jeudi 12 juin 2014

La Lettre de l'Oncle Hopner

La Lettre de l'Oncle Hopner

Canzone française – La Lettre de l'Oncle Hopner – Marco Valdo M.I. – 2014

Le Livre Blanc 4

Opéra-récit contemporain en multiples épisodes, tiré du roman de Pavel KOHOUT « WEISSBUCH » publié en langue allemande – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1970 et particulièrement de l'édition française de « L'HOMME QUI MARCHAIT AU PLAFOND », traduction de Dagmar et Georges Daillant, publiée chez Juillard à Paris en 1972.



Notre Maître Jan Hus contre la papauté
Avait raison et croyait bien faire
Regarde comme il a fini ce révolutionnaire
Condamné et tout cuit sur un bûcher






Il faut se ressouvenir, Lucien l'âne mon ami, qu'il s'agit ici d'histoires, de raconter des histoires et que les histoires, toujours, s'insèrent dans l’Histoire.


Quelle histoire ! Que me contes-tu là ? Et de quelle histoire finalement me parles-tu ? C'est à n'y rien comprendre. On était – il y a quelques années, j'en conviens – dans une école du côté de Prague, il y avait un professeur qui marchait au plafond et des autorités en panique qui tentaient d'étouffer l'affaire et d'autres qui voulaient, au contraire, en faire toute une histoire... Et soudain, nous voici cinq cents ans en arrière en compagnie d'un hérétique de grande envergure, un homme que j'ai promené au travers des montagnes de Bohême. Un type bien, d'ailleurs, qui savait parler et qui avait un grand sens de la justice. C'est simple, il voulait instaurer un monde de justice, d'égalité, un monde sans richesses, un monde où tous auraient une vie décente et agréable... J'allais de mon petit pas sur mes sabots d'Hellène le menant vers Constance où par traîtrise, ils l'ont enchaîné, torturé, brûlé à petit feu et pour finir, assassiné. Il avait à peine quarante-cinq ans.


En effet, Lucien l'âne mon ami, tu as parfaitement reconnu Jean Huss. Et c'était bien là qu'il était question d'Histoire. Jean Huss, c'est en quelque sorte un homme qui s'est mis à marcher au plafond, lui aussi. Il l'a fait de Prague au moment où Prague était un des hauts lieux de la connaissance et de l'intelligence de l'Europe. En tuant Huss, on anéantissait pour longtemps ce foyer d'ébullition intellectuelle, on donnait un fondement à la Tchécoslovaquie, on déclenchait une guerre terrible qui allait durer des dizaines et des dizaines d'années et ravager des régions entières à coups de croisades contre les Hussites, Taborites... comme on l'avait fait auparavant contre les cathares, les Albigeois, les Vaudois. Sans compter, s’agissant d'Adam, les Adamites eux-mêmes. Mais, laisse-moi te rappeler Lucien l'âne mon ami, le voyage que tu fis deux cents ans avant l'aventure de Jean Huss, quand tu avais porté Pierre Valdo, fondateur de la fraternité des pauvres, de la vallée du Rhône jusqu'en Bohème... Il y a continuité et c'est ça l'Histoire des histoires ; ce fil qui court au travers des temps ; son autre nom est la Guerre de Cent Mille Ans qui, comme tu le sais, est cette guerre qui n'ose pas dire son nom, cette guerre sournoise que les riches mènent sans discontinuer contre les pauvres, que les puissants font aux faibles afin de maintenir leur pouvoir, d'assurer leur domination, d'imposer encore et toujours l'exploitation, de multiplier les profits, d'empêcher toute égalité de sort...


Oui, je vois bien que c'est ce à quoi ce paysan tchèque qu'est l'oncle Hopner fait allusion et l'avertissement qu'il lance quant aux terribles représailles qui attendent celui qui transgresse la loi ou la foi (ce qui est la même chose ; en italien : la stessa cosa – on me comprendra ) et sa prudente disposition face aux réactions de la réaction. Ainsi donc, c'est une histoire qui prend place dans l’Histoire et elle y insère le Livre Blanc tout entier. C'est une clé pour comprendre le reste des aventures d'Adam. Mais poursuivons notre chemin, reprenons notre œuvre et tissons le linceul de ce vieux monde inquisitorial, réactionnaire, conformiste en diable et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Une loi transgressée une fois
Cesse d'être une loi
L'oncle Hopner a écrit
Ma chère sœur, tu me dis
Qu'Adam, mon neveu, marche au plafond
Moi, j'ai pas de conseil à donner à ton garçon.

