lundi 23 février 2015

Le Général Dort Debout

Le Général Dort Debout


Chanson française – Le Général Dort Debout – Ray Ventura – 1936
Paroles : Jean Féline








Alors voilà, mon ami Lucien l'âne. Voilà la chanson que je t'avais promise l'autre jour en te faisant connaître ma version « LE GÉNÉRAL », de la chanson allemande « DER GENERAL », chanson de Dieter Süverkrüp. J'espère que tu t'en souviens…


Évidemment et j'attendais avec une certaine impatience cette chanson d'enfance de Georges Brassens...


Ce « général qui dort debout » est une chanson de son enfance, mais elle est aussi présente tout à la fin de son existence comme en témoigne un enregistrement de 1980. Je te rappelle que Tonton Georges est mort jeune d'esprit et de corps… Né en 1921, il meurt en 1981, soit exactement 60 ans.


En effet, de nos jours, soixante ans n'est plus considéré comme un âge avancé. D'ailleurs, moi qui te parles… J'ai largement plusieurs dizaines de siècles, alors…


En parlant de l'âge de Tonton Georges, je ne voulais pas disserter sur le fait de savoir à partir de quel moment on est vieux ; de cela, tu peux débattre au marché ou à la télévision…


Quelle horreur ! Tu veux m'envoyer à la télévision ou supposes-tu que je passe mon temps devant l'étrange lucarne… Je te rappelle que je suis un âne et que les ânes ont bien d'autres choses à faire et à penser que de se laisser embobiner par des écrans hypnotiques.


Ho, Lucien l'âne mon ami, je voulais juste dire que cette histoire d'âges, c'était un sujet pour la télévision. Donc, si j'ai parlé de l'âge de Tonton Georges, c'était pour situer la chanson dans le temps. Quand Brassens l'entend les premières fois, ce doit être après 1936 et sans doute dans la version courte de Ray Ventura. Cela en fait une chanson juste avant la guerre 1939-45 et même contemporaine de l'intervention allemande et italienne en Espagne contre la République, de l'annexion de l'Autriche (Anschluss), des accords de Munich… Et ainsi, ce général qui dort debout en dit plus qu'il n'y paraît. Rappelle-toi Munich 1938 et le commentaire de Churchill à propos des accords passés par la France et l'Angleterre avec Hitler et Mussolini et publié dans le Times de l'époque : « Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre ». Dès lors, tu comprendras comment et pourquoi cette chanson d'origine anglaise va traverser la Manche et devenir sous la plume de Jean Féline cet innocent « Général dort debout ». Que cette sorte de coïncidence – parallèle à celle de ce « Tout va très bien, Madame la Marquise » [[43266]] – résulte d'une volonté délibérée et comme politiquement consciente de l'auteur n'est ni certain, ni nécessaire. On dirait que la création de chansons (et plus généralement, de poésie ou même, de tout texte) charrie avec elle des sens en quelque sorte sortis d'un inconscient, un peu comme une eau sourd au milieu d'un champ, d'un bois, d'un pré, d'un talus, d'un chemin...


Je comprends bien cela et je pense que tu décris assez bien le phénomène.
Mais que raconte donc cette chanson ?


C'est l'histoire d'un petit garçon qui un soir, alors qu'il joue avec ses soldats de plomb, s'endort et met fin à la guerre qui se préparait. Dans la chanson, le général est un jeune enfant – disons de trois ou quatre ans et son armée est factice. Dans le réel…


Oui, je vois, c'est bien autre chose. Alors, écoutons la chanson…


Oh, juste un dernier mot... Je propose de reprendre en premier la version longue chantée par André Claveau, chanteur de charme du temps de ma grand-mère ; une version qui date des années Cinquante. Elle contient toutes les autres. J'y joins la version de Ray Ventura et suprême cadeau, la version de Georges Brassens qui se trouve dans l'ensemble des chansons de ses chansons d'enfance.


Et ça, c'est un vrai cadeau… Alors, allons-y et tissons, quant à nous, le linceul de ce vieux monde soldatesque, militariste, guerrier et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Sur le plancher du salon,
Sont rangés les soldats de plomb.
Fantassins et artilleurs,
Des cavaliers, des sapeurs
Vont jouer leur destin.
Pourtant, aucun ordre ne vient.


