mercredi 20 mai 2015

LA BALLADE DE PIERO DES FOSSI

LA BALLADE DE PIERO DES FOSSI

Version française – LA BALLADE DE PIERO DES FOSSI – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – La ballata di Piero dei fossi – Pino Bertelli -
Texte de Pino Bertelli
Musique de Massimo Panicucci


Dans cette longue ballade de l'anarchiste Pino Bertelli, on parle de Piero Ciampi, de Livourne et de beaucoup d'autres choses. Pour le reste voir le CCG blog. [RV]



Les chiffonniers, les solitaires et les poètes,
Les voleurs, les putains et les différents,



à Piero Ciampi,
anarchiste de Livourne, qui a chanté l'amour, la liberté et l'anarchie comme jamais personne


I

Piero des Fossi
La Livourne populaire et corsaire te pleure
Et le vin chaud des vieux matelots
Te mène sur les quais de Venezia Nuova.

Les chiffonniers, les solitaires et les poètes,
Les voleurs, les putains et les différents,
Les esprits gentils et forts des « presque adaptés »
Aux espoirs en fleurs t'aiment encore.

Piero des Fossi
Ange triste, inquiet et rageur
Qui chante les histoires de celui qui n'a pas de voix,
Des exclus, des derniers, des âmes en croix,
Le souffle de tes pas s'enfuit
Par-dessus le ciel du port et des bombes de 43
Jusque dans ces tavernes qui sentent le cigare
Et le poisson bleu jeté sur le feu.

Piero des Fossi
Toi qui aimais les bouches rouges en amour
Et ces bas noirs avec leur couture tordue
Et les talons aiguilles du Marché Américain.

L'amitié ensorcelée des bains nus sous la lune
Les fêtes aux Scali Olandesi, aux Bottini dell’Olio
Et les courses sur les plages l'hiver pour voir les bateaux ivres
De lumières, de blues et d'esclaves enchaînés.

Piero des Fossi
C'est là qu'ont été abolies la torture et la peine de mort ;
C'est là que chaque exilé ou errant a son cimetière de roses
Et chaque hérétique évangélique son île enchantée.
Là où même les lépreux ont eu un père ;
Là où chaque homme trouvait un toit de rouges espoirs
Quand les barricades étaient faites de charrettes, de tables et de lits
Et les femmes jouaient à cache-cache dans le bois avec les soldats.

Piero des Fossi
Toi qui jouais aux cartes au « ciuco » avec les scaphandriers
Et les Quatre Mori dans les cabines dévergondées des Pancaldi
Quand l'Amerigo Vespucci emportait dans ses cales
Les mains coupées de Victor Jara liées à un grain de sable
Et l'asthme libertaire d'Ernesto « Che » Guevara, et un chanteur
Des déshérités disait qu'il ne naît rien des diamants
Et que du fumier naissent les fleurs des humiliés et des offensés
Piero des Fossi
La vision en transparence de tes marranes de lumière
Laissait au dernier refuge des tyrans d'une époque en armes
Le langage oublié des camarades de rue

À tous ceux qui sont morts pour une bonne nouvelle,
Qui ont connu la prison et la mise au ban
En échange d'une existence plus juste et plus humaine
Où chacun est roi car personne n'est esclave.

Piero des Fossi
Tu nous as enseigné qu'il ne suffit pas de regarder ensemble
Dans la même direction, il faut aussi abolir les différences
Et construire une spiritualité de l'écoute et du geste

Notre recueillement et notre respect te sont dédiés
Et dans les yeux grand ouverts dans la nuit qui adoucit les choses
Tu as fait de la ruine d'une culture sans amour
Les meilleures années de notre vie


II

Piero des Fossi
Ta musique juive, française ou africaine
Glissait sur les fraises au rhum et les baisers à la neige
Sur les murs jaunes ou dans les marrons chauds de fous incompris

Il y a le cœur volant des rebelles dans tes chansons,
Les prostituées, les mauvais garçons à la station
Et les huîtres, la morue séchée, le cacciucco et la faim de l'océan
Qui amène les baleines à s'enliser à la bouche du fleuve

Piero des Fossi
Tu te perdais dans l'odeur de pétrole du cinéma désert
Avec les secrets des enfants avec des poux sur la tête
Et tu attendais derrière le fanal la tombée oblique du soir.

