mercredi 17 février 2016

Le cul entre deux chaises


Le cul entre deux chaises


Chanson française – Le cul entre deux chaises – Maurice Dulac – 1975

Texte : Jacqueline Sorano – Maurice Dulac





Il y a des chansons et en corollaire, des chanteurs et même, des chanteuses de ces chansons qu’on découvre bien longtemps après le moment de leur floraison et même qu’ils aient fini de la chanter. Mais, te souviens-tu précisément, de ceci :
« Longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu,
Leurs chansons courent encore dans les rues. », que disait, chantonnait Trenet. C’est le cas de cette chanson de Jacqueline Sorano, interprétée par Maurice Dulac en 1975. Elle s’intitule « Le cul entre deux chaises », mais, à voir ton œil égrillard, je te précise tout de suite ce n’est pas le cul de la patronne [[39877]].

Là, Marco Valdo M.I. mon ami, je t’arrête. C’est dommage, car comme tu le devines, j’aime beaucoup le cul de la patronne, c’est toujours pour moi, un moment de grand plaisir. Mais comme tu le sais, nous autres les ânes, on ne s’assied jamais sur les chaises et on n’essaye même pas. D’ailleurs, il me souvient de t’avoir dit déjà : « On ne fait pas les chaises pour les ânes ». C’est pour cette raison fondamentale que nous restons d’obstinés quadrupèdes. Et dès lors, peux-tu me dire ce que signifie cette étrange expression, qui sert de titre à la chanson.

De titre et de leitmotiv. Donc, « le cul entre deux chaises » renvoie à la situation de celle ou celui qui ne peut ou ne veut pas choisir entre l’une ou l’autre chaise, qui hésite à se poser et penche donc une fois par ici, une fois par là, comme les poupées qui basculent, se redressent et reviennent à leur point d’équilibre. En fait, ce faux mouvement a comme but réel de ne pas bouger. C’est le chevalier Ni-Ni. Mais cela ne l’empêche pas de peser de tout son poids. C’est un de ces personnages typiques des collaborateurs de tous les régimes. Toujours du côté du manche, en quelque sorte. Enfin, débrouille-toi avec ça et revenons à la chanson et à 1975. C’était l’époque où on trouvait Super Dupont (personnage de Gotlib) en couverture de Fluide Glacial, où sévissait l’ami Yves Frémion qu’on salue au passage. Je parle de Super Dupont, car il me paraît être le sur-moi de ce Dupont, héros de la chanson de Dulac.
« Et l’on dit de Dupont la joie :
Il est gentil, oui, mais il a
Le cul entre deux chaises. »


Par parenthèse, nos amis italiens n’arrêtent pas d’en rencontrer à tous les coins de rue, en version italienne, bien sûr. En somme, j’imagine, j’ai comme l’impression que la chose dépasse le cadre de la France, de l’Italie.

La France avait-elle de l’avance dans cette pratique, à mon sens aussi, universelle. Je ne le pense même pas. Dupont la Joie, c’est le personnage qui fit le pétainisme ou ailleurs, s’est rallié (se range ) aux vieilles et aux nouvelles gloires locales. En fait, c’est le personnage-clé de la démocratie, il fait ces majorités molles dont elle se délecte et qui souvent la mènent au pire. On le retrouve dans la Guerre de Cent Mille Ans cet éternel tenant du juste milieu, du politiquement correct, du conformisme évolutif. Comme pour ses chemises, ses dessous et sa coiffure, il suit la mode, il suit le mouvement – en masse, en troupeau. Il se laisse porter par la vague sans jamais savoir où elle l’emmène, lui et le monde.

Alors, il ne reste plus qu’à découvrir la chanson et à reprendre notre tâche et à tisser le linceul de ce vieux monde conformiste, immobiliste, massif et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.


Je suis né sous le signe de la balance,
Pendant la guerre ;
La moitié de la France était en France,
L’autre en Angleterre.
Il y a dans ce pays, je crois,
Comme un malaise
Et l’on dit de Dupont la joie :

Il est gentil, oui, mais il a
Le cul entre deux chaises.
Il est gentil, oui, mais il a
Le cul entre deux chaises.
Le cul entre deux chaises.

