samedi 2 mai 2015

ET POURTANT ELLE TOURNE



ET POURTANT ELLE TOURNE

Version française – ET POURTANT ELLE TOURNE – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Eppur si muove – Carmen Consoli – 2002



Coupable d'avoir osé
Ce coup de dent à cette pomme
Sacrée 


Regarde, Lucien l'âne mon ami, une chanson de libération, une chanson écrite par une femme, Carmen Consoli, une chanson qui agit comme un philtre libératoire…


Un philtre libératoire, une sorte de purgation, veux-tu dire ? Mais de quoi ?


Mais bien évidemment de cette écrasante atmosphère, de cet étouffant environnement que l'on ressent en Italie où l'Église se répand partout, où s'inhalent des senteurs de catholicité, où s'exhalent par tous les pores du pays des relents de cléricalisme. Et que la chanson soit écrite et interprétée par une Sicilienne est encore plus remarquable. Et de surcroît, ce n'est pas une chanson ancienne… Ce qui montre bien que la chape de plomb divin pèse toujours là-bas presqu'autant que le soleil d'été à midi. Au cœur du dispositif oppressant dont parle la canzone, on trouve l'histoire du péché originel, lequel est une pure invention d'on ne sait quel religieux sadique, qu'on inculque aux humains dès leur plus petite enfance.


En somme, on les marque au fer d'une culpabilité dont ils ne sont en rien coupables. Et après, bonne chance pour s'en débarrasser d'autant plus qu'il y a de multiples piqûres de rappel, que de catéchisme en prêches, on rebat sans cesse le clou du péché. Donc, au départ, un lavage de cerveau et ensuite, sans cesse, la menace d'un châtiment éternel… en insistant bien sur la faute primordiale.


C'est bien de cela que parle la chanson et ce dont elle entend libérer les gens. Le grand Galilée lui-même eut le plus grand mal à affronter cette engeance et ne s'en tira que par une feinte soumission. Comme durent le faire des millions d'autres ; comme des millions d'autres doivent le faire encore aujourd'hui. Silence, elle tourne ! Et la chanson est libératoire car elle dit cette chose simple : il suffit de se débarrasser de ce sentiment de culpabilité et l'on peut enfin vivre… Se débarrasser de l'Église, de Dieu et du péché est le premier pas vers la liberté humaine.


Enfin, je me réjouis grandement d’être un âne, car nous les animaux, nous ne subissons pas cette vindicte divine, même si bien évidemment, elle est purement imaginaire et qu'il suffit de ne plus y croire pour y échapper. Mais j'y pense, c'est le moment de ressortir notre antienne : « Noi, non siamo cristiani, siamo somari » (Nous, nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme ») et j'ajoute : et heureux de l'être.


Je me rallie entièrement à ce « et heureux de l'être ». Car, je le suis aussi.


Alors, saluons la chanteuse et sa chanson et reprenons notre tâche sempiternelle et tissons le linceul de ce monde rongé par ses sentiments de culpabilité, étouffé par les croyances, écrasé par les religions et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Coupable d'avoir osé
Ce coup de dent à cette pomme
Sacrée et pour avoir contesté
Leur théorie géocentrique.

Et pourtant elle tourne,
Malgré l'inertie imposée,
Leur envahissant obscurantisme,
Et leur répression despotique.
Au fond, il ne reste qu'à effacer
Mes sentiments de culpabilité.
Un grand merci, sans façon,
Une poignée de main, évidemment,
Un au revoir, des félicitations,
Et mes plus respectueux sentiments.

Coupable d'une pensée
Impure jamais confessée,
Pour avoir mis en doute
Les anges et les croisades.

Je me souviens de cette enfant,
Affectée de troubles mentaux graves,
Jugée diabolique cependant
Pour avoir mâché l'hostie.

Au fond, il ne reste qu'à effacer
Mes sentiments de culpabilité.
Un grand merci, sans façon,
Une poignée de main, évidemment,
Un au revoir, des félicitations,
Et mes plus respectueux sentiments. 

vendredi 1 mai 2015

DANS LA TRANCHÉE

DANS LA TRANCHÉE



Version française – DANS LA TRANCHÉE – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson flamande – In de loopgraf – Einstürzende Neubauten – 2014
Texte – Poème : In de loopgraaf – Paul van den Broeck – 1916



Un coucou appelle.
Comment puis-je danser maintenant?
Comment puis-je danser un, deux, trois ?
Dans ma tombe, c'est trop étroit.