Là où les princesses de la nuit bleue
Sont des garçons de bourg, de caves, de trottoir
Qui dansent la Violetera avec un prêtre ouvrier
Entre le sable de Tirrenia et le « ponce » de terres lointaines.

Piero des Fossi
C'est le bonheur d'une société sans saints ni héros
Qui reste en mémoire dans ce que tu as écrit, rêvé
Et répandu dans les innocences des hommes et des femmes.

Tu connaissais sans savoir ce qui est donné aux êtres spéciaux
Tu connaissais aussi l'oubli de la douleur et tu pleurais tout seul
Parmi les marchands de café et les barbares aux moustaches de carton
Qui descendaient des blancs voiliers de partout.

Piero des Fossi
Dans les cornemuses désespérées de ton noble sourire,
Dans tes silences déchirés des pluies d'été,
Tu as recueilli l'instant des francs-tireurs.
Tu as donné aux conspirateurs de l'égalité
La richesse vive de quelque chose de grand et de beau
Qui déjà existait chez les vagabonds de l'arc-en-ciel
Et dans la fraternité sans barrières des pauvres du monde.

Piero des Fossi
Jamais l'aube n'est si proche que lorsque la nuit se dénoue
Dans les bras des amants ou dans le droit d'avoir des droits
Où les chemins se croisent sans jamais se confondre.

C'est à partir de l'accueil et de l'hospitalité
Que chacun devient signe, pont, champ de blé,
Là où même ce qu'on oublie revient et efface
Le reflet que chacun donne au spectacle de soi.

Piero des Fossi
Tu parlais de tant de gens qui chaque jour meurent
Sans connaître l'amour et tu distillais dans le temps
Ce malheur merveilleux et étranger à soi-même

Comme l'eau sauvage plus éternelle que la pierre
Qui coule sur les grilles de fer-rouillé des Dominicains
Ou dans les chambrettes silencieuses, presque vides du Paradisino
Où les maîtres ont la voix et les caresses des fées.


III


Piero des Fossi
là sous le pont de marbre, parmi des rames, des ancres et des cordages
Les chiens errants qui te léchaient le sang du museau
Sont là couchés dans ce coin entre les filets et les chaînes

Tu es allé à la rencontre à l'aube des poètes
Sans épée ni drapeau, pour connaître le souffle
De la vie avec les ailes, qui vend l'âme au diable
Entre les clowns de Mascagni et les bandes partisanes.

Piero des Fossi
Tu criais avec les clochards de la rue Grande
Et le fou de Rodez que- « vivre est se surpasser soi-même » -
C'est le désir qu'on pousse jusqu'où la passion s'enflamme

Ta faim de beauté, tu l'as laissée sur la table des justes
Et si les opprimés de la planète bleue se rendaient compte
Qu'il y a des hommes et des femmes qui respirent les étoiles,
Il y aurait la rébellion de la joie dans les rues.

Piero des Fossi
Les vrais artistes ont existé seulement dans les cloîtres
Et ce sont eux qui ont offert à chacun
L'imagination du magique et du prophétique

Le cœur n'a pas besoin d'apprendre pour grandir
Et les enfants n'ont pas besoin de contes pour être heureux.
Tous les grands ont été des enfants, au moins une fois,
Mais peu d'entre eux s'en souviennent -, disait le Petit Prince.

Piero des Fossi
Tu avais sur toi l'odeur du génie sans frontières.
Aventurier de l'âme et déserteur d'écoles,
Tu dansais aux bras de la douleur et de la stupeur d'exister

Même les coups de fouet d'amours vécues ou défleuries,
Tu les portais imprimés comme des marques sur ta peau.
Ta folie était un acte de suprême créativité
Et tu laissais mourir les stupides en paix.

Piero des Fossi
Tu as été pauvre en tout mais pas en dignité.
Tu as chanté une mer au milieu des terres
Et les voies lactées des rencontres nomades.