Rantanplan, pas de grande parade !
Fermez le ban, pas de mousquetade !
Tout le monde au garde-à-vous !
Mais le général dort debout.

Les soldats étaient pourtant prêts,
On avait dit qu'ils se battraient,
Mais il faut qu'ils soient dissous
Car le général dort debout.

Les officiers ne sont pas contents.
Du colonel au sous-lieutenant,
Ils transmettent ce commandement :
"Baboum badaboum, rompez les rangs !"

Regardez sa tête se pencher,
Il faut l'emmener se coucher
Ce tantôt, pas de héros,
Car le général fait dodo.

Devant ce grand désarroi,
Tout va vite de guingois.
Quatre tanks sont renversés ;
Tous les avions sont écroulés ;
D'un geste du pied,
Leur chef les a tous balayés.

Rantanplan, pas de grande parade !
Fermez le ban, pas de mousquetade !
Tout le monde au garde-à-vous !
Mais le général dort debout.

Les soldats étaient pourtant prêts,
On avait dit qu'ils se battraient,
Mais il faut qu'ils soient dissous
Car le général dort debout.

Les officiers ne sont pas contents.
Du colonel au sous-lieutenant,
Ils transmettent ce commandement :
"Baboum badaboum, rompez les rangs !"

Regardez sa tête se pencher,
Il faut l'emmener se coucher
Ce tantôt, pas de héros,
Car le général fait dodo.


Le marchand de sable vient
Apportant le sommeil en ses mains.
Dormez bien, la lune luit.
Général, bonne nuit !


La version courte : Ray Ventura et les Collégiens. (1936)


Sur le plancher du salon,
Sont rangés les soldats de plomb,
Fantassins et artilleurs,
Des cavaliers, des sapeurs.
Ils vont jouer leur destin,
Pourtant aucun ordre ne vient
Rantanplan, pas de grande parade !
Fermez le ban, pas de mousquetade !
Tout le monde au garde-à-vous !
Mais le général dort debout.

Les soldats étaient pourtant prêts,
On avait dit qu'ils se battraient.
On devait faire une jolie guerre,
Mais le général dort debout

Les officiers ne sont pas contents,
Du colonel au sous-lieutenant
Transmettent ce commandement :
"Baboum badaboum, rompez les rangs !"

Regardez la tête penchée
Il faut l'emmener se coucher
Ce tantôt pas de héros
Car le général fait dodo

(Les chœurs)
Le marchand de sable vient
Apportant le sommeil en ses mains
Dormez bien, la lune luit
Général, bonne nuit
Bonne nuit…


samedi 21 février 2015

LE GÉNÉRAL

LE GÉNÉRAL


Version française – LE GÉNÉRAL – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson allemande – Der GeneralDieter Süverkrüp – 1964
Paroles et musique de Dieter Süverkrüp


Que fait le général la nuit ?
Sous la couette, il se couche vers onze heures
Et il dort d'un sommeil uni.




Voici, mon ami Lucien l'âne, une chanson en apparence phénoménologique ou la résultante d'une nouvelle forme d'anthropologie, à moins qu'il ne soit question d'une chanson de sociologie militaire… Que sais-je ?


Oups !, dit Lucien l'âne un peu estomaqué par une telle introduction. Ça vole haut aujourd'hui...


Oh, Lucien l'âne mon ami, tu me connais. Tu sais bien qu'il s'agit là tout simplement d'une manière d'introduire la réflexion. Donc, s'agissant de cette chanson, il pourrait bien être question de tout cela, sauf que jusqu'à présent, la chanson ne s'est pas encore inscrite dans pareille démarche. Mais dans certaines sphères, on y songe. Ainsi, je te disais : chanson phénoménologique, anthropologique ou sociologique… Peut-être, mais surtout, chanson marquée à l'acide ironique, à la dérision basique. Et dès lors, cette description de tranches de vie d'un général devient ainsi une chanson contre la guerre.


