dimanche 13 février 2022

Le Bonheur des Gens

 


Le Bonheur des Gens



Chanson française – Le Bonheur des Gens Marco Valdo M.I. – 2022




LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire


Épisode 23







LA MAISON DE CAMPAGNE

Héléna Gouro, 1910








Dialogue Maïeutique




Ainsi, Lucien l’âne mon ami, la chanson s’intitule Le Bonheur des Gens.


Le bonheur ?, dit Lucien l’âne. Le bonheur est une drôle de bête.


Ah, dit Marco Valdo M.I., le bonheur est une bête ? N’est-il pas plutôt une chose, un état, un sentiment, une appréhension ?


Il peut être tout ça à la fois, répond Lucien l’âne, et aussi une bête, car à mon sens, en tout cas, le bonheur est un être vivant. Il va, il vient, il reste, il est quelquefois triste ou malade, il est joyeux, il respire et mille autres choses encore également.


Soit, dit Marco Valdo M.I., je ne sais si ton raisonnement peut s’appliquer à la chanson, il faudra y réfléchir. En attendant, ici, il est question du bonheur des gens et même, spécifiquement des gens de Zinovie.


Pourquoi, dit Lucien l’âne, le bonheur des gens de Zinovie est différent de celui d’autres gens, de gens d’ailleurs ?


Sans doute, convient Marco Valdo M.I., en est-il ainsi, mais à la vérité, je ne sais pas trop. Il faudrait voir, mais ce serait assurément une autre histoire. Tenons-nous-en à ce que dit la chanson ; après, chacun continuera pour soi la réflexion sur cet inépuisable sujet.


D’accord, dit Lucien l’âne.


Alors, allons-y, Lucien l’âne mon ami. Je vais procéder comme d’autres fois, de façon ordonnée. Il y a dans la chanson, assimilé au bonheur dans sa version projective, l’avenir radieux. Il sert de ritournelle. L’avenir radieux, c’est le bonheur promis, quand c’est son heure (toujours dans le futur), le bonheur effectif, le bonheur réalisé. Cependant, comme on le dit ici, je veux dire en Zinovie, on (un mot qu’il faudrait également décortiquer ; disons provisoirement, les responsables) pense qu’on peut de quelque façon y atteindre : c’est le bonheur chimique.


Ho là, dit Lucien l’âne, à ce train-là, on y sera encore demain ; dis-moi l’essentiel.


Je continue, reprend Marco Valdo M.I. ; ensuite, on distingue le bonheur comme une abstraction, une sorte de fantasme insaisissable. Puis, il y a les petits bonheurs des gens (celui que chantait Félix Leclerc – Le Petit Bonheur) et du grand bonheur des puissants qui les écrase.


Là, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est une métaphore de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres gens pour les dominer, les exploiter, en tirer profits, avantages et bénéfices. Mais, je t’en prie, continue.


Au deuxième refrain, indique Marco Valdo M.I., le bonheur est plus facile à résumer. Il est à peu près clair qu’on peut l’envisager comme un état de vie où ne pénètre pas le malheur ou qui en tout cas, s’y oppose. C’est celui qui advient parfois à certaines gens ; la chanson ne dit rien de sa durée. Au troisième refrain, on trouve l’ironie du bonheur et enfin, au quatrième, on découvre une forme de bonheur trivial et à tout le moins, terre à terre et matérialiste. Voilà tout.


Juste une remarque avant de conclure, dit Lucien l’âne. On peut certainement parler du bonheur comme d’un avenir radieux et quasiment identifier l’un à l’autre ; c’est les rendre tous deux inaccessibles, en faire des objets téléologiques et sublimes. Pour ma part, je m’en tiendrai aux petits bonheurs qui ont le mérite immense de la réalité quotidienne. Ils sont certes de courte vue et de courte vie, mais ils se multiplient indéfiniment pour ceux qui savent y faire, pour ceux qui veulent bien les considérer. De plus, eux sont saisissables, tangibles et quand on se décide à les ressentir, on en tire de grandes joies. Je n’en dirai pas plus. Maintenant tissons le linceul de ce vieux monde téléologique, finaliste, menteur, prometteur et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Chez nous en Zinovie, on conçoit le bonheur.

