lundi 21 avril 2014

LES ENFANTS DE BULLENHUSER DAMM

LES ENFANTS DE BULLENHUSER DAMM



Version française – LES ENFANTS DE BULLENHUSER DAMM – Marco Valdo M.I. – 2014
d'après la traduction italienne de Riccardo Venturi d'une
Chanson allemande - Die Kinder vom Bullenhuser Damm – Hannes Wader – 1989



La Mort du prisonnier ( Camp de Neuengamme)





Il s'agit en réalité d'un récit dit par la voix prenante de Wader, accompagné simplement du son d'une boîte à musique.
Wader nous parle d'un ogre méchant et d'un groupe d'enfants qui finirent sous ses griffes, mais il ne s'agit malheureusement pas d'une fable…

L'ogre répondait au nom de Kurt Heissmeyer (1905-1967), un médecin médiocre, de modeste intelligence, qui avait cependant l'ambition d'obtenir un poste universitaire prestigieux. Objectif difficile à atteindre, vu que le jeune médecin n'avait même pas à son actif une seule publication scientifique. Heissmeyer cependant pressentit qu'en devenant un fervent nazi et en se rapprochant des milieux les plus fanatiques du régime, ceux de la SS, il pourrait obtenir de belles avancées dans sa carrière. Il se rendit ainsi vite compte que, avec tout ce matériel humain à perdre disponible dans les centaines de camps de concentration existants, en se faisant assigner au laboratoire médical de l'un quelconque de ceux-ci, peut-être même pas trop loin de chez lui, il pourrait mener librement des expérimentations nécessaires pour revigorer son maigre C.V.

En se faisant recommander par de hauts gradés de la SS, Kurt Heissmeyer se vanta d'être un spécialiste d'immunologie et bactériologie et d'avoir développé un vaccin contre la tuberculose pulmonaire qui cependant devait être expérimenté sur des cobayes humains avant de pouvoir être mis sur le marché. Leonardo Conti, président de la chambre des médecins allemands, haut officier de la SS (qui s'est suicidé ensuite en cellule à Nuremberg en 1945), fut enthousiasmé par l'idée et assigna Heissmeyer au camp de Neuengamme, près de Hambourg. Dans sa baraque laboratoire, Heissmeyer commenca à se procurer une trentaine de prisonniers russes et à leur injecter sous la peau les bacilles tuberculeux, convaincu que la réaction à l'infection aurait spontanément engendré des défenses immunitaires. Les protocoles employés par Heissmeyer avaient déjà été démentis des années avant par la médecine, mais il les appliqua quand même sans avoir le moins conscience de ce qu'il faisait. Lorsque les cobayes commencèrent à mourir, il ne se donna pas pour vaincu et demanda à son ami et collègue Josef Mengele, lui-même très engagé au camp de Birkenau, de lui expédier une vingtaine d'enfant juifs pour continuer l'expérimentation.

« Qui veut voir sa maman ?  », dema nda Mengele aux enfants à sa disposition…

Les 20 petits « volontaires », entre les 5 et 12 ans, en majorité polonais (mais aussi français, yougoslaves, hollandais et même, un italien, Sergio De Simone, 7 ans, de Naples) arrivèrent à Neuengamme à la fin novembre 1944. Le Reich s'écroulait, mais pas l'enthousiasme de Kurt Heissmeyer, qui injecta à ces enfants les habituels bacilles et ensuite, après quelques jours, il leur extrait les ganglions lymphatiques axillaires où il pensait que s'étaient concentré les anticorps mûrs. Mais les glandes lymphatiques ne révélèrent aucune réaction positive.

Avec l'armée alliée aux portes de Hambourg, Heissmeyer se dégonfla, son programme d'étude fut annulé et se posa le problème de faire disparaître ces pauvres petits cobayes infectés…
Le camion avec les enfants à bord roula une dizaine de minutes ; à 22h30 environ, il s'arrêtait dans la Spaldingstrasse devant l'école de Bullenhuser Damm.
Il s'agissait d'un immeuble qui était resté indemne au milieu d'une mer de ruines provoquées par les bombardements alliés sur Hambourg. Les SS avaient affecté l'ex-école au camp de concentration satellite de Neuengamme et ils y avaient concentré des prisonniers provenant du Danemark et de la Norvège.

