vendredi 4 mars 2016

INQUISITION

INQUISITION


Version française – INQUISITION- Marco Valdo M.I.
Chanson italienne – InquisizioneElio e le Storie Tese – 2016
"Figgatta De Blanc" (2016)




Il y a la sainte Inquisition qui

Fait rôtir les gens oh, non !
Damnée Inquisition !



Depuis que le monde est monde, l’Inquisition brûle les gens ; plus au Moyen Âge qu’à d’autres époques, mais de toute façon, on les brûle. Les gens brûlés se comptent par milliers, si pas davantage. Cela dépendait de ceux auxquels il plaît d’enquêter, le phénomène serait toujours très répandu. Il n’est heureusement pas le cas chez nous actuellement, car un fort mouvement d’opinion s’y oppose.



Dialogue maïeutique


Nous qui pensions, Lucien l’âne mon ami, que notre opéra-récit Till le Gueux qui s’élève tout entier contre l’Inquisition était une sorte de sujet hors du temps présent et peu répandu dans la chanson contemporaine, voici qu’une chanson italienne récente (ô combien, elle vient de sortir) aborde de face ce sujet de la confrontation entre la libre pensée et la religion, entre les athées et les tenants de Dieu ou des Dieux, vu que les divinités pullulent comme champignons après la pluie. Cette chanson s’intitule fort à propos : Inquisizione – INQUISITION. En somme, pour résumer la chose, l’Inquisition est à la religion, ce que la police politique et les tribunaux d’exception sont aux dictatures. Il y a là aussi des murs à faire tomber. Quant à son fonctionnement, on trouve dans Till le Gueux, une série d’exemples Coupez les pieds !Katheline suppliciée Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants! , Procès et condamnationLa Mort de Claes, le charbonnier Telle est la Question Trois cents ans de torture et L’Araignée de l’Escurial. Malgré les terribles soubresauts de la bête dans certains coins du monde, comme on le sait de plus en plus, dans tous les pays, les religions sont en recul. Et de plus, c’est un processus lent, mais irréversible.


Voilà qui fait plaisir et qui montre que l’humaine nation progresse en sagesse et conscience de soi. Ainsi, tu n’es pas – comme tu pouvais l’imaginer – une vox clamans in deserto. Il y a de l’écho. Et même en Italie et en italien, de surcroît. Il te fallait donc de toute évidence faire une version française de cette canzone d’Elio sans attendre.


Et je n’ai pas attendu, comme tu le vois. Même si, appelé à d’autres tâches, j’avais un peu ralenti dans la confection des chansons de Till, j’ai dégagé quelques heures pour cette version d’INQUISITION, car – à nos yeux – c’est un sujet prioritaire en raison du climat d’affrontements aux relents religieux dans lequel nous baignons depuis quelques temps. Il est temps de rappeler ce qui se cache derrière le discours vantant les « racines chrétiennes » de l’Europe. Ça sent l’encens, ce symbolique parfum aux odeurs de bûchers et de grandes persécutions.


Surtout, dit Lucien l’âne, que ce sont là des choses contagieuses et passionnelles. On meurt aisément quand on meurt pour le ciel. Et dire qu’on prétendait que Voltaire était périmé… Mais finalement, que raconte cette chanson ? J’aimerais bien que tu m’éclaires, car je ne distingue pas tous les personnages dont il est question.


