dimanche 4 juillet 2021

La Vérité sur La Prise de Monastir

 

La Vérité sur La Prise de Monastir


Chanson française – La Vérité sur La Prise de Monastir – Marco Valdo M.I. – 2021


Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 : La Prise de Monastir


Épisode 6



Le Parti va vers le peuple et vers le Parti va le Peuple.

Ensemble, on est plus unis.




Dialogue maïeutique


La vérité, dit Lucien l’âne, en voilà une drôle d’idée ; que vient-elle faire dans cette épopée héroïco-comique du Parti ?


D’abord, Lucien l’âne mon ami, je dois dire que ta remarque est tout à fait justifiée, car en vérité, la vérité est un mot immense, une sorte d’infini nébuleux et en même temps, un monstre d’exactitude. La vérité en soi est en quelque sorte intangible. Cependant, cette vérité-ci n’est pas n’importe quelle vérité ; elle entend éclairer ce qu’avait raconté, ce que raconte Klim, le voïvode macédonien, volontaire engagé quelque peu trop hâbleur. Trempé dans l’acide véridique, le héros s’épure, la baudruche patriotique se dégonfle et se révèle certaine dimension particratique fondatrice de tout rassemblement à vocation dominatrice.


Depuis le début de cette épopée, je me demande, s’inquiète Lucien l’âne, si ce Parti dont elle raconte l’histoire, tout en tant à coup sûr le Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi, ne serait pas par hasard une quintessence du Parti en général. J’ai bien l’impression qu’elle met à jour la nature du Parti, de n’importe quel parti, son essence, son squelette, son fondement.


En cela, Lucien l’âne mon ami, tu mets le doigt sur un des ressorts de cette histoire. Je n’en dirai pas plus, car ça nous entraînerait trop loin et de toute façon, j’ai l’idée qu’on y reviendra encore. Pour l’instant, je voudrais attirer ton attention sur le fait qu’il s’agit dans cette chanson de la complète réfutation de la chanson précédente – La Prise de Monastir et même, de la destruction de notre dialogue qui s’était efforcé de prendre au pied de la lettre les vantardises et les supercheries de Klim, le voïvode macédonien.


Vérité pour vérité, il nous faut quand même avouer, dit Lucien l’âne en riant, que ni toi, ni moi n’étions dupes de ce fanfaron et qu’on jouait le jeu, tout en sachant la vérité vraie de l’affaire.


Soit, reprend Marco Valdo M.I. ; pour ce qui est du Parti et de sa plus ou moins grande universalité, il faut faire la distinction entre les détails particuliers concernant les aventures, les paroles et les actes – réels ou inventés de Klim le héros et les considérations générales. Certains éléments sont directement d’application à tous les partis indistinctement, comme les slogans qui concluent la chanson :


« Le Parti va vers le peuple

Et vers le Parti va le Peuple.

Ensemble, on est plus unis. »


Oh oui, dit Lucien l’âne, ça me semble évident. Que serait un parti sans ses slogans et un parti qui n’irait pas vers le peuple et d’ailleurs, que serait ce parti si le peuple (qui c’est ?) n’allait pas vers lui ?


Fais attention, Lucien l’âne mon ami, à ce que tu déclares ici, car on marche sur des braises, car ni le(s) parti(s), ni le(s) peuple(s) n’aiment qu’on questionne leur nature réelle. On risquerait de rencontrer la vérité.


Certes, répond Lucien l’âne, beaucoup ont payé cher une telle insolence. Maintenant, pour ce qui est du peuple, disons le mot, c’est un concept vague que des cuisiniers de tous bords assaisonnent à leur mode et c’est souvent peu ragoûtant. Cela dit, tissons le linceul de ce vieux monde chaotique, brouillon, populaire, folklorique et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Les discours du voïvode macédonien

Étaient une bénédiction pour le Parti

Tant Klim parlait bien

De ses exploits face à l’ennemi.

On sentait le patriote à chaque mot,

Par ses effluves de héros,

Sa sauvage exaltation fascinait

Les clients du bistro

Qui buvaient, buvaient, buvaient

Ses phrases et chacun de ses propos.


Dans cette affaire de Monastir,

Il y avait un certain décalage

Entre la réalité et ses bavardages.

Certes, Monastir était Monastir.

Mais la vérité a ses droits

Et Monastir n’était pas

Une ville, une citadelle de l’Empire ottoman.