La vieille école était vide : tous les prisonniers avaient été évacués sur les camions de la Croix Rouge suédoise.
Attendant le camion à la Bullenhuser Damm, il y a l'Obersturmführer Strippel : c'est le commandant du camp.
Selon le témoignage de Trzebinski, Ss-Hauptsturmführer et médecin du camp de Neuengamme, entre les deux SS se déroula une discussion :

« Je demandai à Strippel [Ss-Obersturmführer à Neuengamme, mort dans son lit en 1994] de lui parler en privé, je lui parlai très clairement, je lui dis qu'il fallait des instructions : le Département Heissmeyer avait été dissous et Max Pauly [commandant des camps de Stutthof et de Neuengamme, poursuivi en justice et de pendu des alliés en 1946] m'avait confié la désagréable tâche d'empoisonner les enfants.
Je lui dis que je n'avais pas intention de le faire et que je n'avais pas de poison. Strippel me répondit que si Pauly avait donné un ordre, il fallait l'exécuter.
Je lui dis alors que je n'avais pas apporté avec moi le poison intentionnellement. Strippel s'énerva et il me dit que si les choses étaient ainsi il pourrait me coller au mur et que ce serait le cas, si je le défiais.
Je répondis qu'il fallait un ordre de Berlin et que s'il était arrivé, nous l'aurions exécuté. Nous continuâmes à discuter à propos du poison que je n'avais pas avec moi. À la fin, il dit que vu que j'étais un couard, il prendrait en main l'affaire. »

On fit descendre du camion les Russes, les médecins, les infirmiers et on les fit entrer dans l'école. Les deux médecins français et les infirmiers hollandais furent placés dans une chambre, les enfants dans une autre et les Russes dans la chaufferie.
Dans l'école avec Trzebinski , il y avait Strippel, Jauch, Frahm et Dreimann.
Il était environ 23 heures du 20 avril 1945. Les premiers à mourir furent les médecins français et les infirmiers hollandais.
Au procès Jauch se rappela : « Dreimann avait attaché quatre cordes à des crochets et mit la corde autour du cou des prisonniers ensuite les souleva du sol et il les tint ainsi pour trois ou quatre minutes jusqu'à qu'ils moururent. Je constatai que contrairement à quel avait été dit personne n'opposa de résistance. J'aurais été content de sauver le médecin français [Quenouille] mais je n'étais pas en mesure de le faire. »
Quenouille, Florence, Deutekom et Holzel pendaient aux crochets, étranglés par la corde. Dans l'autre pièce, furent pendus les six Russes. Maintenant, c'était le tour des enfants.

Aux enfants,on fit des injections de morphine et ensuite, ils furent pendus comme les autres, « comme des cadres aux murs », dit au procès un des exécuteurs, le SS Johann Frahm. Le massacre se termina à l'aube avec l'élimination de huit autres prisonniers russes.
Les cadavres des enfants furent rapportés au camp de Neuengamme et incinérés.

Max Pauly, Alfred Trzebinski, Wilhelm Dreimann, Johann Frahm Ewald Jauch furent condamnés à mort par les Anglais en 1946.
L'ogre Kurt Heissmeyer par contre s'en retourna dans son Magdebourg, continuant à exercer la profession de médecin et vivant confortablement. C'est seulement en 1963 qu'il fut arrêté, poursuivi en justice et condamné à la prison à vie. Il mourut en prison quatre ans plus tard.
Ce 20 avril 1945, dans l'école Bullenhuser Damm, en même temps que les 20 petits cobayes humains furent massacrés beaucoup d'autres personnes.
Pour commencer, au moins 24 prisonniers russes furent tués, dont cependant les identités ne furent jamais retrouvées…
Moururent pendus deux médecins et deux aides-soignants qui s'occupaient des enfants. Il s'agissait de :

René Quenouille, un médecin français, communiste, membre de la Résistance, arrêté par la Gestapo en 1943. Déporté d'abord à Mauthausen et ensuite à Neuengamme, il avait toujours soigné les autres prisonniers.

Gabriel Florence, alsacien, professeur de biochimie à l'Université de Lyon, membre du comité français pour l'attribution du prix Nobel. Sous l'occupation, il fut beaucoup engagé dans la tentative de protéger et sauver les collègues de confession juive et entra vite dans le comité médical de la Résistance. Arrêté en 1944, il fut vite assigné au laboratoire de Heissmeyer à Neuengamme. Lorsque il comprit ce que le monstre voulait faire, il chercha inutilement de boycotter l'expérience tentant de faire bouillir les bacilles tuberculeux avant qu'ils fussent injectés aux enfants.
Antonie Hölzel, Hollandais, routier et barman, communiste, arrêté en 1941 en possession de presse censurée par l'occupant nazi. D'abord à Buchenwald et ensuite à Neuengamme, où il fut chargé de s'occuper des 20 enfants sélectionnés pour les expériences de l'ogre Heissmeyer.