Par la synthèse du rêve en couleurs,

On rend l’homme heureux avec une piqûre,

Fruit d’une chimie impure.

Le bonheur est une abstraction,

Faite d’espoir et d’illusion,

Un chatoiement métaphysique.

L’humanité n’a pas ce but unique,

Les gens ont des désirs divergents,

Les petits bonheurs sont contrariés.

Le grand bonheur des puissants

Incarne l’avenir radieux de l’humanité.


Elle téléphone l’autre soir,

Elle a des questions à poser.

Elle prend un taxi et vient me voir,

Elle apporte aussi à manger.

Et puis sans préambule, sans drame,

Comme une vraie dame,

Elle reste chez moi,

Tout le reste du mois.

Passe le temps, passent les semaines,

Pas une dispute, pas une scène,

Je ne t’abandonnerai pas au malheur.

C’est l’avenir radieux du bonheur.


Des pantins grotesques nous guident,

Encensent le Guide et ses mots vides

Hypnotisent – tic-tac – les foules

Et la chorale caquette telle la poule.

Le guide un génie, quelle plaisanterie !

Calculez le prix de ces discours,

De ces portraits, de ces bustes, de ces causeries ;

Tout ça coûte cher, tout ça pèse lourd.

Voyez les frais, faites l’addition,

Le tout payé par la mauvaise alimentation,

Les bas salaires, le manque de logement,

Et l’avenir radieux qui nous attend.


Grand-père est de la vieille garde des fameuses années ;

Grand-père dit : On ne s’est pas battus pour nous,

On s’est battus pour vous.

Grand-père dit : Ne cède pas aux nouvelles idées.

Grand-père dit : J’ai une longue expérience,

Il faut me faire confiance.

Si tu vas tout droit, tout sera pour toi :

La voiture, la maison de campagne, l’appartement.

Grand-père dit : c’étaient de durs combats,

On les menait pour nos descendants.

C’est la lutte de toute une vie

Pour l’avenir radieux de la Zinovie.




samedi 12 février 2022

MA ZONE DÉNUCLÉAIRE

MA ZONE DÉNUCLÉAIRE



Version française – MA ZONE DÉNUCLÉAIRE – Marco valdo M.I. – 2022

D’après la version italienne de Riccardo Venturi – 2022

d’une

Chanson russe – Я объявляю свой дом [безъядерной зоной !] – Ja obŭjavljaju svoj dom [bezŭjadernoj zonoj !]Kino / Кино – 1985

Paroles et musique : Viktor Coj [Tsoi]

Album : Это не любовь… [« Ce n’est pas de l’amour… »)



VOLONTAIRE POUR TCHERNOBYL !






En y réfléchissant (pas mal), cette chanson date de 1985. Elle fait partie de l’album intitulé Это не любовь…, qui signifie : « Ce n’est pas de l’amour… » (tout comme le premier titre de l’album). En 1985, Viktor Coj (Tsoi), fils d’un de ces Coréens déportés par Staline en 1937 (la famille Tsoi était originaire d’un village de l’actuelle Corée du Nord), était déjà une légende du rock soviétique, aussi pauvre qu’il le restera jusqu’à la fin de sa courte vie, 23 ans et récemment marié à Marianne. Un fils lui est né en 1985. Il était si pauvre que sa femme disait qu’elle ne pouvait même pas se payer une robe de mariée. Ils vivaient dans un misérable petit appartement de Léningrad, qui n’était pas encore redevenue Saint-Pétersbourg, et dont la minuscule cuisine avait été ironiquement surnommée “Kamchatka” – le Kamchatka, comme nous le savons, est une vaste péninsule de l’Extrême-Orient russe qui salue de la main le Japon. Mais, comme nous le disions, nous sommes en 1985, et cette année a sa propre signification importante ; c’est l’année où Gorbatchev arrive au pouvoir après la mort « d’un refroidissement » d’un autre hiérarque soviétique, Konstantin Cernienko. En bref, la fameuse “perestroïka”, qui signifie littéralement “restructuration”, a commencé. Dans tout ce brouhaha de rénovations, de rhumes et de cuisines transformées en Kamchatka, Viktor Tsoi a eu une idée : déclarer sa maison « zone nucléaire ». Une idée folle ? Cela aurait pu être le cas, si ce n’était ce qui s’est passé environ un an plus tard (le 26 avril 1986 pour être exact) dans une petite ville à la frontière entre l’Ukraine et la Biélorussie, je ne sais pas si quelqu’un s’en souvient, dont le nom commençait par “Cerno” et où se trouvait une centrale nucléaire bien plus grande que la cuisine de Viktor Tsoi à Léningrad. Comme s’il pouvait le pressentir. Notamment parce que de la maison, on passait à la cour, de la cour à la ville, puis à quelque chose d’indéfini et libre de menace. [RV]