Avec ma femme, j'ai vu à la télé
Quand on a marché sur la lune et depuis
Moi, je dis, ça devait arriver
Mais faut être prudent aussi, moi je dis.
Une loi transgressée une fois
Cesse d'être une loi.

Notre Maître Jan Hus contre la papauté
Avait raison et croyait bien faire
Regarde comme il a fini ce révolutionnaire
Condamné et tout cuit sur un bûcher
Une foi transgressée une fois
Cesse d'être une foi.

Moi je dis, Adam, mon neveu, doit se méfier
Il y a toujours des jaloux, faut pas l'oublier
Moi je dis, il ferait mieux de tout oublier
Adam, mon neveu et puis aussi de se marier.
Une loi transgressée une fois
Cesse d'être une loi.



mercredi 11 juin 2014

LAMENTATION D'UNE MÈRE

LAMENTATION D'UNE MÈRE

Version française - LAMENTATION D'UNE MÈRE – Marco Valdo M.I. – 2014
d'après la version italienne – LAMENTO DI UNA MADRE – Salvatore Quasimodo – 1954
d'une chanson sicilienne - LAMENTU D’UNA MATRI – Ignazio Buttitta - 1947-53





Prends mon souffle,
Le dernier qui me reste,





I


J'entendis en ce premier
Mai, la musique
Résonner dans le quartier,
Et je dis à mon homme,
Qui dormait encore
En le secouant fort :
« Debout lève-toi, Turi
On entend la musique dehors,
Est venu Li Causi ! » (*)
Et à mon fils je dis:
« Aujourd'hui ton béret
Tout neuf, tu le mets,
Pour que ce premier mai
Nous donne l'espoir et la paix ».


II


J'ouvris la porte,
Le soleil entra
Et tout de rouge
La maison se combla.

Je mets à mon homme
Une fleur à la boutonnière ;
Je l'embrasse, je le serre :
Je le respecte et je l'aime.

Au fils et au papa,
Je joins les mains :
« Li Causi parle là-bas ,
Courez sur le terrain ».

Mon fils met aussitôt
Son nouveau béret
On crie « Hourra Barbato ! »
Sur la route, là plus haut.
Mon cœur, il m'a semblé
Fuyait d'un côté ;
Je levais les bras bien haut :
« Hourra Barbato ! »


III


Puis, j'entendis tirer,
Tirer au bout du chemin;
Je ne vis plus rien,
Je me mis à crier.

Sur ma porte :
« Voisins ! Voisines !
De sang innocent,
On fait des torrents ! »

Je fonce à toute allure
Franchissant fossés et pierres
Les épines me déchirent
Jusqu'à la chair.

Je tombe à la renverse,
Courbée sur le terrain,
Mes dents et mes mains
Agrippent la terre.

Et je monte encore,
Le coeur au bord de l'explosion,
Au milieu des voix des mères
De la fumée et des lamentations.

Et là, à la seconde
Je vis mon fils tué
Et le monde
S'écrouler.


IV


Mon fils ! Mon aimé !
Pourquoi t'ont-ils tué,
Quel mal as-tu fait,
Ainsi je lui disais :
Tu étais un ange éternel,
Une colombe de sucre et de miel.

Mon fils ! Mon aimé !
Tu as tant de sang sur le visage !
Laisse-moi le laver
De mes larmes ;
Prends mon souffle,
Le dernier qui me reste,
Ouvre tes yeux, je t'en supplie :
Que je les voie luire
Au moins une fois encore !

Mon fils ! Mon aimé !
Je ne peux plus t'appeler
Pour t'éveiller le matin,
Et te préparer l'huile et le pain.

Mon fils ! Mon aimé !
Jamais, je ne te laisserai,
Si tu te mets en chemin
Je ferai la route avec toi ;
Où tu dormiras
Moi, je serai ton oreiller,
Mes bras seront ta couche ;
Et où tu iras
Je te suivrai ;
Qu'il y ait feu ou flammes
Je m'y jetterai,
Je ferai miennes tes épines ,
Et quand ton pleur débondera
Mon cœur le boira.

Ô mon enfant d'amour,
Ton béret neuf fera usage,
Maintenant et toujours
Tout au long de ton long voyage.


vendredi 6 juin 2014

EN PRISON QUI DEMANDE PAIN ET TRAVAIL

EN PRISON QUI DEMANDE PAIN ET TRAVAIL

Version française – EN PRISON QUI DEMANDE PAIN ET TRAVAIL – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson lucanienne (Italien) – ‘N galera chi pane e lavoro – Rocco Scotellaro – 1951
Dans la section “Canti popolari” du recueil “Tutte le poesie (1940-1953)”, Milano, Oscar Mondadori, 2004.
Texte tiré de Rabatana, bagatelle e cammei tricaricesi.