Dirk Deutekom, Hollandais, catholique pratiquant, organisateur d'une cellule de la Résistance au moment de l'occupation allemande. Arrêté en 1941, il fut pareil d'Antonie Hölzel à Buchenwald et ensuite à Neuengamme et avec lui il fut assigné au soin des enfants maltraités de l'ogre Heissmeyer.


Et voilà les noms et les faces des assassins. Leurs pauvres biographies ne nous intéressent pas.. (pour ceux qui voudraient en savoir plus : http://www.kinder-vom-bullenhuser-damm.de/_francais/les_responsables.html).


In memoriam :
Birnbaum, Lelka, 12 ans, PolonaiseDe Simone, Sergio, 7 ans, ItalienGoldinger, Surcis, 11 ans, PolonaiseHerszberg, Riwka, 7 ans, PolonaiseHornemann, Alexander, 8 ans, HollandaisHornemann, Eduard, 12 ans, HollandaisJames, Marek, 6 ans, PolonaisJunglieb, W. , 12 ans, Yougoslave
Klygermann, Lea, 8 ans, PolonaiseKohn, Georges-André, 12 ans, FrançaisMania Altmann, 5 ans, née dans le ghetto de RadomMekler, Bluma, 11 ans, PolonaiseMorgenstern, Jacqueline, 12 ans FrançaisReichenbaum, Eduard, 10 ans, PolonaisSteinbaum, Marek, 10 ans, PolonaisWassermann, H. , 8 ans, PolonaiseWitónska, Eleonora, 5 ans, PolonaiseWitónski, Roman, 7 ans, PolonaisZeller, Roman, 12 ans, PolonaisZylberberg, Ruchla, 9 ans, Polonaise




Les jours précédant la fin de la guerre, les SS ont encore
Le temps les pressait –
Maltraité, frappé vingt enfants, d'abord.
Puis, ils les ont pendus dans la cave sous l'école .
Les enfants pesaient peu – La faim les aurait
Bientôt conduits à la mort, mais
Les nœuds ne serraient pas leurs cols .
Trop légers, agrippés aux cordes,
Ils se démenaient et ne mourraient pas.
Pour les suffoquer, les tueurs durent
Se pendre à eux de tout leur poids.

En apparence complètement défaites,
Mais jamais tout-à-fait destituées,
Vivent encore trop de ces bêtes,
Par trop de gens honorées et respectées
Par ceux-là même qui semblent les meilleurs,
Qui s'offusquent des victimes plus que des tueurs
Dans cet État où la plupart de ces tueurs vivent tranquilles
Préservant et entretenant ainsi une épouvantable semence


Avec leurs pattes sanglantes, ils tripotent tendrement leurs petits-enfants,
Supputant sur ce terrain fangeux leur épanouissement
En binant, ils étouffent les rudiments
D'humanité dans leurs rangs.
Il s'agit maintenant de neutraliser les exhalaisons,
Qui montent de ce boueux poison,
Et de les annihiler pour toujours, Messieurs, Mesdames,
En souvenance des enfants du Bullenhuser Damm.

jeudi 17 avril 2014

CHANSON DES FUSIBLES

CHANSON DES FUSIBLES




Version française - CHANSON DES FUSIBLES – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Der Zündschnüre-Song – Franz-Josef Degenhardt – 1972


voir : http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=46839&lang=it
voir aussi : http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=3671

Jeunes « Edelweißpiraten » d’environ mille membres dont 13 seront pendus ensemble à Cologne sur la place publique en octobre 1944


« Zündschnüre » est avant tout le titre d'un récit – je crois autobiographique - de Degenhardt (1973), situé dans sa région natale de la Ruhr pendant les dernières année de la guerre, de la description de la vie quotidienne et des aventures de quelques enfants de familles ouvriers et antinazis, dont les pères ont fini tués ou en camp de concentration, qui participent à leur manière, souvent amusante, à la résistance contre le régime…



Et de ses mille ans
Étaient passés onze seulement
La dernière année de la guerre,

Le monde était en morceaux,
Et l'Allemagne gisait en lambeaux
Elle pleurait son salut et sa victoire.

L'homme était entièrement brisé,
Ses os, mais pas seulement.
L'homme se brise aussi rapidement.

Et ceux que les fascistes
Avaient laissé encore en piste
Il n'en restait plus tellement.