Ou je me trompe, ou voici un terrible jeu de mots en néerlandais et même, plus exactement, en flamand… Et j'espère bien qu'il en soit ainsi. Car, vois-tu Lucien l'âne mon ami, l'orthographe habituelle est « loopgraaf » qui signifie en français : tranchée. Cependant, il est nettement écrit : « loopgraf ». D'ailleurs, le poème original s'intitulait : « In de loopgraaf ».


Et alors, dit Lucien l'âne un peu stupéfait ?


Et alors, dit Marco Valdo M.I., il me semble que cette « erreur » est volontaire et au lieu d'avoir « un endroit creusé où l'on court » (graven est le verbe qu'on peut traduire par creuser) – c'est-à-dire effectivement une « tranchée » ; on aurait « une tombe où l'on court » (graf étant la tombe, le tombeau). Tu me diras que vu du côté de l'Yser, il y a cent ans, c'était du pareil au même. Les tranchées n'étaient en définitive que des « boyaux de la mort ». Donc, je me rallie à l'erreur volontaire. Par ailleurs, je me dois d'insister sur le fait que cette chanson est en flamand et pas en néerlandais (ABN), deux langues proches, mais il y a des nuances et s'agissant de la guerre de 1914-18, d'une incidence pas seulement linguistique. Et, je t'assure que je ne dis pas ça gratuitement. J'ai au moins deux bons arguments à avancer : le premier, c'est que l'auteur du texte est un Flamand – il s'agit de Paul van den Broeck (1882 -1940), pacifiste, connu comme « de "mysterieuze Vlaamse oorlogsdichter" (Le mystérieux poète de guerre flamand), dont on ne connaît que les deux poèmes repris dans les Chansons contre la Guerre ; ce qui soit dit en passant est fort dommage. Il aurait été proche de Paul Van Ostaijen, un autre poète flamand plus connu et comme lui, proche des mouvements dada et de l’expressionnisme. Le deuxième argument est la présence du mot « manillen », qui est recensé comme un mot du néerlandais de Belgique, autrement dit du flamand. La « manille » est un jeu de cartes venu de France et qu'on jouait dans les tranchées pour tuer le temps, en espérant ne pas être tué soi-même. J'ajoute un troisième argument – de taille celui-là – c'est que ces fameuses tranchées se trouvaient dans le réduit derrière l'Yser, donc en pays flamand et que les Pays-Bas (Nederland) se disaient neutres et n'intervenaient en rien directement dans ces histoires de tranchées, tout en donnant passage et refuge aux troupes allemandes en déroute et en donnant asile à l'Empereur Guillaume II[[38007]] – au point qu'à la fin de la guerre, l'armée néerlandaise était prête à envahir « préventivement » la Belgique, qui demandait réparation de cette fausse neutralité.


Et bien, Marco Valdo M.I., on en apprend tous les jours avec toi… Il y a bien longtemps qu'on ne m'avait plus parlé de cet épisode qui faillit – n'était l'intervention des Alliés – relancer immédiatement une autre guerre. Dis-moi, la chanson elle-même


C'est vraiment un très étonnant poème fait de notations sobres, qui rappelle les danses de morts du Moyen-Âge. Quant au coucou, en effet, on l'entendait tous les jours dans les tranchées… Mon aïeul, qui y fut 4 ans, quand il entendait un coucou, tressaillait encore des dizaines d'années plus tard.


Alors, voyons cette chanson et reprenons, à notre tour, notre tâche – des plus pacifiques – et tissons le linceul de ce vieux monde qui va de guerre en guerre vers sa propre disparition, inconscient et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Comment puis-je danser un, deux, trois ?
Comment puis-je danser dans
ces boyaux étroits ?Cette nuit est si calme ;
La lune est ronde et pleine.

Je veux danser,
Je veux danser.
Mais comment puis-je danser dans ces tranchées étroites ?
Les camarades, jusqu'aux os, sont épuisés.
Les camarades ont un accordéon et du genièvre.
Ils jouent
Avec leurs os enfoncés dans la boue.

Je veux danser un, deux, trois,
Dans mon boyau étroit ;
Pas dans mon abri,
Mais, libre dans la nuit.


Je veux danser, encore avec les dernières étoiles
L'aube apporte les salves et les grenades
Entre les lignes.
Imperturbable, malgré le grondement,
Un coucou appelle.
Comment puis-je danser maintenant?
Comment puis-je danser un, deux, trois ?
Dans ma tombe, c'est trop étroit.