Tu as ouvert une route à travers le désert des idées.
Il y a un temps pour un silence et temps pour les mots
et le chant qui donne le nom à la terre chantée
Continue d'exister dans l'imaginaire des peuples

Piero des Fossi
Dans ta ville de sel même le dernier des Mohicans
Raconte tes utopies d'amitié, de liberté et d'amour
Et là où le jour mange le crépuscule et naît le vent,

La flamme de la bougie danse avec les lucioles de mai
Et l'imagination descend dans les rues avec la poésie
Où ton égal qui est dans l'autre de tes rêves extrêmes
Est devenu le jardin enchanté des rêves de beaucoup…

Piero des Fossi
Tu riais des dames nues des calendriers parfumés des coiffeurs,
Tu savais que l'oubli du cœur réunit les dissemblables
Détruit les formes, les vieilles valeurs et modifie les lieux.

portons des lis des champs et des baisers au parfum de myrte
Aux anges tombés de notre mélancolie bleue
Car les vraies, les seules utopies amoureuses que nous avons connues
Sont celles que nous avons perdues, que nous ne perdrons jamais plus…


mardi 19 mai 2015

NOUS NE SOMMES PAS TOUS DES HÉROS

NOUS NE SOMMES PAS TOUS DES HÉROS


Version française – NOUS NE SOMMES PAS TOUS DES HÉROS – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Non siamo tutti eroiPiero Ciampi1962




Ainsi chantaient les héros
Parmi les vols de vautours





« Ce que vous êtes nous avons été,
Ce que nous sommes vous serez,
Si vous y arrivez. »

Ainsi chantaient les héros
Parmi les vols de vautours
Et des arcs-en-ciel rouges
Paraissant des cimeterres.
Un berger placide qui passait par là
Abandonna ses chèvres pour se joindre aux héros.

Et si vous passez par là, vous pourrez encore voir
Ce pauvre berger qui cherche ses chèvres
Et dit à son mâtin et à chaque pèlerin :
« Dans cette vie, nous
Nous ne sommes pas tous des héros. »


samedi 16 mai 2015

La Pécheresse aux jolis doigts


La Pécheresse aux jolis doigts

Chanson française – La Pécheresse aux jolis doigts – Marco Valdo M.I. – 2015

ARLEQUIN AMOUREUX – 7

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.



Cette Maria de Magdala,
Santa Maria Maddalena,
Cette pécheresse aux jolis doigts,
C'est toi, Arlecchina !


Je pense avoir déjà dit que notre déserteur, notre Arlequin amoureux n'avait que de brèves rencontres avec son Arlecchina, laquelle suit son théâtre ambulant. Il ne la voit que très rarement et entretemps, il y rêve. Mais pour donner un peu de consistance à ces égarements songeurs, il s'est procuré une image, un portrait de sa belle. Ce portrait est une pièce de toile peinte qu'il a découpée d'un tableau qui portraiture une femme dont Arlecchino dit qu'elle est la représentation exacte de son amoureuse, Mademoiselle La Tournesse.


C'est bien possible…, dit Lucien l'âne un peu interloqué.


Bien sûr, mais il se trouve que ce n'est pas n'importe quel portrait de femme. Il s'agit d'une Marie de Magdala, d'une Marie Madeleine – celle qui exerça le métier de femme qu'on appelle « le plus vieux métier du monde », autrement dit le mariage multiple et tarifé, Marie Madeleine qui, selon « L'Évangile selon Jésus-Christ » (O Evangelho Segundo Jesus Cristo) que transcrivit José Saramago, séduisit Jésus Christ, lequel l'épousa et lui fit beaucoup d'enfants et de ce fait, ne s'en fut pas mourir sur le Golghota. Quant au tableau, il s'agit d'une copie d'un panneau de bois peint par le Perugino, dont je te rappelle qu'il fut un des maîtres de Raphaël ; panneau qui, à présent, se trouve à Florence dans la Galerie Palatine. Cette toile découpée, il l'emporte dans toute sa longue fuite, roulée au fond de son sac, la sortant et la dépliant avec précaution, il contemple ce visage craquelé comme un amoureux regarderait la photo de sa bien-aimée. Dans ces moments-là, il entretient avec elle un étrange commerce ; il mène de longues conversations ; il brise sa solitude et trouve auprès d'elle la force de poursuivre son chemin.C'est son talisman et l'incarnation de sa liberté. Elle lui tient chaud au cœur et il en a bien besoin, lui, l'éternel persécuté.


