dimanche 14 juin 2015

GIOVANNI PASSANNANTE

GIOVANNI PASSANNANTE



Version française - GIOVANNI PASSANNANTE – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Giovanni PassannanteAiresis2010
On redira dans l'histoire :
Du bonnet du cuisinier
Nous ferons un étendard. 



Un disque consacré à cinq personnages du passé qui ont fait quelque chose d'important, même seulement un simple geste, souvent payé très cher, par lequel ils ont tracé une voie pour les autres, pour le monde à venir. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui on parle encore de Dante Di Nanni le partisan, de Vladimir Majakovskij le poète, de Tommie Smith le sprinter avec le poing ganté de noir, de Giovanni Passannante l'anarchiste et de Ferdinand Magellan le navigateur (qui – dit entre nous – avec les quatre autres n'a pas grand-chose en commun…)
Sur Giovanni Passannante, qui en 1878 fit un attentat exemplaire contre le bourreau de Savoie Umberto, qui pour cet attentat fut enterré vivant d'abord en prison et ensuite à l'asile, voir aussi Canzone che recita Giovanni Passannante e Ode al Passannante mais, surtout, on aille voir intéressant (si pas vraiment beau) film de Sergio Colabona, avec Fabio Troiano dans le rôle de l'anarchiste (qui dans le film se dit cependant un républicain mazzinien), avec le matt-acteur Ulderico Pesce, déjà auteur du spectacle théâtral « L'arrosage du cerveau de Passannante » et Andrea Satta, voix des Têtes de Bois qui sont les auteurs de la musique du film, de laquelle se détache la chanson finale, simplement intitulée « La Chanson de Giovanni Passannante », qui j'espère paraîtra très vite ici-même.

Et peut-être ils ont vraiment raison l'Airesis, Giovanni Passannante a vraiment tracé une
voie, a laissé un signe… S'il n'était ainsi pas les monarchistes, alors comme aujourd'hui, n'essouffleraient pas à chercher à en rayer la mémoire… Lisez un peu ici :

« 
De ces jours-ci, on apprend la nouvelle du film dédié à Giovanni Passannante, qu'on est arrivé à présenter comme « un héros » et comme « un idéaliste qui ne baisse pas la tête ». La chose me semble vraiment grave, - écrit dans une note Alberto Casirati, Président de l'Institut de la Maison Royale de Savoie - car Passannante attenta à la vie du Chef de l'État italien et il ne réussit pas dans son but criminel seulement en raison du courage et la promptitude des présents »

« Comment il est possible – poursuit Casirati – de présenter de cette manière celui qui désire tuer un être humain ? Quel message veut-on faire passer ? Il fut juste, par charité chrétienne, d'agir pour qu'aux restes du criminel fut donnée la sépulture adéquate. Et les conditions de réclusion de Passannante ne furent certainement pas humaines, même si en accord avec les standards européens du temps pour un délit aussi grave. Mais il est aberrant définir « idéaliste » ou « héros » un aspirant assassin. Aucun idéal ne justifie une tentative de homicide et chaque idée qui admet l'homicide est criminelle »

Le Président de l'Institut de la
Maison royale de Savoie, conclut en disant que « dans l'Italie unie la peine de mort fut abolie par la volonté du Roi Umberto I. Le même Roi qui demanda et obtint la grâce pour Passannante ».

Déjà, le Roi Buono
(le bon roi ?) obtint la « grâce » pour son auteur d'attentat : la « grâce » d'être enterré vivant dans une cellule-tombe sous le niveau de la mer, où Passannante devînt aveugle, malade et fou ; la « grâce » d'interner tous ses parents dans l'asile criminel d'Aversa, où presque tous moururent ; la « grâce » d'une punition collective au pays natal de l'anarchiste (ou républicain, ou du libertaire, ou simplement homme juste qu'il était), en imposant que « Salvia » de Lucanie devienne « Savoia » (et s'appelle ainsi encore aujourd'hui, chose vraiment honteuse)…


Heureusement, comme déjà
le chantait il y a quelques années Andrea Satta des Têtes de Bois :

« Une pass'a
n avant, un pass'en arrière
Dans l'air
transparent du verre
Un pas
encore qu'ensuite tu réussiras
Et si tu ne réussis pas, Bresc
i le finira. »




Passannante fut arrêté et condamné à la prison à vie. Sa famille internée dans un asile criminel. À son pays On changea le nom de son village et on l'enferma dans une cellule de deux mètres sur un, haute d'un mètre cinquante, avec dix-huit kilos de chaînes sur le dos. Dans la complète et muette obscurité pendant douze ans, avant d'être transféré à l'asile où enfin il mourut.
L'arme avec laquelle il avait attenté au Roi, en l'égratignant à un bras : un canif de huit centimètres.