Torturés et lacérés,
Bâillonnés et ligotés,
Toujours droits quand même.

Et aussi dans les usines,
Dans les camps et les caches clandestines
Ils vivaient, ils combattaient encore.

Les masques qui les cachaient,
Les voix qui les avertissaient,
Seul le vent les connaissait.

Partout des oreilles écoutaient .
Et les enfants jouaient des jeux,
Qui étaient très dangereux.

Et lors des bombardements de nuit
Dans les caves et dans les puits
Ils partageaient le danger.

Et partageaient leurs gaîtés
Et partageaient leur peine
Et aussi leur quignon de pain.

Ils avaient appris
Et ils avaient des fusils
Et savaient leur adresse aussi.

En plus de mille ans,
Ils avaient appris
Quand viendrait leur moment.

Et comment ils souffrirent, ils combattirent
Ils aimèrent, ils se querellèrent et ils rirent,
Tous solidaires


On lira ceci alors encore,
Lorsque cela qui autrement fut,
Un homme ne le comprendra plus.

mercredi 16 avril 2014

GUEULES NOIRES

GUEULES NOIRES


Version française – GUEULES NOIRES – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Musi neri – Gang – 2014





En février 2009, le charbonnage du Bois du Cazier à Marcinelle est devenu un musée de la mine.
Dans l'ancienne salle des machines, Charles Szymkowicz, fils de mineur, peint des gueules noires 



Après la guerre de 1939-45, il y eut la « Bataille du charbon », on envoya les « gueules noires » sur le front de la mine... On croyait que c'était la paix, mais c'était la continuation de la Guerre de Cent Mille Ans. Les anciens et les nouveaux riches repartaient à l'offensive... Ils en appelaient comme d'ordinaire,à l'union sacrée, au sacrifice... Pour le progrès, cette fois. La patrie avait mis un autre masque. Il s'agissait d'aller au charbon... Quant à la fleur rouge dans la poitrine ou dans le cœur, elle s'appelle silicose... Elle tue juste plus lentement que le grisou, mais elle fait souffrir atrocement ; comme les gaz, elle étouffe.
Il y eut jusqu'à cent mille mineurs dans nos régions... Il n'y en a plus... Les enfants, petits-enfants de ceux qui ont fait la richesse sont chômeurs maintenant... Il y a d'ailleurs plus de chômeurs qu'il y a jamais eu de mineurs.


D'un côté, dit Lucien l'âne, un peu rêveur, c'est une bonne chose que les mines ont été fermées. C'était l'enfer, on y transformait l'homme en charbon... On partait à vingt ans ou même avant la fleur au fusil, l'angoisse au cœur et malgré la détresse des matins, on produisait de la richesse. On y laissait sa peau, dans le meilleur des cas, seulement ses poumons... Il fallait fermer les mines, mais ce n'était pas une raison pour jeter les gens... C'est là une des multiples raisons pour lesquelles il nous faut reprendre jour après jour, sempiternellement notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde exploiteur, asphyxieur, étouffeur et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Saints, nous n'irons pas au paradis
Nous, il nous faudra aller sous terre
Où le noir est plus noir qu'une noire nuit
Dans la mine, on est en enfer
On est venus pour produire du charbon
En train, on a passé la frontière
Ici dessous, on a connu la misère
La faim, la misère, la misère du fond
Ici dessous, on a connu la misère
Il n'y a jamais de soleil sous la terre
Il n'y a pas de lune, il n'y a pas d'étoiles
Et beaucoup d'entre nous y ont laissé leur peau
Il n'y a pas de lune, il n'y a pas d'étoiles
Et beaucoup d'entre nous y ont laissé leur peau

Mais cette vie dans la mine n'est pas une vie
On crache du sang et la fatigue est infinie
On frappe et frappe dur là dans le fond
Car pour le progrès, il faut plus de charbon
Mais ce progrès ne nous plaît pas
Car tout l'or va aux patrons et à nous, va la croix
Pour nous, ce progrès est une chaîne
Nous ne voulons plus payer cette peine
Gueules noires, nous sommes émigrés
Damnés sous la terre, exploités,
Une fleur rouge fleurit dans notre cœur
Un rêve qu'on appelle liberté
Une fleur rouge fleurit dans notre cœur
Un rêve qu'on appelle liberté

Et unis côte à côte, on va lutter
Pour le travail, le travail et la dignité
Dans les mines, les champs, les ateliers
Naîtra la future humanité
Des mines, des champs, des ateliers
Naîtra la future humanité