En fait, quatre quatrains se réfèrent à des personnages réels qui ont eu à souffrir de l’Inquisition de diverses manières. Le quidam du premier est Galilée, qui se sauva du bûcher en abjurant. Le Giordano Bruno est lui-même, celui qui a été rôti sur le Campo dei Fiori de Rome. L’Anglais est Charles Darwin toujours en butte aux persécutions des créationnistes et dans ma version, j'ai remplacé le babouin des religieux par le Singe nu de Desmond Morris et la révolution copernicienne renvoie à Copernicqui fit de la Terre une planète du Soleil et du Soleil une étoile perdue dans l'univers. Tous font l’objet d’une vindicte cléricale. Même si ces exemples renvoient au passé, il n’en reste pas moins qu’il faut les rappeler, tout comme il convient de rappeler les horreurs des croisades – y compris celles contre les Albigeois, contre les Cathares, contre les membres de la Fraternité des Pauvres de Pierre Valdo. D’ailleurs, des appels à la croisade courent dans l’air. On ne sait trop quand elle viendra, mais quand ce genre de longue marche se met en route, elle s’étend comme la peste porcine, la grippe aviaire ou la maladie de la vache folle. Il me paraît impératif de faire face et de refuser de choisir entre la peste et le choléra. On ne dira jamais assez que l’humaine nation ne peut se construire qu’en se débarrassant des oripeaux et des fantasmes célestes. On ne peut éluder cette question au nom du « vivre ensemble » ou de je ne sais quel « arrangement raisonnable » quand il s’agit de prendre le parti de l’humaine nation contre les ingérences divines et leurs séides.


Pour nous les ânes, comme pour toutes les espèces vivantes, le choix est simple : entre le pantin divin et notre mère nature, nous choisissons le monde réel, naturel et forcément, sans Dieu(x). Nous choisissons d’être des « sans Dieu(x) », nous sommes athées. Nous voulons un monde sans prophètes et sans dieux. Reprenons dès lors notre combat contre les Dieux, les religions (même athées) et leurs Inquisitions et tissons le linceul de ce vieux monde croyant, crédule, inquisitorial et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Un quidam, il y cinq cents ans 
Observait le ciel au télescope
Et ce qu’il y vit ne plut pas un instant
Aux tenants des vieilles écritures

Un Giordano contemporain, très érudit,
Un certain Bruno, a été questionné,
Et par la justice condamné au bûcher.
De science et de connaissance, 
il vaut toujours mieux ne pas parler.

Il y a la Sainte Inquisition
Qui fait rôtir les gens oh, non !
Il y a cette damnée Inquisition.
Il suffit de dire deux blagues sur la place
Et Torquemada se déplace.

Il y a deux cents ans, un Anglais
Observa avec son microscope
Et ce qu’il découvrit, ennuyait
Les Églises et les ministres du culte.

Il n’est pas facile d’admettre que nos aïeux
Étaient des singes nus
Surtout quand on est convaincu
Que nos ancêtres avaient été créés par Dieu
La libre pensée a du mal à s’affirmer si

Il y a la sainte Inquisition qui
Fait rôtir les gens oh, non !
Ennuyeuse Inquisition !
Il y a la sainte Inquisition qui
Fait rôtir les gens oh, non !
Damnée Inquisition !
Si on veut éviter la torture oh, oui !
Il faut abjurer ses convictions.

Il y a la sainte Inquisition
Qui vient d’Espagne oh non !
Mais qui donc jamais s’attendit
À ce qu’un savant soutienne
Que nous tournons autour du soleil oh, oui !
C’est la révolution, c’est la révolution
Copernicienne.

mercredi 2 mars 2016

TROIS MINUTES D’ATTENTION

TROIS MINUTES D’ATTENTION

Version française – TROIS MINUTES D’ATTENTION – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson allemande – Drei Minuten Gehör ! – Kurt Tucholsky – 1922
Publié sous le nom de Theobald Tiger in Republikanische Presse, 29.07.1922, Nr. 6







Connais-tu Lucien l’âne mon ami, la ville où l’art de Tucholsky fleurit ?



Oh, oh, dit Lucien l’âne, je connais de Tucholsky sa réputation de polémiste contre la guerre et le militarisme. Nous connaissons aussi son penchant pour les jolies dames et notamment Mademoiselle Ilse. Je sais aussi qu’il vit très tôt la montée des périls, la venue du Péril. Il s’y opposa tant qu’il put, puis il se suicida, épuisé, à l’étranger.


Aurait-il patienté quelques années… Parfois, j’ai l’impression qu’on se suicide trop vite, dit Marco Valdo M.I., pensif.