En somme, dit Lucien l'âne, il suffit de tremper un uniforme dans l'acide pour obtenir un effet antimilitariste…


Certes, et même, antimilitaire. Ce qui ne supprimera pas la guerre, bien évidemment, mais fera sans doute faire quelques économies de teinturerie à la nation. Cela dit, je te dois une confidence.


Une confidence ? Voilà qui m'intrigue. Et quelle est-elle ?


Oh, ce n'est pas une grande confidence et elle ne révélera aucun secret, si ce n'est sur ce qui se passe parfois dans ma mémoire. Car, cette chanson et ce général m'ont ramené à la mémoire précisément une chanson que j'avais un peu estompée, que j'avais un peu égarée au fil du temps. C'est une chanson assez ancienne, suffisamment ancienne pour que Tonton Georges (alias Georges Brassens) l'ait connue dans sa jeunesse et l'ait interprétée dans ses « chansons de jeunesse », celles avec lesquelles il a appris à chanter, avec lesquelles il a attrapé le virus de la chanson. Elle vaut donc qu'on s'y attarde… J'y reviendrai prochainement à ce « Général dort debout ». Chanson où comme dans celle-ci on rencontre un général en début de soirée… Un dernier point : comme à l'habitude, ma version ne reflète sans doute pas mot pour mot la chanson d'origine et cela pourrait chagriner certains. Mais précisément, c'est une version… et j'y ai souligné certains traits.


Écoutons-la et tissons – avec elle et Dieter Süverkrüp, le linceul de ce vieux monde rempli de militaires, de généraux galonnés qui envoient les autres au casse-pipe et qui entrent chez eux boire une camomille… et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Que fait le général en rentrant à la fin de la journée ?
Il salue sa famille
Il donne la main à tous ceux qu'il rencontre
Et il boit une camomille
Car c'est parfait
Particulièrement, avant d'aller au lit !
Et quand il lit son journal, le général, qu'est-ce qu'il fait ?
Il rêve d'un autre pays !

Que fait le général la nuit ?
Sous la couette, il se couche vers onze heures
Et il dort d'un sommeil uni.
Il apprécie la sensation nocturne
Dont le corps s'emplit.
Il a du pain, une femme et deux enfants à nourrir,
Que fait le général, quand il ne peut pas dormir ?
Il rêve d'un autre pays !

Que fait le général dès le matin ?
Il salue ses parades.
À personne, il ne donne la main
Bien que ce soient ses camarades.
Car c'est plus sain,
Particulièrement, quand on est toute une brigade.
Que fait le général dans l'air brumeux du matin ?
Il parle d'un pays voisin !

Que fait le général après la bataille ?
Il salue les survivants.
Il ne donne la main à aucun, naturellement !
Il le fait par écrit, vaille que vaille.
Comme il n'y a rien d'autre à faire
Car ce qui est fait n'est plus à faire !
Que fait le général en signant?
Il pense à son propre enfant !


Que fait le général après la guerre ?
Il écrit à sa famille.
C'est un fier militaire.
Plus tard, il reçoit le baiser d'accueil de sa femme
Car il est de nouveau chez lui
Et car après tout, c'est le père.
Que fait le général, quand il revient chez lui ?
Oui, alors, il se sent à nouveau au pays ! 

vendredi 20 février 2015

BERCEUSE

BERCEUSE


Version française – BERCEUSE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson allemande – WiegenliedKonstantin Wecker – 2005
Paroles et musique de Konstantin Wecker

Tu n'as jamais eu d'enfance, mon enfant…


Tu n'as jamais eu d'enfance, mon enfant.
On ne t'a pas chanté de berceuse.
Les bombes et les carillons de la mort, longtemps,
Ont bercé ton sommeil en douces nourrices.

Aucune mère, mon enfant ne t'as consolé.
Ta mère est morte depuis longtemps
Sur le champ d'honneur, ton père a guerroyé,
Sur ce champ si rouge de sang.

Comme la main de ma mère, c'est normal
Alors m'était refuge contre tout mal.
Comme pouvait un mot tendre
Me libérer de toute détresse.

