samedi 6 novembre 2021

Cause toujours !

 

Cause toujours !


Chanson française – Cause toujours ! – Marco Valdo M.I. – 2021


 


LA MORT ET LA MER


Léon Spilliaert – 1904


Dialogue Maïeutique


J’aime autant l’admettre tout de suite, dit Marco Valdo M.I., cette chanson est une enchevêtrure d’expressions, un emmêlement de paroles, un méli-mélo dit de mots, un pot-pourri de bouts de vers de poètes divers et de slogans populaires. Appelons ça des réminiscences, car – en plus – elles viennent toutes seules s’insérer dans la danse.


Mais évidemment, dit Lucien l’âne, qu’est-ce que ce serait d’autre ? Et puis, qu’est-ce que ça peut avoir d’étonnant ? C’est une manière très honorable et quasiment classique de faire. Elle est fort répandue et c’est un jeu amusant que d’en retrouver les origines. Cela dit, de quoi est-il question dans la chanson ?


De la vie, de la guerre, de la mort, de l’amour, répond Marco Valdo M.I., et de plein d’autres choses encore.


Oui, dit Lucien l’âne, mais encore ?


Si tu insistes, Lucien l’âne, il faudra bien que je te conte la genèse de cette canzone sans doctrine.


J’insiste, j’insiste, insiste Lucien l’âne.


Dans ce cas, voici, reprend Marco Valdo M.I. ; tout est venu d’un passage de « Para Bellum » d’Alexandre Zinoviev et précisément de celui intitulé « Prépare la guerre » – celui de la page 32, car il y en a d’autres, où j’ai trouvé l’inspiration. On y relate une blague du temps de Khrouchtchev – autant dire au moment où la troisième guerre mondiale était dans toutes les gazettes ; je te la rapporte ici pour l’exactitude :


« Que faire en cas de guerre atomique ? Demande un citoyen à ses collègues. – S’envelopper dans un drap propre et rejoindre en silence le cimetière qui vous est attribué en fonction de votre grade. »


Soit, dit Lucien l’âne, en démarrant sur de telles bases, on est vite au-delà de la stratosphère. Et donc, je me répète, mais encore ?


Je vois que tu insistes encore, mais moi, je ne dirai pas beaucoup plus que ceci. Tu prends une tête, pendant des années, tu lui fais lire des poèmes, des romans, des récits, des contes, des histoires, tu la bombardes de nouvelles et puis, tu la secoues vigoureusement et tu la laisses régurgiter. Il ressort des bouts rimés dans le désordre réorganisé. Juste un exemple : Les Routiers sont dans la chanson, regarde :


« La route est un long ruban
Qui défile qui défile
Et se perd à l’infini
Loin des villes, loin des villes
Le routier à son volant
Qui trépide qui trépide
N’a jamais jamais le temps
De se perdre dans les champs. »


et ce bout de la chanson :


« Premier arrivé, premier servi

La mort toujours plus loin se défile

Loin des villes, loin des villes.

Dernier arrivé, tant pis, c’est fini.

Les vieux, soyez gentils, vivez longtemps !

Laissez la place aux enfants. »


Au passage, il faut quand même méditer sur cette place. Laquelle ?



Oh, dit Lucien l’âne, j’y penserai. Moi, par exemple, j’entends d’ici Apollinaire et son Pont Mirabeau – dont tu fis usage déjà avec ton « Celan sous le Pont Mirabeau » et par parenthèse, il devait nécessairement être là, Valéry et son cimetière marin, Rouget de Lisle et la Marseillaise, Jacques Prévert et le général de brigade de Pierre Desproges et « Chantez » de Boris Vian. Et continuons à tisser le linceul de ce vieux monde agonisant, finissant, râlant, branlant et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Ne faites pas la guerre avec amour !

Accueillez la mort avec humour !

Quand la guerre reviendra,

Quand contre les autres, on se battra.

On n’a pas connu la guerre !

Quand elle reviendra la guerre !

On la voit déjà dans ce brillant espace,

Sur les maisons et dans les rues, son ombre passe,

Où sont encore les gestes singuliers,

Les rires, les pleurs, les mots familiers ?

Passent les jours, passent les années,

Et la mort toujours recommencée.


Le monde a peur de la guerre,

En cas de guerre, que faire ?

Vaut mieux se faire la paire,

À l’autre bout de la terre.

C’était vrai pour les grands-pères,

Mais la terre n’a plus de bout, pépère.

Alors ? En cas de guerre, que faire ?