Saints, nous n'irons pas au paradis
Nous, il nous faudra aller sous terre
Où le noir est plus noir qu'une noire nuit

Dans la mine, on est en enfer 

lundi 14 avril 2014

LOULOU ET MARLÈNE

LOULOU ET MARLÈNE



Version française – LOULOU ET MARLÈNE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Lulù e Marlene – Litfiba – 1985



Loulou, la lumière est vide





Loulou, la lumière est vide
Sans couleurs, sans plus de vie
Loulou, chaque heure perdue est une blessure
Qui face à nous s'ouvre

Marlène, j'ai vu tant de haine
Tant de coups
À ton âme perdue Marlène
Le rebec retentit
Et chaque homme crie :
« Paix à nous, paix à nous »

Mais nous restons seuls face à la haine
Invincible, impalpable, pour nous

Tu les appelles, crie plus haut
« Loulou, Marlène »
Perdus en écho, écho
Dans le ciel factice qui les enveloppe
« Loulou, Marlène »
« Loulou, Marlène »
"Loulou, Marlène"
"Loulou, Marlène"
"Loulou, Marlène"


Oh! Oh! Oh!
Ah ah ah ha ha!
Oh! Oh!
Ah ah ah ha ha!
Oh! Oh!
Ah ah ah ha ha!
Oh! Oh!
Ah ah ah ha ha!
Oh! Oh!
Ah ah ah ha ha!
Loulou et Marlène
Loulou et Marlène
Oh! Oh!

dimanche 13 avril 2014

LES ÉTAGÈRES DE LIVRES

LES ÉTAGÈRES DE LIVRES

Version française – LES ÉTAGÈRES DE LIVRES – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Der Bücherkarren – Hellmuth Krüger – 1931
Texte de Hellmuth Kruger (1890-1955), écrivain allemand, acteur et comique très actif dans le cabaret berlinois des années dorées de Weimar. 
http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=46973





Walter Benjamin réfugié  à la Bibliothèque de France
1933








Dans cette chanson – pour ce que j'ai pu comprendre - Hellmuth Kruger énonce ironiquement ses doutes sur le nazisme désormais envahissant et il préfigure presque prophétiquement ce qui se passera peu après (et qui en partie déjà se passait), les campagnes de « nettoyage » contre des citoyens et les intellectuels juifs (est cité, par exemple, Emil Ludwig, écrivain et journaliste connu qui en 1932 sera forcé de fuir d'abord en Suisse et ensuite aux USA) et les Bücherverbrennungen, les autodafés ou les bûchers de livres des auteurs interdits qui inaugurèrent tristement la venue au pouvoir de Hitler en 1933.


*


Ah, Lucien l'âne mon ami, tu me vois tout contrit, car cette fois-ci aussi, même si je crois bien avoir tout compris, il me reste une petite appréhension, que je vais tenter de combler ici maintenant.

Allons, allons, Marco Valdo M.I., mon ami, ne te laisse pas aller à l'amertume... Qu'est-ce donc qui te chagrine ainsi ?


N'exagérons pas. Je ne suis pas tombé dans une mer amère, je suis simplement un peu inquiet pour ceux qui comme toi – et comme moi tout à l'heure, je veux dire avant que je ne fasse cette version, au premier abord, en quelque sorte – sont perdus face à cette chanson sans doute remarquable, mais dont les allusions échappent la plupart du temps. Bref, s'il m'a fallu bien des réflexions et des recherches pour éclairer ma lanterne ( et il faut – c'est un postulat sur lequel je dois bien m'appuyer – il faut donc que je me persuade de ne m'être pas (trop) trompé ; il va de soi que j'accepte par avance toute remarque ou correction), je n'ai pu rendre – et à mon sens la chose est proprement impossible – immédiatement compréhensible les événements et les personnages de l'époque. C'est à dire : le Berlin de 1931. Ce qui me chagrine, vois-tu, Lucien l'âne mon ami, c'est que je vais devoir faire ce que j'évite autant que possible : une explication de texte. Il est d'ailleurs possible que pour bien des gens, tout ce que je dirai est du connu et qu'ils auront un peu l'impression que je les prends pour des ânes... Mais enfin, on dira que je le fais pour toi, voilà tout. Lira qui voudra.


Soit... Vas-y, éclaire l'âne avec autre chose qu'un autodafé...


