samedi 25 juillet 2015

L'âne et l'orang-outan

L'âne et l'orang-outan

Chanson française – L'âne et l'orang-outan – Marco Valdo M.I. – 2015


Quoi ? Quoi ? L'orang-outan,

Vous ne le connaissez-pas ?
L'orang-outan est un être vivant,
Une personne comme vous et moi.
Vive l'orang-outan et sa guenon !


Lucien l'âne mon ami, je crains bien que tu vas être ravi, car je viens de finir une chanson dont tu es un des protagonistes et dont tu es également le conteur. Une chanson qui est tombée des nuages gris de cet après-midi.


Quoi, quoi, quoi ? Que dis-tu ? Que dis-tu Marco Valdo M.I. mon ami ? Je ne comprends rien à tes propos. Je serais le personnage de ta chanson…


Non seulement le personnage, mais en quelque sorte son inspirateur, car je suis parti du commentaire que tu fis récemment à la chanson de Gilles, L'Homme et le Singe . Cependant comme personnage, tu n'es pas le seul ; le principal intéressé est un orang-outan, un de tes amis dont on a voulu faire un militaire et ce singe, personnage intelligent, n'aime pas ça. Enfin, voici comment les choses se passent dans la chanson : un petit groupe de soldats arrivent en ville ; vous (toi et l'orang-outan) vous les interpellez et les soldats répondent :
« Nous allons de ce pas
Une, deux, trois !
Démontrer sur l'heure 
Que la raison du plus fort est toujours la meilleure ! »


On imagine bien comment va se faire pareille démonstration. De fait, c'est le fondement-même de la Guerre de Cent Mille Ans et de toutes les guerres et comme tu l'as si bien montré récemment, le fondement de la politique, lorsque tu évoquais Clausewitz inversé en disant : « La politique est la poursuite de la guerre par d'autres moyens. » Et je compléterais volontiers en ajoutant : « La paix est la poursuite de la guerre par d'autres moyens... ». Mais, dis-moi, il me semble bien déjà avoir entendu certains passages de ta chanson ou en tous cas, j'y vois de jolies allusions : ces « autres soldats qui cherchent Lola » et surtout, évidemment, ce Gare aux gorilles… C'est évidemment fort amusant.


Oui, ce Gare aux Gorilles renvoie très directement au Gare au Gorille de Georges Brassens et à toutes les versions qui en ont été données en d'autres langues. Mais enfin, il n'y a que du plaisir à s'inspirer d'un tel maître es paroles. Quant à ces soldats à la recherche de Lola, il te faudra aller chercher chez Léo Ferré chantant Aragon : Est-ce ainsi que les hommes vivent ?  À mes yeux, il n'y a rien là que de très normal et il faut considérer ces allusions comme d'incontestables coups de chapeau aux vers originaux. Et puis, nous sommes en bonnes compagnies, car Michel de Montaigne n'y rechignait pas.

Laissons cela et reprenons notre tâche et remettons nous à tisser le linceul de ce vieux monde militaire, fort en guerres, méprisant, méprisable et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Soldats, ô beaux soldats,
Qu'allez-vous faire là-bas ?
Nous allons de ce pas
Une, deux, trois !
Démontrer sur l'heure 
Que la raison du plus fort est toujours la meilleure !
Ainsi parlaient ces soldats-là.

Ce singe-là est un entêté
Je connais ses opinions.
Il m'en a souvent parlé
Je les tairai par discrétion.
Vive l'orang-outan et sa guenon !

Je ne vous en dirai rien.
C'est bien le moins pour un bon citoyen.
Cependant, je vous laisse deviner
Combien en son âme, il est révolté.
Vive l'orang-outan et sa guenon !

Soldats, ô beaux soldats,
Qu'allez-vous faire là-bas ?
Nous allons de ce pas
Une, deux, trois !
Démontrer sur l'heure 
Que la raison du plus fort est toujours la meilleure !
Ainsi parlaient ces soldats-là.

Quoi ? Quoi ? L'orang-outan,
Vous ne le connaissez-pas ?
L'orang-outan est un être vivant,
Une personne comme vous et moi.
Vive l'orang-outan et sa guenon !

