dimanche 23 février 2014

LUMIÈRE DANS LES YEUX

LUMIÈRE DANS LES YEUX

Version française - LUMIÈRE DANS LES YEUX – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Luce negli occhi – Sine Frontera – 2009

Texte d'Antonio Resta et Simone Dalmaschio




Fleur de terre tout près des cieux
Je suis mon sentier
Je vis ici à deux pas des dieux




Je ne sais lire ni écrire
Je dis mes paroles
Avec mon cœur, avec ma tête,
Je suis une femme
Je me bats pour un peuple martyr
Indio compañera
Lotto per la libertà
Mais le mauvais gouvernement ment et tire

Nous sommes des enfants de la terre
Qui vient en paix n'aura pas la guerre
Somos hijos de la tierra
Hijos del campo de la sierra

Fleur de terre tout près des cieux
Je suis mon sentier
Je vis ici à deux pas des dieux
Lumière dans les yeux
C'est mon nom en clandestinité
Indio campesina – Paysanne indienne
École et santé, je désire
Mais le mauvais gouvernement ment et tire

Nous sommes des enfantsde la terre
Qui vient en paix n'aura pas la guerre
Somos hijos de la tierra
Hijos del campo de la sierra

Sueur et mains laborieuses
Écoute ma pensée
Les gens ici résistent et tiennent
Au Mexique, au Tibet, au Kenya
Au Nicaragua, au Guatemala
Partout où on se trouve
Quelle que soit ta route
Pour la liberté lutte

Nous sommes des enfants de la terre
Qui vient en paix n'aura pas la guerre

Somos hijos de la tierra
Hijos del campo de la sierra

mercredi 19 février 2014

PAUVRE DIABLE

PAUVRE DIABLE



Version française – PAUVRE DIABLE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Povero diavolo – Modena City Ramblers – 2011



Pape sàtan, pape sàtan aleppe! 
Pape Satan, Pape Satan, à l'aide !




Voici, Lucien l'âne mon ami, une canzone comme nous les aimons ... Je crois bien qu'elle te plaira, comme elle m'a plu... Une chanson pour tout dire « dantesque »... Mais au sens ancien du terme, je veux dire au sens où non seulement, la canzone est tout entière construite autour de l'Enfer de Dante, mais également autour des personnages antiques que lui-même avait revivifiés dans la Divine Comédie... Un texte qui ne date pas d'hier, comme tu sais...


Ah, Dante... Je m'en souviens très bien de celui-là quand nous allions – lui à côté de moi, car je portais ses bagages et ses livres... (ses armes, il les portait lui-même) au travers des plaines, des vallons et des montagnes. Ce fut un de ces voyages extraordinaires que seul, je crois bien sans me vanter, moi, l'âne Lucien, au travers des siècles de mon existence, j'ai pu faire... Bref, ce fut un beau voyage... Mais on marchait, on marchait de l'aube au crépuscule...


Mais, mon bon ami Lucien l'âne, il devait te prendre pour son Virgile...


En effet, Marco Valdo M.I. mon ami... pour son Virgile... Et d'un certain point de vue, on vivait l'enfer, car celui-là, je parle du Dante, il n'arrêtait pas de parler, du fait que – comme le fera Flaubert avec son gueuloir – il testait à pleine voix ses vers dans mes oreilles... Les pauvres, l'épreuve était rude... Car, imagine toute la Divine Comédie y est passée et plusieurs fois... Et puis lui, le Dante Alighieri, c'était un de ces hommes qui tiennent de l'adage : cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage. Sauf que le métier, c'était mon entendement. Bon, d'accord, la chose se justifie... Il ne pouvait quand même pas écrire en marchant et les chemins étaient souvent escarpés. Certes, je suis un âne et mes sabots sont rugueux et à toute épreuve et j'en ai quatre ; crois-moi, c'est un avantage ; ça répartit le poids et l'effort. Passons, ce fut un beau voyage et voilà tout. Cependant, tu as raison, c'était il y a déjà bien longtemps, dans les débuts du Treizième siècle à compter de zéro. Donc, tout ce que je puis espérer, c'est qu'elle tienne la route cette canzone...