Sais-tu quoi, Marco Valdo M.I. mon ami ? Cette Arlecchina, La Tournesse ou tout autre nom dont on pourrait l'affubler, elle me fait penser à la Dulcinée du Toboso, la toujours lointaine et fantasmagorique compagne et inspiratrice de Don Quichotte, alias Alonso Quichano 


Et à moi, Lucien l'âne mon ami, elle me fait songer à cette jeune personne pour qui, selon la légende colportée depuis des siècles, tu cherches depuis si longtemps des roses. En réalité, comme toujours dans un univers romanesque ou poétique, et parfois même dans la vie de tous les jours, les événements, les choses, les personnages ont plusieurs rôles à la fois. Ainsi, il me paraît que La Tournesse, actrice de son état, par une sorte de transmutation s'inscrit dans le portrait de Maria Maddalena, et par une autre pirouette, se révèle n'être autre que la liberté que suit comme son ombre, notre déserteur.


N'épiloguons pas plus loin, Marco Valdo M.I. mon ami, et reprenons notre tâche cent fois, mille fois recommencée, et tissons le linceul de ce vieux monde persécuteur, effrayant, impitoyable et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Cette pièce de toile roulée
Au fond de la boîte à chaussures,
Cette peinture craquelée
D'une femme en petite fourrure,

Cette Maria de Magdala,
Santa Maria Maddalena,
Cette pécheresse aux jolis doigts,
C'est toi, Arlecchina !


Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.


Une copie certes tardive d'un tableau
Du maître de Raphaël, dit Perugino
Copie volée, sans valeur
Longtemps dans le sac du déserteur.

Mêmes traits, même figure ;
Joli menton, belle chevelure ;
Tes joues, tes yeux, tes paupières,
Tes lèvres à la saveur amère.


Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.


N'est-ce pas toi, le déserteur Matýsek,
Qui l'emmena dans ton bagage,
Tout au long de ton long voyage
Dans ton sac, bien au sec ?

Regarde-la, cette Madeleine
Que partout je promène,
C'est notre amour, Arlecchina.
Je ne pourrais me passer de toi.


Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

jeudi 14 mai 2015

QUARANTE SOLDATS, QUARANTE SOEURS

    QUARANTE SOLDATS, 

QUARANTE SOEURS


Version française – QUARANTE SOLDATS, QUARANTE SOEURS – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Quaranta soldati, quaranta sorelle – Piero Ciampi – 1971
Texte : Piero Ciampi
Musique : Gianni Marchetti

Sur la clairière en effet gisent
Quarante fusils 


Dans la clairière, quarante sœurs
Calmes prenaient leur quatre-heures
Leurs voiles candides se levaient au vent
Avec l'herbe heureuse du jeu plaisantant.

Un peu plus loin, quarante soldats
Nettoyaient absorbés leurs fusils
Tendaient le bras d'un geste précis
Serrant sur leur arme les doigts.

Un chasseur en plein délire
Tire un coup de feu et les fait fuir
Changeant le destin de quatre-vingts cœurs :
Quarante soldats quarante sœurs.

Sur la clairière en effet gisent
Quarante fusils et quelques cerises
Quarante soldats quarante sœurs
Fuirent ensemble chercher le bonheur. 

mardi 12 mai 2015

CSÁRDÁS DE BIRKENAU

CSÁRDÁS DE BIRKENAU

Version française - CSÁRDÁS DE BIRKENAU – Marco Valdo M.I. – 2015
d'après la version italienne de Bernart Bartleby
d'une chanson polonaise – Czardasz BirkenauAleksander Kulisiewicz – 1979
Paroles de Roman Friedlein, un jeune Polonais – 1944
Sur une mélodie du compositeur hongrois Ferenc Lehar (1870-1948).