Le grand poète Giovanni Pascoli écrivit et déclama en public son « Ode al Passannante ». Il fut pour cela arrêté et emprisonné une semaine. Ce poème fut probablement détruit par Pascoli lui-même ; mais dans la tradition orale, il en survit ce fragment cité dans chanson, qui fait référence à la profession de Passannante, lequel fut aide cuisinier dans une taverne de Salerno, travail qu'il perdit quand le patron s'aperçut qu'il soustrayait de la nourriture pour l'offrir aux pauvres affamés :

« « 
Du bonnet d'un cuisinier, nous ferons une bannière »  »



Samedi 7 janvier à Salvia di Lucania a été endommagée et profanée la tombe de Giovanni Passannante, l'anarchiste qui en 1878 tenta de tuer Umberto I, le « roi bon », comme fut défini par la propagande monarchiste, qui fut parmi les responsables des plus grands massacres de prolétaires italiens à la fin du dix-neuvième siècle.
Passannante alla à la rencontre d'un triste destin : condamné à la prison à vie, à s'abîmer dans une cellule sous le niveau de la mer à Portoferraio. Dans ce trou infernal il passa 10 ans, devenant aveugle et le corps détruit par les plaies dues aux chaînes auxquelles il était constamment lié, avant d'être transféré à l'asile criminel de Montelupo Fiorentino, où il mourut en 1910.
Mais la vengeance de la maison Savoia ne se limitera pas à frapper les Passannante : toute sa famille fut internée dans l'asile criminel d'Aversa car seul un fou pouvait attenter à la vie du roi et un fou devait avoir nécessairement une famille de fous, coupable de l'avoir engendré. Et les Savoies se vengèrent même sur toue la collectivité où le régicide manqué était né et avait grandi : Salvia. Le nom du pays fut changé en Savoia di Lucania, pour rendre hommage la lignée royale et expier la faute d'avoir donné naissance à un homme qui courageusement tenta de venger les milliers d'ouvriers et de paysans massacrés par l'État italien naissant.
Mais
ce n'est pas tout : en hommage aux théories lombrosiennes, le cadavre de Passannante devint un corps sur lequel le pouvoir de l'État devait exercer son contrôle, sa propre étude et sa proprre vengeance : sa dépouille fut disséquée, son cerveau étudié pour comprendre l'origine de la « folie anarchiste » qui voulait tuer un Père de la Nation. Seulement en 2007, les restes de l'anarchiste de la Basilicate, jusqu'alors conservées à l'institut criminologique de Rome, recevront une sépulture digne à son village d'origine, grâce à l'intervention de diverses personnalités du monde de la culture, parmi laquelle l'acteur Ulderico Pe.
Après Passannante viendra Bresci qui en 1900
mettra fin au règne d'Umberto I, qui entretemps ordonna la lâche répression des mouvements pour le pain à Milan, d'un coup de revolver en plein cœur.
En ce moment, à Savoia di Lucania est organisée une consultation populaire pour revenir à l'ancien nom de Salvia. (http://uenne.indivia.net/n-1-anno-92/viva-passannante)




Aujourd'hui, mon cher Lucien l'âne mon ami, comme tu le sais, nous sommes en 2015. Et Salvia est toujours tatouée du nom infâme des Savoies : ces mêmes Savoies qui firent l'Italie par d'immenses massacres, tant au Sud qu'au Nord ; ces mêmes Savoies responsables de la grande misère des paysans, ces mêmes Savoies qui firent pourrir en prison leurs opposants : Passannante, Bresci[[44117]], Gramsci et tant d'autres ; ces mêmes Savoies qui mirent le fascisme au pouvoir ; ces mêmes Savoies chassés après la défaite fasciste pour cause de collaboration ; ces mêmes Savoies qui sont encore aujourd'hui poursuivis pour leurs malversations ; ces mêmes Savoies qui pillèrent – en plus de l'Italie elle-même – l'Éthiopie, par exemple et accessoirement, en massacrèrent les populations.