Oh, tu verras, mais je pense que oui. Cependant, si toi tu connais ton Dante et tu comprends aisément les allusions diverses qui la parsèment cette chanson, ce n'est pas le cas de tous ceux qui nous lisent ou nous écoutent, c'est selon. D'ailleurs, elle commence en plein mystère, cette histoire et bien des érudits s'y sont cassé les méninges sur ce vers : « Pape sàtan, pape sàtan aleppe! », tout droit venu de l'Enfer. Il y avait pour moi une complication supplémentaire, puisqu'il me fallait le garder intégralement et en même temps lui donner une signification. J'ai donc ajouté un vers à l'ensemble – gardant la version dantesque et y adjoignant ma « traduction »... et une nouvelle signification, dont je me demande si toi, tu l'approuveras...Écoute et dis-moi :
« Pape sàtan, pape sàtan aleppe! 
Pape Satan, Pape Satan, à l'aide ! »


Oh, dit Lucien l'âne en agitant frénétiquement sa queue, à cause d'une mouche frivole... Oh, qu'est-ce que je l'ai entendu cette rengaine-là. Bien sûr, que je la reconnais cette antienne, on dirait une formule kabbalistique... C'en est peut-être une, au demeurant... En ce qui concerne la traduction ou la version que tu en donnes, pour ce que j'en sais et qui me reviens en mémoire, elle me paraît assez exacte, d'autant plus qu'il faut considérer le fait qu'elle est placée dans la bouche d'un diable... À mon sens, et Dante sans doute aurait tenu le même langage, ta version est parfaite. D'autant plus qu'elle respecte le rythme et quasiment la sonorité de l'originale... Ce qui n'est pas rien et ça met cette étrange invocation en écho. Et puis, ce petit air de litanie, n'est pas mal venu, lui non plus...


Donc, selon toi, j'ai bien fait. Me voilà déjà rassuré, car ton jugement pèse son poids d'or... Cela dit, et devançant ton habitude, qui est de me réclamer le contenu de la chanson, je te dis tout de suite que – comme le titre le suggère, c'est l’histoire d'un pauvre diable – au sens propre et littéral du terme, un pauvre serviteur de l'Enfer, un homme de Satan ou une de ces multiples figures, allez savoir. Ce pauvre diable est bien malheureux et je te donne en mille pourquoi ? C'est que vois-tu, Lucien l'âne mon ami, ce pauvre diable, un peu comme toi, a été propulsé – pour des raisons que j'ignore – dans notre siècle et il se rend compte qu'il va bien avoir du mal à accomplir sa mission de diable, car les hommes de notre temps ont bien mal évolué ; du moins, ceux qui intéressent le diable, les gens de mauvaises vie et mœurs, les arsouilles, les pendards, les fripouilles, les truands, les vauriens, les débauchés, les voyous, les chenapans, les loubards, les crapules, les gouapes, les frappes, les bandits, les canailles, les coquins, les gredins, les faquins, les marauds, les scélérats, les voleurs, les brigands, les coupe-jarrets, les escarpes, les filous, les forbans, les exacteurs, les détrousseurs, les faussaires, sans compter les honnêtes assassins... ne sont plus ce qu'ils étaient. Antérieurement, c'était sa clientèle, c'était son fonds de commerce à ce pauvre diable. Et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes... Mais – et c'est là le sel et le sens de la chanson, mais les vivants d'aujourd'hui ne sont plus les mêmes et ces gens-là (les escrocs et les autres cités ci-dessous) ont bien évolué et le diable s'en plaint :
« Un temps je vous comptais parmi les gens immondes
Mais ces gens-là maintenant vont fièrement par le monde ».
Ses clients ne le comptent plus pour rien, ils sont devenus des hommes d'affaires et des politiciens ou tout bonnement, s'ils ont gardé leur ancienne stature, ils ont été supplantés par ces nouveaux venus. Balayés, les escarpes, les pillards, les larrons de bas étage... Et le pauvre diable est condamné à la faillite, à la misère, au chômage... L'Enfer est mis en liquidation ; on n'a plus besoin de lui... On se galvaude fièrement, à présent ! En somme, c'est le Grand Pan est mort, version infernale.


