samedi 28 mars 2015

ANTIPATRIARCHE

ANTIPATRIARCHE

Version française – ANTIPATRIARCHE – Marco Valdo M.I. – 2015
à partir de la version italienne de Lorenzo Masetti

d'une chanson espagnole – AntipatriarcaAna Tijoux – 2014




Tu ne me muselleras pas, tu ne me feras pas taire







Antipatriarche est une chanson qui est née, je dois être extrêmement honnête, je me suis toujours sentie extrêmement ignorante en ce qui concerne le féminisme, car nous avons un machisme social intrinsèque. Sans nous en rendre compte, nous répétons des modèles de machisme, car ils nous sont imposés dans l'éducation dès le jeune âge, à travers la télé, et l'école. Et il m'a toujours semblé que le féminisme était quelque chose d'éloigné, et honnêtement, je me suis mis à lire Gabriela Mistral et Simone de Beauvoir. Gabriela Mistral, poétesse chilienne, prix Nobel et formidable féministe, libertaire. Et je suis tombé amoureuse de son œuvre, de sa poésie. Et cela aussi a fait une sorte de clic, de mise en question et de réflexion en ce qui concerne la condition de femme. En outre, j'ai examiné l'histoire y compris révolutionnaire de gauche latino-américaine, et je me suis rendu compte qu'il y a seulement des hommes et qu'il n'y a pas de femmes. Il y a seulement des figures masculines. De cela est née alors la nécessité de se demander ce qu'il en était des femmes et de l'invisibili de la femme. Antipatriarche est une chanson qui naît, raconte et cherche la fierté, mais pas la fierté à deux sous, mais à partir l'identité de genre et aussi contre la violence envers la femme qui est tellement récurrente en Amérique latine, le féminicide, etc.



Je peux être ta sœur ta fille, Tamara Pamela ou Valentina
Je peux être ta grande ami
e et même, ta compagne de vie
Je peux être t
a grande alliée, celle qui conseille et celle qui apaise
Je peux être
n'importe laquelle, tout dépend du surnom que tu me donnes
Je décide de mon temps quand je v
eux et où je veux
Indépendant
e je suis née, indépendante je décide

Je ne marche pas derrière toi, je marche à ton côté
Tu ne m'humilieras pas, tu ne crieras pas sur moi
Tu ne me soumettras pas , tu ne me frapperas pas
Tu ne me dénigreras pas, tu ne m'obligeras pas
Tu ne me muselleras pas, tu ne me feras pas taire
Ni soumise ni obéissante
Femme forte insurgée
Indépendante et courageuse
Casser les chaînes de l'indifférence
Ni passive ni opprimée
Femme jolie qui donne la vie
Émancipée en autonomie
Antipatriarche et joyeuse
Et à libérer….
Je peux être chef ménage, employée ou intellectuelle
Je peux être protagoniste de notre histoire et agit
atrice
Des gens, de la communauté, celle qui organise le voisinage
Celle qui organise l'économie de sa maison, de sa famille
Femme jolie
se lève
Pour briser les chaînes de la peau


Je ne marche pas derrière toi, je marche à ton côté
Tu ne
m'humilieras pas, tu ne crieras pas sur moi
Tu ne me
soumettras pas , tu ne me frapperas pas
Tu ne me dénigrer
as pas, tu ne m'obligeras pas
Tu ne me muselleras pas, tu ne me feras pas taire
N
i soumise ni obéissante
Femme forte insurgé
e
Indépendant
e et courageuse
Casser les chaînes
de l'indifférence
N
i passive ni opprimée
Femme jolie qui donne la vie
Émancipée en autonomie
Antipatriarche et jo
yeuse
E
t à libérer….

vendredi 27 mars 2015

ÉLOGE DU RÉVOLUTIONNAIRE

ÉLOGE DU RÉVOLUTIONNAIRE


Version française – ÉLOGE DU RÉVOLUTIONNAIRE – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson allemande – Lob des RevolutionärsBertolt Brecht1932

Texte : Bertolt Brecht
Musi
que : Hanns Eisler
Interpr
étation: Ernst Busch



Là où toujours on se tait
Là, il parlera



Quand la répression s'aggrave
Beaucoup se découragent
Mais lui, augmente son courage.

