samedi 22 mars 2014

UMSCHLAGPLATZ

UMSCHLAGPLATZ


Version française – UMSCHLAGPLATZ – Marco valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Umschlagplatz - Stormy Six2013
Écrite par Umberto Fiori et Tommaso Leddi des Stormy Six
Du spectacle “Benvenuti nel ghetto” (Bienvenue au ghetto) créé par le groupe avec
Moni Ovadia, à l'occasion des 70 ans de l'insurrection du ghetto de Varsovie.


« Pourtant est-ce peut-être là où quelqu'un résiste sans espoir, que commence l'histoire humaine, comme nous l'appelons, et la beauté de l'homme. » Yannis Ritsos/Γιάννης Ρίτσος, fragment de « Ελένη », 1970.


Entre avril et mai 1943 les Juifs du ghetto de Varsovie — hommes et femmes, vieillards et enfants — se rebellèrent face à la violence des SS et leur tinrent tête, armes la main, pendant presque un mois. Il s'agit du premier épisode de résistance armée contre les nazis ; un épisode d'autant plus significatif que les protagonistes — dans des conditions désespérées d’infériorité militaire et presque total isolement — en furent les victimes désignées de la persécution raciste et du génocide, les « sous-hommes sans honneur »et que les troupes de Hitler s'attendaient seulement à de la lâcheté et de la soumission. Les onze chansons du disque, écrites à l'occasion de l'anniversaire, évoquent le historique épisode sous divers angles.


Il y a un terrain, entre la ville et le ghetto
Où tout trépasse et se transforme.
Là, on trie les Juifs et les cageots.




Umschlagplatz est le nom « technique » que les SS donnaient à un terrain – originairement destiné à la distribution de denrées alimentaires – où étaient rassemblés les Juifs du ghetto, pour être chargés sur les convois qui les transportaient dans les camps de concentration. Un temps, circula encore la nouvelle qu'il s'agissait de simples camps de travail ; l'idée d'une extermination de masse semblait incroyable. À celui qui partait était remise une miche de pain. Beaucoup voulaient croire à la promesse d'une vie meilleure. « Umschlag » signifie en allemand transbordement mais même changement improvisé, renversement. L'Umschlagplatz de Varsovie est le lieu d'un monde à rebours, où régnait l'arbitraire plus absolu.



Entre les caisses, les soupirs et les coquilles d'oeuf
Siffle et halète la locomotive :
Elle est là pour nous transporter sur l'autre rive,
Dans les champs où naît le monde neuf.
On nous a promis travail et liberté,
Sur l'Umschlagplatz.

Il y a un terrain, entre la ville et le ghetto
Où tout trépasse et se transforme.
Là, on trie les Juifs et les cageots.
Toute exception, ici, devient règle,
Et pure vérité, tout mensonge
Sur l'
Umschlagplatz.

Ne cherchez pas un siège, un matelas,
Ne posez pas vos paquets sur le pavé.
Que croyez-vous ? Marquez le pas !
Ce n'est pas la fin, ici. On ne fait que passer.
Ici on monte dans le wagon et on y va,
Sur l'
Umschlagplatz.

Entre les charrettes de choux et les voitures
Il n'y a pas place pour les bavardage et les plaintes,
La paperasse, les tribunaux, les assemblées.
Pas de problèmes : seulement des solutions.
On commande et on agit sans discussions.
Sur l'
Umschlagplatz.

Entre les charrettes de choux et les voitures
Il n'y a pas place pour les bavardage et les plaintes,
La paperasse, les tribunaux, les assemblées.
Pas de problèmes : seulement des solutions.
On commande et on agit sans discussions.
Sur l'Umschlagplatz.

vendredi 21 mars 2014

L'EXTINCTION DE LA RACE HUMAINE

L'EXTINCTION DE LA RACE HUMAINE



Version française – L'EXTINCTION DE LA RACE HUMAINE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – L’estinzione della razza umana – Baustelle – 2013

Sur le groupe Baustelle, voir http://it.wikipedia.org/wiki/Baustelle
http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=46729&all=1#last



Tournera la terre
Follement belle
Après l'extinction de la race humaine 






Contre moi
Pour
Le faucon
La grenouille
La mort
La plante du thé
Contre toi
Pour
Sauver
L'hirondelle
Les pétales des orchidées

