mardi 22 juin 2021

Le Fils du Pasteur et le Voïvode

 


Le Fils du Pasteur et le Voïvode


Chanson française – Le Fils du Pasteur et le VoïvodeMarco Valdo M.I. – 2021


Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.


Épisode 3




VOÏVODE – VLAD III L’EMPALEUR


Anonyme – XVe S




Dialogue maïeutique


Il doit t’être encore frais à l’esprit, Lucien l’âne mon ami, que nous avons dialogué récemment sur Le Parti et Le Programme du Parti. C’étaient les deux premières chansons d’une épopée aux accents politiques et guerriers dont l’objet – je te rassure tout de suite – est de pourfendre la guerre elle-même. On ne sait d’ailleurs à l’heure présente où une telle épopée nous conduira, mais allons-y.


Oui, dit Lucien l’âne, allons-y sans crainte et d’ailleurs, je sais que toi et moi, nous sommes d’inconditionnels partisans de la paix, même si des fois, il y a de quoi désespérer. Mais, venons-en au fait : serait-ce la troisième chanson et de quoi pourrait-elle bien s’inquiéter ?


Eh bien, reprend Marco Valdo M.I., le Parti, c’est même dans sa nature de parti, se compose de membres. À proprement parler, un parti sans membre n’existe pas, sauf sur papier ou dans l’imagination. Je te concède immédiatement que c’est ainsi que tout parti est conçu. Il y faut quelqu’un qui l’imagine et qui en cristallise les éléments. Quoi qu’il en soit, une fois conçu, il lui faut exister, il lui faut une corporalité, il lui faut des membres.


J’en conviens tout de suite, dit Lucien l’âne, et j’imagine à mon tour que cette chanson va chanter les louanges des membres du Parti.


Tu imagines bien, Lucien l’âne mon ami, la chanson chante les membres du Parti – pas nécessairement leurs louanges. Je dirais qu’elle fait le portrait de deux d’entre eux, les premiers à adhérer à ce Parti.


Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, comme disait le Président Mao, reprenant la parole de Confucius ou de Lao Tseu, en tout cas, une parole de lointaine et antique sagesse immémoriale : « Le plus long des voyages commence toujours pas un premier pas ». Il en va aussi ainsi du Parti et de ses membres et si nous adaptons la parole du Président, nous dirons : « le plus grand des partis commence toujours par un premier membre ».


Soit, répond Marco Valdo M.I., le plus court des voyages aussi et forcément, le plus mince des partis aussi. C’est pure logique. Donc, voici les deux premiers membres du Parti – en plus de son créateur Jaroslav Hašek, bien sûr. Il s’agit, comme le titre l’indique, du fils du Pasteur, dénommé Gustav et d’un voïvode, dénommé Klimeš. Pour la clarté des choses, je précise que le « pasteur » dont le fils est le fils, tout comme son père et le père de son père étaient eux-mêmes « pasteur », est un ministre du culte, une sorte de curé protestant qui n’est nullement tenu au célibat et qui peut donc avoir un ou plusieurs enfants ; quant au voïvode, je résumerai en disant qu’il s’agit d’un de ces dignitaires slaves ou roumains qui ont longtemps combattu les occupants ou les envahisseurs turcs et dont un des plus célèbres est Vlad Țepeș, Vlad III l’Empaleur, alias Dracula. Pour le reste, voir la chanson elle-même, sinon où serait l’intérêt.


Faisons ainsi, réplique Lucien l’âne et puis, tissons le linceul de ce vieux monde religieux, sévère, enflammé, opprimé, révolutionnaire et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Gustav le fils du pasteur,

Descendait d’une lignée de pasteurs,

Tous hommes authentiquement religieux,

Tenant haut le respect de Dieu.

Il avait bu le lait sacré de sa mère

Et mangé les principes moraux de son père.

Dans l’ombreuse cathédrale évangélique,

Il passait des heures mystiques

Craignant la rude cravache

D’une justice divine fort vache.


Couché en travers des genoux paternels,

Il entendait la leçon de l’Évangile éternel :

Toute autorité vient de Dieu,

On ne peut défier la volonté des Cieux.

Le genou et la cravache le disent bien :

On ne peut contrarier les vœux du destin.

Poète, il entraîne son âme assoiffée de beauté

À la recherche de nouvelles aventures

Dans une errance inextinguible de café en café.