Donc, avant ça, il fit très tôt (1920) de très nombreux textes pour alerter les Allemands contre l’esprit de revanche, contre les détracteurs de la République de Weimar qui, malgré tous ses défauts et ses côtés de guerre civile larvée, avait permis à Berlin (où avant ses exils, vivait et écrivait Tucholsky) de connaître un temps une atmosphère de liberté et de création absolument extraordinaire. Que le pouvoir s’efforça bien vite de liquider. Voilà ce que je connais de Tucholsky, alias Theobald Tiger, Kaspar Hauser, Peter Panter et Ignaz Wrobel.


C’est déjà beaucoup et cela me paraît une excellente introduction à la chanson dont je viens de faire une version française. Si la version française est d’aujourd’hui, la chanson de Tucholsky date de 1922. Elle fait référence directe à la guerre qui vient de se terminer quelques années auparavant, avec cette antienne récurrente : « Vous en souvenez-vous ? ».
Son titre d’abord, car l’explication par le titre t’intéresse toujours. C’est « Drei Minuten Gehör ! » ou « Trois minutes d’attention ! » En fait, Tucholsky, alias Tiger, s’adresse à trois parties, trois tranches, trois groupes de la population allemande : un : les hommes ; 2 : les femmes et 3 : les jeunes. À chaque groupe, il demande une minute d’attention. 3 groupes, 3 minutes, d'où le titre. Il précise dès le début qu’il s’adresse à une partie bien spécifique de la population ; il dit qu’il parle à ceux qui travaillent. Pour situer cet appel, il est intéressant de le voir dans le cadre de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres afin d’assurer leur domination, de renforcer leur pouvoir, d’accroître leurs richesses, d’étendre le champ de l’exploitation… En clair, Tucholsky s’adresse aux pauvres ; il décrit, il rappelle aux hommes comment on les traita entre 1914 et 1918 et ce qui s’ensuivit pour eux ; il rappelle aux femmes comment leur jeunesse fut perdue, leurs familles détruites, leur misère subséquente, leurs morts et leurs hommes invalides ; aux jeunes, il livre un bréviaire de l’insoumission pacifique. Mais là aussi, la loi de Cassandre a joué à plein. La catastrophe que Tucholsky annonçait et qu’il tentait de parer a eu lieu. Son « – Nie wieder Krieg –! » : « Plus jamais la guerre ! » est resté une volonté. Volonté que nous partageons encore toujours.


Ah, dit Lucien l’âne, « – Nie wieder Krieg –! » : « Plus jamais la guerre ! », comme volonté, c’est toujours d’actualité à présent, mais cela restera comme alors tant qu’on n’aura pas mis fin à la cause fondamentale de la Guerre de Cent Mille Ans, à savoir le mélange détonnant que constituent la richesse et le pouvoir, avec leurs corollaires que sont l’ambition, l’avidité, l’exploitation. En attendant, prenons notre part dans l’élaboration de cette fin, nous qui ne sommes que grains de sable et tissons le linceul de ce vieux monde avide, ambitieux, guerrier et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Vous devez m’accorder
Votre attention trois minutes,
Vous qui travaillez !
Vous qui tapez du marteau,
Vous qui clopinez sur des béquilles,
Vous qui tenez le plumeau,
Vous qui chargez les poêles,
Vous qui, de vos mains fidèles,
Donnez votre amour à l’homme –
Vous, vieux et jeunes – :
Vous devez m’accorder trois minutes.
Nous ne sommes pas entre vainqueurs de la guerre.
Gardons bien ça en tête.

La première minute appartient à l’homme.
Qui a marché en gris-vert pendant des années ?
À la maison, les enfants – à la maison, la mère pleure.
Vous : chair à canon gris-verte – !
Vous avez creusé les tranchées dans les champs argileux.
Là vous n’avez vu aucun fils de famille prétentieux:
Ils se saoulaient à l’arrière.
Ils allaient au claque avec les dames.
On vous a formés. On vous a entraînés.
Étiez-vous encore à l’image de Dieu ?
Dans la caserne – dans la guérite,
On vous tenait pour le pou le plus sale.
L’officier était une perle,
Mais vous seulement des « types » !
Des automates juste bons à tirer et à saluer.
« Bandes de porcs ! Doigt sur la couture du pantalon – ! »
Les blessés pouvaient souffrir mille morts ;
Quand un prince venait, il fallait saluer réglementairement.
Et dans le charnier encore, vous étiez les porcs :
Les officiers avaient un vrai enterrement !
Vous ne valiez pas cher pour la mort.
Cette sanglante comédie a duré quatre ans.
Vous en souvenez-vous – ?