Comment ce Conseil communal de Salvia s'entête à garder à leur village le nom d'une bande de criminels ? Il y a quand même des personnes étranges… Comme disait Boris Vian : « Elles ne se rendent pas compte ». Peut-être, mais c'est bien là le problème. Quant à nous, qui savons les détours qu'entraîne la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin de les maintenir dans un état de soumission, d'imposer leur domination, de protéger leurs privilèges, d'augmenter leurs richesses, de tirer du profit des gens, d'encore et toujours se complaire dans leur médiocrité, nous savons bien que Passannante avait raison et que par ce beau geste, comme nous entendons le faire, il tissait à son tour le linceul de ce vieux monde royaliste, autoritaire, orgueilleux, exploiteur, riche et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Il descend l'escalier prêt en finir là,
Il suivait une vie fugitive de l'âme.
Passée peut-être pendant qu'il n'y était pas
Et s'il y était, où était-il lui-même,
Entre le travail et les difficultés ?
Il s'arrêta à l'entrée, pour un instant ébranlé
Du frisson chaud de la cité.
Le ciel hurlait blanc comme ciment
De sa voix de pluie et de vent.

Partout volaient des mots, par mille
La famille royale était en visite à la ville.
Naples remplissait ses rues.
Quelle grande belle fête
Quand passait sa majesté !
Il vendit sa veste pour s'acheter
Un couteau, dans son mouchoir rouge le cacher,
Et convaincu que son geste n'était pas fou,
Il attendit son tour, patienta beaucoup.

C'était comme partir, c'était comme tomber
Dans le vide infini
De la fatalité.

Le Roi approchait, un passage s'ouvrit,
En un souffle, Giovanni se dit :
- Personne ne m'arrêtera -.
Je n'ai pas d'étendard, je n'ai pas de foi,
La peur ne m'étreint pas
Et pour ma main, ceci suffira.
Il monta sur le carrosse, la place disparut,
Les idées, les gens, la mer disparut,
Le temps s'enfonçait dans l'instant
Et partait la main de Passannante.


On redira dans l'histoire :
Du bonnet du cuisinier
Nous ferons un étendard.

samedi 13 juin 2015

STEFAN ZWEIG

STEFAN ZWEIG


Version française – STEFAN ZWEIG – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Stefan ZweigPaolo Benvegnù2014




Moi toujours distrait et hors du temps,
Je cire mes chaussures et je prépare l'infini :
Cent gouttes dans un verre.





J'ai donné une version française (je me garderais bien, comme tu le sais, de parler de traduction, genre qui relève de techniques et de connaissances qui m'échappent ; ceci pour prévenir le lecteur innocent de ce qu'il peut allègrement tout ce qui lui passerait par la tête comme critiques et chicaner sur une chose ou l'autre – voilà pour la version française) de cette chanson italienne intitulée Stefan Zweig, qui eut la chance de naître « Viennois » aux moments où Vienne avait encore en ses murs la plus belle collection d'écrivains, de poètes, de penseurs, de philosophes, de musiciens, d’artistes et de médecins. Le revers de l'Histoire fut aussi que ce fut le moment où l'Autriche entrait en déliquescence et donnait le jour à un tambour de fer blanc qui allait trublionner le monde, chasser le Juif comme d'autres chassent le vivant et détruisent la vie elle-même. Le péril fut conjuré, le dément et ses hordes anéantis (provisoirement ?). Entretemps, Stefan Zweig s'était suicidé.