À la fin, des costauds l’éjectent dans la nature.


Le cheveu en broussailles, la barbe noire,

Le voïvode Klim était né quelque part,

Sa vie était toute une histoire.

Il était voïvode, il se sentait tsar.

Le discours enflammé était la tasse de thé

De ce libérateur des peuples opprimés.

Le voïvode Klim chantait ses propres exploits

Hautement de sa basse voix,

De café en café, chaque soirée,

Il contait sa glorieuse épopée.


Dans la plaine grondait le canon,

La mitraille crépitait pour de bon.

Le voïvode Klim avait tout du gospodar.

Sans avoir peur, il battait en retraite

Dans le respect des règles de l’art,

Ainsi, il tenait sa gloire secrète.

Le voïvode Klim était chef révolutionnaire,

À la bataille du Mont Garvan, il était là.

Au siège de Monastir, il s’empiffra.

Il a rejoint le Parti après ses guerres.






lundi 21 juin 2021

LA CIVILISATION

 

LA CIVILISATION


Version française – LA CIVILISATION – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – La civiltàAndrea Buriani – 2001


LE RETOUR

René Magritte – 1940


Chanson écrite après l’attaque des tours jumelles de New York en 2001 (les nouvelles tours de Babel), que beaucoup ont qualifiée d’attaque contre notre civilisation (occidentale) par des êtres non civilisés. Mais nous aussi, en regardant l’histoire, malheureusement aussi l’histoire récente, nous n’avons pas beaucoup de quoi nous vanter.


Dialogue maïeutique


La civilisation, Lucien l’âne mon ami, voilà un titre dont je ne devrai sans doute pas t’expliquer le sens.


Oh évidemment, dit Lucien l’âne, c’est là un titre qu’on comprend aisément et qu’il ne faudrait pas expliquer. Du moins, à première vue, car c’est là un bien grand mot et tout le reste reste à préciser.


En effet, Lucien l’âne mon ami, la civilisation est un concept vague et qui renvoie à des réalités multiples. Employé ainsi, il renvoie immédiatement à celui qui l’exprime. Autrement dit, la civilisation est celle de celui qui parle et envisagée singulièrement, elle se distingue de toutes les autres civilisations. Cependant, je te rassure, la chanson sait cela et elle s’échine à distinguer et à qualifier toutes sortes de civilisations ou de visages de la civilisation, d’une civilisation particulière, celle où nous vivons ici actuellement, celle que très curieusement on appelle « occidentale », comme si on n’était pas tous à l’est ou à l’ouest de quelqu’un d’autre. Sinon, comment expliquer Christophe Colomb qui partait vers l’Occident pour atteindre un pays d’Orient.


En fait, dit Lucien l’âne, ça dépend de quel côté on se tourne et puis, depuis longtemps, on sait que la Terre est ronde. Où commence l’ouest ? Nulle part ou partout, ce qui revient au même. Où finit-il ? Nulle part ou n’importe où.


Parfaitement, Lucien l’âne mon ami, et c’est pareil pour l’est. Par contre, grâce aux pôles, on peut situer beaucoup plus exactement le nord et le sud et même la ligne de partage qu’est l’Équateur. Pour la chanson, la civilisation, dont elle parle a de multiples défauts et elle est vue – en quelque sorte – de l’intérieur, par un de ses habitants. Disons quelqu’un qui vit dans le même tropisme que Jacques Dutronc, dans la civilisation de l’« Et moi, et moi, et moi », la civilisation de l’émoi, émoi, émoi.


Et ça dure, ça dure et on n’en voit pas la fin, dit Lucien l’âne, et la colombe qui attend pour se poser. Elle attend quoi, au juste ?


Ça, Lucien l’âne mon ami, je peux te le dire : elle attend la fin de la Guerre de Cent Mille Ans, que les riches et les puissants font aux pauvres afin de garder leur pouvoir, d’assurer leur domination, de couver leurs richesses, de perpétuer l’exploitation, etc.


Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est pas demain la veille, s’il faut attendre jusqu’au Matin du Grand Soir, surtout, qu’il y a les autres « civilisations », à l’est ou à l’ouest, on ne sait plus ; dans tous les cas, la colombe est perdue. Enfin, même si l’avenir nous échappe, on en saura plus quand on y sera. En attendant, tissons le linceul de ce vieux monde éwaré, égaré, perdu, confus, tordu et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



La civilisation de l’arrogance, la civilisation
du « monde est à moi »,

La civilisation du désespoir, la civilisation du "Et moi, et moi, et moi",

La civilisation à la peau blanche, la civilisation à la peau de couleur,

La civilisation du compte en banque, la civilisation de la peur,

La civilisation du terrorisme et de la main assassine,

La civilisation de la peine de mort, par la guillotine ou par la famine.


Au-dessus de la ville vole la blanche colombe,

Dans la ville, ne se pose pas la blanche colombe.


La civilisation de « Dieu le veut », la civilisation de la guerre sainte,

La civilisation de la violence, de la conscience éteinte,

La civilisation de l’oppression et du désespoir,

La civilisation de l’intolérance et de l’étouffoir,

La civilisation de l’étranger dangereux assassin,

La civilisation du supérieur à ses voisins.



Au-dessus de la ville vole la blanche colombe,

Dégoûtée, ne se pose pas la blanche colombe.


La civilisation de l’holocauste et l’extermination des
gens différents,

La civilisation d« On a gagné », quand on a toujours perdu, pauvre illusion,

La civilisation de l’or noir, belle bombe à retardement,

La civilisation de la poudre blanche, passeport pour l’aliénation

Et les nouvelles Babels s’effondrent au rythme de la danse

Des malentendus, des rancunes et de l’ignorance.


Au-dessus de la ville vole la blanche colombe,

Un jour, peut-être, se posera la blanche colombe.


Au-dessus de la ville vole la blanche colombe,

Un jour, peut-être, se posera la blanche colombe.

samedi 19 juin 2021

LA MARCHE DE GUSTAPO

 

LA MARCHE DE GUSTAPO


Version française – LA MARCHE DE GUSTAPO – Marco Valdo M.I. – 2021

d’après la version italienne de Stanislava d’une

Chanson tchèque – Pochod GustapaKarel Kryl – 1969




CHVEIK ET GUSTAPO

Illustration de Josef LADA






Le nom Gustapo est un croisement de mots (un mot-valise) : d’une part (comme on peut le deviner), il rappelle la Gestapo, d’autre part, le « u » fait vraisemblablement référence à Gustáv Husák, un fonctionnaire qui, en 1969, est devenu secrétaire général du Parti communiste tchécoslovaque, remplaçant Alexander Dubček à ce poste et marquant une rupture définitive avec les espoirs du Printemps de Prague. À partir de 1975, il est également président de la république jusqu’en décembre 1989, quelques jours après la révolution de velours.





Dialogue maïeutique


Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson tchèque, une chanson du même pays, de la même région du monde que celle où ont vécu l’Arlequin amoureux, personnage de Jiří Šotola, Joseph Chveik, personnage de Jarolav Hašek. Le premier, au temps de Napoléon – entre Marengo et Austerlitz, le second, cent ans plus tard – La Chanson de Chveik le soldat et pour cette chanson-ci, on ajoutera encore un demi-siècle. Et toujours, la Tchécoslovaquie vivait sous la protection amicale de grands frères alliés.


Oui, dit Lucien l’âne, je vois ça : une protection qu’elle n’avait pas demandée et qu’elle ne souhaitait pas vraiment.


Exactement, Lucien l’âne mon ami, même si certains des habitants et nombre de ses dirigeants s’en trouvaient fort bien. Car, il ne peut être passé sous silence qu’une part notable de la population et une grande part des élites collaboraient avec enthousiasme parfois au régime en place.


Oh, dit Lucien l’âne, c’est souvent le cas en de telles circonstances, quel que soit ce régime. J’ai pu le constater tout au travers des lieux et des âges que j’ai traversés.


Toutefois, reprend Marco Valdo M.I., tout au long de son histoire et de ses différents pouvoirs étrangers ou sous influence étrangère qui se sont succédé, une part importante de la population tchécoslovaque même si pacifique, elle dut se plier aux ukases, n’en était pas moins « dissidente » en pensée, de cœur et d’humour et comprenait fort bien ses écrivains, ses dramaturges, ses chanteurs et leurs paroles cryptées. Ainsi, cette chanson de Karel Kryl, qui dès 1969, c’est-à-dire quelque temps après l’invasion soviétique et des autres alliés, dut se réfugier en Allemagne, est nettement dirigée contre le régime, son dirigeant et leurs protecteurs.