La deuxième minute appartient à la femme.
De qui à la maison, les cheveux sont-ils devenus gris ?
Qui, la journée finie, s’effraye
Et s’éveille en criant dans la nuit
Qui tout au long de quatre années,
A connu l’embarras des longues files,
Quand les princesses et leurs époux
Avaient tout, tout, tout – – ?
À qui a-t-on écrit dans une courte lettre,
Qu’un de plus dormait dans les Flandres ?
Et joint, un formulaire avec deux attestations.
Qui devait mendier ici pour les pensions ?
Larmes, douleurs et cris sauvages.
Il reposait. Vous étiez seule.
Ou bien, ils l’ont renvoyé boitant sur sa canne,
Revenu dans vos bras comme infirme.
Ainsi est passée la merveilleuse
Grande époque – quatre longues années.
Vous en souvenez-vous – ?


La troisième minute appartient aux jeunes !
Ils ne vous ont pas forcés à l’uniforme !
Vous étiez libres ! Vous êtes toujours libres aujourd’hui !
Veillez à ce qu’il en soit toujours ainsi !
L’espoir repose sur vous. À vous la confiance
De millions d’Allemands : femmes et hommes.
Ne vous mettez pas au garde-à-vous. Ne servez pas !
Il faut leur montrer ! Vous êtes libres !
Et s’ils viennent à vous et avec des pistolets menacent – :
Ils devront venir vous chercher ! N’y allez pas !
Pas de soldats ! Pas d’obligation militaire !
Pas d’actes de diktats au monocle !
Pas d’alignement! Pas d’ordre !
Pas d’officiers de réserve !
C’est votre avenir qui se joue !
C’est votre pays que l’on floue !
Jetez vos chaînes d’esclaves !
Quand vous le voudrez, vous serez tous libres !
Ne collaborez plus ! Que votre volonté se fasse !
Quand vous le voudrez, vous aurez la victoire !
– Plus jamais la guerre – !



mardi 1 mars 2016

LA BOMBE INTELLIGENTE

LA BOMBE INTELLIGENTE

Version française – LA BOMBE INTELLIGENTE – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson italienne – Bomba intelligenteElio e le Storie Tese – 2016
Paroles de Francesco di Giacomo (2005)
Musique de Paolo Sentinelli



Les amours de la femme-poisson rose, alias

 la Bombe intelligente.



« C’était 2005 le souvenir reste comme si c’était hier, en plein dans la deuxième guerre du Golfe. Bagdad avait été frappée plusieurs fois et une bombe dite intelligente avait manqué sa cible. Ali avait 14 ans, il perdit ses bras et à Bagdad, il y avait le soleil qui brûlait vraiment très fort. Je me le rappelle comme si c’était hier, face à cette nouvelle qui nous remplissait de rage. Ensuite Francesco commença à raconter une histoire, il ouvrit son cœur, il alignait des phrases très belles que jécrivais en toute hâte sur une feuille de papier, l’arrière d’une quittance d’électricité, trouvée sur la table de la cuisine. « En soutenant, avec la force de la raison, qui une bombe puisse être très intelligente, on pourrait lui demander peu avant l’explosion la description d’un coucher de soleil ou si elle a déjà ou non fait l’amour ». « Continue Francè, c’est beau ». Oui, c’est beau.