Dialogue maïeutique


Aujourd’hui, Lucien l’âne mon ami, nous revoici à faire la version française d’une chanson russe du groupe Kino et de son auteur Viktor Tsoi, dont nous avons récemment proposé une autre chanson : Général et une autre encore : Demain la Guerre. Celle-ci s’intitule « Ma Zone dénucléaire ».


C’est un titre inquiétant, dit Lucien l’âne, car il semble renvoyer en creux, en négatif à un pays, une région, un monde marqué, inquiété, hanté par un danger nucléaire.


En effet, c’est bien ce que vise la chanson, répond Marco Valdo M.I., sinon – s’il n’y avait pas de danger pourquoi transformer sa maison en « zone dénucléaire », ce qui suppose évidemment qu’avant transformation, elle se trouve dans une « zone – pays, région, monde » nucléaire. Il nous reste à prendre en compte que cette chanson date de près de 40 ans et qu’elle a tout l’air d’être d’à présent. Elle s’inscrit fort bien dans le courant antinucléaire et dans la mouvance écologiste qui s’est développée depuis cette époque.


Oh, dit Lucien l’âne, il avait raison, Viktor Tsoi, du moins dans la version française de vouloir un univers dénucléaire. À mon sens, s’il n’y avait que le nucléaire, on pourrait sans doute en venir à bout et le remplacer par autre chose. Mais – et c’est un terrible mais – le vrai problème, c’est l’avidité et la boulimie énergétiques de l’humanité, de l’espèce humaine qui, telle une énorme parasite, tel un insatiable pillard, mange toutes les ressources de la planète et lui laisse ses friches et lui retourne ses déchets. Par exemple, nous les ânes, on se contente de tellement moins de bâtiments, de routes, de choses. Il faudrait « déchoser » le monde et ce n’est apparemment pas la voie qui est suivie actuellement.


À la réflexion, conclut Marco Valdo M.I., je me demande si l’humanité n’est pas nantie du gène du développement absolu et si elle pourrait s’en libérer, en quelque sorte échapper à sa nature prédatrice, à sa folle ambition de dominer le monde. Comme il était dit dans une autre chanson – Faire ou ne pas faire :


« Hé les hommes, que faites, vous ?

Il y a une morale, malgré tout. »


Et je proposerais volontiers d’ajouter ce refrain modifié :


Je déclare ma maison zone déchosée !

Je déclare mon jardin zone déchosée !

Je déclare ma ville zone déchosée !

Je déclare ma vie déchosée.


Enfin, répond Lucien l’âne, comme on dit : « Moins de choses, moins d’embarras, moins de tracas ». Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde boulimique, goinfre, adipeux, avide, aride (bientôt) et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Il y a quelque chose de faux dans ce refrain,

Mais où trouver qui l’écoute ?

Enfant désormais grandi, éduqué à la porte,

Maintenant vois le soleil, prends-le ! Il est tien !


Je déclare ma maison zone dénucléaire !

Je déclare mon jardin zone dénucléaire !

Je déclare ma ville zone dénucléaire !

Je déclare mon univers…


Comme les murs des maisons sont incertains,

Si quelqu’un refuse d’y mettre la main.

Je vois la maison, je prends une craie.

Il n’y a pas de serrure, mais moi, j’ai la clé.


Je déclare ma maison zone dénucléaire !

Je déclare mon jardin zone dénucléaire !

Je déclare ma ville zone dénucléaire !

Je déclare mon univers…


jeudi 10 février 2022

Faire ou ne pas faire

 


Faire ou ne pas faire



Chanson française – Faire ou ne pas faire Marco Valdo M.I. – 2022




LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ;

Épisode 22





L’IVROGNE PERD LA TÊTE

Marc Chagall – 1912







Dialogue Maïeutique




Quel titre encore, dit Lucien l’âne, on dirait une référence, une allusion au Prince de Danemark et moi qui croyais qu’on était en voyage en Zinovie.


