dimanche 28 août 2022

SANS SENS

 


SANS SENS

Version française — SANS SENS — Marco Valdo M.I. — 2022

D’après la version anglaise – MAKES NO SENSE de Farzana Marie (Poétesse afghane résidant en Arizona)

d’une chanson en langue persane (afghane) دخت افغان — - Dokhte Afghan (Fille afghane) — Nadia Anjuman — 2005


Poème : Nadia Anjuman
Musique : Farid Zoland

Interprétée par : Sohaila Zaland [
سهیلا زلاند] ;
Molly Fairhurst


LA FEMME AFGHANE

Shamsia Hassani – ca. 2020 (s.d.)

 

 

 

 

Le texte de la chanson est le poème de Nadia Anjuman intitulé ebeth [dari : عبث] / Sans signification, mis en musique par Farid Zoland, frère de la célèbre chanteuse afghane Sohaila Zaland, éclipsée par les restrictions imposées par le régime taliban. Les personnes qui regardent le clip vidéo sur la chaîne Tolo de la télévision afghane pourraient être amenées à croire que le chanteur et le public sont des expatriés afghans. Ce n’est pas le cas, quelques semestres se sont écoulés depuis que les femmes afghanes se produisent ou font des reportages à la télévision et peuvent circuler sans hijab sans difficulté, du moins dans les centres urbains les moins arriérés.

Dans la deuxième et la troisième interprétation, le poème est récité en dari.

Droits de l’homme et reconnaissance internationale


Les fondamentalistes islamiques au pouvoir en Afghanistan se donnent beaucoup de mal pour rétrograder le temps, c’est bien connu. Moins connue et beaucoup moins débattue est la question de la reconnaissance internationale de l’émirat islamique. Les pays européens et les États-Unis sont contre la reconnaissance tant que le régime ne donne pas de garanties sur le respect des droits de l’homme et la gestion du territoire. Les pays voisins, en revanche, sont plus accommodants, tant pour des raisons économiques que pour éviter qu’un effondrement de l’Afghanistan ne donne lieu à un exode incontrôlable de millions de réfugiés et à l’intensification du trafic de drogue.


La conséquence la plus importante de la non-reconnaissance est le maintien des sanctions économiques imposées à l’Afghanistan. Les sanctions sont une arme de pression contre les talibans, mais en réalité, elles affament directement et indirectement la population, rendant l’existence de millions de personnes toujours plus précaire. Sans parler de la décision de M. Biden d’allouer la moitié des fonds afghans, soit 7 milliards de dollars gelés aux États-Unis, aux familles des victimes du 11 septembre, plutôt qu’en aide humanitaire directe comme cela avait été annoncé précédemment. Les Talibans ont proposé de mettre en place un organisme commun pour la gestion de l’aide humanitaire et du programme « nourriture contre travail » déjà en place.

Cependant, sans une forme de reconnaissance internationale, tout plan visant à aider concrètement la population reste sur le papier et un nombre croissant de millions d’Afghans vivent sous le seuil de pauvreté.

[Riccardo Gullotta].





La musique n’a plus de sens — pourquoi composer,

Abandonnée par le temps, me taire, chanter.


Pour ma langue, mes mots sont un poison,

Mon violeur étouffe mes chansons.


Personne, nulle part, ne voit, ne s’inquiète

Que je pleure, rie, meure ou vive encore


Ici, dans cette cellule entre chagrin et remords ;

pourquoi vivre, si ma langue est scellée, encore.


Tout doux, cœur, pour cueillir le doux printemps,

Mes ailes brisées vont apaiser ce tremblement.


Les mélodies coulent de ma mémoire, fanée par le silence,

Et encore, les chansons affluent des soupirs de l’âme.


La pensée du jour où ma cage, je briserai,

Me fait, soûlote sans souci, gronder,


Car je ne suis pas un saule tremblant au vent, et

Femme afghane, je gémirai et je chanterai !



vendredi 26 août 2022

CHANT DE LA PAUVRETÉ ENDORMIE

 

CHANT DE LA PAUVRETÉ ENDORMIE


Version française — CHANT DE LA PAUVRETÉ ENDORMIE — Marco Valdo M.I. — 2022

Chanson allemande — Lied von der schlafenden ArmutStrom&Wasser2007


Texte et Musique : Heinz Ratz

Album : Farbengeil

 

 

 


 

LA PAUVRETÉ EN MARCHE

Antonio Berni — 1934


 

 

 

Dialogue maïeutique


Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson qui illustre le principe fondamental de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres, les puissants aux faibles et aux désarmés pour imposer et maintenir leur domination et accroître leurs richesses et leurs privilèges.


Fort bien, dit Lucien l’âne, mais que dit-elle d’autre ?