Rocco Scotellaro






Juste un rappel, dit Lucien l'âne : 

"Noi, non siami cristiani, siamo somari...", disaient les paysans de Lucanie tout comme leurs frères du monde entier.


Exactement, dit Marco Valdo M.I. et nous aussi... Et ce pendant, en effet, nous, on ne lui a rien fait à ce Christ et de plus, on n'a pas l'intention de lui faire quoi que ce soit à ce gars-là.


Surtout qu'il est mort depuis si longtemps... Alors tissons le suaire de ce monde prosélytique, chrétien, apostolique et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Que lui avons-nous fait à votre Christ
Qui veut nous tuer,
Qui veut nous brûler ?
Nous ne lui avons fait rien à votre Christ :
On ne doit tuer personne,
On ne doit brûler personne !



LE DOUX PAYS

LE DOUX PAYS

Version française – LA DOUCE NATION – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne - Il dolce Paese - Sergio Endrigo – 1968




Les deux maròs (avec le béret, à droite )
 ont effectivement tiré et ont effectivement tué
deux pêcheurs indiens 


Je propose cette chanson, toutefois prudemment comme Extra, parce que je trouve que ses strophes et sa marche musicale de fanfare de village un peu débile, avec mandolines et tubas, est le meilleur commentaire de cette journée grondante de rhétorique patriotarde (En Italie, le 2 juin est dite « fête de la république » et jour de la parade militaire nationale) à laquelle on a immanquablement ajouté l'embrassade à « nos » deux « maròs » (fusiliers marins ou commandos de marine italiens) emprisonnés en Inde depuis plus de deux ans, qui justement aujourd'hui ont pensé à bien élever la voix en professant leur innocence et en affirmant avoir seulement obéi aux ordres…
Eh bien, sur cet événement embrouillé, le meilleur commentaire est sûrement la première strophe de cette chanson d'Endrigo. Et en effet, cette histoire des deux maròs est « une affaire gonflée, tuméfiée, une des plus absurdes « narrations toxiques » des derniers temps, dans laquelle les fascistes et les escrocs, les droites politiques et médiatiques de cette douce nation se sont employés à semer des mensonges et irriguer le champ avec l'habituel mélange de victimisme national, de provincialisme arrogant et de lieux communs racistes ». La citation est tirée du livre « Les deux Maròs. Tout ce qu'on ne vous a pas dit », écrit par le correspondant international Matteo Miavaldi, dont on trouve de vastes extraits et la synthèse, par exemple, sur Giap della Wu Ming Foundation.


Post-scriptum :

Et si vous n'avez pas envie de lire le livre ou les longs extraits sur Internet, je vais synthétiser :

- les deux maròs italiens n'étaient pas engagés dans une mission internationale et même pas pour la défense d'intérêts stratégiques nationaux ; ils étaient en mission de protection d'intérêts privés ;
- l'Italie participe à des missions internationales antipiraterie et le fait avec ses navires de guerre ;
- la loi, fut voulue par La Russa (ministre de la défense, fasciste notoire) et votée à très large majorité (gouvernement Berlusconi), introduisait une possibilité qui existe dans le système de très peu de pays, d'avoir des groupes de protection sur les bateaux commerciaux et, comme cette loi ne prévoyait pas la possibilité de recourir à des mercenaires, les mercenaires sont devenus les fusiliers de Marine, prêtés par l'État aux armateurs privés qui en oit demandés et payés par l'État presque 500 Euro par jour de navigation ;
Les deux maròs étaient donc là pour l'argent et avec l'aval des autorités militaires et du gouvernement italiens ; c'étaient, pour ainsi dire, des mercenaires au service de privés mais payés par l'État, et non des soldats au service de la Nation ;
Les deux maròs ont effectivement tiré et ont effectivement tué deux pêcheurs indiens ;
Le bateau sur lequel les deux maròs étaient embarqués, au moment de l'incident, ne se trouvait pas dans les eaux internationales (et dès lors sur le territoire indien).