Il organise le combat
Pour le salaire, pour l'eau de thé
Et pour le pouvoir dans l'État.
Il interroge la propriété :
D'où vient-elle ?
Il se met à questionner :
À quoi sert-elle ?

Là où toujours on se tait
Là, il parlera
Là où la répression se complaît
Là où elle régit le destin
Là, les noms, il citera.

Où il s'assied à la table
La grogne passe à table
Le repas empire
Et la pièce se resserre.

Là où ils le chassent,

L'agitation se déplace, et d'où on le chasse,
L'inquiétude reste en place.

jeudi 26 mars 2015

Marengo

Marengo

Chanson française – Marengo – Marco Valdo M.I. – 2015

ARLEQUIN AMOUREUX – 1

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.



Au matin, la bataille commença tôt
Sieg oder Tod ! On prit Marengo !
À midi, c'était la victoire.
Gott in Himmel ! Dix mille hommes perdus au soir.




Voici donc, Lucien l'âne mon ami, une nouvelle série de canzones qui s'en vont te raconter l'histoire d'un Arlequin amoureux, ci-devant fantassin de l'Empereur autrichien François. Enrôlé de force, déserteur par vocation, il passera sa vie à fuir, fuir et à se réfugier en songe dans les bras imaginaires de son Arlecchina. On verra bien à la fin comment tout cela finira. Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li, Oui, Monsieur Chi, Oui, Monsieur Nelle, Oui, Monsieur Polichinelle.


Mais qu'est-ce que tu me chantes là ?, Marco Valdo M.I. mon ami. On dirait une comptine enfantine...


C'en est une et sans doute l'as-tu entendue des dizaines de fois. En tous cas, moi, c'est certain. Reste à te dire comment elle est arrivée jusqu'ici.


Peu importe, dit Lucien l'âne en pointant ses oreilles vers le ciel.


Pas du tout. Cette comptine est la cause de tout. C'est le premier moteur de cet opéra-récit-historique que je m'en vais te conter en un nombre indéterminé d'épisodes, c'est-à-dire de canzones.


Si je me souviens bien, ce sera la cinquième série du genre ; il y a eu Le Cahier Ligné, Dachau Express, Histoires d'Allemagne, Le Livre Blanc…


La cinquième, en effet et ce sera aussi, le deuxième déserteur, après Joseph. Et c'est aussi, la deuxième série qui commence par un souvenir napoléonien, puisque le cycle du Cahier Ligné commençait par des Souvenirs napoléoniens. Quant à la comptine… Quant à la comptine…


Finalement, quoi, quant à la comptine ?, dit Lucien l'âne d'un air courroucé en raclant le sol de son sabot noir comme une nuit sans lune.


Et bien voilà. L'autre jour, et l'affaire illustre bien comment les comptines restent dans la tête des gens, les enfants – je ne me souviens plus de la raison précise – mais les enfants, ils étaient trois et tous en âge d'être parents, soudain égrenèrent les souvenirs, comme fait le Frédéric de Claude Léveillée, un autre Arlequin celui-là. Par parenthèse, Frédéric est une des plus belles chansons de la langue française et une chanson qui mériterait que je l'insère dans les chansons de paix, qui sont comme j'ai coutume de le dire, les meilleures chansons contre la guerre. Et puis, comme on en était quand même au temps des carnavals et des arlequinades, Monsieur Polichinelle est soudain revenu à la mémoire commune et tous les (grands) enfants de chanter :
« Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle. »
C'est là que je me suis dit, il faut en faire une chanson, une chanson d'Arlequin. Et je me suis souvenu de Chveik, du Kanonýr Jabůrek et de ce roman tchèque que j'avais lu, il y a pas mal de temps, roman d'un déserteur inouï, écrit par Jiří ŠotolaDe la chanson, à la série, il n'y a qu'un pas : notre déserteur Arlequin ayant de nombreuses aventures... Ainsi, la série, c'est le résultat des aventures de ce Matĕj, alias Matthias, Matys, Matysek, Mathieu, dont le patronyme Kuře, me dit-on, signifierait poussin, poulet… Et comme à l'habitude, les musiciens se font attendre...