Donc, il y a un personnage – sans doute, un bibliothécaire résistant clandestin – qui émet une série de réflexions à propos de la montée d'Adolf Hitler et ses nazis vers le pouvoir et des conséquences qui vont sans doute en découler. Primo, il commence par évoquer les écrivains et les livres et – je te rappelle que nous sommes en 1931 – il imagine, subodore les autodafés, comme une dérivée logique du nazisme... Ces autodafés auront lieu en 1933 et ils seront menés par des étudiants, des professeurs, des bibliothécaires et les inévitables chemises de couleur uniforme.
( http://de.wikipedia.org/wiki/B%C3%BCcherverbrennung_1933_in_Deutschland?oldid=94392411
http://fr.wikipedia.org/wiki/Autodaf%C3%A9s_de_1933_en_Allemagne
http://it.wikipedia.org/wiki/B%C3%BCcherverbrennungen )


C'est à peine imaginable une telle déchéance de tout un pan de la société, dit Lucien l'âne en pointant ses oreilles vers l'infini.


Remarque..., Lucien l'âne mon ami...


C'est le cas de le dire..., dit Lucien l'âne en raclant le sol de son petit sabot plus noir qu'une botte cirée de SS.


Oui, oui, certes, Remarque... C'est le cas de le dire. En effet, Erich Maria Remarque (voir notamment : Boue, bombe, bruit et brouillard [[37711]], sqq) était parmi les ostracisés et en effet, on brûlait ses livres. Erich Kästner, quant à lui, était présent sur la place de Berlin où se déroulait cette sinistre comédie dérisoire et il assista au brûlage de ses livres... à la suite de quoi, raconte-t-il, il se sentit comme « un mort-vivant ». Mais enfin, je continue cette explication : je voulais te faire remarquer le strict parallèle entre « le camion poubelle arrive » et « le Troisième Reich arrive... »... Peut-être n'est-ce pas exactement ainsi dans le texte allemand, mais c'en est l'esprit... À coup sûr.

Et puis, il y a les écrivains cités : par exemple, Felix Dahn :
« Felix Dahn conquiert un public, la lecture passe à droite. »
qui est un des inventeurs du national patriotisme ethnicoïde, qui sous-tend le rêve d'Otto, c'est-à-dire la Grande Allemagne et ses reichs successifs.


Celle qui phagocyte toute l'Europe aujourd'hui ?, demande Lucien l'âne.


Sans doute, sans doute... Et pour en revenir à Felix Dahn, je ne sais si la chose est formellement exacte, mais je trouve que les grandes barbes sur les poitrines correspondent assez à ce personnage à voir son portrait et je pense que la forêt de Teutobourg semble y faire allusion aussi, vu que Dahn avait écrit une « Bataille de Teutobourg »... (http://fr.wikipedia.org/wiki/Felix_Dahn). Dahn fut aussi l'initiateur du Monument, dont j'avais fait une chanson précédemment. (LE MONUMENT - http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=37697 [[37697]] )
Pour le pouvoir à la Porte de Brandebourg, je te renvoie à la chanson Le Maître et Martha ( http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=38296 )[[38296]]
Pour le Kadeko (http://www.cabaret-berlin.com/?p=87 ), s'installer à Teutobourg était évidemment une absurdité..., mais c'était un lieu « germanique ».

L'autre écrivain directement cité est Emil Ludwig et avec lui, c'est une histoire bien différente : l'histoire vue et revue par un pacifiste audacieux et lucide – voir notamment son essai « 1914 », qu'il publia en 1928.

Il me reste à te donner deux trois indications encore :
d'abord ceci :
« Fera-t-il de Berlin un faubourg de Munich ? »... qui évoque nettement le coup d'État manqué de Munich en 1923 et alerte sur une éventuelle réédition à Berlin... De fait, elle se fera un peu plus tard, mais mieux préparée.

Et puis :
« Le journal devra-t-il s'écrire en gothique ? »
Le journal (en fait, le Berliner Tageblatt) était imprimé « normalement » en caractères « latins » – comme ceux qu'on utilise ici ; mais les nazis appréciaient assez les caractères « gothiques » (alias la Fracture) ; à leurs yeux, sans doute plus ethniques ou plus teutoniques.