Après notre reddition au pied du Mont Garvan,

Les Turcs nous avaient menés à la frontière

Et ce couvent était vraiment un monastère.


Après deux heures de siège, on entra au monastir,

Où les moines ont bien voulu nous nourrir.

Puis, à peine installés dans un champ,

À notre campement vint une belle,

Aussi furieuse qu’elle était vielle.

Elle nous chassa en hurlant

La bave aux lèvres

Qu’on en voulait à sa chèvre.

On repartit clopin-clopant jusqu’à Sofia

À une heure de marche de là.


À Sofia, après quelques bières,

Le voïvode courageux s’empressa

D’exhiber ses blessures de guerre,

Témoins muets de la bataille de Vitocha.

À Prague, Klim fit plus d’une fois

Les récits pédagogiques de ses exploits.

Ainsi, grâce à lui, grandit le Parti.

Klim disait : Le Parti va vers le peuple

Et vers le Parti va le Peuple.

Ensemble, on est plus unis.


jeudi 1 juillet 2021

La Prise de Monastir

 

La Prise de Monastir


Chanson française – La Prise de Monastir Marco Valdo M.I. – 2021


Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim


Épisode 5




ARMÉE TURQUE OTTOMANE – Vers 1900



Dialogue maïeutique


Tu vois, Lucien l’âne mon ami, ce titre « La Prise de Monastir » nécessite une mise au point, une précision particulière destinée à écarter une amphibologie, une ambiguïté. Ce n’est pas la signification de « la prise » qui pose problème. Une « prise » dans ce sens est tout simplement la conquête, l’enlèvement de Monastir.


Si c’est pour dire une telle évidence, Marco Valdo M.I. mon ami, je l’aurais bien énoncée moi-même.


Soit, Lucien l’âne mon ami, mais si je disais, si je faisais ce préambule, c’est qu’il me fallait bien commencer quelque part et souligner ainsi l’importance de la suite. Comme on s’en doute à présent, c’est sur le nom de Monastir que je veux attirer ton attention. D’abord, comme son nom l’indique, quoi que soit devenu Monastir, au départ, il a eu un monastère ou plusieurs, comme ce fut le cas. Un monastère est – tu le sais certainement, mais il convient de le préciser – un établissement qui accueille des moines chrétiens.


Oh, dit Lucien l’âne, je connais une ville qui s’appelle Monastir ; une belle vielle au bord de la mer au fond d’un golfe en Tunisie ; c’était une ville fortifiée de l’Empire ottoman, au temps où les Turcs contrôlaient le sud-est de la Méditerranée.


Certes, répond Marco Valdo M.I., cette ville est célèbre – et encore aujourd’hui bien connue des touristes, mais ce n’est pas d’elle qu’il s’agit ici. Donc, il existait dans ce même empire ottoman, une autre ville fortifiée appelée également Monastir et qui se trouvait en Macédoine. En gros, au nord de la Grèce et des Balkans. C’est bien évidemment de celle-là qu’il s’agit dans la chanson. Aujourd’hui, elle se trouve toujours en Pélagonie, en Macédoine du Nord et s’appelle Bitola. Juste une dernière petite note complémentaire pour indiquer que comme « monastir » renvoie à « monastère » et au grec « monastiri », Bitola renvoie au mot slave « obitel » qui signifie également « monastère ». Bitola était d’ailleurs le nom avant que les Byzantins ne la rebaptisent Monastir.


Oh, dit Lucien l’âne, voilà qui est compliqué. Maintenant, je me souviens, n’était-ce pas elle qui s’appelait au temps de la Préhistoire « Lyncestis », puis plus tard, Heraclea Lyncestis et beaucoup plus tard encore, après tant de séismes, des sacs, des prises et des destructions, fut rebâtie un peu plus loin par les Slaves sous le nom de Bitola. Cependant, je suppose que la chansonne se limite pas à ça.


Non, répond Marco Valdo M.I., car en fait, elle raconte – par la bouche de Klim lui-même – toute l’héroïque campagne du voïvode en terre macédonienne. Maintenant, je te laisse découvrir les détails et le somptueux récit qui les établit.


Faisons ainsi, Marco Valdo M.I. mon ami, et tissons le linceul de ce vieux monde versatile, confus, monastique, polysémique, énigmatique et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Klim et moi, on descendit le premier raki,

Solennellement, sur le drapeau, on jura.