Comme je comprends l'affaire, il s'agit d'une chanson et même d'une série de chansons (à venir) contre la guerre… Ainsi donc, nous tisserons par la chanson, l'arlequinade et la désertion, le linceul de ce vieux monde engoncé dans ses brumes guerrières, ses massacres, sa sinistrose et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Au printemps de dix-huit cent,
On avait dit Bonaparte,
On avait cru Bonaparte
Cuit sur le Nil, au soleil éclatant.

Bonaparte, on avait menti,
Bonaparte n'était pas rôti.
Bonaparte était à nouveau là.
Alors, recommença la corrida.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Moi, Matthias, quarante ans,
Vagabond de Bohème, Arlequin dans le vent,
Enrôlé de force au régiment,
Boutons jaunes et caleçon blanc.

Instruction éclair, départ sur le champ,
Vers le sud, en avant !
Autriche, Styrie, Vénétie, Piémont,
Le treize juin, le cul par terre, en position.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Au matin, la bataille commença tôt.
Sieg oder Tod ! On prit Marengo !
À midi, c'était la victoire.
Gott in Himmel ! Dix mille hommes perdus au soir.

Le quatorze juin, au soir le la bataille,
Sur le champ couvert de morts, Matthias le fantassin,
Rescapé de la mitraille,
Se mua en Arlequin.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.


RUDE

RUDE


Version française – RUDE – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – CrudoSusanna Parigi – 2011
Album: "La lingua segreta delle donne" (2011)



Rude comme le temps
Comme les branches cassées par le vent



Rude comme le temps
Comme les branches cassées par le vent
Rude comme la peau d'un crocodile
Comme le mur des larmes
Comme une cantilène

Rude comme un cilice
Comme un signe indélébile sur ma poitrine
Comme la poix bouillante sur l'ennemi insensible
Rude comme un verbe
Comme un manifeste

Rude le derme boucané
Rude le signe de la main effacé
Rude le savoir anticipé
Rude et sévère
Mon sein aride

Rude le brusque
Bouleversement de son visage
Sec le coup et puis, le tourment
Et son constant
Dédoublement

Rude sa parole
Comme
la croûte de pain qui rassasie et tueRude son errance,
L’arrogance
Et après
la souffrance

Rude comme l'angoisse
Comme le corps tremblant d'un sacrifice
Rude comme la lame qui s'enfonce
Comme le soupçon
D'une trahison

Rude comme la félonie
Comme le songe malade de l'égoïsme
Comme se rendre à qui on aime
Rude est le secret
Qu'on tairait.


Rude la force
De se relever du champ de la défaite
Rude le pacte de sang qui ferme le cercle
Comme la fourche ancestrale
Comme la corde

mercredi 25 mars 2015

NOUS VENIONS TOUTES DE LA MER

NOUS VENIONS TOUTES DE LA MER

Version française – NOUS VENIONS TOUTES DE LA MER – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Venivamo tutte dal mareSusanna Parigi – 2014


Nous venions toutes de la mer
Marchandises à transporter,

Parfaites.
Pour l'occidental piège.