Ensuite, le plus difficile à expliquer est celui-ci :
La traduction littérale de l'allemand donne à peu près ceci, comme sens :
Le Kreuzberg restera-t-il sans « crochets » ou la croix restera-t-elle « non-gammée »... ? J'en ai ait :
« Le Kreuzberg en Swastikaberg sera-t-il changé ? ».
Crois-moi, c'est un peu tordu, mais à mon sens, ça tient. Le Kreuzberg est un quartier populaire de Berlin , un quartier ouvrier de tradition communiste ou socialiste... Laissons de côté le suffixe « berg » - colline, montagne... Il nous reste : Kreuz : la croix et Swastika : la croix gammée. Traduction : le quartier du Kreuzberg va-t-il devenir le Swastikaberg, c'est-à-dire le quartier de la Swastika (sous contrôle nazi)... Et l'enjeu était bien celui-là et l'enjeu était d'importance... La fin de la résistance du Kreuzberg était le triomphe des nazis... On connaît la suite.

Et puis encore,
"Max Reinhardt devra-t-il s'appeler Max Goldmann, maintenant ?"
Il s'agit là du grand dramaturge berlinois Max Reinhardt, d'origine autrichienne et considéré comme Juif, dont le nom à l'état-civil était effectivement Max Goldmann. Il dut bientôt s'exiler aux États-Unis...

Enfin, la chanson se termine sur une invocation (et même, le souhait) de la mort d'Adolf se tuant de sa propre flèche... Et c'est bien ce qui arrivera...


Voilà, dit Lucien l'âne en dressant la tête, maintenant, je suis paré et je peux autant que toi m'y retrouver. Enfin, cette chanson démontre à l'envi le courage et la pénétration des auteurs de chansons, des poètes, des chansonniers qui ont souvent été parmi les premiers à sonner le tocsin et à affronter publiquement la « bête immonde » et ce sont les mêmes trublions qui aujourd'hui continuent à dénoncer ce vieux monde dont comme nous, ils tissent le linceul... Un monde autodestructeur, suicidaire, inconscient et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Je renouvelle mes étagères, peu à peu je m'adapte.
Felix Dahn conquiert un public, la lecture passe à droite.
J'écarte Emil Ludwig qui jodèle maintenant à l'extérieur,
Nous sommes remodelés; le camion poubelle arrive.
Comme je le dis aussi à mes lecteurs :
Maintenant, le Troisième Reich arrive !

Si je savais, ce que l'Adolf nous prépare,
N'a-t-il pas le pouvoir à la porte de Brandebourg déjà ?
Devrons-nous tous porter des chemises brunes ?
« Nebbich » ou « Juif », ne pourra-t-on plus dire ces mots-là ?
Une grande barbe couvrira-t-elle nos poitrines héroïques ?
Tendrons-nous pour saluer un bras mécanique?
Crierons-nous pour l'Adolf : « Heil Hitler!» ? !
Ou bien aussi le contraire ?

Bientôt, il n'y aura plus de Mollen Bier, seulement de l'hydromel à boire,
Et chez Kempinski, on aura le jambon d'ours au lieu de pain.
Chez Hermann Haller, au lieu des girls, on aura des Walkyries tous les soirs
Le Kadeko fera son cabaret dans la forêt de Teutobourg, dès demain.
Ai-je correctement prévu tout cela ?
Je ne sais pas déjà ce que l'Adolf inventera !

Si je savais ce que l'Adolf va nous réserver...
Fera-t-il de Berlin un faubourg de Munich ?
Le journal devra-t-il s'écrire en gothique ?
Le Kreuzberg en Swastikaberg sera-t-il changé ?
Max Reinhardt devra-t-il s'appeler Max Goldmann, maintenant ?
Ou le brûlera-t-on de toute manière ?
La flèche d'Adolf frappera-t-elle notre coeur mortellement?

Ou bien sera-ce le contraire ?

jeudi 10 avril 2014

LA FAUTE

LA FAUTE

Version française – LA FAUTE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Die Schuld – Hellmuth Krüger – 1947

Texte d'Hellmuth Krüger (1890-1955),
écrivain allemand, acteur et comique très actif dans le cabaret berlinois des années dorées de la République de Weimar.



Die Schuld - La Faute
Quand même ! 
On ne peut pas accuser le vieil Adam... 





À qui la faute de tout ce massacre que l'Allemagne a causé ? À Bismarck ou au vieux « Frédérique le Grand » qui nous guidèrent mal ? Aux théories de Nietzsche ou de Hegel ? Ou peut-être aux fables trop violentes des frères Grimm ? Ou bien avons-nous exagéré dans la lecture de la saga des Nibelungen ? … Mais ne faisons pas les enfants ! Inutile déranger les sociologues et peut-être attribuer la responsabilité à Adam : la faute est toujours à celui qui est en selle ! (et j'ajoute : de celui qui le soutient)




Ah, Lucien l'âne mon ami, je suis content de te voir... Tu arrives à point nommé...


