jeudi 16 février 2023

DES SINGES

 


DES SINGES


Version française — DES SINGES — Marco Valdo M.I. — 2023

Chanson italienne — ScimmieManagement del Dolore Post-operatorio — 2015











LE SINGE ET LE MODÈLE


Jean-Baptiste Deshays — 1750 ça.




Selon Romagnoli, Scimmie (DES SINGES) est « un hymne à la technologie, à la science et à la culture, contre la superstition, la haine et la douleur ». La chanson a été décrite par les membres de Management eux-mêmes comme une version technologique de Imagine de John Lennon.

Expliquant cette analogie, le groupe a déclaré : « il est toujours impossible d’imaginer un monde sans guerre, sans haine, sans argent, sans Dieu, sans inégalité, sans faim, sans frontières. L’acte de civilisation est un acte contre la nature, et avec l’aide de la technologie nous avons rêvé d’un monde sans maladie et sans mort, où il ne faut pas tuer ou travailler pour manger, un simple clic suffit. Le rêve amusant de ceux qui ne veulent plus être les descendants directs des singes et qui veulent enfin entrer dans l’ère moderne ».





Dialogue maïeutique



Ohlala, les pauvres singes !, dit Lucien l’âne. Ce sont les martyrs de l’évolution.


Comment ça, dit Marco Valdo M.I., les martyrs de l’évolution ? Je ne comprends pas.


C’est simple, pourtant, reprend Lucien l’âne. Il ne faut pas prendre tous les simiens pour des humanoïdes et tous les pans pour des homos sapiens. Du fait qu’ils sont aussi des primates et même pas nos ancêtres directs, on impute aux singes ici toute la honte de l’humain. Jacques Brel lui-même l’avait fait ; à vrai dire pas vraiment, car sa chanson « Les Singes » inversait la donne ; chez lui — les singes, les culs pelés, fauteurs de tous les troubles étaient des hommes.


« Avant eux avant les culs pelés

La fleur l’oiseau et nous étions en liberté

Mais ils sont arrivés et la fleur est en pot

Et l’oiseau est en cage et nous en numéro

Car ils ont inventé prisons et condamnés »


C’est quand même le comble ! L’humain n’a qu’à assumer son humanité et ses ascendances. C’est facile de se défausser sur le singe qui n’a rien à voir dans nos galères présentes, passées et futures. Je demande ce que les singes ont comme responsabilité dans nos déboires, nos guerres, nos erreurs, nos errements ?


Sans doute, rien, dit Marco Valdo M.I. Ils sont bien trop malins pour quitter leur condition de primate quadrumane ; ils ont raison, c’est plus facile pour manger les bananes. Pour en venir à la chanson et à l’interview du groupe qui dit trouver « impossible d’imaginer un monde sans guerre, sans haine, sans argent, sans Dieu, sans inégalité, sans faim, sans frontières », je ne vois pas où est le problème à moins de manquer d’imagination, plein de gens l’ont fait ; on les appelle les « utopistes ». Pour ma part, je n’ai aucune difficulté à penser un monde sans Dieu, du simple fait que c’est l’état normal du monde réel et tout au contraire, ce qui me paraît aberrant et littéralement, impensable, c’est un monde avec Dieu ; je ne sais de quel chapeau quel magicien a sorti cet étrange lapin-là. Pour le reste, sans guerre, sans haine, sans argent, sans inégalité, sans faim, sans frontières, on pourrait y arriver, c’est une question d’organisation et de volonté. Certes, il y a encore du chemin à faire, mais à cœur vaillant, rien d’impossible par l’imagination ; autant dire que tout cela sera certainement possible dans un monde imaginaire. Mais rien n’empêche de vouloir agir dans ce sens ; ainsi, on pourra s’en approcher et même fort rapidement, du moins si on se place dans une perspective évolutionniste, où dix mille ans est une paille. Je rappelle qu’il s’agit d’y amener toute une espèce — disons des milliards de gens et qu’ils y soient tous en même temps, sinon retour à l’étape précédente.


Oui, dit Lucien l’âne, ça laisse de la marge. Cependant, tout ça est bien intéressant et moi qui cours les routes depuis des mille ans, je n’ai rien vu de tel sur mon chemin. Évidemment, on peut toujours courir encore ; mais au fond, courir son chemin, c’est la vie. Enfin, trêve de spéculations, tissons le linceul de ce vieux monde cousu d’or, d’armes et d’argent, mal foutu, perclus et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane








Mon ami, un parleur expérimenté

À Cicéron n’a rien à envier.