ARRIÈRE-PAYS

ARRIÈRE-PAYS


Version française – ARRIÈRE-PAYS – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson flamande - Achterland – Einstürzende Neubauten – 2014



Font l'acier 
Fondent les rails 
Et les mortiers
Ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire


Ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire !
Ici, le repos veut dire :

Chasser les poux !
Ils vivent uniquement de notre sang

Mais

De sang, d’autres vivent ailleurs :
Producteurs d’obus,
Fournisseurs de rations, 
Poudre à canon, balles,
Tous dans l’arrière-pays
Des pays neutres.


Chauffeurs, filles, brancardiers, docteurs

Font l’acier, 
Fondent les rails, 
Et les mortiers.
Ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire
(on devra aussi enlever mes pensées comme les poux)
De sang, ils vivent ailleurs.


Ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire !
Ici, le repos veut dire :

Chasser les poux !
Ils vivent uniquement de notre sang


Mais

De sang, d’autres vivent ailleurs :
Producteurs d’obus,
Fournisseurs de rations, 
Poudre à canon, balles,
Tous dans l’arrière-pays
Des pays neutres.



jeudi 30 avril 2015

LE DÉBUT DE LA GUERRE MONDIALE EN 1914 (avec l'aide d'un imitateur de voix animales)


LE DÉBUT DE LA GUERRE MONDIALE EN 1914 

(avec l'aide d'un imitateur de voix animales)


Version française – LE DÉBUT DE LA GUERRE MONDIALE EN 1914 (avec l'aide d'un imitateur de voix animales) – 2015
Chanson allemande – Der Beginn des Weltkrieges 1914 (unter Zuhilfenahme eines Tierstimmenimitators) – Einstürzende Neubauten – 2014




Ces deux dames, ne soupçonnant rien, s'en vont promener ...




Maintenant, Lucien l'âne mon ami, je pense qu'elle va bien te plaire cette canzone, qui est une authentique Canzone contre la Guerre, mais en même temps une chanson drôle où interviennent les animaux. En somme, c'est le début de la Guerre mondiale vu par les animaux.


En effet, cela devrait me plaire et j'ai hâte de la découvrir. Cependant, dis-moi Marco Valdo M.I. mon ami, parmi tous ces animaux qui assistent au début d'une des plus grandes tueries parmi les hommes, y a-t-il un âne ?


Malheureusement non. Mais depuis ton intervention ici-même, oui. Cependant, je voudrais te rassurer en rappelant que La Déclaration Universelle des Droits de l'Âne [[49337]] – et cette fois, de l'âne seul – se voulait valoir pour toutes espèces, l'humaine y compris. Inversement, ici, les animaux qui apparaissent et se manifestent parlent pour tous les animaux et donc, aussi bien pour les ânes et les humains.


Mais en quoi est-elle contre la guerre… ? Peux-tu me le dire ?


Certainement, Lucien l'âne mon ami. En premier lieu, il est évident qu'elle ne contient aucune condamnation explicite de la guerre, ni des armées, ni rien de ce genre. Cependant, elle utilise une autre voie : elle présente ce grand moment de l'histoire de manière ridicule, elle vise à la noyer dans l'acide comique. Elle l'évoque avec une ironie décapante et lui signifie son mépris par les cris des animaux. L'oie fait « zschzschGUERRE. ZschzschGUERRE… », approuvée par son époux le canard qui dit : « nanana coincoin. nanana coincoin » ;
le chien déclare « zschzschGUERRE guerre
KRIIIGKRIIIGOU ! » ;
la poule : « cotcot-GUERRE, cotcot-GUERRE » et « kodaakSOLDAAATS… kodaak SOLDAAATS »… et pour finir , un paon qui s'exclame « HIITLER, HIIIIITLER, HIIIIITLER ».


Je comprends et j'apprécie beaucoup. Maintenant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde grand faiseur de guerres, hautement belliqueux, matamoresque et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




ATTENTION

Nous entendons maintenant le début de la guerre mondiale en 1914
Les jours d'août 1914 sont encore inoubliables pour nous tous :
L'excitation qui saisissait alors l'humanité entière était si grande que même la faune fut saisie par elle.


