mardi 30 mars 2021

MESURE DE L’ÉTERNITÉ DES CHANSONS CONTRE LA GUERRE


MESURE DE L’ÉTERNITÉ

DES CHANSONS CONTRE LA GUERRE






Comme ce sont les Chansons contre la Guerre qui nous ont depuis environ treize ans alimentés en chansons « à traduire » et que, en quelque sorte en contrepartie, nous avons alimentées en versions françaises de notre cru ou en chansons françaises d’autres auteurs, auteurs-interprètes ou tout simplement, d’interprètes, il nous a paru utile et courtois de publier ce texte-anniversaire.


Un dernier mot : Les Chansons contre la Guerre cherchent « des gars et des filles qui connaissent au moins quinze langues et qui sont prêts à s’engager pleinement, pendant les dix-huit prochaines années, dans un travail difficile, fatigant, qui ne donne aucune gloire et qui ne rapporte pas un seul euro. » D’expérience, nous qui ne connaissons que la langue française (et encore de manière approximative), nous pouvons garantir que la seule exigence est de connaître sa propre langue – pour le reste, on se débrouille et avec le temps, on s’améliore.

Donc, si le cœur vous en dit…


Longue vie (éternelle, enfin tant qu’il y aura du linge à laver ou tant que durera La Guerre de Cent Mille Ans) aux Chansons contre la Guerre et à leurs créateurs, leurs promoteurs et leurs administrateurs.


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


LES CHANSONS CONTRE LA GUERRE MAJEURES !



Depuis le 20 mars dernier, c’est-à-dire du 20 mars 2021, « Canzoni Contro la Guerra / Antiwar Songs / Chansons Contre la Guerre » peut voter, obtenir un permis de conduire, aller dans les prisons ordinaires, contracter mariage, conclure librement des contrats et faire un testament : le site est devenu majeur. Il a dix-huit ans, en somme. Comme le dit la célèbre légende de la page d’accueil : « Canzoni Contro la Guerra est en ligne depuis le soir du 20 mars 2003, jour où ont commencé les bombardements étazuniens sur l’Irak ». Donc, si ce n’est pas vraiment un Millennial, c’est de peu ; sans compter, naturellement, que dix-huit ans, pour un site Internet, c’est pratiquement une éternité. Je ne sais pas combien d’autres sites dans le monde peuvent se targuer d’une telle longévité : nous n’avons jamais été hors ligne, il n’y a eu aucune interruption si ce n’est quelques brèves « pauses techniques » dues à des pannes de serveur.


Au cours de ces dix-huit années, nous avons inséré, commenté et traduit près de trente-quatre mille chansons, morceaux de musique, paroles en musique, musique sans paroles, bandes sonores de films, opéras, chansons anciennes et chansons écrites il y a deux heures, poèmes, œuvres des plus sérieuses et très tristes, chansons à pisser de rire, parodies et je ne sais même pas quoi encore. La “guerre” s’est dilatée à toutes les guerres et luttes possibles et imaginables de l’homme contre l’homme, les animaux et l’environnement ; il y a des pages qui ont fait le tour du monde, d’autres qui ont fait le tour d’Italie ou de France et d’autres qui n’ont même pas fait le tour de leur propre maison. L’auteur étant allergique aux “bilans”, qui lui donnent de mauvaises réactions semblables à l’urticaire, il est préférable de s’arrêter là. Non sans avoir toutefois rappelé qu’en dix-huit ans d’existence, CCG, ou AWS, s’est volontairement passé – et continuera à le faire – de deux choses : toute forme de publicité à l’intérieur, pas même une seule bannière, et des « médias sociaux » de merde. Nous appartenons à la préhistoire, c’est vrai, et nous resterons fièrement préhistoriques. Maîtres de rien et serviteurs de personne.