« À ce
moment, cette bombe très intelligente parlerait, elle dirait avec le cœur en main, elle raconterait son amour qui était un avion mythique qui disait le monde est étrange, peut-être vaut-il mieux rester à l’écart, mon amour. Ah ! Ce séducteur me portait contre le vent, ah ! qui aurait dit qu’ensuite, il me larguerait ici. » Avec la feuille pleine d’encre et de notes, je rentrai chez moi et imaginant raconter cette histoire à un enfant, je composai une musique légère, presque une comptine. C’était le premier morceau que nous écrivions ensemble. Depuis nous avons commencé à nous voir plus souvent jusqu’à ce que ça devienne une agréable habitude. Il racontait, je prenais note, je rentrais chez moi, et j’en faisais des chansons. Durant ces dix ans, il a écrit des choses merveilleuses, sa créativité ne s’était pas du tout tarie, au contraire, elle était vive. Elles sont dans un tiroir, chantées, jouées, et il n’est pas facile rassembler la force pour les publier. Pour nous, ça n’avait aps d’importance, ça ne nous intéressait pas, on échangeait des pensées, des émotions, de la créativité, et le vin n’était jamais banal. C’était 2005, je m’en souviens comme si c’était hier chez Francesco. Je rapportai la quittance avec le texte écrit au verso, la lumière ne fut pas débranchée, et avec un microphone d’un portable, nous avons enregistré la voix à la cuisine, entre une gousse d’ail et une aubergine, comme en passant. Une histoire à faire frémir un ingénieur du son.
...
Aujourd’hui cette chanson est publiée par Elio e Le Storie Tese ... La première écrite avec Francesco, la première à être publiée ».

En Italie, les premiers à traduire l’idée en musique ont été les Bisca, avec un morceau appelé précisément La bomba intelligente. Dans leur version, la bombe intelligente s’appelait Carmela et elle tombait amoureux éperdument de Ciruzzo, un vieux surplus de guerre. Le bruit de la bombe qui tombe est en réalité un échantillon de l’avion de Back in the U.S.S.R.‎ des Beatles. (marok)


Dialogue maïeutique de l’âne


Les bombes intelligentes, dit Lucien l’âne, en voilà une idée. Ce doit être une idée de militaire ou alors, d’un savant amoureux fou d’une sirène atomique.


Tu ne crois pas si bien dire, Lucien l’âne mon ami, c’est exactement de ça que parle la chanson. Enfin, plus ou moins. Je ne dirai rien d’autre de sa genèse, car nos amis italiens l’ont déjà fait dans le commentaire introductif que j’ai traduit (en partie). Mais je vais te dire quelques mots de l’illustration, car elle en vaut la peine. À première vue, elle n’a aucun rapport avec la bombe intelligente dont il paraît qu’il en existe vraiment et même beaucoup, mais elles sont équipées d’une intelligence militaire, toute tournée vers la destruction et l’art de la guerre. Ces bombes intelligentes en uniforme sont des êtres spécialement conçus pour la Guerre de Cent Mille Ans , cette guerre que les riches font aux pauvres depuis tant de temps aux seules fins de renforcer leur pouvoir, d’étendre leur domination, d’accroître leurs richesses, de multiplier leurs profits… Il suffit d’ouvrir les yeux pour s’en apercevoir.


Certes, dit Lucien l’âne, mais il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.


À propos de voir, revenons à notre illustration. À quoi donc fait-elle penser ?


Oh !, dit Lucien l’âne en riant de toutes ses dents et en clignant de l’œil gauche. On dirait des femmes-poissons qui vont s’enlacer. On dirait une parade amoureuse au fond de l’océan.


Et c’est exactement ça. Deux femmes-poissons se cajolent au fond de la mer, ce qui est sans doute le destin de notre « bombe intelligente » :
« Ah, l’amour est silencieux là sur le fond,
Ah, quel grand jour quand l’amour la fit poisson ! », chante la chanson.
Ceci dit, il y a diverses interprétations possibles de cette expression « bombe intelligente », qui m’a tout l’air d’un oxymore à plus d’un titre. Suis bien mon explication. Le premier sens, c’est celui que les militaires ont donné à une bombe qui, grâce à un système de guidage se dirige « seule » vers son objectif, comme si elle pensait réellement et c’est d’elle que parle la chanson. Toutefois, dans la chanson, cette bombe va user de son intelligence pour se mettre à penser, comme les créatures des frères Čapek ou plus tard, d’Asimov – les robots, et à agir à l’encontre de la mission de destruction qui lui était assignée. Sa récompense sera, sans doute par la grâce de Poséidon, de devenir une femme-poisson promise à l’amour marin.