Oui, certes, dit Lucien Lane, c’est même vrai, je le sais, pour toutes ses chansons, mais que signifie le titre de celle-ci ? Qui est ce Gustapo au nom si sinistre ?


Ah, Gustapo ! Ce nom si bizarre, dit Marco Valdo M.I., mérite en effet un brin d’explication, car il contient à lui seul tout le sens de la chanson. Comme il est dit plus haut, c’est ce qu’on appelle un mot-valise, un mot qui contient plusieurs mots et par conséquent, plusieurs idées. C’est la concrétion du prénom du Kollaborateur en chef, autrement dit le patron du parti au pouvoir, Gustav Husak et de celui de la sinistre police nazie qui s’activa dans le pays lorsqu’il était sous domination allemande : la Gestapo. Cette conjonction est intéressante, car elle suggère beaucoup de choses que je laisse au ressenti de chacun. En principal, elle assimile les deux régimes d’occupation et les désigne à l’opprobre du monde. Cela dit, pour en revenir à la connivence (à travers le temps) entre les auteurs tchèques, les périodes historiques et l’humour national, je t’invite à relire les deux chansons, tirées de Jaroslav Hašek et terriblement prémonitoires : Le Parti et Le programme du Parti, dont je retiens :


« Pour imposer le bien-être universel,
Le Parti crée une œuvre d’envergure,
La Vérité et le Parti ont la peau dure. »

(Le Parti) 

« Suivant la politique du moment.
Selon les circonstances ou les événements,
Avec intelligence, le Parti suivait le mouvement.
Jamais en arrière, toujours en avant. »

(Le Programme du Parti)


Oh, dit Lucien l’âne, il se révèle à nouveau que quel que soit le parti, son but est d’accéder au pouvoir et ensuite, d’y rester. C’est d’ailleurs ce que fit obstinément  Gustapo – jusqu’à ce qu’enfin, de chasseur, il se fit gibier et on le chassa définitivement – mais il fallut 20 ans. C’est toujours ainsi dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux gens sans prétention afin d’assurer leur domination, de renforcer leur pouvoir, de protéger leurs privilèges, etc. Oui, ces « gens sans prétention » sont ceux qu’évoque Tonton Georges dans La Mauvaise Réputation :


« Au village, sans prétention,
J’ai mauvaise réputation.
Que je me démène ou que je reste coi,
Je passe pour un je-ne-sais-quoi ! »


Enfin, on pourrait encore épiloguer longuement, cependant, il me faut conclure. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde sérieux, prétentieux, costumé, cravaté, amidonné et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane








L’obéissance au-dessus du cerveau et le credo au-dessus de la raison,

L’appartenance légitime vaut plus qu’un trou dans le pantalon,

Nous avons renié notre mère, et le frère a renié son père,

On tire sur certains, on casse une jambe aux autres.



Le diable nous
poussait et nous marchions comme des moutons ;

Tous conscients qu’en gibier serait transformé le chasseur,

Nous marchions et nous avions la patente de la raison,

Notre but brillait ; vous êtes contre ? Alors, vous êtes un imposteur.


Vous mettez le coton dans vos oreilles et sur vos yeux, la cécité,

Vous devenez un despote et votre fils au bourreau vous livrez ;

Puis à votre meilleur ami, vous tournez le dos.

Et s’ils les fusillent, une fois mort, vous en faites des héros.


Le diable vous pousse, vous marchez encore comme des moutons,

Désormais, le chasseur est gibier ; ce n’est pas une blague.

Son ami est un nain, et le credo est au-dessus de la raison.

En avant, toujours en avant, en avant, toujours en avant…

En avant ! Toujours en avant !

Et là-devant, ça pue le soufre.

lundi 14 juin 2021

Le Programme du Parti

Le Programme du Parti


Chanson française – Le Programme du Parti – Marco Valdo M.I. – 2021


Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.