Je n'ai pas appris à combattre. Je voulais être
Et je voulais apprendre l'amour.
Si une grande part s'est perdue pour toujours,
Je pus quand même en garder quelque chose.

Cependant, toi, encore, mon garçon
Les esprits de la nuit te poursuivront.
Il te faudra toujours supporter
La terreur de l'obscurité.

Et ils ne comprendront pas plus demain,
Car de la vie, ils ne savent rien,
Quand tu les réduiras à rien,
Au lieu de leur donner la main.

Tu n'as jamais eu d'enfance, mon enfant…

jeudi 19 février 2015

INDIEN DE VILLE

INDIEN DE VILLE



Version française – INDIEN DE VILLE – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson allemande – Großstadt-Indianer Juliane Werding – 1972












Il existe dans les Chansons contre la Guerre, comme tu le sais, Lucien l'âne mon ami, rassemblent des milliers et des milliers de chansons et plus encore de traductions d'icelles dans des dizaines et des dizaines de langues et d'idiomes ; il s'agit bien entendu, car on peut les entendre à l'unique condition qu'elles aient été enregistrées, des chansons contre la guerre. La guerre versus la paix en donc est le thème général et il s'agit de la guerre considérée, non comme un des beaux-arts… Quoique on verrait bien se développer une esthétique de la guerre et de la paix, comme le regretté Thomas de Quincey le fit au milieu du dix-neuvième siècle pour l'assassinat, sous le titre original de Murder considered as one of the fine arts, en français : De l'assassinat considéré comme un des beaux-arts et en italien : L'assassinio come una delle belle arti. Mais de la guerre sous toutes ses formes militaire, civile, économique, sociale, familiale, tribale… Il y a là tellement de chansons que pour un peu, on s'y perdrait. Mais, les grands ordonnateurs de la chose ont compris le danger et se sont empressés d'établir ce qu'ils ont appelé des « parcours » qui rassemblent les chansons, en quelque sorte, par thème. Et dans le cas de la chanson qui nous occupe, il y a un
Parcourssur le génocide des populations indiennes d'Amérique : . Je pourrais m'arrêter ici, mais je voudrais souligner la parenté, la proximité de cette chanson-ci avec L'Indien de Gilbert Bécaud. Ce sont les Indiens contemporains, ceux qui restent après les massacres successifs que les hommes blancs (comme neige?) leur ont fait subir. 

Je me souviens de l'indien de Yucatapa qui racontait la déchéance de la nation amérindienne…


Et c'est exactement ce que raconte celle-ci, mais ce n'est pas un indien qui parle. Disons que c'est un ami des Indiens. Et ton mot de déchéance est plus pertinent qu'il n'y paraît. Car la chanson raconte cette déchéance depuis la défaite au combat, la soumission par la ruse de l'alcool – l'eau de feu et par les armes à feu, la tentative de survie à la marge de la nouvelle société blanche – en clochards déguisés, et puis le plongeon dans la drogue… Et ce chemin est celui offert à bien des peuples des Inuits, noyés dans l'alcool, la télé et le porno, aux populations d'Afrique, d'Asie (on y ajoutera le tourisme sexuel et pédophile, sans compter les guerres, les massacres...) et on fait semblant de ne pas le voir, c'est le chemin de bien des zones déshéritées et délaissées de l'Europe. Ce sont les mêmes mirages, ce sont les mêmes ravages.

Oh, moi qui ai parcouru de mon petit pas d'âne le monde depuis tant de temps que je ne souviens même plus de mes premiers pas, moi donc, j'ai pu observer l'humanité et je ne peux que confirmer combien elle est une espèce redoutable et méprisable quand elle se livre au jeu délirant de la Guerre de Cent Mille Ans, tant qu'elle se livre au sport imbécile de la ruée vers l'or, les richesses, le pouvoir… Toutes choses semblables, absurdes et dégradantes. Encore une fois, j'admets que je suis un âne et que sans doute, je ne comprends pas les beautés de l'exploitation considérée comme un des beaux-arts. Enfin, prenons le temps d'écouter la chanson et reprenons notre tâche, modeste et immense, qui je te le rappelle consiste tout simplement à tisser encore et toujours le linceul de c vieux monde vil, empoisonner, assassin, avide, arriviste et cacochyme.