Il m’a dit qu’on ne mourra plus,

Juré que l’argent aura disparu,

On ne devra plus travailler,

Les machines feront notre métier,

Les maladies seront un mauvais souvenir,

On aura de nouveaux cœurs en acier

Battant exactement sans jamais faillir,

Les gens nous prennent pour des dérangés.

Mais c’est normal ! Ils sont dépassés ;

C’est normal ! Ils sont arriérés.


Comme si un singe sort de la jungle

Et commande un gin citron.

Comme si un singe sort de la jungle

Et va écouter John Lennon.


Tous très heureux, même les végétariens.

Les animaux ne seront plus mangés

Avec les imprimantes, on multipliera les pains

Sans fatiguer les boulangers.

Sans saints et sans sous, la guerre disparaîtra.

Et je crois que vous n’y croyez pas !


Comme si un singe sort de la jungle

Et commande un gin citron.

Comme si un singe sort de la jungle

Et va écouter John Lennon.


Comme si un singe sort de la jungle

Et s’en vient commander un rhum-coca.

Comme si un singe sort de la jungle

Et s’en va chanter à l’Olympia.


Et nous vivrons sans peur et sans faute

Et nous serons enfin modernes

Il n’y aura plus de prêtres,

Chacun fera l’amour comme il le souhaite.

Même les hommes accoucheront

Et toutes ces belles personnes

Nous les clonerons !


Et qui vivra verra,

Et qui vivra verra.


J’ai honte d’avoir été un singe.

J’ai honte d’avoir été un singe.


PASSEPORT POUR LES ÉTOILES

 



PASSEPORT POUR LES ÉTOILES


Version française — PASSEPORT POUR LES ÉTOILES — Marco Valdo M.I. — 2023

Chanson italienne — Passaporto per le stellePooh — 1983

Album : Tropico Del Nord








NOUVEAU MONDE


Georgia O'Keeffe — 1937




Une de ces perles rares de la musique italienne, c’est l’histoire d’un garçon et d’une fille, tous deux habitués à vivre simplement, à la campagne, qui sont choisis par le président de leur pays pour aller peupler un monde lointain, car le leur est sur le point d’être détruit par une énième et dernière guerre. D’autre part, le texte est de Valerio Negrini.







C’est l’histoire d’un gars de la campagne.

Un agent vient et dit : tu ferais mieux de

Me suivre.



Au palais du gouverneur, il vit

Le président en personne qui

Voulait trinquer avec lui.



Puis vinrent des gens sévères

Dans des tenues extraordinaires ;

C’étaient des médecins et des militaires.

L’un d’entre eux lui dit :

« Que Dieu te vienne en aide, l’ami ».



Elle était une fille de la campagne.

Aux hommes en uniforme, elle demande :

« Je peux rentrer chez moi ou je reste ? »



Dans la lumière du soir d’été,

Le vent du désert s’est levé,

Le président a parlé :



« Par traîtrise et par faute,

Nous sommes en guerre.

Voici vos passeports pour les étoiles.

Je les ai signés tous les deux.

Dieu vous aide, adieu. »



Retenant ses muscles, la machine trembla,

Le couvercle sauta ; elle se lança.

Une minute intense ; elle est partie

En l’air comme une symphonie.



Lui le premier ou elle, peut-être,

Ils se demandent qui ça peut être.

La Terre s’est éloignée

Plus vite que la pensée.





C’était un univers magnifique,

Une nouvelle Amérique.

Une chose magique, fantastique.





Il y avait des pierres, des végétaux,

Des rivières, des animaux

Et un ciel si bleu, si beau.



Dans le souffle et l’abondance,

Dans l’aube du monde, une présence

Inconnue se fait entendre

Qui semblait les attendre.



Soyez les bienvenus,

Sur la plage du nouvel âge, enfants venus

D’un monde à présent disparu.

Ne vous retournez jamais,

N’oubliez jamais.