Deux choses essentielles sont à retenir, répond Marco Valdo M.I. ; d’abord, elle pose le problème en termes de justice et d’injustice ; elle donne à l’injustice une personnalité, elle est en fait une force au service des riches dans l’affrontement en cours, tout comme l’argent. La chanson les désigne comme les facteurs de la misère des autres. De plus, tout cal avec une certaine apparence, un certain masque de bienveillance. C’est ce que raconte la première partie de la chanson.


« Les possédants ne veulent pas partager.

L’animal le plus avide pille le monde entier

Avec des gestes charitables et des couperets sanglants. »


C’est une accusation directe me semble-t-il, dit Lucien l’âne. Et que dit-elle d’autre ?



La deuxième partie, reprend Marco Valdo M.I., fait état de la réaction des gens qui subissent son emprise. Elle annonce le réveil de la pauvreté endormie sous la forme d’une mystérieuse menace dont la puissance est celle du nombre. Il ne s’agit s encore ici que d’une invocation, d’une sorte de prédiction :


« Entendez-vous le cri des nuits blêmes ?

La pauvreté endormie, même,

Même la pauvreté a de la force ! »


C’est déjà ça, dit Lucien l’âne, mais ça ne règle pas la question. Le réel reste le réel et le monde reste le monde ; et la discrimination et le déséquilibre restent ce qu’ils sont, à ceci près que les écarts augmentent et que le nombre des pauvres et des miséreux est toujours plus grand, ne fût-ce que parce que la quantité d’humains sur la Terre augmente à chaque instant et que les améliorations qu’a pu apporter l’évolution de ces derniers siècles ont des conséquences désastreuses.


Curieusement, dit Marco Valdo M.I., le progrès des uns ou celui réalisé dans un domaine, entraîne d’effroyables régressions pour d’autres. Un peu comme dans le domaine immense des sciences, la découverte de nouveaux domaines ouvre de nouveaux champs à découvrir ; le savoir croissant fait croître l’étendue de l’ignorance et il me semble qu’on ne peut échapper à ce processus paradoxal. Autrement dit, c’est comme sur l’océan, plus on avance, plus l’horizon recule — et encore, l’océan est fort limité. C’est encore plus pertinent dans l’espace.


Laissons ici ces questions en suspens, dit Lucien l’âne, et tissons le linceul de ce vieux monde déséquilibré, injuste, insensé, insane, inéquitable et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.




L’injustice court en de plus fins habits,

Elle tue en douceur par délégation.

Elle s’entoure d’envieux polis

Et change les mots d’or en poison.

Elle rit de bon cœur d’opprimer.

Derrière les murs, elle parle de liberté.

L’injustice regrette de manière très convaincante

Sa malheureuse démarche oppressante.


Construit sur le dos bosselé du pognon,

Le sort balance entre les morts.

On se familiarise avec la dépression

Et l’acier pour décor.

Le prix de la liberté est toujours l’argent.

Les possédants ne veulent pas partager.

L’animal le plus avide pille le monde entier

Avec des gestes charitables et des couperets sanglants.

L’argent s’octroie plus de concessions

Et se célèbre avec passion.

Entendez-vous le cri des nuits blêmes ?

La pauvreté endormie, même,

Même la pauvreté a de la force !


Les infirmes, les vieillards, les mendiants,

Jetés comme des ordures,

Surgissent soudain dans la froidure

De votre monde de comptes et de bilans.

Ils sortent de leurs trous comme les rattes,

Le regard plein de misère et d’impuissance.

Alors, la peur grimpe sur vos cravates,

Et vous criez protection et surveillance.


Vous pouvez toujours les écraser, les briser,

Comme des bêtes, les repousser dans les coins secrets.

Entre violences et cris désespérés,

Leur nombre sera plus grand que jamais.


À la nuit, vous vous enfermez.

Dehors, la faim déchire le silence.

Ils sont des millions à crier.

Vos fenêtres étouffent la souffrance.


Vous les riches, les beaux, vous les toujours raison,

Vous vous célébrez avec passion.

Entendez-vous le cri des nuits blêmes ?

La pauvreté endormie, même,

Même la pauvreté a de la force !

mardi 23 août 2022

Que faire ?

 


Que faire ?




Chanson française — Que faire ? Marco Valdo M.I. — 2022



LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ;





Épisode 64








DÉFILÉ MILITAIRE

Konstantin Yuon — 1941





Dialogue Maïeutique



Une fois encore, Lucien l’âne mon ami, le chœur des voix s’emmêle dans la chanson où retentit plusieurs fois cette question angoissée : « Que faire ? » ; c’est la raison pour laquelle « Que faire ? » est le titre de la chanson.


Soit, dit Lucien l’âne, mais encore ?