Il me semble qu'il ne fut pas le seul à fermer les yeux de dégoût…


En effet, de mémoire et sans trop chercher, parmi ceux-là qui – dernier geste – se sont immolés, épuisés après avoir longtemps fait face au tsunami d'imbécillité qu'est le nazisme, je peux te citer : Ernst Toller, Kurt Tucholsky, Klaus Mann, Joseph Roth… Une autre façon de contrer la Bête. D'ailleurs, ils sont toujours là comme dans l'Ode à Kesselring :

«  à nos postes
morts et vivants avec le même engagement
peuple serré autour du monument
qui s'appelle
aujourd'hui et pour toujours
RÉSISTANCE. »


Quant à nous, Marco Valdo M.I. mon ami, dit Lucien l'âne en relevant sa crinière, reprenons notre part de cette tâche prophylactique et tissons le linceul de ce vieux monde encombré de guerres, malade, raciste, nationaliste, fanatique et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Poursuivis des éclairs,
Sacrifiés à la mer,
Nous aurons des mains blanches pour sentir le Soleil.
Poursuivis des éclairs,
Sacrifiés à la mer,
Nous aurons des mains blanches pour sentir le Soleil.
Parfaits et clairs,
Comme les pas dans la neige
Et les crépuscules d'hier
Dans les récits à sonnailles.

Mais moi moi, où ai-je été ?
Qu'il me semble n'avoir jamais vécu.
Et moi, où ai-je été ?
Qu'il me semble n'avoir jamais vécu.

L'âme de la Tempête,
La danse d'un éventail,
C'est tout ce qui reste.

Je juge sans savoir,
Ce qui fut de moi,
De mes courses légères sur les collines ensoleillées
À la recherche perdue de mon sang imprécis,
De l'impossible amour entre sentiment et instant.

Mais moi moi, où ai-je été ?
Qu'il me semble n'avoir jamais vécu.
Et moi, où ai-je été ?
Qu'il me semble n'avoir jamais vécu.
Pourtant, sortent les perce-neige
Et ils courent les autoroutes,
Sans même se dire adieu.

Comme je voudrais me tromper encore
Et avoir soif.
Comme je voudrais me tromper encore.

Moi toujours distrait et hors du temps,
Je cire mes chaussures et je prépare l'infini :
Cent gouttes dans un verre.


jeudi 11 juin 2015

VIVE LA GUERRE !

VIVE LA GUERRE !


Version française – VIVE LA GUERRE – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson livournaise (Toscan livournais - Italien) – Viva la guerraPardo Fornaciari – 2002
Texte : Luciano Tarabella
Musique : Pardo Fornaciari




Vive la guerre, les éventrations...


Un po
ème du Livournais Luciano Tarabella, mis en musique par Pardo Fornaciari.
Tiré d'Il Deposito, accompagné de l'introduction suivante: « Nous l'avons beaucoup chanté devant Camp Darby (base américaine), en provoquant des sérieuses crises d'identité à la police et aux carabiniers à cheval. Du reste, il est connu que les chevaux sont des animaux peu habitués aux sarcasmes… »

Mon ami Lucien l'âne, il te souviendra certainement que récemment encore nous avons croisé le poète éthylique Piero Ciampi, auteur et interprète entre autres de Dario de Livourne [[9083]] et protagoniste de La ballade des Fossi [[49843]]. D'ute part, il ne t'aura pas échappé que Livourne est particulièrement appréciée de certain intervenant essentiel des Canzoni contro la Guerra, le très poétique Riccardo, adepte du livournais, idiome pratiqué dans ce port toscan.


Oui, et alors ?, demande Lucien l'âne en présentant sa dentition majestueuse.


Et alors ? Mais, comme bien tu penses, Lucien l'âne mon ami, tout ce discours n'avait comme objectif final que d'introduire la chanson du jour, laquelle outre le fait qu'elle soit livournaise, est diablement percutante. Déjà, rien que son titre a de quoi surprendre, surtout ici dans les chansons contre la guerre, vu qu'elle s'intitule : Vive la Guerre… À mes yeux, après la chanson religieuse, la chanson poétique, la chanson patriotique, la toute récente chanson philosophique, etc, elle introduit un nouveau genre : la chanson sarcastique. Une chanson meublée de sarcasmes ; à commencer par son titre « Vive la Guerre ! », qui s'inspirant d'Orwell, prétend exactement le contraire de ce qu'il pense.