Ceci dit, il s'agit d'un double homicide né d'une erreur d'évaluation, de deux sots qui se sont laissés éblouir par quelques milliers d'euros « faciles », par des politiciens d'abord incompétents et ensuite irresponsables qui ont posé toutes les prémisses pour créer un cas de deux « démocraties », l'italienne et l'indienne, infectées par leur inefficience, le nationalisme et le populisme…

Et quant à ces deux pêcheurs indiens, les vraies victimes dont personne ne parle jamais, eux c'est sûr, ne pourront jamais plus rentrer chez eux. Au soussigné il plairait que les deux maròs rentrassent en Italie… mais seulement à condition que ce jour-là, ils aillent vite casser la gueule à La Russa et à la racaille comme lui qui les ont mis dans le pétrin si bêtement.
Et ensuite direct en prison au moins pour un temps (car jusqu'à présent ils n'ont pas du tout assumé), et sans manger. Autre chose que des héros !

Bernart Bartleby - 2/6/2014 - 21:56




Je suis né dans une douce nation
Où qui casse ne paye pas les verres
Où qui crie le plus fort a raison
Où il y a le soleil et la mer

Nous sommes nés dans une douce nation
De gens aimables où on chante toujours
Où on parle seulement d'amour
Tellement qu'on a perdu la passion

L'amour y est seulement un prétexte
Avec des rimes de cœur et douleur
Pour vivre à toute allure et oublier au plus vite
Les soucis et les problèmes de l'heure

Dans cette douce et charmante nation

L'amour y est seulement un prétexte
Avec des rimes de cœur et douleur
Pour vivre à toute allure et oublier au plus vite
Les soucis et les problèmes de l'heure

Dans cette douce et charmante nation
Vivent les plus anciennes gens du monde
Et avec deux sous de pain et d'espérance
Boivent un verre et avancent


mercredi 4 juin 2014

NOUS SOMMES LES INDIGÈNES DE TRIZONÉSIE

NOUS SOMMES LES INDIGÈNES DE TRIZONÉSIE


Version française - NOUS SOMMES LES INDIGÈNES DE TRIZONÉSIE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande - Wir sind die Eingeborenen von Trizonesien – Karl Berbuer – 1948


http://www.youtube.com/watch?v=24zmxUw6dcQ



Nous sommes les indigènes de Trizonésie,
Trizonésiennes, Trizonésiens, tschimmela-tschimmela-boum !





Mon ami Lucien l'âne, tu me vois bien embarrassé... et embarrassé pour publier dans les Chansons contre la Guerre une chanson allemande que personnellement, je trouve des plus intéressantes en ce qu'elle peut être vue de diverses façons... J'en avais déjà touché un mot en parlant avec toi de la chanson des Histoires d'Allemagne - Kölle Alaaf : Qui va payer ça ?, qui se situait justement en 1948. [[39368]]


Je m'en souviens, et tu avais noté qu'une autre de ses chansons, « Heidewitzka, Herr Kapitän » n'était pas trop appréciée des nazis...


Celle-ci vient après la disparition du régime nazi, c'est une chanson de 1948, juste au moment où dans l'Allemagne encore occupée, on commence à doucement se remettre de la folle aventure du Reich de Mille Ans et où tant bien que mal, la vie continue. Et pour les habitants, les survivants des carnages déclenchés par leurs dirigeants imbéciles, c'est le temps de l'occupation par des armées étrangères, d'une administration sous contrôle étranger... Pour ceux qui avaient collaboré et soutenu le régime nazi, la chose ne doit pas leur plaire, mais comme on dit, ils l'ont mérité et ils ont même de la chance que ce ne soit pas pire. Mais pour ceux qui avaient déjà dû subir le Reich nazi (sans compter pour certains ce qui l'a précédé : le Reich de Guillaume, la Guerre, la défaite de 18, l'occupation des années 20, etc...), il devait être très pénible de supporter une nouvelle occupation avec tout ce que cela comporte. C'est cela que raconte la chanson... Elle s'élève avec humour contre cette situation, cette réduction de leur lieu de vie en zone occupée, en territoire occupé. Je répète pour que cela soit bien clair : pour ceux qui avaient été nazis, bien fait pour leur pomme... Pour les autres, une telle chanson devait être la bienvenue.


Je comprends très bien ce que tu veux dire... Mais alors, est-ce que cette chanson prête à confusion, laisse-t-elle penser à une quelconque apologie du régime défait ? Si oui, il faut le dire ; si non, il faut le dire aussi...