Épisode 2


Jaroslav Hašek à la tribune (1911)



Dialogue maïeutique


Par nécessité et principe, dit Marco Valdo M.I., un parti en lutte pour le pouvoir a besoin d’un programme ; et même, de plusieurs. Il y a le programme général du Parti ; disons ce qu’on nomme ordinairement sa Déclaration de Principes ; pour faire court, il y a aussi le programme qu’il présente aux électeurs. La Déclaration de Principes est en quelque sorte sa Constitution et concerne principalement les membres du Parti. Le programme électoral vise un but plus direct et sert à convaincre les électeurs d’apporter leur voix aux candidats du Parti. Le programme électoral est un utile instrument de propagande ; il a des visées pratiques et de ce fait, il tient compte de la ligne du Parti, mais il l’adapte aux circonstances.


Je vois, dit Lucien l’âne, c’est assez contingent ; c’est le Parti qui confronte et ajuste ses idées au réel électoral. Mais à cet égard, que raconte la chanson ?


Eh bien, répond Marco Valdo M.I., tout d’abord, il faut savoir qu’elle suit avec fidélité ligne, quelque peu sinueuse, de la pensée de Jaroslav Hašek et s’en va ainsi au gré de son cheminement. Elle, la chanson commence au niveau de la moitié du monde en évoquant la guerre russo-japonaise – une guerre commencée ces années-là et qui rebondira jusqu’en 1945 aux confins de l’Eurasie et qui passera pour l’essentiel inaperçue de ce côté-ci du monde ; puis, elle focalise son attention sur la Bohême ; ensuite, elle s’intéresse à Prague pour en finir à l’Auberge du Litre d’Or, où elle présente de façon succincte le programme du Parti.


Bref, Marco Valdo M.I. mon ami, à la façon dont elles sont dessinées, on commence à entrevoir le dadaïsme de la démarche politique propre à Jaroslav Hašek, mais on en reste aux grandes lignes.


Évidemment, Lucien l’âne mon ami, mais comme je l’ai annoncé précédemment, l’histoire du P.P.M.L.L. (Parti pour un Progrès Modéré dans les Limites de la Loi) est assez complexe et on n’en viendra à bout qu’en parcourant tous les méandres de cette campagne électorale.


Eh bien, dit Lucien l’âne, on verra donc ça au fur et à mesure du déroulement des événements et des chansons qui les détailleront, dont je suppose que tu n’en connais pas encore le nombre.


Non, répond laconiquement Marco Valdo M.I.


Quant à nous, conclut Lucien l’âne, par le moment, tissons le linceul de ce vieux monde électoral, positif, affirmatif, démocratico-dictatorial et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



C’était la guerre entre la Russie et le Japon,

Devant la cathédrale, les Tchèques chantaient à l’unisson

« Debout les Slaves ! » et les Slaves se levèrent

Les écrasantes victoires russes en défaites se muèrent.

Comme la foudre, la pluie, la grêle du ciel

Un formidable élan intellectuel,

Un grand bond révolutionnaire,

Au même moment sur l’Europe déferlèrent.

En Bohême, les mineurs en grève retravaillèrent

Quand les patrons eurent baissé les salaires.


En Bohême, soufflait un vent universel

Une conscience confuse de démocratie.

Les journaux animaient la partie

D’importants propos solennels.

Le peuple tchèque ne manque pas de journalistes

La Démocratie tchèque portait sa parole,

La Parole tchèque était son école.

La Commune, propriété d’un anarchiste,

Et son concurrent Le Pauvre Hère,

Voulaient tous deux la liberté entière.


En ce temps-là, les jeunes poètes exaltés

Enlevaient les filles de boulanger

Et se livraient à des outrages envers Sa Majesté ;

Les mouches volaient bas dans les cafés ;

Un libraire distribuait des bibles aux clients

Et saintement, leur empruntait de l’argent ;

Une Église étrangère achetait les âmes catholiques ;

Les adventistes baptisaient les femmes nues dans les bains publics.

En Macédoine, éclatait la révolution ;

À Salonique, les insurgés faisaient sauter les ponts.


À l’auberge du Litre d’Or, à cette époque-là,

On créa un nouveau parti politique,

Le Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi.

Son programme était la synthèse idéologique

Des termes « modéré », « progrès », « limites » et « loi ».

Il se modulait de façon systématique

Suivant la politique du moment.

Selon les circonstances ou les événements,

Avec intelligence, le Parti suivait le mouvement.

Jamais en arrière, toujours en avant.