Au cours de ces dix-huit années, nous avons recueilli : des éloges dithyrambiques, des critiques féroces, des déclarations d’amour, des insultes, des sarcasmes, des discussions intéressantes, des discussions délirantes, des citations de livres, des menaces de violation du copyright, des tonnes de spam, des contributions d’auteurs et d’artistes, n’importe quoi. Il y avait même le fou furieux qui avait pris le livre d’or pour son journal intime (« Chers amis du livre d’or »…). Selon quelqu’un, le site est « esthétiquement laid » (ceux de Stormfront ou de Forza Nuova seraient très beaux, qui sait). Un administrateur s’est fiancé avec une administratrice. Des administrateurs et des collaborateurs sont partis, sont venus, sont repartis et, espérons-le, reviendront. D’autres collaborateurs nous ont quittés pour toujours. Une babel de langues et de dialectes contenant même la seule tentative au monde de restitution d’un texte en chinois ancien.


Chansons contre la guerre, contre le travail (son plus proche parent), contre tout et pour tout. Il y a “Extras” et il y a la « Marque de dégoût » (“Bollino Bleah”). Nous avons fait connaître des inconnus en insérant même des chansons écrites par un garçon grec de douze ans. Nous n’avons jamais tiré un centime de tout cela : nous sommes ainsi. Et pourtant, il semble que nous ayons, selon les sites spécialisés dans la monétisation, une valeur économique d’environ 190 000 dollars : gardez-les, ou plutôt, mettez-vous-les dans le cul.


Fondamentalement, « Canzoni Contro la Guerra » – CHANSONS CONTRE LA GUERRE est un site de mémoire et d’Histoire racontée à travers des chansons et de la musique ; de manière sûrement discontinue et avec des milliers de précisions, de corrections et d’intégrations dans ses milliers de pages, c’est ce que nous avons toujours essayé de faire et ce que nous continuerons à faire aussi longtemps que nous le pourrons. Un jour, quelqu’un – par la loi de la nature – partira dans le Vaste Rien, en espérant qu’auparavant, il ne soit pas devenu stupide. Si tout cela vous plaît un tant soit peu, nous recherchons des gars et des filles qui connaissent au moins quinze langues et qui sont prêts à s’engager pleinement, pendant les dix-huit prochaines années, dans un travail difficile, fatigant, qui ne donne aucune gloire et qui ne rapporte pas un seul euro. Merci et à bientôt. Pour l’instant, avançons, malgré le Covid. (Staff CCG)

dimanche 28 mars 2021

Dans les Wagons de Première Classe

Dans les Wagons de Première Classe



Chanson française – Dans les Wagons de Première ClasseHenri Tachan1965



DANS LES WAGONS DE PREMIÈRE CLASSE

Jean Edouard Vuillard - 1908



Dialogue maïeutique


Voici, commence Marco Valdo M.I., une illustration métropolitaine (adjectif qui veut dire de « grande ville » et qui comme nom désigne le Métropolitain – qui est le métro de Paris) de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres pour maintenir leur domination, défendre leurs privilèges, étendre le champ de leur pouvoir, accroître leurs prérogatives, augmenter leurs richesses et nourrir leur ambition.


Ah, dit Lucien l’âne, on en parle souvent de cette guerre, mais je n’avais jamais encore entendu évoquer une telle illustration. Je suis donc fort intéressé à connaître ce qui peut bien se cacher sous cette expression.


Tout simplement une chanson, évidemment, dit Marco Valdo M.I. ; et tout d’abord, un petit topo s’impose. Pour la clarté, je rappelle que la plupart des noms propres cités dans ce parcours subferroviaire sont des noms de stations de métro de Paris – j’ajoute entre parenthèses la date d’inauguration : de Lamarck (1912) à la Trinité (1910), de Notre-Dame de Lorette (1910) au Panthéon, du Père Lachaise (1903), de Sébasto (1904) à Montparnasse (1906). Donc, ce topo : depuis fort longtemps, les humains se regroupent et forment des agglomérations, lesquelles deviennent de plus en plus grandes et de plus en plus peuplées. On signale à présent des métropoles de plusieurs millions d’habitants et même, on dénombre quelques cités de plus de vingt millions d’habitants. C’est considérable et entraîne toutes sortes de conséquences. Ainsi, depuis longtemps, dans les conurbations atteintes de gigantisme se posent des problèmes de circulation et une des solutions pour éviter les embarras superficiels est de construire sous le sol ; c’est le métro, dont les premières lignes sont apparues à la fin du XIXe siècle.