La liberté
Que nous appelons en vain
La société
Car son guide est humain

Meurt la forêt, survit la tribu
Qui coupe la tête au coq qui ne chante plus
Meurt même l'amour
Qui n'a pas de couleur
Il pleut sur le cadavre durant des semaines
Des cavaliers du travail semblables à Jésus
Nous ne supportons pas les humains
nous ne les supportons plus
Tournera la terre
Follement belle
Après l'extinction de la race humaine

Sans nous
Une ère inhumaine sera
Nulle épidémie de peste ne viendra
Plus jamais nous polluer
Nous balayera
Notre lâcheté proverbiale
De brume nous serons noyés
Et puis l'oubli nous couvrira

Contre moi
Pour
Le cobra
La hyène
La croissance des nénuphars
Contre toi
Pour
Les insectes
Les pavots
Les loups
Les hautes marées
La gravité
Car s'envoler est sain


Meurt la forêt, survit la tribu
Qui coupe la tête au coq qui ne chante plus
Meurt même l'amour
Qui n'a pas de couleur
Il pleut sur le cadavre durant des semaines
Des cavaliers du travail semblables à Jésus
Nous ne supportons pas les humains
Nous ne les supportons plus
Tournera la terre
Follement belle
Après l'extinction de la race humaine 

jeudi 20 mars 2014

CHANT DU LUMPEN

CHANT DU LUMPEN


Version française – CHANT DU LUMPEN – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Lumpenlied – Erich Mühsam – 1909

http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=46965


Texte d'Erich Mühsam, dans le recueil “Wüste, Krater, Wolken” publié en 1914.
Musique de Béla Reinitz (1878-1943), compositeur, militant de la gauche hongroise.
Dans le film “Mephisto” (1981) du réalisateur hongrois István Szabó, interprété par Klaus Maria Brandauer, tiré d'un récit de Klaus Mann.
Plus récemment mis en musique par Frank Spilker e Knarf Rellöm.





Erich Müsham
(tableau de Brigittte Arndt 
www.brigitte-arndt.de)

Une chanson dans le style cabaret qu'Erich Mühsam [http://labouchedefer.free.fr/spip.php?article51] écrivit à l'époque de son séjour à Munich, où il fonda un groupe socialiste révolutionnaire appelé « Gruppe Tat » avec lequel il entendait conscientiser et impliquer dans le processus révolutionnaire le « Lumpenproletariat », le sous-prolétariat urbain. L'expérience échoua, car les « lumpens » n'étaient pas vraiment intéressés par la propagande socialiste autant qu'à la nourriture et aux boissons disponibles pendant le meeting du Tat…
Et en effet cette chanson,quoique ironique, est en même temps très amère, car à la désacralisante vision d'une bourgeoisie avide, hypocrite et d'un nationalisme (le même qui livrera l'Allemagne aux nazis) se joint même la déception par rapport à la capacité des classes subalternes d'exprimer solidarité et conscience politique, même si pour Mühsam la faute n'est pas la leur mais celle du système capitaliste, si séduisant en apparence et difficile à attaquer…




N'était-ce pas ce même Erich Mühsam qu'on croise dans « Mon Siècle » de Günter Grass et qu'on a croisé dans tes Histoires d'Allemagne en 1934 – Erich Mühsam, poète, anarchiste et assassiné ? J'en ai gardé un souvenir aigu, dit Lucien l'âne en balançant sa tête noire.