Mais encore ?, reprend Marco Valdo M.I. ; d’abord, « Que faire ? », tout au long de la vie, est une question essentielle et même, existentielle et on peut y avoir souvent recours. Par exemple, sans qu’elle le dise ici, je suis certain que la grand-mère dont parle la chanson au début devait se la poser souvent cette question. Ici, Grand-mère parle de la santé et à sa manière, elle indique l’écart qui sépare le monde ancien (le sien) du monde nouveau (l’actuel) et l’incompréhension qui les sépare. Bien sûr, il faut avoir à l’esprit également, comme toujours dans les chansons qui racontent ce voyage en Zinovie, l’aspect symbolique de ces propos.


Oui, dit Lucien l’âne, le monde ancien a du mal à accepter l’évolution, à comprendre ce monde nouveau.


Ensuite, intervient une autre voix, dit Marco Valdo M.I., zinovienne qui reprend quasiment mot pour mot la doctrine officielle avec on ne saurait dire, un double sens, une distance d’ironie ou une énorme maladresse. J’en tiens pour preuve le très restrictif :


« Quand même en Zinovie,

Tout ne va pas si mal que ça. »


En effet, dit Lucien l’âne, c’est une formulation ambiguë. Logiquement, elle sous-entend et elle admet comme base que tout va mal, mais quand même pas si mal que ça. Ça ressemble fort à un vœu pieux, une façon d’atténuer le réel.


C’est bien ça, reprend Marco Valdo M.I., et ensuite, surtout, il y a ce passage :


« On a…

Une formidable technique militaire,

Et des guerres qu’on ne fait pas.

Certes, tout n’est pas parfait,

Mais dans le pays règne la paix. »


Oh, dit Lucien l’âne, on a souvent entendu ici et ailleurs, ce discours en porte-à-faux, ce discours faussé, ce discours faux, digne de la novlangue d’Orwell.


Ensuite, Lucien l’âne mon ami, les deux dernières strophes sont plus réalistes et lèvent le voile sur ce qui est réellement et examinent l’hypothèse d’un terrorisme intérieur comme solution à l’immobilisme de plomb (de ce plomb qui couvrait le toit de la prison vénitienne de Casanova ; de ce plomb qu’on envoie par balle dans le corps des gens), immobilisme plombé imposé par la dictature, installée depuis longtemps en Zinovie.


Eh bien, dit Lucien l’âne, on est loin de cette Zinovie tranquille que j’imaginais ; on dirait que sous la cendre refroidie des « rêves et des illusions » couve un feu nouveau et qui pourrait encore projeter des étincelles ou même provoquer l’effondrement du haut de l’édifice. On dirait qu’en Zinovie, la roue du destin s’est remise à tourner ; on verra le moment venu ce qu’il en sera. Cependant, tissons le linceul de ce vieux monde inconscient de lui-même, couvert de cendres, étouffé, rêveur, imaginatif et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Ma grand-mère disait ainsi,

Elle se parlait à elle-même,

Elle me transmettait aussi

Une forme de sagesse suprême :

L’important, c’est de bien se porter,

Tant qu’on peut se servir de ses bras,

Marcher, courir, aller au pas

Respirer, chanter, faire mille activités.

Il y a les maladies terribles,

Celles qu’on voit ;

Et les malaises internes invisibles,

Ceux-là ne comptent pas.


Quand même en Zinovie,

Tout ne va pas si mal que ça.

On a le plein emploi,

Les soins gratuits à vie,

Des satellites tout autour de la Terre,

Au bout du cosmos, on ira.

Une formidable technique militaire,

Et des guerres qu’on ne fait pas.

Certes, tout n’est pas parfait,

Mais dans le pays règne la paix.

On accueille des touristes étrangers,

On est un pays très hospitalier.


La Zinovie du siècle dernier

Vivait de rêves et d’illusions.

En Zinovie, un nouveau monde était né.

Le grand Guide protégeait la nation.

En Zinovie, la révolution a apporté

Tant de promesses d’amélioration.

Le monde nouveau a engendré

Pour tous, de nouvelles obligations.

En Zinovie, de ce destin malcommode,

Les gens patients s’accommodent.

Que faire ? Comment sortir de ce marigot ?

Que faire ? Que faire pour changer le haut ?



Et le terrorisme ?, dites-vous.

En Zinovie, ça n’existe pas.

On parle de groupes parfois,

On dit qu’il y en a partout,

Mais on ne les voit pas.

Que faire ? Que faire ?

Tirer sur qui ? Sur quoi ?

Mettre des bombes ? Où ça ?

Ce n’est pas si facile à faire.

Si on étouffe l’affaire, qui le saura ?

Faudrait y aller carrément

Et dire pourquoi aux gens.