Les pieds dansent, dansent






Dans son livre « Auschwitz » (traduit en Anglais sous le titre « Auschwitz : True Tales From a Grotesque Land) l'auteure Sara Nomberg-Przytyk, une survivante, raconte que Roman Friedlein était un étudiant de Cracovie interné à Auschwitz II-Birkenau et qu'il écrivit ce poème en regardant une gamine gitane qui dansait une « csárdás » hongroise pour obtenir quelque chose à manger des gardes du camp. Roman Friedlein était à l'époque déjà gravement malade de tuberculose et peu avant de mourir, il lui advînt aussi d'assister à l'élimination des Gitans dans les chambres à gaz, sa Marika avec tous les autres…

Les Gitans, qui à Birkenau étaient concentrés dans une section qui leur était spécialement destinée, furent liquidés tous ensemble au début août 1944, après qu'une première tentative en mai avait échoué en raison de la résistance désespérée des victimes qui, armées d'objets contondants, avaient réussi à tenir tête momentanément aux SS… Alors les nazis transférèrent un millier d'entre eux, surtout les jeunes hommes, à Buchenwald et la nuit du 2 août 1944, ils éliminèrent en masse les 3.000 restant : vieux, femmes et enfants. Ainsi, tout à coup, Birkenau tomba dans silence : il n'y avait plus les Gitans qui chantaient et dansaient…




Je n'ai personne
J'ai craché du sang sur ma paillasse dégoûtante.
Tes beaux pieds dansent une
csárdás.

Dis-moi,
mon Dieu , pourquoi je crève ici ?
Je te maudis, Birkenau dégoûtant
e
Les pieds dansent, dansent
La mort me berce vers le sommeil
Viendras-tu dans le feu avec moi, Marika ?

dimanche 10 mai 2015

LE TRAVAIL

LE TRAVAIL

Version française – LE TRAVAIL – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Il lavoro – Piero Ciampi1971





Je t'emmène nager,
Je te fais voir l'écume blanche de la mer...






[...] La très dure rencontre de Ciampi avec le monde social (voir la chanson Il Lavoro) est à l'enseigne du silence et de l'incompréhensible : ils ne lui ont pas donné de travail, mais surtout « ils ne lui ont rien dit » ; il ne sait pas, il ne comprend pas, il fait comme si de rien n'était, il ne s'est rien passé, faisons l'amour, allons voir l'écume blanche de la mer. Combien de précarité dans ce trou inhumain où son ombre doit chercher du travail. Pour un instant, l'abandon sentimental le tire par la manche, mais l'ombre s'est maintenant installée comme un poids.
Enrico De Angelis,
Tutta l'opera (di Piero Ciampi), ARCANAEditrice, 1992, p. 15.



Le travail ? Je ne sais pas encore.
Ils m'ont pris ? Ils ne m'ont rien dit .
Et alors ? Je t'ai dit, je ne sais rien.
Et alors ? Alors, je ne sais pas,
Je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas,
Je ne sais pas, je ne sais pas.

Je t'ai apporté quelque chose qui te plaira,
Voilà le journal et un paquet de cigarettes
Et derrière moi, il y a une surprise,
Un hôte, un nouveau locataire :
C'est mon ombre qui demande asile
Car malheureusement cette fois encore
Je dois te dire que ça s'est mal passé.

Mais il ne s'est rien passé, il ne s'est rien passé,
Fais comme si de rien n'était, il ne s'est rien passé,
Allume une cigarette, ferme la fenêtre
Et déshabille-toi…
Je t'emmène nager,
Je te fais voir l'écume blanche de la mer,
Pas un son, toi et moi seuls,
Toi et moi seuls, toi et moi seuls.
Te rappelles-tu ce matin ? Quand je suis venu te chercher
Pour aller nous marier et quand nous sommes entrés
Dans ce bureau… tu m'as dit « mais où m'as -tu amenée ?  »,
Je t'ai dit « ah… Je t'ai amenée ici pour t'épouser »
Et toi tu riais, ensuite peu à peu, tu es devenue sérieuse et ensuite,
Tu pleurais et je riais… te rappelles-tu ce matin ?
Il était comme celui-ci, je t'aime comme alors.

Faisons l'amour, faisons l'amour,
Faisons l'amour, faisons l'amour,
Faisons l'amour…
Ne pas parler, ne pas demander d'explications,
Ne pas me créer de complications,
Rien n'est changé, je m'en occuperai,
Demain, c'est dimanche et je t'emmène nager
Jusqu'à minuit.

Le travail ? Je ne sais pas encore.
Ils m'ont pris ? Ils ne m'ont rien dit .
Et alors ? Je t'ai dit, je ne sais rien.
Et alors ? Alors, je ne sais pas,
Je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas,
Je ne sais pas, je ne sais pas.