En silence, se rendre au cimetière,

Finir, dans de beaux draps,

Avec un linceul sous le bras,

Anticipez, préparez-le déjà !

Sinon, avec quoi, on vous enterrera ?


Y aura-t-il encore assez de places,

Dans nos funéraires palaces ?

Avec tous ces gens à mettre en terre,

Il faut créer de nouveaux cimetières

Dans nos campagnes

Pour nos enfants, pour nos compagnes.

Premier arrivé, premier servi

La mort toujours plus loin se défile

Loin des villes, loin des villes.

Dernier arrivé, tant pis, c’est fini.

Les vieux, soyez gentils, vivez longtemps !

Laissez la place aux enfants.


Ils n’ont pas connu la guerre !

Ce qu’il leur faut, c’est une bonne guerre !

Mais la guerre, la belle affaire !

On va pas la refaire.

Faudrait pas confondre la guerre et l’amour,

Faudrait pas mêler l’amour et l’humour.

Cause toujours !

Préparez la guerre avec amour !

Regardez la mort avec humour !

Préparez la guerre avec humour !

Regardez la mort avec amour !

Cause toujours !


mercredi 3 novembre 2021

Les Discours politiques

 


Les Discours politiques



Chanson française – Les Discours politiques – Marco Valdo M.I. – 2021


Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.


Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 – La Prise de Monastir ; Épisode 6 – La Vérité sur La Prise de Monastir ; Épisode 7 – Le Parti et les Paysans ; Épisode 8 – Le Premier Chrétien ; Épisode 9 – Le Provocateur ; Épisode 10 La Victoire morale ; Épisode 11 – Le Parti et ses Partisans ; Épisode 12 Le Monde des Animaux ; Épisode 13 Le Parti National Social ; Épisode 14 Le Camarade Škatula ; Épisode 15 Tous Frères ; Épisode 16 – La Manifestation de Prague


Épisode 17







MÉDITATION SUR L’AVENIR


Vlasta Vostřebalová-Fischerová – 1922





Dialogue Maïeutique



Pour cette fois-ci, Lucien l’âne mon ami, je vais commencer par une petite présentation d’un des personnages qui apparaît dans le dernier de ces quatre discours politiques qui constituent la chanson. Il s’agit tout bonnement du Docteur Záhoř, bien connu à Prague en ce temps-là – c’est-à-dire dans les vingt-sept premières années du siècle dernier et sans doute encore maintenant. Toute son action et sa philosophie l’ont amené à jouer le rôle de médecin hygiéniste, comme Pasteur et celui d’urbaniste, comme Haussmann, sur le terrain à l’échelon de la ville de Prague et par sa réputation au-delà. Le Parti soutenait ce savant réformateur :


« Le Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi,

Avec Záhoř, brandit le flambeau de l’hygiène, du progrès et du droit »


Ah, dit Lucien l’âne, je suis très désireux d’en savoir plus sur ce Docteur Záhoř et quand même aussi sur ces discours politiques si prometteurs. Car, cette fois encore, du strict point de vue de l’histoire, cette chanson doit être assez unique.


Oui, Lucien l’âne mon ami, je te le concède, c’est une chanson qui sort des rengaines habituelles et apporte une nouvelle dimension à l’argumentation démocratique. Commençons donc par une courte biographie de :


« Jindřich Záhoř (6 novembre 1845 à Volyně – 21 septembre 1927 à Prague) était un médecin autrichien et tchèque, hygiéniste de la ville de Prague et homme politique, au tournant des XIXᵉ et XXᵉ siècles, membre de l’Assemblée provinciale tchèque. Il a fait ses études aux lycées de Budějovice et de Písek, et a obtenu un doctorat en médecine de l’Université Charles-Ferdinand de Prague en 1871. En 1878, il a commencé à travailler comme médecin de district dans la ville et en 1884 comme médecin à Prague. À partir de 1888, il travaille comme médecin en chef de la ville de Prague. À ce titre, il était responsable de nombreuses mesures sanitaires telles que la construction du système d’égouts, l’assainissement de Josefov, la construction de l’abattoir central et la construction de crématoires. En même temps, il a travaillé comme médecin secondaire dans le deuxième département des maladies internes de l’hôpital général de Prague. Il a cofondé la Société des jeux de la jeunesse tchèque à Prague. Il a promu les funérailles par crémation et s’est impliqué dans la Society for the Cremation of Corpses. »


À cette courte biographie, j’ajouterais volontiers le bout de texte de la chanson qui le concerne où l’on peut voir que Záhoř était et – à mon sens – reste un grand visionnaire, un ardent promoteur de la civilisation et de la liberté posthume :