Très juste, c'est bien de lui qu'il était question et il me plaît de rappeler ainsi au jour cette chanson, qui, souviens-t-en, relate le supplice et l'exécution d'Erich Mühsam par les nazis au camp de concentration d'Orianenburg. Après l'avoir torturé, face à son implacable résistance (Ora e sempre : Resistenza !), ils finiront par le pendre dans la nuit du 9 au 10 juillet 1934, connue sous le nom de la Nuit des Longs Couteaux. Mais cette fois, c'est le poète, chansonnier, auteur Mühsam qu'il m'est donné de traduire et ce n'est là qu'un début... Car Mühsam comme bien d'autres et sans doute, plus encore que bien d'autres, est un de ces auteurs que couvre une mystérieuse chape de silence. Une première explication m'avait été donnée par Carlo Levi, lui qui mena la résistance au régime fasciste pendant près de vingt-cinq ans et au fascisme, le reste de son existence. Carlo Levi signalait le fait que les opposants à un régime sont triplement pénalisés : une première fois dans leur pays comme opposants (résistants, terroristes...), une seconde fois comme exilés, et une troisième fois en exil comme ressortissants d'un pays disons dictatorial ou même, démocratique ou prétendument tel... Et là, ils sont doublement suspects puisqu'en plus de les regarder comme des ressortissants de leur pays d'origine et donc de son régime, on les considère également comme de dangereux subversifs. Et de surcroît, pas seulement, cela je l'ajoute, pendant que dure le régime, mais bien au-delà. Leurs livres, leurs œuvres, leurs écrits sont interdits, confisqués et souvent brûlés ou détruits... et sont ainsi plongés dans un oubli volontaire. Pour certains, on va jusqu'à tenter de faire disparaître jusqu'à la moindre trace de leur existence... Ce qui fait que l'ostracisme qui les a frappé se perpétue. C'est là aussi une excellente raison de faire l'effort de les faire resurgir du néant... D'autant plus que si on les avait poursuivis, massacrés, si on avait tenté de les effacer du monde, c'est précisément car ils pensaient, parce qu'ils disaient des choses intéressantes, parce que ce qu'ils disaient était porteur d'intelligence, de compréhension du monde. Parce que, volens nolens, ils s'insérent dans cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin d'accroître leurs richesses (on le voit très clairement actuellement...), d'affermir leur pouvoir, d'étendre leur domination, d'imposer leur vision du monde, laquelle est d'un infantilisme consternant et dément. Tellement dément qu'il met en cause la vie-même de l'espèce humaine. Je m'explique : au cœur de la guerre de cent mille ans, on trouve ce qui est en quelque sorte son moteur et cette machine infernale, c'est l'avidité qui pour se satisfaire a besoin d'une croissance constante et donc, infinie de la richesse et des éléments matériels de son mode et de son niveau de vie. Et cette boulimie d'enfant gâté de la nature nous conduit tout droit au suicide collectif et semble-t-il dans pas trop longtemps...


Voilà qui est réjouissant, dit l'âne Lucien... Et personne ne fait rien pour l'empêcher ?


La réponse que je pourrais te donner n'est pas très encourageante. Elle tient en une question : Comment amener une espèce composée d'une forte composante d'enfants pourris gâtés, comme le bébé de la chanson de Rossini, à renoncer à leur nanan ?


C'est bien ça... Et ça ressemble vraiment à une mission impossible... En fait, j'ai bien l'impression qu'on ne peut rien faire ; c'est un train fou et nous en sommes les voyageurs. Il ne nous reste qu'à refuser de participer à l'orgie et de notre côté, à tisser tranquillement mais obstinément le linceul de ce monde horriblement avide, absurde, ambitieux et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Pas de cravate au cou, pas d'argent dans le sac.
Nous sommes le miteux Lumpenpack,
Sur quoi les bourgeois crachent.
Le bourgeois blanc de Stiebellack,
Avec ses décorations sur son frac,
Le bourgeois au chapeau claque,
Pieusement et parfaitement honnête.

Le bourgeois qui crache est très convenable.
Il a des bijoux en or véritable -
Nous, on a du schnaps dans le ventre.
Et ça nous soûle ce schnaps dans le ventre,
Et celui qui est saoul ose des choses,
Qu'on trouve mauvaises
Et même aussi basses.

Le bourgeois est bien élevé,
Il a appris la bible et le latin.
Nous n'apprenons que l'avidité.
Il boit des
Schwarzbiers et des grands vins,
Il flâne au soleil agréablement,
Et il s'époussette, quand un indigent
Frôle son vêtement.

Où le bourgeois a-t-il pris :
Son sac d'argent et ses fusils ?
Comme nous, il vole les gens.
Mais à nous seulement, on l'interdit.
Pourtant, il prend plus que son content.
Et puis, il faut voir comme
Il rançonne les pauvres pommes.