Ah, l’amour marin, c’est le plus tonique, dit Lucien l’âne radieux, et j’ai connu personnellement un certain nombre de ces dames depuis que je baguenaude autour de la Méditerranée. Généralement, on les nomme des sirènes ; ce sont de braves filles aux amours humaines et pas seulement, comme tu le devines. Ulysse lui-même les avait rencontrées.


Cependant, Lucien l’âne mon ami, il est une autre interprétation qui m’est venue en tête. Depuis peu de temps, les humains, principalement les mâles, dénomment « bombes », les jeunes personnes : jeunes femmes, jeunes filles aux proportions anatomiques percutantes. Quant à l’intelligence, on ne sait trop ce qu’il en est, car c’est une caractéristique qui échappe généralement à l’entendement de ces messieurs.


Ah !, dit Lucien l’âne, c’est une interprétation indiscutable, mais elle ne colle pas vraiment avec la chanson. Ceci dit, que voulais-tu dire encore à propos de l’illustration ?


Je voulais indiquer qu’il s’agit d’un dessin connu du peintre Magritte, dessin qui doit dater de 1924 et selon les habitudes héritées des courants dada, expressionniste, surréaliste et plus tardivement, situationniste, ce dessin – comme beaucoup d’autres illustrations dont j’use pour ces chansons que j’écris ou dont je fais une version française – est une variation, une dérivée, une dérive, un détournement. C’est et c’est pas (’tis or ’tis not) un dessin, une image, une peinture de tel ou tel autre. Ceci rejoint bien évidemment le « je est un autre et inversement », de l’autre jour.


De toute façon, Marco Valdo M.I. mon ami, dit Lucien l’âne en agitant les oreilles alternativement en commençant par la gauche, en formant des points d’interrogation sur le dessus de son crâne, n’est-ce pas Magritte lui-même qui avait fait cette peinture représentant une pipe en indiquant sur la toile : « Ceci n’est pas une pipe ».


Bien sûr que c’est lui…


Alors…, dit Lucien l’âne en levant les yeux au ciel comme pour chercher son fantôme dans les nuages. Alors, poursuivons notre route et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde explosif, létal, poissonneux et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Si l’on peut soutenir, par la force de la raison,
Qu’une bombe peut être très intelligente,
On peut aussi lui demander juste avant qu’elle n’explose
La description d’un crépuscule
Ou si elle a déjà fait l’amour, oui ou non.

À ce moment, cette bombe pleine d’intelligence
Parlerait, elle dirait les yeux dans les yeux,
Son fol amour pour un avion fabuleux
Qui lui serinait « Le monde est étrange,
Tenons-nous à l’écart, mon amour, ça vaut mieux. »
Ah ce séducteur, il m’emmenait dans le vent,
Ah qui aurait dit qu’il me larguerait maintenant ?

En séduisant le mécanisme de guidage,
Elle se montra une bombe très intelligente,
D’un geste exceptionnel, elle mobilisa toute sa force
Et se jetant dans la mer, elle sauva tout le monde.

Ce criminel qui l’emmenait dans le vent,
Ah mais quel amour ? Quel amour là-dedans ?
Entretemps passent les saisons ; et les factions
Rédigent des accords et des conclusions
Sans tenir compte, ni prévoir d’éventuels amours… d’exception.

Ah, l’amour est silencieux là sur le fond,
Ah, quel grand jour quand l’amour la fit poisson !


Si l’on peut soutenir, par la force de la raison,
Qu’une bombe peut être très intelligente,
On peut aussi lui demander juste avant qu’elle n’explose
La description d’un crépuscule
Ou si elle a déjà fait l’amour, oui ou non.