Et quand je suis sorti de l’enfance,
Ô quelle misère !
La moitié de la France était en France,
L’autre outre-mer.
Il y a dans ce pays, je crois,
Comme un malaise
Et l’on dit de Dupont la joie :

Il est gentil, oui, mais il a
Le cul entre deux chaises.
Il est gentil, oui, mais il a
Le cul entre deux chaises.
Le cul entre deux chaises.

On a collé sur les murs de la France
De grands posters
On a fait de peu pencher la balance
Et tout est à refaire.
Il y a dans ce pays, je crois,
Comme un malaise
Et l’on dit de Dupont la joie :

Il est gentil, oui, mais il a
Le cul entre deux chaises.
Il est gentil, oui, mais il a
Le cul entre deux chaises.
Le cul entre deux chaises.

Mais moi qui suis de la balance
Héréditaire,
Une voix crie en moi de dire ce que je pense
L’autre de me taire.
Il y a dans ce pays, je crois,
Comme un malaise
Et l’on dit de Dupont la joie :

Il est gentil, oui, mais il a
Le cul entre deux chaises.
Il est gentil, oui, mais il a
Le cul entre deux chaises.
Le cul entre deux chaises.



mardi 16 février 2016

HERBE

HERBE

Version française – HERBE – Marco Valdo M.I. – 2016
d’après la version italienne de Stanislava
d’une chanson tchèque – TrávaKarel Kryl – 1965



 je porte au revers du manteau une rose noire ;
C’est pour les files de mutilés, pour ces morts là-bas dans les bambous.




Une chanson écrite par Kryl pendant son service militaire. On la présente comme une chanson contre la guerre en général, mais selon moi, dans la première strophe se trouve même une référence concrète à la guerre en Vietnam qui était en cours dans ces années-là ; y me fait penser l’image des « morti là dietro il canneto » [Comme on le verra la version française dit « là-bas dans les bambous » rejoignant sans barguigner l’avis de l'auteure de la version italienne]. Rákosí est une plante semblable à la canne de bambou qui est devenue une métaphore pour les Vietnamiens (peut-être seulement en tchèque ? ? ? je ne le sais pas…), apparemment justement aux temps de la guerre : certains la font remonter aux chapeaux ou aux maisons faites de ces plantes, d’autres soutiennent que les soldats vietnamiens se cachaient parmi les cannes de « rákosí ». « Rákosník » est une dénomination courante même de nos jours, malheureusement de manière péjorative, vis-àvis de la nombreuse communauté vietnamienne présente en République Tchèque. Dans ce texte évidemment le mot n’a aucune valeur négative, au contraire.

Je n’ai pas trouvé sur le Net de confirmation de mon hypothèse ; de toute façon, je ne saurais pas autrement pourquoi Kryl avait utilisé l’expression « mrtví za rákosím », si ce n’est avec ce signifié – mais je n’entends pas le moins du monde poser des limites à la licence poétique de Karel Kryl, ainsi je laisse décider celui qui lit… (Stanislava)




L’herbe est la seule à demander pourquoi je ne ris plus du tout ,
l’herbe est la seule à demander pourquoi j’ai perdu l’espoir
Et pourquoi maintenant au lieu de fleurs d’arnica, je porte au revers du manteau une rose noire ;
C’est pour les files de mutilés, pour ces morts là-bas dans les bambous.

L’herbe est la seule à demander si je jetterai ces vers,
L’herbe est la seule à demander pourquoi je ne viens plus de ce côté,
Pourquoi maintenant au lieu de feuilles de trèfle, j’arrache mes rêves du carnet vert.
C’est seulement à cause d’un morceau d’acier créé pour tuer.


Le vent chantonne cette chanson monotone,

Sous un pommier, la pluie mouille les pierres en silence.