Puis, on but jusqu’au cinquième raki

Et on partit pour la frontière d’un bon pas.

Au dépôt, on nous donna nos fusils.

Klim dit : et pan !, et on vise bien,

Et on court, et on coupe la tête à l’ennemi.

Parole de voïvode macédonien :

Le Turc doit mourir, c’est écrit.

Passez-moi la gourde et vive le vin.


On nous envoya devant, face aux Turcs ;

Objectif : semer la terreur.

Klim et moi, presque morts de peur,

On a mis le feu à une grange turque.

Du mont Garvan, la nuit, on voyait tout ;

Les feux de l’armée turque brillaient partout.

Klim et moi, sans hésiter, on jeta nos fusils

Et aux soldats ottomans, on se rendit.

À Prague, Klim raconta que lui et moi,

On avait tué des milliers de ces soldats.


Puis, Klim continue avec de grands soupirs

Son récit véridique par la prise de Monastir.

Dans notre commando, on était quatre-vingts

Face à quatre mille janissaires

Et à vingt-huit mille fantassins

Des armées turques régulières.

Avec prudence, on s’approcha

Et encore, l’ennemi nous échappa.

Un matin, devant nous, la forteresse imprenable

Jusqu’au ciel se dressa telle une énorme table.


On prit aux Turcs les canons

On bombarda sans interruption

Trois jours et trois nuits

Au quatrième soir, vint une belle,

La beauté des mille et une nuits,

Fière, elle jura être toujours pucelle.

À mes pieds de voïvode, elle se jeta

Sans tarder, elle fut toute à moi.

Puis, je mis en cendres la ville entière ;

Puis, je fis pendre les habitants avec leurs mères.

dimanche 27 juin 2021

La Guerre de Klim

 

La Guerre de Klim


Chanson française – La Guerre de Klim – Marco Valdo M.I. – 2021


Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode


Épisode 4



RÉVOLUTIONNAIRE PATRIOTE BALKANIQUE

Louis Dupré – 1821



Dialogue maïeutique


Dans l’Histoire du Parti, dit Marco Valdo M.I., parmi les premiers adhérents, autrement dit les figures historiques du Parti, il y a eu, on s’en souvient sûrement, un fils de pasteur et un voïvode.


C’est certain, répond Lucien l’âne. Il y a peu de temps qu’on a dialogué ici au sujet du Parti, de son programme et de ses premiers membres, à savoir son fondateur le journaliste Jaroslav Hašek, le fils du pasteur et le voïvode Klimeš.


C’est lui, dit Marco Valdo M.I. ; ce Klim ou Klimeš, comme on va le voir, était un fanfaron, une sorte de Tartarin de Prague ou de Sofia. Il faisait lui-même sa promotion et proclamait à qui voulait bien l’entendre qu’il était un révolutionnaire et un grand patriote macédonien. Voilà ce qu’on en savait. Avec cette nouvelle chanson qui lui est entièrement consacrée, on va voir que les choses ne sont pas telles qu’on aurait pu les croire. Ainsi, l’épopée du Parti de Hašek se poursuit et investigue d’un peu plus près les affirmations du voïvode Klimeš. Elle détaille comme toute bonne geste les faits et gestes du héros. C’est en quelque sorte l’apologie de Klimeš, le récit de l’Iliade de Klimeš. C’est carrément un chant digne de l’aède aveugle primitif.


Pourquoi donc, Marco Valdo M.I., évoques-tu l’aède en le qualifiant de primitif ? Je ne pense pas, moi qui l’ai connu et même conduit sur les chemins de l’antique pays des Hellènes, qu’il était ce qu’on a coutume d’appeler un primitif.