Oh, je ferais bien l'homme riche,
Qui vole et qui triche,
Estimé et reconnu.
J'écarterais de mon chemin,
Fritz, Johann, vos hommes de main

Votre peuple de chiffons, je vomis dessus.
Ils méritent bien ça vos chiens !

mercredi 19 mars 2014

IL EST GRAND TEMPS !

Il est grand temps ! Il est grand temps ! 
Alerte, alerte, il est plus que temps !!!
Celui qui perd son temps aujourd'hui est un dément, 

IL EST GRAND TEMPS !

Version française - IL EST GRAND TEMPS ! – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Höchste Eisenbahn! – Friedrich Hollaender – 1932
Paroles et musique de Friedrich Hollaender.



Cette chanson donnait son titre à la dernière des revues de cabaret composées par Hollaender avant de fuir l'Allemagne nazie, quand – comme dit le refrain – il restait peu de temps à perdre, peu de temps pour faire tout ce qu'on n'avait pas fait jusqu'alors… Juste le temps de faire ses valises et de sauter dans le premier train et laisser ce pestilentiel et sombre pays, otage des chemises brunes.

Il y a des cabarets, comme le « Tingel-Tangel » fondé par Hollaender lui-même en 1931, qui menèrent désespérément la dernière bataille contre le nazisme qui était en train de gagner le pouvoir. Ce n'est pas un hasard si à l'automne 1932, les S.A. firent irruption au Tingel-Tangel en détruisant tout et en frappant les acteurs qui jouaient justement « Höchste Eisenbahn » « IL EST GRAND TEMPS ! »…

Friedrich Hollaender fuit Berlin à grands pas quelques heures après l'incendie du Reichstag (qui fut, comme on sait, un épisode manigancé à dessein par les nazis comme prétexte à la répression de toute forme d'opposition et de désaccord) sans réussir à rien emmener, pas même une des centaines de partitions écrites par lui. Presque tout fut perdu dans le furieux délire du régime, y compris la partition et les brouillons et les photos de scène de cette revue, par la suite patiemment reconstituée à partir du peu de matériel resté.



Alerte, alerte, il est plus que temps !!!
De faire tout ce que tu n'as pas fait !

Y a-t-il une femme que tu n'as pas encore embrassée ?
Y a-t-il encore un pays, où tu n'es pas allé ?
Il est grand temps ! Il est grand temps !
Y a-t-il une issue que tu n'as pas encore trouvée ?
Y a-t-il un droit que tu ne peux te procurer ?
Il est grand temps ! Il est grand temps!
Car on ne sait ce qui arrivera demain,
Et personne ne peut prévoir ce qui adviendra.
Tout peut être bouleversé, après-demain déjà,!
Seul aujourd'hui est certain :

Pour saisir, ce qu'il faut saisir,
Pour haïr, ce qu'il faut haïr,
Pour enchaîner ce qu'il faut enchaîner,
Pour sauver ce qu'il faut sauver.
Il est grand temps ! Il est grand temps !
Alerte, alerte, il est plus que temps !!!
Celui qui perd son temps aujourd'hui est un dément,
Il n'y a pas de bonnes solutions pour les chances perdues.
Il est grand temps!
Ah, l'aiguille avance à une cadence éperdue
Alerte, alerte, il est plus que temps !!!

Y a-t-il une injustice que tu n'as pas réparée ?
Y a-t-il une chance que tu n'as pas tentée ?
Il est grand temps ! Il est grand temps !
Y a-t-il un mufle que tu n'a pas encore calmé ?
Y a-t-il des pauvres que tu n'as pas aidés ?
Il est grand temps! Il est grand temps !
Y a-t-il une vérité que ta bouche garde pour soi ?
Y a-t-il encore toujours des musiques militaires ?
Toujours encore le cauchemar de la guerre ?
C'est maintenant à toi :

D'oser ce que tu dois !
De dire ce que tu dois !
De justifier ce que tu dois !
De pleurer, ce que tu dois !


Il est grand temps ! Il est grand temps !
Alerte, alerte, il est plus que temps !!!
Le train, que tu manques maintenant,
Part sous ton nez, et toi limace humaine inerte, tu restes sur le trottoir.
Il est grand temps !
L'aiguille avance impitoyable. As-tu fait ton devoir ?
Alerte, alerte, il est plus que temps !!!