L’herbe est la seule à demander pourquoi 

je me recroqueville parmi les tiges,
L’herbe est la seule à demander pourquoi 
j’ai les yeux pleins de larmes.
C’était seulement une petite note de musique, 
plantée dans un pot de fleurs,
D’où m’est poussée une balle de plomb : c’est ce pour quoi je pleure,
Pourquoi je pleure, pourquoi je pleure, pourquoi je pleure…

lundi 15 février 2016

APPRÉHENSIONS

APPRÉHENSIONS


Version française – APPRÉHENSIONS – Marco Valdo M.I. – 2016
d’après la version italienne de Rob le Svizzero – Rob le Suisse d’une
Chanson en Bärndüdsch (alémanique bernois) Hemmige – Mani Matter – 1970






MANI MATTER – 1970







Une chanson tellement fameuse qu’elle a été reprise par la plupart des principaux chanteurs suisses. On notera particulièrement l’interprétation de Stephan Eicher http://www.stephaneicher.com/?page_id=136
Quand Eicher la chante en Suisse romande de langue française, le public est désormais capable de la chanter dans l’impossible allemand bernois.

Décidément, R.V. a raison quand il affirme que le Schwyzertüütsch, et a fortiori, le Bärndüdsch, version bernoise du précédent, est une langue impossible ou presque qui n’est pas né dedans.

On connaît ça ailleurs, dit Lucien l’âne en souriant des yeux. Ce n’est pas spécifique aux langues suisses alémaniques. En fait, c’est même assez général. Que sait-on, toi et moi de la quasi-totalité des 142 langues utilisées jusqu’à présent dans les Chansons contre la Guerre ? Sans compter les 466 langues (la dernière en date est le Yakkha) dans lesquelles (à ce jour) on a traduit la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) de 1948.


Oui certainement. D’ailleurs, sorti du français, je ne connais rien. Et même, une grande partie du français m’échappe aussi – cela dit en toute modestie.

Mais tu peux quand même comme le public romand le fait pour « Hemmige », chanter non pas en Bärndüdsch, langue vernaculaire de la capitale de la Suisse, mais en brusseleir, langue vernaculaire de la capitale de la Belgique, de la Flandre et de l’Europe, al chanson du capitaine. D’ailleurs, si tu le veux bien, chante-la-nous.

Je vais le faire à l’instant, mais avant je voudrais préciser deux choses. La première, c’est qu’il vaudrait mieux prévenir les gens qu’il ne s’agit pas vraiment d’un chef-d’œuvre, ni d’une chanson contre la guerre. C’est juste celle que je peux chanter dans une autre langue assez proche du bernois. Ensuite, même s’il y est question du capitaine (dont, soit dit en passant, on cherche toujours l’âge dans les cours de mathématiques élémentaires), le titre de la chanson est le nom de son bateau : Le Mercator, c’est-à-dire le joli trois-mâts, navire-école de la marine nationale belge, ainsi nommé en mémoire de l’immortel cartographe, auteur du premier planisphère à angles conformes. Cela précisé, allons-y :

De Mercator (c’est le titre)

De Mercator
dat is ne buut
Oleo
Van onder zwart
Van bove ruud
Oleo

De kapitein fluut
Op zen fluut
En de buut
Ga veruut.
Ole, ole, oleo.


Moi, j’applaudis, dit Lucien l’âne tout ébaubi, car j’aime beaucoup t’entendre chanter cette chanson. C’est ton sommet dans l’art lyrique. Mais revenons à Mani Matter et à son « Hemmige ». Et d’abord à ce titre, car j’ai vu que sa traduction posait certains problèmes.

En effet, Lucien l’âne mon ami, tu as lu comme moi les remarques du traducteur italien (Rob le Suisse) à propos du sens de « Hemmige », terme issu de l’allemand « Hemmung ». La chose n’est pas sans importance. Il a préféré le traduire par « timori » : craintes, anxiétés, effrois, peurs… au lieu d’inhibitions (Hemmung en psychologie). Moi, de mon côté, j’ai relevé « inhibition (psychologie), scrupule, ralentissement, peur, interruption, gêne » et j’ai finalement opté pour « appréhensions », assez proche de « craintes », mais plus avouable, plus sérieux que peur ou crainte. Et aussi, plus ironique.


