mercredi 20 janvier 2016

Viva la Vida, Muera la Muerte !

Viva la Vida, Muera la Muerte !


Version française - ! Viva la Vida, Muera la Muerte !- Marco Valdo M.I. – 2008
Chanson italienne - ! Viva la Vida, Muera la Muerte ! - Modena City Ramblers








« ...C'est seulement en se mettant en jeu pour améliorer un peu la vie qu'on réussira à « défaire » la mort. ! Viva la Vida, Muera la Muerte! Est la phrase avec laquelle les représentants des communautés zapatistes du Chiapas concluent leurs discours de bienvenue aux hôtes qu’ils considèrent comme des amis. »



C’est ton temps, faut pas le laisser
Un vent qui passe et qui ne reviendra jamais.
Cours vite, sans hésiter.
Ne regarde pas en arrière le temps qui s'en va
C'est ton temps, il se tient au fond de ton cœur
Il bat avec ton sang et cours fort dans tes veines
C'est ta respiration, ne le méprise pas.
Il brûle en un regret, si tu te perds à attendre
Des politiciens, des gens qui se taisent.
Des temps de guerre, mais en temps de paix.
Temps modernes à consommer.
Suis le rythme maintenant, c'est le temps de sauter !


Viva la vida, muera la muerte !
Viva la vida, muera la muerte !
Que viva, la vida !
Il n'est plus temps de se lamenter
Et d'appeler publiques les affaires privées.
Ce n'est plus le temps des modérés
Toujours à l'arrêt au centre, sans volonté de changer
Des politiciens, des gens qui se taisent
Des temps de guerre, mais en temps de paix
Des songes précaires à consommer
Suis à présent le rythme, c'est le temps de sauter !
Viva la vida, muera la muerte !
Viva la vida, muera la muerte !
Que viva, la vida !




Telle est la Question


Telle est la Question


Chanson française – Telle est la Question – Marco Valdo M.I. – 2016

Ulenspiegel le Gueux – 22

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel – I, LXXVIII)

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :
Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.
Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

La Question est, je le rappelle, cette méthode d’interrogatoire musclé, brutal et souvent, assassin qui avait été formalisée par l’Inquisition.




Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la vingt et unième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les vingt et une premières étaient, je te le rappelle :

01 Katheline la bonne sorcière [[50627]] (Ulenspiegel – I, I)
02 Till et Philippe [[50640]](Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)
03. La Guenon Hérétique [[50656]](Ulenspiegel – I, XXII)
04. Gand, la Dame [[50666]](Ulenspiegel – I, XXVIII)
05. Coupez les pieds ! [[50687]](Ulenspiegel – I, XXX)
06. Exil de Till [[50704]](Ulenspiegel – I, XXXII)
07. En ce temps-là, Till [[50772]](Ulenspiegel – I, XXXIV)
08. Katheline suppliciée [[50801]](Ulenspiegel – I, XXXVIII)
09. Till, le roi Philippe et l’âne [[50826]](Ulenspiegel – I, XXXIX)
10. La Cigogne et la Prostituée [[50862]](Ulenspiegel – I, LI)
11. Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! [[50880]](Ulenspiegel – I, LII)
13. Indulgence [[51015]] (Ulenspiegel – I, LIV)
14. Jef, l’âne du diable [[51076]] (Ulenspiegel – I, LVII)
15. Vois-tu jusque Bruxelles ? [[51124]] (Ulenspiegel – I, LVIII)
16. Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection [[51150]] (Ulenspiegel – I, LXVIII)
17. Hérétique le Bonhomme [[51196]] (Ulenspiegel – I, LXIX)
18. Procès et condamnation [[51215]] (Ulenspiegel – I, LXIX)
19. La Mort de Claes, le charbonnier [[51256]] (Ulenspiegel – I, LXXIV)
20. Le Talisman rouge et noir [[51272]] (Ulenspiegel – I, LXXV)
21. La Vente à l’encan [[51310]] (Ulenspiegel – I, LXXVI)


Mon cher ami Lucien Lane, je m’en vas faire une chose que je ne fais jamais habituellement…

Ah ! Et laquelle ? Je suis bien curieux de l’apprendre…

Oh, ne t’attends pas à quelque chose de très extraordinaire. Je vais tout simplement résumer les épisodes précédents pour – en quelque sorte faire le point dans cette longue histoire de Till le Gueux. On a commencé fort logiquement, comme dans Tristram Shandy, du moins comme ç’aurait dû être dans Tristram Shandy, par la naissance de Till et celle concomitante de Philippe, le fils de Charles-Quint. Ce qui avait son importance vu que le récit est justement bâti sur l’opposition de ces deux personnages : Till, l’enfant de gens pauvres et le fils d’un Empereur, Philippe, qui lui-même régnera sur un véritable empire intercontinental. Ce sont là, les deux premières chansons.

De cela, je me souviens fort bien, dit Lucien Lane. Mais ensuite ?

Ensuite, il y a trois chansons qui sont consacrées à Philippe et à ses cruautés et ses exactions.