Oh, Lucien l’âne mon ami, il ne l’était certainement pas au sens où tu l’entends là. J’ai dit l’aède primitif au sens de premier aède, d’aède primordial, d’aède à l’origine des épopées. J’insiste sur la dénomination d’aède aveugle primitif, car depuis – notamment en Sicile, comme le racontait Carlo Levi et dans les Balkans – comme l’atteste notamment le Dossier H d’Ismaïl Kadaré, la tradition de l’aède aveugle s’est perpétuée en continuation de sa mémoire. Cependant, il me paraît essentiel de préciser que ces « aèdes aveugles » ne sont aveugles qu’au moment où ils scandent leurs récits. C’est une pose artistique et aussi une nécessité technique. Enfermé dans son aveuglement, l’aède aux yeux clos peut se concentrer et sans se laisser distraire par les auditeurs qui l’entourent, dévider l’histoire sans être perturbés par le public. C’est essentiel, car il agit en pleine lumière à deux pas des gens et récite de longues séquences sans autre recours que la mémoire. Comme les jongleurs et les saltimbanques, il travaille sans filet, ce qui le distingue des acteurs et des chanteurs de notre époque qui ne voient pas le public devant eux à cause du noir provoqué par l’éclairage de la scène. Ceci a pour implication de donner au récit toute sa priorité et son importance.


En effet, dit Lucien l’âne, moi qui ai couru les chemins, les villages, les rues et les places des villes depuis tant e temps, depuis au moins, le temps d’Homère, je peux le confirmer ; les aèdes au moment e la récitation ont les yeux soigneusement fermés et le plus souvent, pour renforcer ce huis-clos, bandés.


Exactement, Lucien l’âne mon ami, c’est exactement ainsi que cela se passe. Cependant, pour ce qui est de La Guerre de Klim, qui est la chanson, je ne dirai rien de son contenu et je ne révélerai rien de son véritable sens. Ce sera à toi, comme à tout qui s’y intéressera, de se faire sa philosophie.


Excellente idée, Marco Valdo M.I., tu fais bien ainsi. Que chacun se fasse sa philosophie, c’est précisément l’objectif du dialogue maïeutique, qui est notre démarche philosophique et poétique. Maintenant tissons le linceul de ce vieux monde antique, sénescent, mortel, condamné et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



De tous, Klim faisait l’admiration,

C’était un héros hors dimension.

Un homme hors du commun comme lui

Était l’honneur et l’orgueil du Parti.

Son œil d’aigle ne faisait pas d’erreur,

Sûr de lui, de rien, il n’avait peur ;

Sans hésiter, toujours, il se retirait,

Dès que les choses se gâtaient.

Face au danger, dans les règles de l’art,

Il allait réfléchir en douce autre part.


Quand les hordes de l’armée régulière turque

Encerclaient la région de Salonique

Et marchaient sur la montagne Vitocha,

À Sofia dans une usine de sofas,

Klim était tapissier de métier,

C’était un ouvrier, pas un voïvode-né.

Klim vivait pépère dans la ville

Une vie calme et tranquille.

Il ignorait les vertus héroïques,

C’était l’être le plus pacifique.


À Sofia, il mentit pour la première fois,

Après une bouteille de vin grec,

Après une autre bouteille de vin sec,

Sans sourciller, il affirma

Connaître la montagne et tous les défilés

De Macédoine et même, Sarafov l’insurgé,

Ensuite, assassiné par les partisans

Pour avoir détourné l’argent

Des fusils, des grenades, des munitions,

Nécessaires au succès de la révolution.


En l’écoutant, mon désir devint pressant

De partir au front sur le champ ;

Je le suivis sans hésiter

Dans un estaminet moins exposé,

Où un groupe macédonien

Recrutait des volontaires

Pour combattre à la frontière.

Cœur noble, cœur intense, cœur d’airain,

Klim fit un discours immense, héroïque,

C’était émouvant, c’était beau, c’était homérique.

mardi 22 juin 2021

Le Fils du Pasteur et le Voïvode

 


Le Fils du Pasteur et le Voïvode


Chanson française – Le Fils du Pasteur et le VoïvodeMarco Valdo M.I. – 2021


Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.


Épisode 3




VOÏVODE – VLAD III L’EMPALEUR


Anonyme – XVe S




Dialogue maïeutique


Il doit t’être encore frais à l’esprit, Lucien l’âne mon ami, que nous avons dialogué récemment sur Le Parti et Le Programme du Parti. C’étaient les deux premières chansons d’une épopée aux accents politiques et guerriers dont l’objet – je te rassure tout de suite – est de pourfendre la guerre elle-même. On ne sait d’ailleurs à l’heure présente où une telle épopée nous conduira, mais allons-y.