Et avec toutes ces belles explications, Marco Valdo M.I. mon ami, je ne sais toujours pas ce que raconte la chanson. Si tu voulais bien m’en dire deux mots…


Que raconte-t-elle? Eh bien, c’est une sorte d’interpellation du chanteur adressée à ses contemporains dans laquelle il leur tend un miroir et leur montre leur pusillanimité et leur conformisme. D’aucuns diront que c’est très suisse, mais je pense que c’est le lot de cette part de la population qui constitue le ventre mou de notre société.


Part de la population, que veux-tu dire ?, demande Lucien l’âne en ouvrant de grands yeux si noirs, si noirs.


De fait, c’est ambigu. La « part de la population » doit être comprise en deux dimensions. Soit comme une catégorie de gens (largement majoritaire) et comme une partie de la manière d’être et d’agir de ces gens. Il me reste à faire remarquer un passage important de cette chanson, une mise en garde à ses auditeurs :

« Ce qui menace notre horizon,
Ce n’est pas le rouge, mais vraiment le noir ».
Bien évidemment, il convient d’interpréter de la bonne façon ce rouge et ce noir. Il ne s’agit pas du rouge et du noir dont parlait Stendhal, mais du sens de ces couleurs dans le champ politique de l’époque. Je vais « traduire » cette phrase ; Mani Matter dit en substance : « Vous avez peur des « rouges » (socialistes, communistes, syndicalistes et apparentés), mais ce qui nous menace, ce sont les « noirs » (conservateurs, réactionnaires, fascistes…). Un autre élément à considérer est la date de cette chanson : 1970. Le reflux d’après 1968 s’annonce. Je n’en dirai pas plus que la chanson qui n’est pas un traité de réflexion politique.


Alors, il ne nous reste plus qu’à reprendre notre tâche et à tisser tranquillement le linceul de ce vieux monde pusillanime, craintif, frileux et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Il y a des gens qui sans doute jamais
Comme moi ici maintenant ne chanteraient,
Ils ne chanteraient à aucun prix, certes non,
Car ils ont des appréhensions.
Au fond, ils se voient bien plus astucieux
Et ils pensent que c’est un grand malheur pour eux
De sentir toujours sur eux une terrible pression
Car ils ont des appréhensions.

Je le sais, tu sues et ta voix tremble.
Cependant parfois ça va bien, il semble
Et c’est une grande chance, même si nous le nions,
Que nous ayons des appréhensions.

Quelle est la différence entre l’homme et le chimpanzé
Pas l’absence de queue, pas notre peau de bébé,
Pas que nous ne grimpons pas aux arbres, non !
C’est que nous avons des appréhensions.

Nous les hommes, nous nous imaginons différents.
Et s’il passe une jolie fille, à ce moment,
Nous suivons discrètement sa déambulation,
Car nous avons des appréhensions.

Ce qui menace notre horizon,
Ce n’est pas le rouge, mais vraiment le noir
Et ce qui meuble encore notre espoir,
Ce sont nos appréhensions.


dimanche 14 février 2016

HORS D’UNE BOÎTE VIDE

HORS D’UNE BOÎTE VIDE



Version française – HORS D’UNE BOÎTE VIDE – Marco Valdo M.I. – 2016
d’après la version italienne de Riccardo Venturi
d’une chanson en Schwyzertüütsch (Alémanique) – Us emene lääre GygechaschteMani Matter1961




EXIL





Une très étonnante chanson de Mani Matter qui fait écho aux artistes de rues : Juifs fuyant les nazis, réfugiés d’Allemagne ou d’Europe centrale ou des Balkans ou des Tziganes… Gens de partout et de nulle part. Tellement de nulle part qu’il n’y a plus qu’un instrument, un vague costume et un chapeau sans tête, qui n’a peut-être même jamais existé. Grande misère de l’exil.


Elle a comme un lien de parenté avec Le Clown de Gianni Esposito https://www.youtube.com/watch?v=jGwQ6-Xi2W4&gl=BE, dit Lucien l’âne en se dandinant gauchement comme s’il portait des sabots trop grands.