Évidemment, avec un pareil titre, cela vaut mieux. C'est très bien ainsi et je n'ai rien à y redire. Cependant, il en est qui s'insurgeraient et prendraient la mouche rien qu'à l'énoncé.


Certes, Lucien l'âne mon ami, mais ici, aux chansons contre la guerre, on prend toujours le pari de l'intelligence et de la compréhension du sens second, tertiaire ou caché des choses. Bref, on fait la place à une certaine subtilité.
Il ne me reste plus qu'à l'entendre et puis, à reprendre notre tâche et recommencer à tisser le inceul de ce vieux monde guerrier, laudatif, expansionniste et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Vive la guerre, les éventrations,
Les attaques de banque, les lapidations,
Vive les gifles, les morsures, les étranglements,
La drogue, la violence, les enlèvements,

Vive la faim, vive les accidents,
Les opérations, les fusillades,
Vive les gares bombardées,
Les voleurs, les assassins, les délinquants ;

ET... à bas tout le reste, l'honnêteté
La réflexion, la pensée, la fraternité,
Les enfants, les vieux, la cordialité

Ce qui de l'amour et de la paix découle
Plus tout ce qu'il y a de beau au monde
Mais qui, voyez-vous, à tous ne plaît guère.

Sans doute, la vie n'est-elle juste qu'une folie
Qui suce le sang et crache l'harmonie.


mercredi 10 juin 2015

UNITÉ, DROIT ET LIBERTÉ

UNITÉ, DROIT ET LIBERTÉ

Version française – UNITÉ, DROIT ET LIBERTÉ – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson allemande – Einigkeit und Recht und FreiheitKurt Tucholsky – 1927
Texte de Kurt Tucholsky publié – sous le pseudonyme de Theobald Tiger – le 15 mars 1927 dans “Die Weltbühne”.
Musi
que de Hanns EislerInterprétée par Sylvia Anders in “Hanns Eisler: Hollywood~Elegien Und Andere Lieder”





« L'Allemagne, l'Allemagne au-dessus de tout, au-dessus de tout au monde. » 


« Unité, Justice et Liberté », ce qu' elles signifient pour les « tribus germaniques » reste complètement méconnu… relève ainsi Tucholsky en 1927.
Si ensuite on pense que « Einigkeit und Recht und Freiheit » est la troisième strophe du « Das Lied der Deutschen » (1846), passé
tel quel à travers les époques du Premier Reich, Deuxième reich, République de Weimar, Troisième Reich et est encore aujourd'hui, l'hymne de la Bundesrepublik Deutschland…
Toutefois soigneusement amputé de ses deux premiers couplets.

Tu vois, Lucien l'âne mon ami, quand on traduit, on traduit. Et parfois, il faut quand même ajouter un mot ou l'autre. Ici, au commentaire, je viens d'ajouter : « toutefois soigneusement amputé de ses deux premiers couplets ». Et ce n'est pas sans raison. Car, figure-toi, ce fameux « Das Lied der Deutschen » commence d'une manière qui s'est révélée malencontreuse au fil du temps. Si ce « Chant des Allemands » est au départ un chant de liberté et aussi, un chant qui appelait les Allemands à transcender leurs divisions et à ainsi éviter les guerres fratricides, à mettre l'intérêt commun au-delà et au-dessus des particularismes, son premier vers a fini par le transformer en un hymne impérialiste, position qui a culminé vers 1870-71, 1914-1918 et 1933-45. Ce vers est encore connu et fait se révulser, même la plupart des Allemands, rien qu'à l'idée ; il s'agit bien évidemment de « Deutschland, Deutschland über alles, über alles in der Welt. » - Traduction : « L'Allemagne, l'Allemagne au-dessus de tout, au-dessus de tout au monde. » Donc, au début, lorsqu'elle fut écrite, cette phrase incitait les Allemands à se rassembler, à faire passer l'Allemagne, l'unité allemande au premier plan de leurs préoccupations. Par la suite, avec le rêve d'Otto, d'une Allemagne dominatrice, puissante, les mêmes mots ont pris un sens plus inquiétant. Il s'agissait de dominer le monde ou en tous cas, d'y jouer un rôle dominant. On comprend dès lors beaucoup mieux l'ironique scepticisme de Tucholsky à l'égard de ce que pouvait signifier pour les Allemands de 1927, habitants d'une Allemagne unifiée où grandissait de jour en jour la « bête immonde », les deux premiers vers de la dernière strophe : « Unité et droit et liberté pour la patrie allemande. » Il en frémissait, on en frémit encore. C'est de ce frémissement, de cette sensation d'horreurs à venir que parle cette chanson.