« Contre l’incinération forcée des vivants, contre l’inhumation des corps

Avec Záhoř, encore et toujours, pour la libre incinération des morts. »


Que voilà en effet un grand savant et un grand politique – au sens le plus élevé du terme évidemment, s’exclame Lucien l’âne. D’ailleurs, à propos d’élévation, avec Záhoř, le Parti a eu le courage de rappeler le rôle de croque-mitaine que l’Église catholique, comme presque toutes les autres religions, jouent à travers l’histoire. Je me souviens de cette terrible chanson « La Mort de Claes, le Charbonnier » et des autres de la Geste de Till. Maintenant, que racontent les autres discours politiques ?


Pour le reste, répond Marco Valdo M.I., je me contenterai d’indiquer sommairement l’essentiel, étant entendu qu’il faut lire et méditer ; il y a là-dedans plus qu’il n’y paraît à première vue :

Discours 1 sur les fraudes alimentaires et le respect dû aux animaux, y compris les humains, bien sûr ;

Discours 2 sur l’étatisation des concierges et des portiers ; là aussi, un discours visionnaire quand on pense que Prague et toute la Tchécoslovaquie – pour ne citer qu’elles – ont nationalisé les concierges et les portiers, une mesure prophylactique prise sous le long régime de protection amicale russe qui frappa le pays de 1948 à 1989. Comme il se devait, les concierges et les portiers nationalisés étaient devenus de ce fait des agents de l’État et se devaient d’informer leurs supérieurs de tout ce qu’ils savaient.

Discours 3 est une vision moderne et futuriste du pays qui propose une voie vers le paradis du progrès :


« Pour l’avenir de l’humanité qu’on ne connaît pas,

Il faut un progrès modéré dans les limites de la loi. »


Oh, dit Lucien l’âne, je ne sais pas plus que Colomb, si ce sera suffisant ; il faudrait peut-être presser le pas. En attendant tissons le linceul de ce vieux monde malade des croyances, des crédulités, des croyants, des croques-mitaines et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Pour la campagne électorale des partis,

On fait des tas de discours.

L’électeur pense : « Cause toujours ! »

Pour ou contre, le Parti prend parti.

Contre les fraudes alimentaires,

Pour la santé, comme pour le climat,

Vraiment, on n’a pas le droit

De ne rien dire, de ne rien faire.

Pour la protection des animaux :

Chiens, chats, porcs et veaux.


Contre le mépris de l’honorable profession

Des concierges et des portiers

Le Parti se prononce sans hésitation

En faveur de ces anges de quartiers,

Pour inscrire dans le droit

Par le biais d’une imprescriptible loi

L’avenir de ces travailleurs méprisés.

Pour reconnaître par l’étatisation,

À chaque membre de cette corporation,

Comme en Russie, son statut policier.


Pour s’adresser au peuple tout entier.

Le Parti dit dans son manifeste :

« Peuple tchèque, nul ne le conteste :

Christophe Colomb s’en est allé

En bateau à voile, découvrir le Mexique.

Sans lui, que serait devenue l’Amérique ?

Et la démocratie, et le phonographe, et le progrès ?

Même Christophe Colomb l’ignorait.

Pour l’avenir de l’humanité qu’on ne connaît pas,

Il faut un progrès modéré dans les limites de la loi.


Dans la flamme civilisatrice des ardents bûchers,

Jan Hus, Jérôme de Prague, réformateurs,

Les sorcières et les libres-penseurs,

Vanini, Bruno, et tant d’autres athéisés,

L’Église catholique et ses inquisiteurs,

Vivants, les a tous incinérés.

Le Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi,

Avec Záhoř, brandit le flambeau de l’hygiène, du progrès et du droit :

Contre l’incinération forcée des vivants, contre l’inhumation des corps,

Avec Záhoř, pour la libre incinération des morts.

lundi 1 novembre 2021

ARMANDO ET PRIMO

 

ARMANDO ET PRIMO


Version française – ARMANDO ET PRIMO – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Armando e PrimoTullio Bugari – 2021



Texte : Tullio Bugari,

Musique : Silvano Staffolani,

Interprété par le Duo Acefalo (Silvano Staffolani et Lorenzo Cantori).



Dédié à Armando Magnani et Primo Panti, qui ont été fusillés les 8 et 9 février 1944, au même endroit et à quelques heures d’intervalle, dans la Via delle Orfane à Jesi (Ancône).