Sans aucun doute, Lucien l’âne mon ami. On pourrait tout aussi bien évoquer Henry Miller et son clown qui meurt avec Le Sourire au pied d’une échelle (1948) (The Smile at the Foot of the Ladder). Cela me renforce dans l’idée que les artistes ont une sensibilité tout à fait particulière quand il s’agit d’évoquer le malheur d’autres artistes. En fait, je pense qu’ils incarnent (comme l’ongle incarné dans l’orteil) dans leur imaginaire le destin détruit et destructeur, réduit et réducteur de l’autre. « Je est un autre », certes, mais la proposition est réversible : « l’autre est je » ; l’étrangeté se mue en similitude. Puisqu’on vit la même étrangeté, « l’autre, c’est moi » est le fondement de l’empathie et de la solidarité. Et de l’humaine nation. Et ce depuis toujours.


Tu devrais étendre ce raisonnement à l’ensemble des espèces ; je t’en serais reconnaissant. Ce qui est d’ailleurs le sens de « la déclaration » . Ceci dit, je vois très bien ce dont tu parles. Moi-même, je ressens toujours très fort les douleurs infligées aux ânes. Et à proprement parler, c’est le résultat de cette forme d’identification à l'autre, aux autres. Ainsi, j’ai la nette conscience que – pour la même raison – s’il existait un Dieu, les ânes le verraient sous forme d’un âne, les serpents le verraient sous la forme d’un serpent, les lézards sous la forme d’un lézard, les anacondas sous la forme d’un anaconda, les fourmis sous la forme d’une fourmi, les lémures sous la forme d’un lémure, les cœlacanthes sous la forme d’un cœlacanthe, les poux sous la forme d’un pou, les choux sous la forme d'un chou, les bactéries sous la forme d’une bactérie, les entérocoques sous la forme d’un entérocoque et ainsi de suite. Tout ceci pour dire que cette identification à l'autre est le fondement de la superbe chanson de Mani Matter. Une dernière remarque : Mani Matter dit que cet artiste a tout perdu à la guerre. Reste à savoir de quelle guerre il s’agit ? En quoi elle consiste ?


Il ne peut s’agir évidemment d’une guerre particulière ou alors, de n’importe quelle guerre particulière, ce qui revient au même. En fait, il s’agit de la Guerre de Cent Mille Ans  et mieux encore, dans toutes ses extensions. L’exil des artistes est évidemment une fuite devant une oppression, une menace, une impossibilité de vivre en tant qu’artiste. Ainsi, tout à l’heure, on parlait d’Henry Miller https://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_Miller qui, précisément, lui aussi a subi comme artiste en exil les effets de cette guerre : « En 1930, Henry Miller décide de quitter les États-Unis pour ne plus y retourner (cette décision est en partie motivée par sa rupture avec June). Il embarque vers l’Europe et s’installe en France , où il vit jusqu’à ce qu’éclate la Deuxième Guerre Mondiale. Ses premières années de bohème à Paris sont misérables ; il doit souvent lutter contre le froid et la faim. Dormant chaque soir sous un porche différent, courant après les repas offerts… » Il sera poursuivi par la justice de son pays (les USA) pendant plus de trente ans en raison de ses écrits.

Jusqu'où nous mène donc cette chanson ?, demande Lucien l'âne.

Dans l’immédiat, nous voici à Big Sur en Californie, dit Marco Valdo M.I. en riant.


Mais il est temps de reprendre notre tâche et de se remettre à tisser le linceul de ce vieux monde censeur, exileur, bannisseur, ostraciste et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Hors d’une boîte vide,
Il a tiré son instrument
Et la boîte a disparu.

Il joue sans archet
Sa chanson sans paroles.
Il porte un buse,
Mais dedans pas de tête.
Pas de cou, pas de corps ;
Pas de bras, pas de jambes,
Car il a tout perdu à la guerre.

Il ne reste que sa chanson,
Même lui n’est plus là ;
Même pas le buse
Qu’il n’a jamais eu.