Voyons donc la chanson et reprenons notre tâche en tissant le linceul de ce vieux monde cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Ce qu'est la liberté pour les Germains,
Reste un très grand mystère.
Certains sont dans une interrogation éternelle,
Même s'ils le veulent, ils n'y comprennent rien.
Car déjà cent années, jour après jour,
Imposent pour toujours
Une perspicacité patiente au travers de lunettes.
Quand on est bête, on est bête.
Aucune pilule ne peut y porter remède

La Justice chez les Teutons,
A un bandage au front.
Mais ils l'ornent volontiers,
Et là il ne reste pas toujours attaché.
D'aucuns criaillent
Comme ce cher bétail.
D'autres croient encore à une bonne volonté…
Quand on est bête, on est bête.
Aucune pilule ne peut y porter remède

Que l'unité soit avec les gens d'ici,
Cela a été dit vingt-quatre fois.
Pour les lands, on a écrit
Un énorme appareil de lois :
Hambourg tire à soi
Altona ;
La Bavière sèchement réplique :
« Vive la république ! »
Chacun ne pense en premier
Qu'à son Reich privé…
Une République à contre gré.
Quand on est Allemand, on est Allemand.
Pour cela, il n'y a pas de médicament.


ICI, IL N'Y A PAS DE DIEU

ICI, IL N'Y A PAS DE DIEU



Version française – ICI, IL N'Y A PAS DE DIEU – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne - Qui Dio non c’è - Claudio Baglioni – 1990


Des heures à plat ventre
Et le train électrique tournait
et quand il déraillait
J'en souffrais un peu




Brumeuses fourmilières de maisons
Puanteur brûlée en ville
ICI, IL N'Y A PAS DE DIEU
Boue de rues furonculeuses
Christs et Maries sans piété
Âmes baveuses dispersées
Humanité saoule des bars
ICI, IL N'Y A PAS DE DIEU
Nuit de bras piqués
Rues de crack désespéré
Pages de livre
Une douloureuse mécanique à tourner
Sans avoir tout pigé
Sans rien se rappeler
Des heures à plat ventre
Et le train électrique tournait
et quand il déraillait
J'en souffrais un peu

Viados aux voix fausses
Lumières menteuses de réclame
ICI, IL N'Y A PAS DE DIEU
Visages pluvieux des murales
Raclement de lame sous le tram

J'ai vécu des jours opaques
Comme les poivrots emploient
Pour se tenir les réverbères
Pas pour leur lumière.
Fin des retransmissions
Et j'allais au lit
Avec un linge humide sur la poitrine
De tristesse en moi

Ainsi va le monde
On ne le fait pas le monde
C'est lui qui nous fait, le monde
Combien de fois moi,
Renégat, je l'ai cherché.
Ce Dieu qui ne m'a jamais cherché
Et je voulais seulement un signe
Mais le ciel est comme un vieux fou
Avec un assistant serpent
ICI, IL N'Y A PAS DE DIEU
Payer le prix continuellement
Se sentir toujours un hôte
À voler le feu
On s'y brûle les vies
Mais un peu d'air pour vivre
On respire même des blessures
Doucement j'entrais dans la pièce
Au grain à sécher
Et je roulais dedans
La tête en bas
Ainsi va le monde
On ne le fait pas ce monde
C'est lui qui nous fait, ce monde

Combien de fois moi,
Renégat, je l'ai cherché.
Ce Dieu qui ne m'a jamais cherché
Qui dormit dans les montagnes
Dans les plantes, il respira
Qui rêva avec les animaux
Et avec l'homme, s'éveilla
Et s'il m'avait jamais plu
De boire
J'aurais appris à le faire
Et alors Dieu, bois avec moi,
Trinque avec moi.