Il suffisait seulement d'avoir des yeux et des oreilles.
Moi-même, j'eus l' occasion en Alsace de conforter mes observations à ce sujet.
Déjà la mi-août 1914, nous étions installés dans un petit village des Vosges ; et en plus de nous, il y avait là encore
Une oie
Une oie correcte
Une oie merveilleuse
— qui avec un canard, ainsi que je l'ai appris plus tard, eut une fille illégitime, comme j'ai pu comprendre : elle l'avait couvée et par reconnaissance, les deux furent inséparables.

Ainsi : Ces deux dames, ne soupçonnant rien, s'en vont promener sur la route,
Quand tout à coup des nuages de poussière se mettent à tourbillonner
Et derrière lesquels se profilent en rang
Des masses grises d'une armée qui se rapproche.

L'oie, dont la vigilance est bien connue depuis le Capitole, est aussi dans ce cas la première qui remarqua le chahut, car elle fit demi-tour immédiatement, vînt jeter l'alarme dans la basse-cour :
« zschzschGUERRE. ZschzschGUERRE… » ; le canard placide cancane derrière elle, disant « nanana coincoin. nanana coincoin ».
Ils alertent le chien de garde : « zschzschGUERRE guerre
KRIIIGKRIIIGOU ! »
« OÙ ? Woua ? Où Woù ? »

Arrive la famille des poulets, la poule, une dame très curieuse et plus âgée qui veut vérifier la chose de ses propres yeux. Alors, elle saute sur le mur, avec un effort (par suite de son obésité) :« cotcot-GUERRE, cotcot-GUERRE »
Elle est maintenant en haut et elle voit maintenant aussi ce qui arrive :
Et correctement, elle énonce : « kodaakSOLDAAATS… kodaakSOLDAAATS »
Le coq, son époux, beaucoup plus jeune qu'elle, qui en outre se dit, toutefois en tant que son mari
Très rigoureux, il se dit :
Soldats, c'est une notion fort large, mais « Quelle sorte de soldats, quelle sorte de soldats ? ? »
Avec facilité, il saute sur le mur et lève les yeux à sa manière et constate
« IIINFANTRIIIIE ! ! ! ! IIINFANTRIIIIE ! ! ! ! » 

Alors, s'approche également le dindon pépère, il demande au coq qui est encore là en haut :
« CAVALERIE là-bas ?»
« CAVALERIE là-bas ?»
Et maintenant, la cavalerie passe vraiment ; sur un air de musique
CAVALERIE ! ! ! ! CAVALERIE ! ! ! !

L'oie arrive près du mouton : « GUERRE… « Bêêê - bêêê » : le mouton stupide n'y croit pas ! Maintenant nous aussi, nous n'y avions en partie pas cru…
Voici la vache, la vache vorace – elle ne peut manquer d'en dire aussi quelque chose, comme elle entendait subitement la musique :
« MUUUH-SIK ! MUUUUH-SIK »

Et comme l'artillerie lourde défilait devant lui, le porc l'apprécia entretemps tellement disant : « Couiik Artillerie, Couiiik Artelleriiiie »

Mais le paroxysme sera atteint par le fait qu'un paon historique qui avait déjà participé à celle de 1870, sauta sur la plus haute colonne de l'entrée et de là-bas en haut, il reconnut son Excellence le Generalfeldmarschall Graf Нäsе 1ег et de manière plus amusante encore lorsqu'il passa à cheval.


Le paon lui présenta les honneurs d'une roue grotesque en paonnant :
« HIITLER, HIIIIITLER, HIIIIITLER »

mardi 28 avril 2015

SOUVENIRS D'UN VAINCU



SOUVENIRS D'UN VAINCU

Version française – SOUVENIRS D'UN VAINCU – Marco Valdo M.I. – 2015
d'après la version espagnole de Caballero Bonald (RECUERDOS DE UN VENCIDO)
d'une chanson catalane – Records d'un vençutJoan Isaac – 1977




Parc Güell, le dimanche.





L'histoire d'un vaincu de la guerre civile. L'exil en France, la tentative de recommencer une nouvelle vie, le rêve – qui pour beaucoup ne fut pas possible ou fut trop tardif – d'un retour dans une patrie libérée de la dictature.



Vois-tu, Lucien l'âne mon ami, c'est une chanson qu'on dira – à juste titre, antifranquiste et conséquemment, antifasciste, antiféloniste et d'une façon doublement particulière :

d'une part, car ce sont les remembrances d'un vaincu, d'un de ceux qui durent connaître le dur exil – pour des raisons que nous connaissons et qui pèsent encore et que l'on appelle communément « real politic » ou en jouant sur les mots : de « reale politica », celle qui sévit toujours aujourd'hui en Espagne (Una, grande...) ;

d'autre part, car c'est une chanson catalane, chose qu'on ne peut ignorer. Et c'est de ce dernier sens que j'aimerais que nous parlions un peu.