Oui, dit Lucien l’âne, allons-y sans crainte et d’ailleurs, je sais que toi et moi, nous sommes d’inconditionnels partisans de la paix, même si des fois, il y a de quoi désespérer. Mais, venons-en au fait : serait-ce la troisième chanson et de quoi pourrait-elle bien s’inquiéter ?


Eh bien, reprend Marco Valdo M.I., le Parti, c’est même dans sa nature de parti, se compose de membres. À proprement parler, un parti sans membre n’existe pas, sauf sur papier ou dans l’imagination. Je te concède immédiatement que c’est ainsi que tout parti est conçu. Il y faut quelqu’un qui l’imagine et qui en cristallise les éléments. Quoi qu’il en soit, une fois conçu, il lui faut exister, il lui faut une corporalité, il lui faut des membres.


J’en conviens tout de suite, dit Lucien l’âne, et j’imagine à mon tour que cette chanson va chanter les louanges des membres du Parti.


Tu imagines bien, Lucien l’âne mon ami, la chanson chante les membres du Parti – pas nécessairement leurs louanges. Je dirais qu’elle fait le portrait de deux d’entre eux, les premiers à adhérer à ce Parti.


Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, comme disait le Président Mao, reprenant la parole de Confucius ou de Lao Tseu, en tout cas, une parole de lointaine et antique sagesse immémoriale : « Le plus long des voyages commence toujours pas un premier pas ». Il en va aussi ainsi du Parti et de ses membres et si nous adaptons la parole du Président, nous dirons : « le plus grand des partis commence toujours par un premier membre ».


Soit, répond Marco Valdo M.I., le plus court des voyages aussi et forcément, le plus mince des partis aussi. C’est pure logique. Donc, voici les deux premiers membres du Parti – en plus de son créateur Jaroslav Hašek, bien sûr. Il s’agit, comme le titre l’indique, du fils du Pasteur, dénommé Gustav et d’un voïvode, dénommé Klimeš. Pour la clarté des choses, je précise que le « pasteur » dont le fils est le fils, tout comme son père et le père de son père étaient eux-mêmes « pasteur », est un ministre du culte, une sorte de curé protestant qui n’est nullement tenu au célibat et qui peut donc avoir un ou plusieurs enfants ; quant au voïvode, je résumerai en disant qu’il s’agit d’un de ces dignitaires slaves ou roumains qui ont longtemps combattu les occupants ou les envahisseurs turcs et dont un des plus célèbres est Vlad Țepeș, Vlad III l’Empaleur, alias Dracula. Pour le reste, voir la chanson elle-même, sinon où serait l’intérêt.


Faisons ainsi, réplique Lucien l’âne et puis, tissons le linceul de ce vieux monde religieux, sévère, enflammé, opprimé, révolutionnaire et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Gustav le fils du pasteur,

Descendait d’une lignée de pasteurs,

Tous hommes authentiquement religieux,

Tenant haut le respect de Dieu.

Il avait bu le lait sacré de sa mère

Et mangé les principes moraux de son père.

Dans l’ombreuse cathédrale évangélique,

Il passait des heures mystiques

Craignant la rude cravache

D’une justice divine fort vache.


Couché en travers des genoux paternels,

Il entendait la leçon de l’Évangile éternel :

Toute autorité vient de Dieu,

On ne peut défier la volonté des Cieux.

Le genou et la cravache le disent bien :

On ne peut contrarier les vœux du destin.

Poète, il entraîne son âme assoiffée de beauté

À la recherche de nouvelles aventures

Dans une errance inextinguible de café en café.

À la fin, des costauds l’éjectent dans la nature.


Le cheveu en broussailles, la barbe noire,

Le voïvode Klim était né quelque part,

Sa vie était toute une histoire.

Il était voïvode, il se sentait tsar.

Le discours enflammé était la tasse de thé

De ce libérateur des peuples opprimés.

Le voïvode Klim chantait ses propres exploits

Hautement de sa basse voix,

De café en café, chaque soirée,

Il contait sa glorieuse épopée.


Dans la plaine grondait le canon,

La mitraille crépitait pour de bon.

Le voïvode Klim avait tout du gospodar.

Sans avoir peur, il battait en retraite

Dans le respect des règles de l’art,

Ainsi, il tenait sa gloire secrète.

Le voïvode Klim était chef révolutionnaire,

À la bataille du Mont Garvan, il était là.

Au siège de Monastir, il s’empiffra.

Il a rejoint le Parti après ses guerres.