Faites de nouveaux amours, de nouvelles géographies

Sans religions, sans généraux, sans nostalgies,

Sans drapeaux, sans bannières

Et que ceci soit votre nouvelle Terre.

mercredi 15 février 2023

EXTRATERRESTRE

 

EXTRATERRESTRE



Version française — EXTRATERRESTRE — Marco Valdo M.I. — 2023

Chanson italienne — ExtraterrestreEugenio Finardi — 1978

Paroles et musique : Eugenio Gustavo Finardi

Album : Blitz






NUIT ÉTOILÉE


Vincent Van Gogh — 1888



Je crois qu’à chacun d’entre nous, à un moment donné de sa vie, il est arrivé de vouloir vraiment être recueilli par des extraterrestres et emmené sur une autre planète, pour toute raison imaginable : d’une histoire d’amour qui tourne mal à un revers financier, de l’envie d’être seul (la “planète” est la version moderne de l’île déserte), d’une défaite contre la Juventus à un caprice, d’une guerre qui fait rage autour de vous à l’envie de foutre en l’air la planète Terre, habitée par la race d’êtres vivants la plus stupide qui soit — une race qui se nomme même “sapiens”. Mais sapiens de quoi ?


Le désir, justement, de “recommencer” ailleurs, le plus loin possible, là où personne ne vous connaît et — éventuellement — seul. L’être humain est très étrange, et très peu “sapiens” : il se dit « animal social », mais il aspire à la solitude pour toutes sortes de raisons. Il y aspire, mais en même temps il en a peur ; et lorsqu’il le vit, il le regrette. Il ressent de la nostalgie pour tout ce fatras sans fin qu’il a laissé derrière lui. Il fabrique souvent sa propre “planète” ainsi que les extraterrestres qui l’emmènent, puis il les supplie de le ramener. Sur cette Terre qui, nous le réalisons, est notre maison malgré le fait que nous ayons toujours tout fait pour la détruire. Nous pourrions aussi bien nous y accrocher et laisser les pauvres extraterrestres s’occuper de leur propre monde.


La solitude ne dissout pas les peurs, au contraire, elle les amplifie. La solitude est en fin de compte une extrémité ou un acte d’égoïsme lorsqu’elle est recherchée comme une évasion (d’une pièce, d’une ville, d’une situation, d’une planète, de l’ensemble de la réalité). Ce n’est pas le cas lorsqu’on est obligé de fuir, se retrouvant comme un passager clandestin planétaire. D’accord, je suis en train de me perdre, d’accord. Mais la chanson est là. [RV]



Un type veut s’envoler de sa vie.

Dans une mansarde, il se morfond

D’avoir le ciel toujours tout près de lui.

Il se fiche comme de colin tampon

De ce que les gens font,

Une seule chose importe pour lui :

L’espace et il s’entraîne tout le temps

Pour atteindre son but latent,

Caché dans les plis de son esprit.

Il contemple les étoiles, la nuit,

Par la lucarne, allongé sur son lit,

Il interpelle la Galaxie :

 

Extraterrestres, venez me chercher,

Extraterrestres, emmenez-moi !

Je veux une étoile qui soit toute à moi,

Je veux une planète où recommencer.

 

Une nuit, sa requête est reçue

Il est transporté en un instant,

Sans douleur, sur une planète inconnue

Au ciel d’un bleu plus violent,

Au soleil plus ardent, un bon goût dans l’air,

Une terre à explorer, et une mer,

Une planète entière où poser ses fesses.

Lentement, en sa conscience

Se fond une certitude douce :

« L’univers est ma forteresse ! »

 

Extraterrestres, venez me chercher,

Extraterrestres, emmenez-moi !

Je veux une étoile qui soit toute à moi,

Je veux une planète où recommencer.

 

Après un certain temps, sa certitude

Montre des signes d’incertitude,

L’amertume grandit en lui,

Car son but accompli,

Il sent vides son cœur et son corps.

Rien en lui n’a changé,

Son effroi s’est intensifié,

Son cauchemar empire encore,

Sa solitude l’effraye

À nouveau, il essaye

De contacter, de trouver

Quelqu’un pour le ramener. 

 

Extraterrestres, venez me chercher,

Extraterrestres, emmenez-moi !

Je veux rentrer chez moi,

Je veux rentrer pour recommencer.

 

Extraterrestres, venez me chercher,

Extraterrestre, emmenez-moi !

Je veux rentrer chez moi,

Je veux rentrer pour recommencer.

mardi 14 février 2023

FUYONS, CLARA !

 

FUYONS, CLARA !



Version française — FUYONS, CLARA ! — Marco Valdo M.I. — 2023

Chanson italienne — Clara scappiamoManagement del Dolore Post-operatorio — 2019







LE CIEL DE MILAN


Giuseppe Riva — 1890 ca.