Pourquoi pas ? Il me semble, à moi, tout âne que je suis, moi qui ai parcouru depuis bien des siècles, bien des régions, bien des villages, bien des pays, il me semble que la langue est un des éléments les plus importants de la vie de l'humaine nation ; bref, tu as raison, il faut en parler.


Moi, comme tu le sais, mon ami l'âne Lucien, je vis dans un pays artificiel, dont la plus grande partie parle une autre langue (le flamand) que celle que je m'efforce de connaître et de pratiquer (le français). Et ces gens-là (comme disait Brel) ont parfaitement le droit et même raison de parler leur langue et de vivre en elle, puisque comme pour nous tous, c'est au travers de la langue que l'on pense et que se traduisent les émotions. Donc, c'est ainsi que transite la vie, la sensation de vie. Cependant, on m'obligea – dès l'enfance et pendant des années – à me farcir l'indigeste apprentissage de langues (flamand, anglais) qui, du coup, me donnèrent la nausée. On se sent ici comme dans certaines colonies… Ah, si j'avais pu choisir ; au lieu de perdre plus de douze ans d'apprentissage inutile et humiliant, j'eusse choisi l'une ou l'autre langue. Pour se convaincre que je n'ai rien contre le fait de m'efforcer de connaître d'autres langues que le français, il suffit de voir que je traduis des langues que je ne connais même pas et surtout qu'on ne m'a pas imposées de force.


Je connais çà, ces langues qu'on impose… Ora e sempre : resistenza !


Et, il faut comprendre, Lucien l'âne mon ami, que la langue devient enjeu politique à partir du moment où on l'impose pour museler les aspirations des êtres, mais aussi pour leur imposer une domination et une exploitation, y compris économique, y compris politique. Pour que nos amis italiens comprennent bien : la partie flamande de ce faux pays est sous la houlette de ce qui ressemble à la Ligue du Nord (en Italie) ou au national-radicalisme de Madame Le Pen (en France) et ces gens-là imposent en bons nationalistes leur conception de la société. Et leur moteur est la langue ; un peu comme pour le pangermanisme, celui des Allemands de souche, fut pareillement porté par d’autres nationalistes d'un autre temps.


Rien d'étonnant dès lors que les gens d'où qu'ils soient, n'aiment pas qu'on leur impose d'autres langues que la leur. J'imagine que c'est ton cas…


En effet, Lucien l'âne mon ami, cela se passe ici même, mais c'est aussi le cas par exemple au Québec, en Suisse romande, en Catalogne, en Euzkadi… Je n'en dirai pas plus. Je préfère laisser courir la réflexion au fil du temps.


Je pense que tu fais bien, car la chose est complexe et à mon sens, elle se dénouera d'elle-même. Cela dit, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde nationaliste, oppresseur, tyrannique et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Parfois, on le trouve au café
Accroché à un verre,
Les yeux à demi-fermés
Et la bouche sèche.
Parfois, sur un banc vert
Dans un parc éloigné,
Admirant son petit-fils dont il est toqué.

Il est né quand est passé
Le siècle dernier.
Fils d'un petit commerçant,
Il alla à l'école jusqu’à quatorze ans ;
Puis, on le mit à travailler.
Apprenti ou je ne sais.

Il conserve au creux de sa main
Le parfum parisien
Des vingt ans d'une fille
Nuage déjà dissipé
Et son canotier de paille beige
Illumine les cafés
Ou les concerts du parc Güell, le dimanche.

Il garde dans le fonds d'un tiroir discret
Certain très vieux « Diluvio »
Où dorment des mots
Que le temps a défaits.
S'ils savaient le bien qu'ils t'ont fait,
Vaincu peu t'appelleraient .
Ce dix-huit juillet de trahison
Cent mille fois maudit
Te vola ton sourire
Et une volée de compagnons,
Peur, sang, bombes et canons,
Témoins d'un triomphe
Qui t'a rejeté très loin d'ici.

Puis, l'exil, les Pyrénées, la France,
Des gens de coutumes différentes
Et l'ardeur vrillée dans la poitrine
Qui garde l'espoir que ton temps revienne.
Nous combattons tous dans cette espérance.