Heureusement !

P.S. : Lucien l'âne mon ami, nous sommes des gens indignes… Car nous n'avons jamais remercié nos hôtes des Chansons contre la Guerre, qui nous ont accueillis, nous, mes traductions approximatives, nos canzones (qui pour d'aucuns n'en seraient pas) et nos propos délirants. Je le fais donc ici solennellement…



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Pour vivre libre, le pays était assez grand
Homme rouge, mon frère.
Un jour, de la mer, de nombreux navires arrivèrent,
Ils amenaient l'homme blanc ;
Il a pris ton pays, tout l'or qu'il a trouvé,
Il a défriché la forêt ;
Quand l'eau de feu ne faisait pas son effet,
Par la force, il a volé.

Ton peuple a parlé avec les dieux et exigé une vengeance
Contre le blanc alcoolique ;
Mais qu'étaient la flèche et l'arc contre
Le Colt et ses balles.
L'homme blanc mit en échec tes valeureux guerriers
Dans une lutte sans pitié ;
Puis, au travers du pays, il sema la terreur
Sur un cheval noir crachant la vapeur.

Hey, hey, hey, Indien de ville
Dans ton caftan de couleur vive, où veux-tu aller ?
Le temps ne revient pas sur ses pas, Indien de ville,
Peux-tu comprendre qu'un joint n'apporte aucune liberté ?

Là où se trouvaient tes tentes autrefois ,
Il y a des tours en béton aujourd'hui.
Là où brûlaient tes feux de camp autrefois,
Il y a le gaz et l'électricité aujourd'hui.
Dans le ciel, de grands oiseaux en fer volent,
Bourdonnant autour du monde.
Depuis longtemps, on ne peut plus pêcher les poissons dans le fleuve ;
On peut seulement acheter et payer en argent.
Ce qui t'est resté, c'était un bout de trottoir
Des bijoux d'argent et des flûtes sur un présentoir,
Les personnes achetaient ces choses en passant
Et ne pouvaient même pas te comprendre ;
Tous voulaient un parfum romantique,
Un morceau d'attraction authentique.
Dans le grand magasin, on les trouva et moins chères, ces choses
Et pour toi, il n'y a plus rien eu à faire .

Hey, hey, hey, Indien de ville
Les montagnes sont des murs, les prairies ne sont plus vertes ;
Un ascenseur conduit à ton wigwam, Indien de ville,
Les rêves se paient à l'entrée, le vent sent l'essence.


Hey, hey, hey, Indien de ville
Dans ton caftan de couleur vive, où veux-tu aller ?
Le temps ne revient pas sur ses pas, Indien de ville,
Peux-tu comprendre qu'un joint n'apporte aucune liberté ?

mercredi 18 février 2015

Dis, Quand Reviendras-tu ?

Dis, Quand Reviendras-tu ?

Chanson française – Dis,Quand Reviendras-tu ? – Barbara – 1962





Ton image me hante, je te parle tout bas,
Et j'ai le mal d'amour, et j'ai le mal de toi.






Voici, Lucien l'âne mon ami, la chanson dont je t'avais entretenu l'autre jour, quand je déposais ici-même la version française du « Train de Soldats », le Soldatenzug [[49050]] de Juliane Werding et où je proposais :
« de lui adjoindre, la chanson de la femme qui attend depuis longtemps… C'est en quelque sorte la suite. Une suite possible, il en est d'autres… Je te le dis tout net : pour moi, il n'est pas possible que les Chansons contre la Guerre (CCG) passent à côté de cette merveille : « Dis, quand reviendras-tu ? » et d'ailleurs, je m'en vais leur envoyer prochainement. » C'est donc ce que je fais .


