’est-ce que suis content,
Tu es venue à mon enterrement.
Hum ! Qu’elles sont belles tes fleurs,
Tu en as eu au moins pour quinze mille francs.
Toi qui dédaignais tous les bouquets de roses que je t’offrais,
Aujourd’hui, c’est toi qui m’apportes une couronne signée "Regrets".
Moi, j’ai pleuré toute ma vie,
Le jour de ma mort, tu pleures aussi.
Dommage que tu me dises "Je t’aime"
Dans le langage des chrysanthèmes.

Qu’est-ce que suis content,
Tu es venue à mon enterrement.
Moi qui voulais me foutre à l’eau,
À chaque fois que tu me disais "Nan !"
Je ne pouvais pas supporter l’idée de vivre sans toi,
Mais je me disais "Fais confiance au destin, ton heure viendra".
Fallait que je défonce un platane
Pour que tu veuilles bien devenir ma femme.
Tu verras comme ça sera coquin,
Tous les jours, ce sera la Toussaint.

Oh ben mince ! Vous pleurez vous aussi !
La mort n’est rien quand l’amour suit.
Elle est enfin venue, la femme que j’aime tellement,
Elle suit mon corbillard, je la sens près de moi.
Si j’avais su, je serais mort avant.
Je serais mort avant,
Oh oui, bien avant !