Âne de raison, de toutes les façons,
On ne peut me confondre avec l'orang-outan,
Animal aimable avec qui personnellement,
J'entretiens d'excellentes relations.
Vive l'orang-outan et sa guenon !

Soldats, ô beaux soldats,
Qu'allez-vous faire là-bas ?
Nous allons de ce pas
Une, deux, trois !
Démontrer sur l'heure 
Que la raison du plus fort est toujours la meilleure !
Ainsi parlaient ces soldats-là.

L'orang-outan considère le militaire,
Le militaire habillé en soldat.
Il le tient pour un cerbère,
Et il ne lui parle pas.
Vive l'orang-outan et sa guenon !

Et moi, qui fréquente les orangs-outans
Moi, je vous le dis, je partage entièrement
Et de tout mon cœur, leur cri vengeur :
Vive les objecteurs, vive les déserteurs.
Vive l'orang-outan et sa guenon !

Soldats, ô beaux soldats,
Qu'allez-vous faire là-bas ?
Nous allons de ce pas
Une, deux, trois !
Démontrer sur l'heure 
Que la raison du plus fort est toujours la meilleure !
Ainsi parlaient ces soldats-là.

Il est d'autres soldats en ville
Des soldats habillés en civil
Qui vont par-ci, qui vont par-là
À la rencontre de Lola.

L'armée, ah, l'armée
Avec tous ces soldats
Gare aux gorilles et aux orangs-outans !
L'armée, ah, l'armée
Avec tous ces soldats…
Gare aux gorilles et aux orangs-outans !
Gare aux gorilles
Et aux orangs-outans !
Gare aux gorilles
Et aux orangs-outans !



jeudi 23 juillet 2015

CHAIR À CANON

CHAIR À CANON


Version française – CHAIR À CANON – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Carne da cannone - Casa Del Vento - 2001 



Bienvenus dans la tranchée où l'absurde massacre animal est perpétré.


Ainsi s'appelaient les soldats envoyés à mourir dans les tranchées lors de la Première Guerre Mondiale. Une chanson antimilitariste, sur les gars, fils de pauvres gens, un non grand et ferme contre la guerre.


Dans ma rue, deux noms et deux fleurs ont un désir :
Oublier la traînée de l'injustice, faire naître une nouvelle pensée.
Chair à canon nous sommes, l'armée des manipulés
Sous l'effet de la grandeur des baratineurs bien entraînés.
Pour satisfaire l'envie des grands de conquérir sans retenue,
Nous avons souillé le champ de rouge et usé tout compromis.
Ils nous ont vendu pain et promesses en première ligne avec leur faux idéal,
Chaque fois envoyés au feu, abattus à peu à peu.
Je ne serai pas au rendez-vous.
Ils peuvent toujours appeler mon nom.
Je ne serai complice de personne.
Je ne serai pas chair à canon.
Les siècles sont passés
Des gars tués sans raison.
Pour des gouvernants sans conscience,
Nous sommes chair à canon.

La justice des puissants nous a volé le printemps
Sans se soucier de notre tristesse, de notre peur et de notre misère.
Et le peuple de Dieu a stipulé un tacite accord
Que pour chaque contrat de foi soit contemplé un soldat mort.

Bienvenus dans la tranchée où l'absurde massacre animal est perpétré.
Ils m'ont décrit l'ennemi comme un mauvais fétiche à trucider.
Mais je l'ai vu lutter dans la boue pour survivre et désespérer ;
Il avait deux yeux, deux bras, deux jambes, la même bouche pour parler.

Je ne serai pas au rendez-vous.
Ils peuvent toujours appeler mon nom.
Je ne serai complice de personne.
Je ne serai pas chair à canon.
Les siècles sont passés
Des gars tués sans raison.
Pour des gouvernants sans conscience,
Nous sommes chair à canon.

On peut nous voir voler en l'air avec peu d’envie de pardonner
Millions de voix en un grand cri, chanter dans le vent on peut nous entendre.
Le fleuve est grand, le fleuve est rouge, il tache la terre comme l'encre,
Tache la terre jusqu'à une mer emplie de voix à écouter.

Frappe la terre avec un bâton, ils peuvent toujours appeler mon nom
Frappe la terre avec un bâton, chair à canon.