Nous venions toutes de la mer
Marchandises à transporter,
Parfaites.
Pour l'occidental piège.
Nous venions toutes de la mer,
À pas lents le long la frontière,
Sans adresse à déclarer
Car la mer n'a pas de rues,
Ni de portes à numéroter,
Seulement une fenêtre pour regarder
Un ciel nouveau ;
Mais aucune étoile
N'appartient pour nous
Aux constellations d'amour.
Mais aucune terre
N'est promise pour nous
Par un dieu fatigué de naviguer.
Nous venions toutes de la mer
Assez fortes pour ne pas mourir,
Gamines, paysannes, amantes ;
Parfaites.
Nous venions toutes de la mer
Avec des prières, couler,
Sans un nom à déclarer
Car la mer n'est pas un père
Et elle n'a pas de porte de secours,
Seulement une fenêtre pour regarder
Un ciel nouveau ;
Aux constellations d'amour.
Aucune étoile
N'existe pour nous
Et aucune terre
N'est promise pour nous
Par un dieu fatigué de naviguer.
Nous venions toutes de la mer
Marchandises à transporter,

Parfaites.
Pour l'occidental piège.

L'Invitation au Voyage

L'Invitation au Voyage


Chanson française – L'Invitation au Voyage – Léo Ferré – 1957
In Les Fleurs du Mal – Charles Baudelaire – 1857

Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.







Voici donc, Lucien l'âne mon ami, comme je te l'avais promis L'Invitation au Voyage, tirée des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire – un de ces livres libres autant que sulfureux, promis à l'enfer et poursuivi par la justice des bien-pensants, tout comme son auteur.

Dès lors, rien que pour ça, elle a tout lieu de figurer parmi les Chansons contre la Guerre...

Certainement, mais de façon pleine et entière, il s'agit à mes yeux d'une de ces chansons qui sont résolument contre la guerre, au point même d'ignorer la guerre, de la traiter par le mépris. En fait, elle se présente comme une chanson au-delà de la guerre, qui comme L'Âge d'Or  de Léo Ferré (encore lui) raconte un monde où la guerre a été éradiquée, un monde rigoureusement sans guerre… Et dans le cas de l'Invitation au Voyage, ce n'est même pas une utopie. Elle vit dans un de ces trous du temps, un trou du temps tout comme il y a des trous dans l'espace, dont Lorenzo, sans doute, pourrait nous dire bien des choses. Elle se situe ni dans un non-lieu, ni dans un non-temps. C'est l'antonyme de la mort et de la société de cette Guerre de Cent Mille Ans qui ravage tant les vies humaines et détruit l'humaine nation. Suis bien mon raisonnement : premier pas : on ne vit qu'une fois ; deuxième pas, on est là dans un monde malade de la richesse, des richesses et des envies de richesse ; pourtant, vivre peut suffire au bonheur – la vie se suffit à elle-même, point n'est besoin d'artificieuses possessions… Bien au contraire, elles encombrent, elles polluent, elles finissent par étouffer ceux qui les accumulent.

Ô, Marco Valdo M.I. mon ami, je préfère de beaucoup ce « Songe à la douceur »…

Pour en revenir à la chanson, comme je le disais récemment, elle a ceci de très paradoxal d'être une chanson contre la guerre. Je le disais, souviens-t-en, en commentant la version française de la chanson de Tucholsky « Ruhe und Ordnung » . Elle fonctionne un peu à la manière dont Jarry soulignait qu'on trouvait les panneaux routiers annonçant une descente… toujours dans la montée. Ainsi en va-t-il de sorte que les chansons les plus résolument contre la guerre sont des chansons de paix. Ainsi en va-t-il du Temps des Cerises , ainsi en va-t-il de cette Invitation au Voyage. Chaque fois que je m'y replonge, pour moi, le monde guerrier est proprement annihilé, perdu dans les vagues du temps.

Il ne reste plus, dit Lucien l'âne d'une voix pleine de rire, joyeuse, ricochant sur les rayons de soleil, qu'à créer ici, le grand reposoir, l'immense chapitre des chansons de paix. Quant à nous, reprenons notre tâche pacifique et tissons le linceul de ce vieux monde malheureux, pénible, ennuyeux et cacochyme.

Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.