Ah bon..., mon ami Marco Valdo M.I. Et pourquoi donc ?


Eh bien, je vais te le dire. C'est un sentiment assez complexe qui me mangeait le ciboulot. J'étais sur le point d'envoyer cette version de cette chanson allemande qui parle de la « faute », lorsque je me suis ravisé. À qui la faute, en effet ? Bien entendu, il ne s'agit pas de n'importe quelle faute, mais au contraire, la chanson s'interroge sur une question essentielle, à savoir à qui imputer la faute du grand massacre et comme cette chanson fut écrite en 1947, il s'agit bien de définir à qui imputer la faute d'avoir mener l'Allemagne toute entière dans un si malencontreux destin. Je passe sur les détails de la chanson, qui examine une série de coupables potentiels : des artistes, des philosophes... et finit par conclure à la culpabilité des dirigeants. Je te dis tout de suite que je pense qu'elle a raison... Mais cependant, on ne peut pas accuser tout un peuple ou plusieurs, ni même les seuls dirigeants, surtout si l'on considère tous ceux qui ont trempé dans ce « grand massacre ». Et cela me chiffonnait... Je pense toutefois que ce n'est pas suffisant de conclure à la culpabilité des seuls dirigeants et que la chanson pèche par là...


Que veux-tu dire ? Je ne comprends pas bien où tu veux en venir...


Vois-tu, Lucien l'âne mon ami, il faut remettre la chanson dans son contexte et comprendre ceci qu' Hellmuth Krüger, le gars qui écrivit cette chanson, tout en étant Allemand, ne se sentait pas en accord avec le régime et sans le moindre doute, comme bien d'autres – les exilés, les réfractaires, les prisonniers, les résistants, a-t-il tout à fait raison. Cependant, il n'en reste pas moins que en reportant la « faute » sur les dirigeants, il dédouane en même temps tous ceux qui les avaient soutenus, escortés, tous ceux qui d'une manière ou d'une autre, avaient collaboré – grandement ou petitement à cette entreprise. Par exemple, je t'ai déjà parlé de l'alibi du gardien de Dachau ou d'Auschwitz... C'étaient les ordres, je ne pouvais qu'obéir ; des gens comme ceux qu'on voit dans Les Fantômes de Lunebourg (Vakuum im Kopfe) – [[37565]]. Par ailleurs, le Vieux Fritz et Bismarck furent eux des dirigeants et non des moindres... et – ainsi que le démontrent les Histoires d'Allemagne (une série de cent et deux chansons) – car il y a une histoire, il y a l'Histoire ; il y a récidive... de Reich en Reich. Et de guerre en guerre. Et le Vieux Fritz, Bismarck, le rêve d'Otto, la volonté de puissance que se sont passés comme un relais les « dirigeants » des Reichs successifs, cette lourde hérédité politique, sont tout autant « porteurs de la faute ».


En fait, dit Lucien l'âne, comme toujours dans la Guerre de Cent Mille Ans, on retrouve cette « culpabilité » des riches, des puissants et de tous leurs affidés qui détenant les armes et le pouvoir, font sempiternellement la guerre aux pauvres afin d'imposer leur domination, de maintenir leurs privilèges, d'assurer leur pouvoir, de multiplier leurs richesses... Et donc, pour autant qu'on l'étende au-delà de la guerre ponctuelle des années 39-45 du siècle dernier, la conclusion de la chanson est des plus pertinentes :
« On ne peut pas accuser le vieil Adam,
En fin de compte, les coupables, ce sont nos dirigeants. »
et dès lors, il ne nous reste qu'à reprendre notre tâche qui consiste tout simplement à tisser le linceul de ce vieux monde militariste, belliqueux, belliciste, martial et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Quelqu'un doit quand même porter la faute,
Car cette faute nous écrase aujourd'hui
Et nous ne voulons pas désespérer à cause d'elle,
Jusqu’au moment où nous aurons réussi.

Serait-ce Bismarck, qui nous a trompés?
Le Vieux Fritz nous a-t-il ainsi baisés ?
Est-ce Nietzsche, qui nous a ainsi assaisonnés?
Ou c'est Hegel qui nous a décervelés?

Les frères Grimm nous ont-ils sans honte
Entraînés par la cruauté de leurs contes ?
Ou avons-nous lu trop longtemps
Des Nibelungen, les chants troublants?

Sûr, on le trouvera ce type,
Armons-nous aussi de patience !
On ne peut pas accuser le vieil Adam.
En fin de compte, les coupables, ce sont nos dirigeants.