QUI ARRÊTERA LA SOUTANE

QUI ARRÊTERA LA SOUTANE

Version française – Qui arrêtera la soutane – Marco Valdo M.I. – 2009
Chanson italienne – Chi fermerà la tonacca – Riccardo Scocciante – 2009




Si chrétiens, si croyants
Qu'ils lyncheraient les mécréants






Imprévisible Riccardo Scocciante ! Ce soir, plutôt, cette nuit, il dégaina finalement son romanesque (à dire vrai assez macaronique, mais néanmoins louable par son intention) et il nous fournit sa vision particulière de l'Itaglie d'aujourd'hui, pays d'autant plus pourri et rempli de lyncheurs de quartier en puissance que la longa et pelosa manus (la longue main velue) d'une église catholique totalement engagée à restaurer son pouvoir temporel s'étend sur tous les aspects de notre vie quotidienne. Certes notre Scocciantello, pour parler de ces graves et pressants sujets, aurait pu, bof, prendre un chant plus adapté à une telle réélaboration : un beau grégorien, une émouvante chanson de frère Giuseppe Cionfoli (le père Duval italien), ou mieux encore l'indicatif de quelque connerie fiction à base de prêtres et de policiers (les piliers de la société !); au contraire, il a choisi la vieille mais encore déchaînée chanson des Pooh, Qui arrêtera la musique. Allez comprendre ! [CCG/AWS Staff]


La question ou l'affirmation (c'est pire!) de Riccardo Scocciante est tout à fait d'actualité : qui arrêtera la soutane et ses sbires et si l'atmosphère de l'Itaglie est (elle l'a souvent été, mais la maladie revient) saturée d'eau bénite, si les joyeux chrétiens retrouvent leurs réflexes moyen-âgeux et leurs goûts de bûchers, si le Big Brother du micro-Etat s'autogénère et se duplique en un César souriant des écrans (Sir Sourire, Mister Cheese...), si la soutane recommence à poursuivre les gens jusque dans leurs lits.... Alors, en effet, il vaut mieux s'en aller vivre sur la Cordillère.
Hier, dans nos pays, on criait « À bas la Calotte ! » et on avait raison. Aujourd'hui, il faudra crier « À bas la Soutane ! » et ce sera très bien. Cependant, prenons garde à ne pas aller trop loin car si hier, en faisant tomber la calotte, on découvrait des crânes chenus; aujourd'hui, en faisant tomber la soutane, on découvrira de tristes culs !
Heureusement, certains et Riccardo Scocciante doit en être, partagent avec Marco Valdo M.I. un solide penchant pour la liberté (et notamment celle de conscience) et de ce fait entendent : NE JAMAIS SE SOUMETTRE.
Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.


À présent, on sanctifie
Et à la place de l'atmosphère
On installe le distributeur d'eau bénite.
Que de morale, encore ce soir
dispensée à coups d'arrosoirs
Par ceux qui applaudissent les supersoniques
Qui bombardent en musique.

Joyeux printemps
À ce pays de braaaves gens
Si chrétiens, si croyants
Qu'ils lyncheraient les mécréants
Pour ensuite regarder le Big Brother
Et allumeraient un feu d'enfer
Pour les Roms, au nom de Dieu
Avec les petits saints de Padre Pio.

Qui arrêtera la soutane,
L'air devient ecclésiastique
L'homme se domestique
Par la peur de la mort
Chaque dimanche.
Qui arrêtera la soutane,
Ceux qui ne s'inquiètent de rien,
Ceux qui massacrent
À coups de hardis et de paradis
Tandis qu'ici il n'y a plus de sourire.

J'étais barricadé
Dans mon lit avec la femme d'untel
Où aucun cardinal zélé ne te bouscule,
On ne peut malheureusement pas forniquer tranquille !
Le soir, il n'y a même pas moyen d'être en paix
À la télé, il n'y a que des flics et des prêtres
On les invite même à commenter le goal.

Qui arrêtera la soutane.
L'air se fait méphitique,
L'homme se domestique
Par la peur de la mort
Chaque dimanche.
Qui arrêtera la soutane,
Ceux qui ne s'inquiètent de rien,
Ceux qui massacrent
À coups de hardis et de paradis
Tandis qu'ici il n'y a plus de sourire.