Clara scappiamo — Fuyons, Clara ! est une chanson très triste, car elle comporte deux aspects. Un aspect est celui d’un amour intime, à la maison pour ainsi dire, mais entouré d’un monde extérieur très laid, où quelqu’un invente la torture, quelqu’un d’autre attend comme d’habitude le bon moment pour lancer une bombe… Même le Dalaï Lama a acheté des canons, il n’y a donc aucun espoir !


Le seul espoir est donc d’aller sur une autre planète, et ces voyages vers d’autres planètes sont tous répertoriés. Nous attendons en effet les Martiens, mais quel est le problème ? J’y ai pensé après… le problème est que cette personne perd aussi du temps, nous risquons de rater le vaisseau qui nous mènera au salut… parce que nous pensons au maquillage, à nous habiller, à nous préparer, aux choses de ce monde (rires).


Nous risquons également de manquer la chance de nous sauver parce que nous devons peut-être prendre un selfie d’abord, vous savez… le selfie avec les extraterrestres.






Nous prenons le café,

Je regarde tes seins dans l’échancrure.

Ce que ces gens font là-bas ? On le sait :

Ils inventent une nouvelle torture.

Tu souris, tu ne t’en soucies pas.

Je lèche ma blessure,

Tu reliches le chocolat

Qui salit un peu tes doigts.


Clara, monte dans l’appareil !

Fuyons ce monde où

Les gens pensent tous pareil,

Où personne ne pense beaucoup.

Même le ciel toujours gris

Au-dessus de Milan, le dit.

Mets tes chaussures, Clara.

Dépêche-toi, on s’en va.


Brossons-nous les dents.

L’histoire est encore féconde,

Il y a toujours un fou dans le monde,

Qui se délecte des bombardements.

On nous bourre d’informations

Qui n’ont rien de certain :

Le Dalaï Lama commande des canons

À un consortium américain.


Clara, monte dans l’appareil !

Fuyons ce monde où

Les gens pensent tous pareil,

Où personne ne pense beaucoup.

Même le ciel toujours gris

Au-dessus de Milan, le dit.

Mets tes chaussures, Clara.

Dépêche-toi, on s’en va.


Clara, monte dans l’appareil !

Fuyons ce monde où

Les gens pensent tous pareil,

Où personne ne pense beaucoup.

Tu es belle, ne va pas te maquiller !

Partons sans rien saluer !

Les Martiens sont sur le départ ;

Cours, car le vaisseau part.


Cours, cours, tu es en retard.

Cours, cours, tu es en retard.

lundi 13 février 2023

L’Homme debout

 



L’Homme debout



Chanson française — L'Homme debout Marco Valdo M.I. — 2023






LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.







LA ZINOVIE



Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 6: Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; 071. Épisode : Un Conflit avec l’Étranger ; 072 : Petit Manuel de Survie ; 073. La Banalité ; 074. La Ligne de Conduite ; 075 : Les Femmes de Zinovie ; 076. La Légende ; 077 : Le Devoir sacré ; 078 : Les nouveaux Soldats ; 079 : Bruit de Fond ; 080 : Une résistible Ascension ; 081 : La Zone interdite ; 082 : Les Pommes ; 083 : La Normalité ; 084 : L’Autorisation ; 085 : L’Exclusion ; 086 : Quelle Affaire ? ; 087 : Le Vase vide ; 088. Introspection ; 089. Le Pays gris ; 090. Tout un Style ; 091. L’État unique ; 092. Le Veilleur de Nuit ; 093. Le Questionnaire ; 094. Le Roi des Rats ; 095. Si tu veux la Paix ; 096. Les Vieilles et la Guerre ; 097. L’Étoile filante ; 098. La Guerre nécessaire ; 099. Les Méditations ; 100. La Guerre des Boutons ; 101. Hurler avec les Loups ; 102. Les Cantines éternelles




Épisode 103






L’HOMME DEBOUT



Roginsky Mikhail Aleksandrovich — 1985









Dialogue Maïeutique



Cet homme debout, Lucien l’âne mon ami, n’est pas seulement une métaphore et moins encore, une statue héroïque


Ah, dit Lucien l’âne, qu’est-il alors ?


C’est l’affirmation d’une résistance, reprend Marco Valdo M.I., d’une voix parmi toutes ces voix de Zinovie.