Bien sûr, mon ami Lucien l’âne, que c’est une allusion, une référence à Hamlet et à sa fameuse tirade. Cependant, il y a une différence et elle est essentielle. Hamlet dit textuellement « To be or not to be ; that is the question. » (III, I, 56) – qu’on traduit sans aucune erreur possible par « Être ou ne pas être ; c’est la question. » et le soliloque anonyme de la chanson dit : « Faire ou ne pas faire, telle est la question. », ce qui est d’évidence, une autre affaire. Cette méditation d’Hamlet pose une question centrale d’ordre philosophique ; celle e la chanson est tout aussi centrale, mais pour l’éthique, pour la morale ; elle interroge la légitimité fondamentale de l’acte ou de l’action. Autant l’« être ou ne pas être » est statique, autant le « faire ou ne pas faire » est mouvement.


Ça va, dit Lucien l’âne, j’ai compris. Mais ne peux-tu plutôt synthétiser la chanson ?


Certainement, répond Marco Valdo M.I., et c’était mon intention de relier les quatre strophes à la lumière de ce « Faire ou ne pas faire ». Donc,

— La première indique que le dilemme n’est pas la bonne question, dans la mesure où la réponse ne peut être qu’une impasse logique. C’est le cas de force majeure.

— La deuxième tranche nettement en faveur de la morale.

— La troisième pour le dilemme de l’artiste (forcément) novateur face au pouvoir, au bon goût, à l’académisme.

— La quatrième montre le jeu du faire et une autre de ses impasses.

Pour les détails, je laisse chacun les découvrir.


Parfait, dit Lucien l’âne. Avec tes explications, je ne sais toujours pas ce que raconte la chanson, mais par contre, je comprends son ressort caché. C’est l’essentiel. Je m’en vais à présent voir les détails et surtout, retenir qu’il y a des choses qui se font et des choses qu’on ne fait pas. Pour le reste, en ce qui nous concerne, nous faisons ; la preuve, nous tissons le linceul de ce vieux monde faiseur, bâtisseur, destructeur, dégradeur, rongeur, consumeur, consompteur et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Faire ou ne pas faire, telle est la question

Et la réponse a des airs d’équation.

Le soleil descend, la foule panique et fuit

Devant un groupe de chars ennemis.

Sur le chemin, une femme et son enfant

Se promènent tranquillement.

La foule fonce et sans même les voir

Piétine les promeneurs du soir.

Condamner la foule pour cet accident ?

Elle ne pouvait faire autrement.

Du reste, les chars ont écrasé sans retard

Les morts et la plupart des fuyards.


Hé les hommes, que faites, vous ?

Il y a une morale, malgré tout.

La femme était une employée compétente,

Une collaboratrice scientifique intelligente.

Parmi ses amis, un dissident.

De là, viennent tous ses tracas.

Pour prendre sa place, une autre fit fracas.

La dame aux agents du gouvernement.

À son travail pour s’en défaire,

L’autorité monta toute une affaire.

La femme avait de la personnalité,

Honnête et morale, elle refusa de dénoncer.


En Zinovie, la culture est populaire,

Elle obéit naturellement aux bons critères.

L’art est une affaire ténébreuse,

L’art libre est une pathologie dangereuse.

Pas question de laisser un génie

Inventer et créer en liberté.

Un art autonome est une insanie

Qu’il faut sérieusement limiter.

On séquestre œuvres et artistes ;

Pour assurer la sécurité artistique,

On interne les créateurs avant-gardistes

Dans des établissements psychiatriques.


En Zinovie, l’ivrognerie est une religion ;

On boit pour boire, c’est une vocation.

N’importe où, n’importe quand, n’importe quoi,

On biberonne, on s’imbibe, on tombe là.

En Zinovie, l’alcoolisme règne en général.

Pour le contrer, il y a le travail social.

Cette propagande a ses spécialistes,

Pas toujours ennemis de la bouteille.

En la matière, ce sont de vrais artistes ;

Ils tiennent le coup, une merveille.

Le zélateur nous a sermonnés encore,

Avant de s’effondrer ivre mort.