Et j'en suis bien content, car j'ai toujours eu un faible pour cette chanteuse sentimentale. Pour tout t'avouer, elle me fait souvent pleurer sans que je sache trop pourquoi. Elle me prend aux tripes et j'ose imaginer qu'il en est de même pour toi…


Ah, tu me connais bien, Lucien l'âne mon ami. Et là, permets-moi de te le dire, tu as tapé dans le mille. Surtout pour cette chanson-ci qui bien des années après, réveille encore une lointaine, mais profonde, blessure. Il y a des rivages dont on ne revient jamais. Passons. Je l'avais citée à propos de ce soldat qui partait se faire tuer quelque part dans la Somme ou sur l'Yser ou au pied des Vosges dans la Champagne crayeuse… Certes, celle-ci n'est pas nécessairement une chanson de soldat et elle ressemble plus à une histoire d'amour. Mais pourquoi donc les jeunes soldats n'auraient-ils pas des peines de cœur, pourquoi donc ne reviendraient-ils pas au printemps pour parler d'amour ? Beaucoup se le sont figuré… et quatre longues années de suite – pour les survivants. Combien – à raison – n'ont-ils pas pensé que la Guerre était par sa nature-même du « temps perdu ». Et puis, qu'on écoute cette voix descendue de l'Olympe ou de lointaines galaxies. Combien de poilus ont rêvé dans leur trou à rats d'entendre leur amie leur susurrer quelque chose qui ressemble à cette chanson (qui bien évidemment, n'existait pas encore, mais qu'importe !), ne sachant même pas s'ils en reviendraient vraiment. Combien n'ont-ils pas échappé à la folie en ressassant ce rêve étrange et pénétrant... :

« Nous irons voir ensemble les jardins refleuris,
Et déambulerons dans les rues de Paris. »

Mais soit, ce n'est pas une chanson de soldat, ni de guerre… Disons que c'est une chanson d'amour, une chanson du temps de paix, mais quoi, n'avais-je pas dit l'autre jour : « Les plus belles chansons contre la guerre sont des chansons de paix. ». J'arrête là, je suis atteint d'une crise de lyrisme…


De toute façon, Marco Valdo M.I. mon ami, que le grand Orwell nous entende, les chansons de paix sont les meilleures des chansons contre la guerre. Il vrai cependant ( Que le grand Orwell nous entende !) que la paix et la guerre sont une seule et même chose du moins tant qu'il y aura des riches, des richesses et des ambitieux et des ambitions, de l'avidité dans l'air et des arrivistes pour grimper au cocotier du pouvoir. Comme d'ailleurs, tu l'as montré ici même des dizaines de fois quand tu évoquais la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]]. Alors, écoutons Barbara et s'il faut pleurer sur nos plus beaux souvenirs, pleurons une bonne fois et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde bouffi de pouvoir et d'argent, mercantile, brutal et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Voilà combien de jours, voilà combien de nuits,
Voilà combien de temps que tu es reparti ?
Tu m'as dit cette fois, c'est le dernier voyage,
Pour nos cœurs déchirés, c'est le dernier naufrage.
Au printemps, tu verras, je serai de retour,
Le printemps, c'est joli pour se parler d'amour.
Nous irons voir ensemble les jardins refleuris,
Et déambulerons dans les rues de Paris.

Dis, quand reviendras-tu ?
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus ?

Le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà,
Craquent les feuilles mortes, brûlent les feux de bois.
À voir Paris si beau en cette fin d'automne,
Soudain je m'alanguis, je rêve, je frissonne,
Je tangue, je chavire, et comme la rengaine,
Je vais, je viens, je vire, je me tourne, je me traîne,
Ton image me hante, je te parle tout bas,
Et j'ai le mal d'amour, et j'ai le mal de toi.

Dis, quand reviendras-tu ?
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus ?

J'ai beau t'aimer encore, j'ai beau t'aimer toujours,
J'ai beau n'aimer que toi, j'ai beau t'aimer d'amour,
Si tu ne comprends pas qu'il te faut revenir,
Je ferai de nous deux mes plus beaux souvenirs,
Je reprendrai la route, le monde m'émerveille,
J'irai me réchauffer à un autre soleil,
Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin,
Je n'ai pas la vertu des femmes de marins.

Dis, quand reviendras-tu ?
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus...