Joyeux printemps
Dans ce pays de galère.
On ne respire pas,
Mieux vaut s'en aller sur la Cordillère

mercredi 22 juillet 2015

COLTAN

COLTAN

Version française – COLTAN – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – ColtanAndrea Sigona – 2015




Poussière sur poussière
Faim comme faim
Noir comme le démon
Noir comme goudron


Lucien l'âne mon ami, avant d'aborder la chanson elle-même, je te ferai remarquer que c'est la première fois que nous entrons dans le labyrinthe des CCG par le portail en français… Comme tu sais, antérieurement, il nous fallait passer par l'italien… Certes, cela ne nous gênait nullement, mais ce devait être un fameux obstacle pour bien des locuteurs de langue française…



Il me semble à moi aussi… C'est donc un jour à marquer d'une pierre blanche...



Et pas noire, en tous cas, comme tu vas le voir avec la chanson sur le coltan. Une étrange chanson pour laquelle il te faudra, Lucien l'âne mon ami, ouvrir grand ta machine à penser, ton cerveau. Car il y a derrière elle des implications qui ne se distinguent pas à première vue. En bref, il s'agit de répondre à deux questions : qu'est-ce que le coltan et que vient-il faire ici dans les chansons contre la guerre ?



Pour ce qui est du coltan, je sais bien de quoi il s'agit ; j'en ai assez porté sur mon dos. Je t'accorde que c'était il y a longtemps et que peut-être était-ce un autre minerai que la colombite-tantale ; en tous cas, un de ces minerais noirs , mais d'un noir qu'on aurait cru mes sabots ou un bloc d'encre de Chine. Bref, des cailloux noirs tirés d'un sol noir…



Généralement, par des Noirs… C'est bien lui et ses mines se situent principalement au Congo. On dit que c'est un minerai stratégique… C'est tout dire. Un minerai stratégique a cette particularité de déclencher des luttes terribles pour sa possession. Et c'est bien ce qui se passe encore aujourd'hui avec le coltan. On raconte que la guerre ou les guerres qui se déroulent pour lui auraient fait la bagatelle de six millions de morts, sans compter les morts-vivants que sont ceux qu'il a blessés et ceux qui encore y perdent leur vie au travail. Telle est en gros la raison de sa présence ici dans les Chansons contre la Guerre. Il y a toute une littérature à ce sujet… Je t'y renvoie en commençant par l'article Coltan dans wiki ou par un article sur le sujet, tel que Le massacre d’un peuple pour le « bonheur » du monde (http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/rd-congo-le-massacre-d-un-peuple-139469).



En résumé, c'est un nouvel épisode de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour les obliger à générer des profits, afin d'accroître leurs richesses encore et encore jusqu'à ce que mort s'ensuive – celle des autres, bien entendu.



Cependant, Lucien l'âne mon ami, cette chanson a un autre aspect que je t'invite à découvrir et c'est le fait que le protagoniste de la chanson, celui qui nous parle au travers de la chanson, c'est le coltan lui-même… On pourrait même l'appeler « Lamentation du coltan »… Du moins, c'est ainsi que je la comprends et que j'en ai fait la version en langue française.






Je m'en vais de ce pas vérifier ce que tu me racontes e et puis, ensemble, reprenons nos habitudes et tissons le linceul de ce vieux monde exploiteur, profiteur, assassin, extorqueur et cacochyme.






Heureusement !






Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane







Moi qui n'ai jamais vu le soleil
Au-delà de la chaleur et ses pierres
Moi qui n'ai jamais vu la mer
Avec toute sa soif
Moi qui n'ai jamais vu l'ombre
Car l'ombre a ses contours
Moi qui n'ai jamais vu l'aube
Et la saison des souvenirs


Poussière sur poussière
Noire comme le noir
Pour deux sachets d'or
La paye l'étranger


Moi qui n'ai jamais vu des yeux
La couleur du coucher de soleil
Moi qui n'ai jamais vu un baiser
Le secret de son visage
Et cette terre est dure
Aucune fleur n'est jamais arrivée
Des mains comme des pales au vent
De quel ventre suis-je jamais né