M'est avis, Marco Valdo M.I., qu'elle est bien intéressante cette chanson... et que, tout comme nous, elle tisse – à sa manière – le linceul de ce vieux monde indélicat, tartufe, ambitieux, avide et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Pape sàtan, pape sàtan aleppe! 
Pape Satan, Pape Satan, à l'aide !
Un temps je vous comptais parmi les gens immondes
Mais ces gens-là maintenant vont fièrement par le monde
L'ange rebelle compte à présent pour du beurre
Les abysses infernales ont perdu toute leur valeur
Le feu éternel s'est éteint dans le marécage vert,
Là où on trouvait la pitié bien morte à cette heure
Il ne reste qu'une affiche « en vente en enfer »

Vous n'étiez pas faits pour vivre comme des brutes
Mais vous vous êtes habitués à vivre comme des brutes
Vertus et savoir vous avez négligés
Et être pécheurs n'est plus un péché
Pauvre diable Pauvre diable Pauvre diable oublié !
Pauvre diable Pauvre diable Pauvre diable désœuvré !

Caron le nocher a vendu son bac à l'encan
Son œil de braise est éteint à présent
Il se ronge ivre de fiel et de honte
À la queue du bureau de chômage
Cerbère, qui fier, terrible et cruel terrorisait
Aboie maintenant sans joie au bout d'une chaîne
Gardien de ces injustes qui un temps dévorait
Le voir dans cet état me provoque grand peine

Vous n'étiez pas faits pour vivre comme des brutes
Mais vous vous êtes habitués à vivre comme des brutes
Vertus et savoir vous avez négligés
Et être pécheurs n'est plus un péché
Pauvre diable Pauvre diable Pauvre diable oublié !
Pauvre diable Pauvre diable Pauvre diable désœuvré !

Vous n'étiez pas faits pour vivre comme des brutes
Mais vous vous êtes habitués à vivre comme des brutes
Vertus et savoir vous avez négligés
Et être pécheurs n'est plus un péché
Pauvre diable Pauvre diable Pauvre diable oublié !
Pauvre diable Pauvre diable Pauvre diable désœuvré !

Mais depuis que le monde est monde, moi, diable damné
Je cherche à vous égarer de la bonne vie
Et peut-être tout ce que maintenant, je vous ai raconté
Est mon ultime ruse, tout juste une fantaisie.

LE PRINCE

LE PRINCE



Version française – LE PRINCE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Il Principe – Massimo Troisi – 1975



Texte de Massimo Troisi
Musique di Massimo Troisi et Vincenzo Purcaro, à la scène Enzo Decaro, le troisième homme de “La Smorfia”
Disque de Enzo Decaro intitulé “Poeta Massimo”, 2008.







La Belle Dame sans Merci
Dante Grabriele Rossetti – 1848


Le prince sur son cheval blanc
File dans le vent
Vers le château de sa belle au bois dormant


Il court embrasser
La femme aimée
Que la magie
A endormie…


Il lui porte en cadeau
Un manteau d'étoiles
Des terres, un anneau
Et les plus beaux voiles…


Mais dans le bois vert,
Paysans et chemineaux
Se mettent en travers,
Du chemin du damoiseau


À leurs vestes,
À leurs visages et à leurs gestes
C'est sûr, il les reconnaît
Là, ce sont les mauvais !
Ils parlent tous à la fois
Et un mauvais patois...


Notre jeune seigneur
A le visage souffreteux…
Il admet ses erreurs,
Pour un bon, ils sont nombreux.
Ensuite il promet, il va...
Et il les convainc peu à peu
Avec ses trémolos de Roi…


Entretemps son père
A envoyé ses soldats
Avec leurs armures,
Et des flèches, plein leur carquois.
Maintenant les feuilles du bois
Sont teintes de rouge-feu
Mais ce n'est pas du sang bleu…


Le prince de sang
File dans le vent

Vers le château de sa belle au bois dormant...

mardi 18 février 2014

À L'ATELIER DE COUTURE

À L'ATELIER DE COUTURE

Version française – À L'ATELIER DE COUTURE – Marco Valdo M.I. – 2014
d'après la version italienne de Riccardo venturi
d'une chanson yiddish – In shap, oder Di svet-shap - Moris Roznfeld [Morris Rosenfeld]1893 ?

Poème de Morris Rosenfeld, originairement publié dans la revue « Di Tsukunft » (« Le Futur »),
ensuite, peut-être, dans le recueil intitulé « Lider-bukh », traduite en anglais en 1898 et en allemand en 1902.



qui me rappelait soudain mon grand-père
 qui fut lui aussi ouvrier tailleur... 