Comment dire, Lucien l'âne mon ami... A priori, deux choses : d'une part, je n'en sais strictement rien ; d'autre part, rien ne l'indique. Je ne peux même pas te donner d'indication sur les rapports qu'entretenait l'auteur de la chanson, Karl Berbuer, boulanger à Cologne et fan de Karnaval, avec le national-socialisme. D'ailleurs, le fait qu'il participe comme artiste, amuseur au Carnaval et aux fêtes, doit être pris en compte. Ainsi, vue avec le recul, la chanson me paraît à la fois drôle, juste dans ce qu'elle exprime la situation des Trizonésiens – c'est-à-dire les habitants de la « trizone », la zone de l'ex-Reich nazi occupée par trois des Alliés : les États-unis, La Grande-Bretagne, la France. C'est une chanson de vaincus... Y a-t-il place pour les vaincus dans l'histoire ? Et les « vaincus » est aussi un terme vague et ambigu... Avec ce mot, on met tout le monde dans le même panier. Peut-on considérer comme vaincu et traiter comme tel quelqu'un qui n'a pas soutenu le régime criminel, sans pour autant le combattre ouvertement, tout en continuant à vivre dans son pays ? Peut-on également imaginer l'exil de tous les opposants ?


Ce n'est plus un exil, c'est un exode, dit Lucien l'âne. 


Et puis, à partir de quand faut-il s'exiler ? Certains ont pu s'exiler, mais à quel prix ? On sait combien l'exil est difficile – difficile à envisager, difficile à opérer et difficile à vivre. Pour aller où ? Faire quoi ? Il suffit d'évoquer l'exil des Républicains espagnols en France ou celui des opposants allemands au nazisme en France ou ailleurs... Nombre d'entre eux se sont suicidés : Ernst Töller, Klaus Mann, Stefan Zweig, Kurt Tucholsky, Walter Benjamin, Joseph Roth... Le boulanger Berbuer a continué à faire du pain et peut-être a-t-il été embrigadé, comme des millions d'autres... On ne sait. Mais la chanson, elle, est vraiment une chanson contre la guerre... Elle dit l'humiliation que la guerre impose aux gens – avant, pendant et après. Et on peut tout aussi bien comprendre ici, la chanson comme un sursaut de dignité face à la honte qui noie tout autour de vous... Bien sûr, il y a le « nous » qui ne distingue pas entre les « Trizonésiens », qui ne sépare pas le bon grain de l'ivraie, qui ne dénonce pas le passé crapuleux, et ce nous-là, ce nous les « Trizonésiens », qui est le nous de l'Allemagne fédérale, qui est à présent, le nous de l'Allemagne actuelle ne laisse pas d'inquiéter... Cela dit, voici la chanson...


Certes, dit Lucien l'âne, tous les Allemands n'étaient pas nazis et d'ailleurs, tous les nazis n'étaient pas Allemands... Il faut faire la distinction. D'ailleurs, cette ambiguïté se retrouve partout. La guerre est une chose complexe, comme le montre la Guerre de Cent Mille Ans où même la paix est un moment ou un état de la guerre. Quoi qu'il en soit, tissons le linceul de ce vieux monde plein de périls, de massacres, d'humiliation, complexe, ambigu et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Mon cher ami, mon cher ami,
Les anciens temps ne sont plus là,
On rit là, on pleure ici,
Le monde continue, un, deux, trois.
Un petit groupe de diplomates
Fait aujourd'hui la grande politique,
Ils changent les États, ils créent des Zones
Et qu'en est-il de nous à l'heure actuelle ?

Nous sommes les indigènes de Trizonésie,
Trizonésiennes, Trizonésiens, tschimmela-tschimmela-boum !
Nous avons des Madeleines d'une nature ardemment sauvage,
Trizonésiennes, Trizonésiens, tschimmela-tschimmela-boum !
Nous ne sommes certes pas des cannibales,
Nos baisers sont sans égal.
Nous sommes les indigènes de Trizonésie,
Trizonésiennes, Trizonésiens, tschimmela-tschimmela-boum !


Messieurs les étrangers, il vous faut savoir,
Un Trizonésien a de l'humour,
Il est cultivé, il aime l'art,
Il va de l'avant sans détour.
Goethe lui-même vient de Trizonésie,
Le grand Beethoven est né ici.
Non, il n'y a rien de tel dans toute l'Asie,
Voilà pourquoi nous sommes fiers de notre pays.

Nous sommes les indigènes de Trizonésie,
Trizonésiennes, Trizonésiens, tschimmela-tschimmela-boum !
Nous avons des Madeleines d'une nature ardemment sauvage,
Trizonésiennes, Trizonésiens, tschimmela-tschimmela-boum !
Nous ne sommes certes pas des cannibales,
Nos baisers sont sans égal.
Nous sommes les indigènes de Trizonésie,
Trizonésiennes, Trizonésiens, tschimmela-tschimmela-boum !