Poussière sur poussière
Faim comme faim
Noir comme le démon
Noir comme goudron


Moi qui n'ai jamais vu la lumière
Aucun ciel sans une chambre
Maudites multinationales
Qui ont éteint mon espoir
Moi qui n'ai jamais vu le soleil
Au-delà de la chaleur et ses pierres
Moi qui n'ai jamais vu la mer
Avec toute sa soif

Poussière sur poussière
Terre sans eau et grain
Si pouvaient suffire deux notes






samedi 18 juillet 2015

La Moribonde


La Moribonde

Chanson de langue française – La Moribonde – Marco Valdo M.I. – 2015
Parodie de la chanson – Le Moribond – Jacques Brel – 1961 – Jacques Brel – 1961





Adieu Berlin, je ne t'aimais pas bien.
Adieu Berlin, je ne t'aimais pas bien, tu sais.
J'en crève de crever aujourd'hui
Alors que toi, tu es bien vivant
Et plus solide que l'ennui.







Je vois, Marco Valdo M.I. mon ami, à son titre que ta chanson raconte des choses terribles et que c'est une femme ou une personne féminine qui en est la protagoniste. Et, comme je connais assez bien le répertoire de Jacques Brel, j'imagine que cette moribonde parle de sa fin, de sa disparition et de son enterrement. Je pense bien en outre qu'elle entend régler ses comptes avant de s'en aller. Mais, dis-moi, qui est-elle, cette moribonde ?


D’abord, Lucien l'âne mon ami, tu as raison, c'est bien une parodie… Tu connais mon goût et celui de la chanson populaire pour les parodies… Donc, c'est une parodie d'une chanson du Grand Jacques, comme on l'appelle ici chez nous. Une parodie du moribond… Chez Brel, elle raconte l'histoire d'un homme qui se sent partir dans le néant et qui, en effet, comme tu l'as bien dit, règle ses comptes avec son entourage : son ami, le curé, l'amant de sa femme et sa femme. Il leur dit leurs quatre vérités. Par ailleurs, c'est un mourant dont on ne dit jamais le nom dans la chanson, une sorte de figure anonyme et générale : « Le » moribond, un personnage de la grande comédie humaine. Mais ce n'est pas du tout le cas dans ma chanson. La moribonde, même si on ne dit jamais son nom, il est aisé de savoir de qui il s'agit. Il s'agit tout simplement de l'Europe en train de mourir. À ce sujet, nous ne sommes pas les seuls à le penser ; j'en tiens pour exemple la revue italienne Micro-Mega et son article de tête : « La pagnotta del Quarto Reich. Luglio 2015: il mese che ha riaperto la questione tedesca » [http://temi.repubblica.it/micromega-online/la-pagnotta-del-quarto-reich-luglio-2015-il-mese-che-ha-riaperto-la-questione-tedesca/]



L'Europe en train de mourir ? En voilà une histoire. Ainsi, tu joues ton Bossuet… « L'Europe se meurt, l'Europe est morte » aurait d'ailleurs pu être une autre parodie.


C'eût pu et cela sera peut-être, si j'ai le temps… Ce serait pas mal de reprendre l'oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre telle que la fit l'Aigle de Meaux en 1670. Pas tout, ce serait un immense pensum ; cependant cet extrait me paraît s'y prêter :
« O nuit désastreuse! ô nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle: Madame se meurt, Madame est morte! Qui de nous ne se sentit frappé à ce coup, comme si quelque tragique accident avait désolé sa famille? Au premier bruit d'un mal si étrange, on accourut à Saint-Cloud de toutes parts; on trouve tout consterné, excepté le cœur de cette princesse. Partout on entend des cris, partout on voit la douleur et le désespoir, et l'image de la mort. Le roi, la reine, Monsieur, toute la cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré, et il me semble que je vois l'accomplissement de cette parole du prophète: Le roi pleurera, le prince sera désolé, et les mains tomberont au peuple, de douleur et d'étonnement. »
Mais ce n'est pas cela en ce qui tient à la chanson. On serait plus proche pour en rester aux classiques du laboureur et ses enfants de La Fontaine :
« Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins... ».
Bref, en ce beau matin de juillet, l'Europe se réveille moribonde et s'adresse à quelques-uns des États qui la composent (mais l'avertissement vaut pour tous : REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS, ILS VOUS LE FERONT DEMAIN) et les interpellant du nom de leur capitale. Elle plaint la Grèce de son destin d'esclave, elle reproche à la France son inertie, elle annonce à Bruxelles la fin de son rôle de capitale européenne et enfin, elle dit à Berlin, qu'elle se meurt de ce que l'État allemand poursuit le rêve d'Otto von Bismarck, c'est-à-dire la conquête par n'importe quel moyen de tout le continent.