TRAIN DE SOLDATS

TRAIN DE SOLDATS


Version française – TRAIN DE SOLDATS – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson allemande – Soldatenzug – Juliane Werding – 1994
Paroles et musique de Juliane Werding et Andreas Bärtels


Dans le train, les soldats chantaient des chansons.
Il dit : je reviendrai sûrement





Une chanson qui raconte le départ du soldat pour la guerre… Un soldat parmi tant, le simple soldat, quoi… Comme dans l'Histoire du Soldat [[7366]]. Il en est beaucoup d'autres de ces chansons du départ [[8755]]. Je propose de lui adjoindre, la chanson de la femme qui attend depuis longtemps… C'est en quelque sorte la suite. Une suite possible, il en est d'autres… Je te les dis tout net : pour moi, il n'est pas possible que les Chansons contre la Guerre (CCG) passent à côté de cette merveille : « Dis, quand reviendras-tu ? » et d'ailleurs, je m'en vais leur envoyer prochainement. D'ailleurs, Barbara a déjà ici une chanson qui pourrait elle aussi être une suite à celle-ci ; elle s'intitule : « Veuve de guerre » [[313]]. Elle conte l'histoire d'une jeune femme qui a perdu son premier amour, son premier amant, mort au front à 19 ans et aussi celle des autres amants qui suivirent, morts eux aussi au front… et de la vie qui continue.


À moi aussi, qui suis un âne, un très vieil âne, ce « Dis, quand reviendras-tu ? » me crève le cœur.
Alors pour en revenir à la chanson de Werding, elle donne très exactement l'envers du décor des trains fleuris, enrubannés qui de Berlin allaient « Nach Paris ! » et les antagonistes qui de Paris allaient « À Berlin, à Berlin ! », véhiculant des milliers et des milliers de candidats cadavres inconscients. Les femmes, elles, n'étaient pas si aveuglées par la gloire et la patrie ; elles voyaient bien qu'on leur prenait leurs hommes…


Écoute, Marco Valdo M.I. mon ami, moi, je déteste ces trains-là, ces trains à soldats ; ces convois pour l'abattoir, présageant d'autres convois (comme celui qui emmena Joseph, le Dachau Express [[8756]], ce train à soldats, mais à soldats trahis) qui s'en iront plus tard, pour d'autres abattoirs. À partir dans les fleurs et les flonflons, il y eut aussi des bateaux, des avions et même, des régiments à pied. J'ai hâte d'entendre la chanson et puis nous reprendrons notre tâche et nous tisserons le linceul de ce vieux monde va-t-en guerre, mortifère, militaire et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Il était temps
De rejoindre le train
Un été ardent
Était passé.
Sa main tenait sa main.
Mots chuchotés
Doucement dans le vent envolés.
Stop pas de larmes,
Car tu verras bientôt que
Nous deux, rien ne peut nous séparer.

Il était si radieux
Sans nuages, ce ciel bleu
Et les drapeaux multicolores
Pendaient aux fenêtres dehors.
Dans le train, les soldats chantaient des chansons.
Il dit : je reviendrai sûrement
Bientôt à la maison.
Il dit : je reviendrai sûrement
Bientôt à la maison.

Elle l'enlace subitement.
Tu pars si longtemps.
Pas de paroles,
Juste un « ne m'oublie pas » timide.
Le train s'ébranle.
De la main, il lui fait signe.
Son rire est plein de sûreté.
Stop pas de larmes,
Car tu verras bientôt que
Nous deux, rien ne peut nous séparer.

Il était si radieux
Sans nuages, ce ciel bleu
Et les drapeaux multicolores
Pendaient aux fenêtres dehors.
Dans le train, les soldats chantaient des chansons.
Il dit : je reviendrai sûrement
Bientôt à la maison.
Il dit : je reviendrai sûrement
Bientôt à la maison.

Il était si radieux
Sans nuages, ce ciel bleu
Et les drapeaux multicolores
Pendaient aux fenêtres dehors.
Elle sut qu'il ne reviendrait jamais
À la maison.
Elle savait qu'il ne reviendrait jamais
À la maison.