J'ai eu une étrange sensation en traduisant cette chanson qui me rappelait soudain mon grand-père qui fut lui aussi ouvrier tailleur... Évidemment, quand je l'ai connu l'ouvrier de ses débuts était devenu artisan, puis maître tailleur... Et puis, plus rien... son métier était mort... Il l'a suivi quelques temps plus tard... Ceci dit, il y a plusieurs chansons autour de l'atelier de couture ou de tissage... C'est une chanson qui pourrait se retrouver dans un parcours des chansons autour du « textile »... Mais attends un peu... J'essaye de me souvenir... Il y a évidemment Les Canuts [[7841]], Les Fileuses [[38416]], la Complainte des tisserandes [[38011]], Les pauvres Fileuses [[46273]], Grève de femmes au Bangladesh [[34765]] et sans doute encore d'autres...


Et elles nous plaisent bien à nous qui nous revendiquons comme des canuts, dont la tâche consiste à tisser jour après jour le linceul de ce vieux monde de détresse, d'exploitation, dominateur, oppressant et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Ici à l'atelier, règne le chahut infernal des machines
Souvent, dans ce vacarme, j'oublie qui je suis ;
Dans ce bruit terrifiant, je me perds et je suis
Comme vide : je deviens une machine.
Travail, travail, travail, sans s'arrêter.
On produit, on fabrique, on fabrique, on produit à l'infini :
Je ne sais pas, je ne demande pas pourquoi ? Et pour qui ?
Une machine, peut-elle jamais penser ? …

Ici, il n'y a aucun sentiment, ni raison, ni pensée,
Le travail dur et brutal anéantit
Tout : le fin, le bien, le bon, le sensé,
Tout ce qui donne ses dimensions à la vie.
Les secondes, les minutes, les heures, les journées
Volent comme voiles au vent, les jours et les nuits ;
Et moi, je pédale à ma machine pour les dépasser,
Je les poursuis comme un fou, comme un forcené.

L'horloge à l'atelier jamais ne s'arrête,
Elle scande tout, tic-tac – tic-tac, et tout toujours réveille;
Ce qu'elle veut dire, quelqu'un autrefois me l'a dit,
Scander et tenir éveillés : c'est un motif précis.
Je me rappelle quelque chose, comme un rêve :
L'horloge réveillait sens et vie en moi
Et encore autre chose – mais j'ai oublié quoi, ne me le demandez pas !
Je ne sais pas, je ne sais pas, je suis une machine ! …

Et parfois, quand j'écoute l'horloge
Elle me parle, et moi, je comprends ce qu'elle dit ;
Son tic-tac à devenir fou, ce tic-tac maudit
Pousse à travailler, trimer, peiner davantage.
Dans ce tic-tac, j'entends la voix âpre du patron,
Comme lui, droit dans les yeux, elle me regarde ;
L'horloge me pousse, j'en ai des frissons
Elle crie « Couds ! » et m'appelle « Machine ! ».

Seulement quand cesse cet effroyable vacarme
Et que le boss part pour la pause déjeuner,
Alors dans ma tête l'aube se lève ,
Et en moi, je me sens encore plus blessé.
Et je pleure d'amères et brûlantes larmes
Elles mouillent mon dîner – ma croûte de pain,
Elles me suffoquent… je n'arrive pas à manger, impossible !
Quelle terrible peine, quel horrible destin !

À midi, l'atelier ressemble
À un champ après la bataille
Autour de moi, je vois les morts à terre
Et sur sol, le sang versé se lamente
Une trêve, et soudain sonne la sirène,
Les morts ressuscitent et la bataille recommence :
Les cadavres se battent pour des étrangers,
Ils luttent, meurent et se noient dans l'obscurité.

Je contemple ce massacre avec une rage amère,
Avec horreur, avec douleur, j'aspire à la vengeance ;
Mais voilà que j'entends l'horloge dire
« Assez cet esclavage, ça doit finir ! »
Elle réveille mes sens et ma raison,
Et me montre comme le temps maintenant fuit ;
Je resterai malheureux tant que je me tairai,
Je serai perdu au monde, si je reste ce que je suis


L'homme qui dort en moi commence à se réveiller
Et l'esclave en moi commence à s'endormir ;
Maintenant, le bon moment est arrivé !
Suffit avec la misère, ça doit finir !
Mais, tout à coup, le sifflet : alerte, le patron !
J'oublie ma résolution ; à nouveau, je turbine.
Vacarme, combat ; et puis, je touche le fond.
Je ne sais pas, peu importe. Je suis une machine.