De cela aussi, je me souviens. Et puis ?

Et puis, viens la condamnation de Till à un exil de trois ans et à l’obligation qui lui est faire d’aller quérir la bénédiction papale. Ce qui le conduit à Rome et l’entraîne à mille aventures, dont celles qu’il partage avec Jef, l’âne du Diable. Du côté de Philippe, on assiste à l’abdication de Charles-Quint et à l’accession de Philippe au trône d’Espagne, notamment. Enfin, il y a ce moment grandiose où Till fait un miracle en faisant renaître le chien mort.

Nul besoin d’être grand clerc pour comprendre l’ironie de cette résurrection. Et vu le climat de l’époque, j’ai même l’impression que Till jouait là avec le feu.

Certes et la dame l’eût-elle dénoncé à l’Inquisiteur qu’il eût illico fini sur un bûcher. Les chansons suivantes, les quatre dernières sont plus noires et entrent comme qui dirait dans le vif du sujet, touchant directement au thème fondamental de l’histoire de Till le Gueux en racontant l’oppression religieuse à l’encontre de ces hérétiques que l’Église poursuit, fait torturer, condamner et exécuter de diverses manières. Mais, voici le point important : ce qu’on découvre tout doucement dans cette histoire, c’est la lutte pour la liberté de conscience et son prolongement logique, la liberté de pensée. Tel est le sens de toute cette saga, comme on pourra le découvrir au fur et à mesure de son déroulement. En somme, c’est l’affrontement entre d’un côté, les femmes et les hommes libres ou entrain de se libérer et la religion, quelle qu’elle soit, car toute religion finit par condamner et vouloir éliminer – au besoin physiquement – ceux qui mettent à mal son fondement, sauf pour elle de renoncer à tout dogme et à toute prééminence de la croyance et de la foi sur la raison et sur les faits.

Serait-ce donc, Marco Valdo M.I. mon ami, que cette histoire du XVIᵉ siècle qui s’en prend à la religion catholique, vaudrait aussi pour les autres religions, y compris celles d’aujourd’hui ?

Bien entendu. C’était le projet de Charles De Coster il y a 150 ans, c’est le nôtre aujourd’hui de mettre en accusation toutes les religions : les religions du Livre (juive, chrétienne, musulmane) comme toutes les autres, y compris les religions athées ou laïques. En fait, les religions (avec ou sans Dieux, avec ou sans Églises) sont des acteurs majeurs dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux faibles. Dans cette guerre, elles sont soit directement le pouvoir, soit les instruments du pouvoir, soit les alliés du pouvoir et quoi qu’elles disent ou racontent, elles sont toujours dans le camp des riches et des puissants, à de très rares exceptions près, lesquelles ont toujours été très minoritaires et déconsidérées ou persécutées par l'establishment.

Il te reste à me dire quelques mots de la chanson qui porte un titre si shakespearien.

Le titre « Telle est la question » est en effet tiré d’une réplique du monologue d’Hamlet, mais c’est aussi une interpellation ironique, car en fait de question, il s’agit de la torture que l’on va infliger à Till et à sa mère Soetkin, pour les obliger à révéler où sont cachés les 700 carolus que le Messager avait apportés à Claes, le charbonnier, de la part de son frère Josse, déjà brûlé sur le bûcher. Un terrible héritage. La Question est, je te le rappelle, cette méthode d’interrogatoire musclé, brutal et souvent, assassin qui avait été formalisée par l’Inquisition. Comme on les supplicie l’un en face de l’autre (supposant que de voir souffrir l’un sa mère, l’autre son fils, les amèneraient à céder) avec des tas de raffinements atroces (dont je t’épargne le détail), ils vont – tout au contraire – s’encourager et s’affermir mutuellement par la formule : « Le poissonnier, haine et force ! » et malgré la dureté des souffrances, ni l’une ni l’autre, ni la mère, ni le fils ne vont craquer. Et comme le conclut la chanson, ils sont finalement libérés ; quant au poissonnier, il n’aura rien et en sera fort dépité.

Voilà une fin bien morale. Dis-moi donc la chanson et ensuite, reprenons notre tâche et tissons, comme Till et les hérétiques tenants de la liberté de pensée, le linceul de ce vieux monde religieux, trop religieux, croyant, crédule et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Le matin à dix heures
On emmène Till et sa mère
À la grange de torture
Pour leur faire grande douleur.

Il y a le bailli, les échevins, le greffier,
Le bourreau, son valet et un chirurgien-barbier.
De moi, vous ne pourrez rien obtenir.
Je n’ai rien, dit-elle, je ne peux rien détenir.

Till parle sans ambages
Des sept cents carolus de l’héritage.
Mais, dit Till, le voyageur est reparti
Et les carolus sont partis avec lui.

Avouez, avouez le recel et vous serez pardonnés.
Qui n’avoue pas doit subir la Question.
Prenez-moi à sa place, messires ! Pas question !
C’est mensonge et médisance de poissonnier.

Le bourreau prépare les outils de vérité.
Il faut commencer par la femme,
Le fils ne pourra le supporter.
Le poissonnier, haine et force !