 

 

 

FUSILLÉS

Francisco Goya – 1810





Armando Magnani et Primo Panti ont été fusillés les 8 et 9 février 1944, au même endroit et à quelques heures d’intervalle, dans la Via delle Orfane à Jesi (Ancône). L’un d’eux a été abattu par une mitrailleuse, dont les tirs ont laissé des traces sur le mur, qui sont encore visibles aujourd’hui, comme un visage qui s’y imprime et semble vous regarder lorsque vous passez devant, et qui fait de ce mur un véritable monument à la mémoire, à préserver.



De l’Atlas des massacres nazis-fascistes :


La répression nazie-fasciste dans la région de Jesi devient plus dure et impitoyable après l’assassinat, le 17 janvier 1944, du fondateur du Fascio républicain de Jesi, Antonio Blasetti, abattu sur le pas de sa porte. Le commissaire de police a probablement attribué l’événement aux partisans opérant dans la ville et a organisé les funérailles avec un grand nombre d’hommes afin d’éviter de nouvelles attaques. À la suite de cet épisode, un bureau politique fasciste est créé à Jesi avec pour mission spécifique de surveiller l’activité des partisans dans les Apennins centraux par le biais d’infiltrés et d’espions. Cette action d’espionnage a probablement conduit à la capture d’Armando Magnani et de Primo Panti qui, à un jour d’intervalle, ont été abattus dans la Via XX Settembre devant le mur du jardin de l’orphelinat.

Accusé d’avoir participé au vol de blé dans le magasin de Staffolo pour le distribuer à la population civile, Armando Magnani est fait prisonnier avec un autre partisan, Augusto Bernacchia, en faveur duquel interviennent les prêtres Don Arduino Rettaroli et Don Gino Paoletti. Grâce à eux, Bernacchia (né le 13/11/1911 à Jesi, partisan combattant, Gap Jesi, 20/09/1943 – 18/07/1944, grade de commandant adjoint de division – capitaine, reconnu à lui le 21/05/1946 à Ancône) a eu la vie sauve, mais il a dû assister à l’exécution de Magnani au matin du 8 février 1944, dont le corps a été laissé sous la pluie jusqu’au soir.

Le lendemain, c’est le tour de Primo Panti, un échappé de Jesi, capturé lors d’une rafle à Staffolo le 7 février, pour qui l’intervention de l’évêque Falcinelli auprès du commandement fasciste n’a servi à rien. Il dira plus tard : « Même les Allemands m’ont accordé la grâce de sauver la vie de deux jeunes Italiens. La même grâce ne m’a pas été accordée par les « Italiens pour les Italiens ».

Dans le mur où les tirs ont eu lieu, les marques des balles sont encore visibles aujourd’hui.





Voici l’histoire, l’histoire d’un mur marqué,

Qui a vu la vie lui passer sous le nez,

Il a même vu la mort tomber à ses pieds.

C’est l’histoire de deux partisans fusillés

Là au milieu d’un février pluvieux,

En deux jours d’un février pluvieux,

En deux jours d’un février pluvieux.



Le premier est Armando qu’ils ont pris à Staffolo.

Quelqu’un a volé le blé dans l’entrepôt

Pour le donner aux gens qui souffrent de la faim.

Ils l’ont abattu à dix heures du matin

Et laissé là jusqu’à sept heures du soir.

Au pied du mur jusqu’à sept heures du soir,

Au pied du mur jusqu’à sept heures du soir.



Voici le tour de Primo après quelques heures.

C’est un maçon, il construit des murs.

Une rafale de mitrailleuse à cinq heures.

Aujourd’hui, on voit les marques sur le mur.

Ils l’ont laissé là, seul, pendant toute la nuit.

La pluie a lavé le sang dans l’obscur de la nuit.

La pluie a lavé le sang dans l’obscur de la nuit.



Au matin, une femme s’en va sans se douter de rien.

Quelque chose s’est passé dans la rue des Orphelins,

Au pied du mur, un homme est couché.

C’est son mari, le corps détrempé.

Elle aurait aimé le laver et pas la pluie.

Le corps de son mari et pas la pluie,

Le corps de son mari et pas la pluie.



Voi l’histoire, l’histoire d’un mur marqué,

Qui a vu la vie lui passer sous le nez,

Il a même vu la mort tomber à ses pieds.

C’est l’histoire de deux partisans fusillés

Là au milieu d’un février pluvieux,

En deux jours d’un février pluvieux,

En deux jours d’un février pluvieux.



Le mur garde encore aujourd’hui leur mémoire.