Bien sûr, dit Lucien l’âne, la résistance. Et que faire d’autre au pays du Guide et de l’avenir radieux ?


Donc, l’affirmation d’une résistance, reprend Marco Valdo M.I., par un personnage, forcément masculin — il se dit lui-même un homme — qui parle de sa vie qui n’est pas des plus joyeuses. Il réfléchit à son quotidien et constate les faits de son monde.


Si je comprends bien, dit Lucien l’âne, ce n’est pas là un héros, ni un personnage de roman à la vie exaltante.


Loin de là, reprend Marco Valdo M.I., c’est une vie de Zinovien moyen ; celle d’un employé quelconque, un célibataire sans âge dont l’existence est rythmée par le travail ; un travail banal, terne, monotone et pour tout dire, horriblement ennuyeux, pareil à celui de ses collègues. On dirait un Oblomov employé de l’État ou simple fonctionnaire zinovien. Sa confession animale est significative ; il se voit poisson tournant dans un bocal ou ver de terre :


« L’ide dans son bocal.

Ver à terre, allongé par terre ».


J’ai l’impression que cest un peu comme le Blues pour Jean Martin, cette chanson, dit Lucien l’âne. Et que nous apprend-elle ?


Beaucoup de choses, Lucien l’âne mon ami, à commencer le fait qu’il y a — en quelque sorte en arrière-plan — une guerre que la Zinovie du Guide mène à l’étranger et à laquelle l’employé ne participe pas et pour laquelle il ne montre aucune marque d’enthousiasme patriotique. Note que ce sosie de Bartleby — lequel était clerc de notaire et avait toute son existence à l’étude — use de la même antienne pour être l’homme debout qu’il prétend. Souviens-toi, Bartleby disait : « I would prefer not to » — « J’aimerais mieux pas ». C’est e qu’on peut devenir de l’attitude générale de l’homme debout et je pense qu’il doit y en avoir un certain nombre de son acabit en Zinovie. Il dit aussi clairement :


« Muet, j’écoute les propos interdits,

Les étranges idées des amis.

Même s’ils déraisonnent,

Je ne dénonce rien, ni personne. »


Ça, dit Lucien l’âne, c’est la prudence élémentaire quand on vit dans un système de ce genre où la dénonciation est quasiment obligatoire. Le mieux, et plus encore quand il y a une guerre à faire, est de se faire oublier et de se planquer.


Pour le reste, dit Marco Valdo M.I., décrit la vie de bureau, y compris le passage de la nettoyeuse et le vol de la mouche.


Voilà qui est fascinant, conclut Lucien l’âne. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde morne, tristounet, rasoir, lente, uniforme et cacochyme.




Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Muet, j’écoute les propos interdits,

Les étranges idées des amis.

Même s’ils déraisonnent,

Je ne dénonce rien, ni personne.

Je suis l’auditeur idéal,

L’ide dans son bocal.

Ver à terre, allongé par terre,

Sur le trottoir, je crains

Le flux des pieds humains

Qui s’en vont à la guerre.

Moi, je plains ces conscrits,

Ils vont mourir loin du pays.


Notre existence se passe au travail.

Nos ressources viennent du travail.

Notre statut, nos informations,

Nos connaissances, nos relations.

Pour mener une vie normale,

Il y a tant de possibilités.

Il y faut de la diversité,

Même la plus banale.

Deux mots à l’une, trois à l’autre ;

Parler aux beaux, aux moches.

Parfois, ça cloche.

Tous ne sont pas de bons apôtres.


La journée est longue au boulot ;

On verse du creux dans du vide.

Les sabliers se dévident,

On se file les derniers ragots.

Les heures fuient,

On les regarde passer, on s’ennuie ;

On remplit les formulaires.

Je regarde la mouche voler,

Elle voit la lumière,

Au soleil, elle veut s’en aller.

Furieuse, elle bourdonne ;

Le téléphone sonne.


La nettoyeuse entre sans frapper,

Passe la serpillière sale,

Sans un mot, sans me regarder.

Elle tousse, elle ressort de la salle.

Je n’ai pas choisi ma vie,

Je n’ai pas de famille,

Je n’ai pas de parents.

Je n’aurai jamais d’enfants.

Malgré tout, je tiendrai jusqu’au bout.

Je m’accroche, je ne bois pas.

Je fais ma gymnastique, je ne jure pas.

Je reste un homme debout.