On met les baguettes aux mains ;
On met les baguettes aux pieds.
On serre pour faire parler.
On brise les mains, les pieds, en vain.

Les os craquent, le sang coule.
La femme résiste. Haine et force !
Torturez donc son fils maintenant !
Réveillez-la, qu’elle voie son enfant souffrant !

Malgré les baguettes et le feu sous les pieds,
Mère et fils n’ont rien avoué.
Les juges les déclarent libres et libérés.
Le poissonnier est fort dépité. 

lundi 18 janvier 2016

LA TRÊVE DE NOËL

LA TRÊVE DE NOËL

Version française – LA TRÊVE DE NOËL – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson italienne – La tregua di NataleWu Ming Contingent – 2015



Pauvres choses, comme était pauvre notre Noël,
Et pauvres, nous étions dans cette guerre de riches.

Juste deux mots à propos de cette peinture d'Oskar Kokoschka qui représente un village de l'Isonzo au travers duquel passe la tranchée entre les Autrichiens et les Italiens. Kokoschka fit cette peinture en 1916 quand il combattait dans ce village – côté autrichien; il faillit y être tué; la chapelle, prise dans le même bombardement, n'en réchappa pas.. 






La tregua di Natale (La trêve de Noël) est le premier morceau (se dit encore individuel ?) de l’album Schegge de shrapnel (Éclats d'obus).


Le texte est tiré de l’interview d’un rescapé cameranese (du village de Camerano, près d’Ancona) de la Grande Guerre, recueillie il y a maintenant trente ans par Alberto Recanatini et publiée dans le volume Di che brigata sei? La mia ha i colori di Camerano… (Camerano, 1994).

À ce qu’il paraît, il ne s’agissait pas d’un individu « contraire à la guerre », ni d’un antimilitariste convaincu. Ceci, selon nous, augmente le sens de sa stupeur face à une trêve spontanée, décidée grâce à des regards d’entente, des mots bredouillés au hasard et des lancements de cadeaux dans les tranchées opposées. Le témoignage a une valeur particulière, car il n’y a pas beaucoup de documents qui parlent des « trêves Noël » sur le front d’italien (ici sommes proches de Kambreško, dans la haute vallée d’Isonzo), alors que bien davantage a été écrit et chanté autour du Christmas Truce entre les Allemands et les Britanniques, dans les Flandres, à l’occasion de Noël 1914 (celle ici décrite se déroule deux ans après).

« 
Des épisodes isolés, vite effacés par la violence de la guerre, de brefs instants qui toutefois suffirent à faire crouler une perception abstraite de lennemi proposée par la propagande : les Autrichiens se révélaient également déchirés, accablés et fatigués, ils nourrissaient le même désir de paix et de repos. Auprès de la sensation de partager avec les soldats ennemis les mêmes conditions de vie et le même destin, affleure parfois une perception plus profonde : s’il avait été possible de s’arrêter sur ces sentiments de partage, si de l’ennemi, on avait entendu la voix, ou aperçu le visage, si on en avait connu les sentiments, l’agression n’aurait pas été plus possible. »
(B. Bianchi, La follia e la fuga. Nevrosi di guerra, diserzione e disobbedienza nell’esercito italiano (1915 – 1918)
[La folie et la fuite. Névroses de guerre, désertion et désobéissance dans l'armée italienne (1915-1918)] (Roma, Bulzoni, 2001), pp. 353-354)



Sans qu’on s’en aperçoive, Noël arriva ;
Un matin quelqu’un dit étonné « Aujourd’hui, c’est Noël ».
Au long de la tranchée, la nouvelle courut de bouche à oreille.
Elle étonna si fort le cœur endurci de tous les gars
Que l’envie de tirer nous manqua ce jour-là

Les Hongrois n’attaquaient pas ;
Quelqu’un commença à chanter, d’abord à mi-voix
Mais peu après, elle remplit toute la vallée.
Un objet tomba dans notre tranchée
On pensait que c’était une bombe à retard
Mais c’était seulement un paquet de cigares

On répondait d’un lancer de chocolat
Quelqu’un sortait la tête du parapet
Et les tireurs ne tiraient pas !
Les visages de quelques Hongrois apparaissaient ;
De timides mots en italien sans sens, qu’ils disaient.

On se tendait les mains,
Les officiers laissaient faire,
Bouleversés eux aussi par ce climat irréel et humain
Pour une tranchée dans cette seconde année de guerre.
On rivalisait pour s’échanger quelque chose,
Un peu de vin, des fruits secs, des galettes.

Pauvres choses, comme était pauvre notre Noël,
Et pauvres, nous étions dans cette guerre de riches.
La trêve dura jusqu’au soir ; on nous déplaça dès le lendemain,
En affectant à un autre secteur notre brigade.
Par la suite, on sut que le commandement autrichien avait fait pareil… et il faisait bien,
Car jamais plus, nous ne nous serions tirés dessus, c’est certain.
Après cette trêve de Noël ! ! !