Eh bien, on n'a pas fini de rire, dit Lucien l'âne en frémissant de toute son échine et en relevant tel un plumeau sa queue vengeresse. Par ailleurs, tu as raison de dire par n'importe quel moyen… pour l'instant, ils ne sont pas militaires, mais il est vrai que – tant qu'on acceptera ces soi-disant contraintes budgétaires, dettes et autres fariboles financières – les capitaux suffiront à étrangler les gens ; le mécanisme est simple : je te prête de l'argent pour que tu achètes mes produits ; je te pousse à la surconsommation ; puis, comme tu ne peux plus faire face aux échéances, je t'étrangle et je te saisis tout à vil prix. En fait, on traitait déjà ce point dans tes Histoires d'Allemagne [[45577]]

« Avec la même insouciance moutonnière
Des troupeaux qu'on mène à l'abattoir
Marche maintenant l'Europe entière
Accomplissant le rêve d'Otto ou plutôt, son cauchemar. »


Heureusement, on peut encore penser que Don Quichotte [[41719]], Rossinante, Sancho, le plat à barbe et moi-même l'âne, pourrons faire obstacle à la PanzerKommission…
« Votre Grande Europe n'est pas notre destin.
Faibles, pauvres, nous sommes l'Europe de demain. 
»
Pour le reste, reprenons notre tâche et tissons contre vents et marées le linceul de ce vieux monde hanté par les fantômes, caporalisé, dressé, tétanisé et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Adieu Athènes, je t’aimais bien.
Adieu Athènes, je t'aimais bien, tu sais.
J'ai mangé, j'ai bu tous tes vins ;
J'ai fait danser toutes tes filles ;
J'ai conduit à la ruine ta famille.
Adieu Athènes, je vais mourir, tu sais.
C'est dur de mourir au printemps
Mais je pars aux fleurs désespérée,
Car vu que tu es à genoux maintenant,
Je sais qu'ils te prendront même tes musées.

Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Je veux qu'on s'amuse comme des fous,
Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Quand c'est qu'on me mettra dans le trou !

Adieu Paris, je t’aimais bien.
Adieu Paris, je t'aimais bien, tu sais.
Tu aurais dû virer de bord,
Tu aurais dû changer de chemin,
Mais tu n'as pas quitté ton port.
Adieu Paris, je vais mourir tu sais.
C'est dur de mourir à l'été,
J'en crève de crever à présent,
Alors que toi, tu perds ton temps.
Je sais qu'ils viendront au printemps

Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Je veux qu'on s'amuse comme des fous,
Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Quand c'est qu'on me mettra dans le trou !


Adieu Bruxelles, je t'aimais bien.
Adieu Bruxelles, je t'aimais bien, tu sais.
Moi je prends le train pour le néant,
Tu prendras le train après le mien,
Mais on prend tous un train suivant.
Adieu Bruxelles, je vais mourir,
C'est dur de mourir à l'automne, tu sais,
Mais je pars aux fleurs sans hésiter
Car vu ce que je t'ai donné jusqu'à présent
Je sais que tu pleureras le bon vieux temps.

Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Je veux qu'on s'amuse comme des fous,
Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Quand c'est qu'on me mettra dans le trou !


Adieu Berlin, je ne t'aimais pas bien.
Adieu Berlin, je ne t'aimais pas bien, tu sais.
J'en crève de crever aujourd'hui
Alors que toi, tu es bien vivant
Et plus solide que l'ennui.
Adieu Berlin, je vais mourir,
C'est dur de mourir en hiver, tu sais,
Mais je pars aux fleurs sans un sourire
Car vu que tu rêves en allemand,
Je sais que tu veux tout le continent.

Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Je veux qu'on s'amuse comme des fous,
Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Quand c'est qu'on me mettra dans le trou !