Oui, oui, tout ça, je le sais, répond Lucien l’âne, mais ce que je ne vois toujours pas, c’est ce qu’il en est de la chanson.


J’y viens, Lucien l’âne mon ami. Ici, il s’agit du métro de Paris, dit le Métropolitain, lequel comporte deux classes destinées aux usagers – car à Paris, les clients du métro (qui est un organisme public – La Régie Autonome des transports parisiens, dit communément la RATP) ne sont pas des voyageurs, mais des usagers. On a donc pour tout le monde, pour le peuple, les wagons de deuxième classe, qui aux heures utiles sont la plupart du temps pleins à craquer, une foule s’y presse et pour ceux qui peuvent se le payer (censément les plus riches), une autre classe, plus chique…


Quoi, dit Lucien l’âne, même La Rousse et le Petit Robert disent que chic doit toujours rester invariable en genre.


Oui, je sais, Lucien l’âne mon ami, il serait plus chic de laisser chic invariable, mais ce serait terriblement snob de ne pas écrire chique comme de ne pas écrire une classe snobe – pourquoi, en effet, rejeter le féminin des mots ? Donc pour en revenir à cette autre classe plus chique, plus snobe, plus chère, on la dénomme la Ière Classe. Cette division sociale du métro est le cœur du sujet de la chanson ; c’est le thème moteur de son récit. Elle montre la division sociale, économique à laquelle sacrifie cet utile moyen de transport ; fort heureusement, on n’a pas (encore ?) créer cette distinction sur les trottoirs des villes.


Oh, dit Lucien l’âne, il n’est pas impossible qu’on le fasse, comme on pourrait étendre ce genre de mesure aux routes, aux places et même, aux files dans les commerces.


Ainsi, reprend Marco Valdo M.I., la chanson se fait l’écho du sentiment populaire vis-à-vis de cette discrimination métropolitaine. Cependant, et c’est sa particularité, au lieu de décrire la foule, la presse qui étouffe dans les wagons de deuxième classe, elle focalise sur le vide contrasté du wagon de Ière classe et décrit la clientèle qui s’y tient, à l’aise, dans son cocon, loin de la populace et des pinces-culs prolétariens. C’est un portrait au picrate de ces dames et messieurs de la bourgeoisie.


Ah oui, je vois, dit Lucien l’âne, je vois de quel genre de gens il s’agit ; de ceux qui prennent les autres de haut, même quand ils roulent en sous-sol. Enfin, voyons ça et reprenons notre longue tâche et tissons le linceul de ce vieux monde méprisant, ambitieux, arrogant, avide et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Isolés de la populace

Par un mur en duralumin,

Les privilégiés de première classe,

Sur le cuir, posent leur popotin ;


Tout constipés, derrière la glace,

Leur beau ticket vert à la main,

Pour quelques centimes de surtaxe,

Ils emmerdent le genre humain.


Dans les wagons de première classe

Du métropo-po-politain,

Il n’y a pas de cris, il n’y a pas de crasse,

Pas de pinces-culs prolétariens !


Il n’y a là, que des douairières,

Entre deux toasts, entre deux thés,

Qui, le dimanche, s’offrent une croisière,

De Lamarck à la Trinité.


Il n’y a là, que des rombières,

Talons pointus, envisonnées,

Cils en carton et cœur de pierre,

Et les tétons amidonnés.


Dans les wagons de première classe

Du métropo-po-politain,

Il n’y a pas de cris, il n’y a pas de crasse,

Pas de pinces-culs prolétariens !


Dans ces fourgons frigorifiques,

J’allais oublier ces Dupont,

Qui, comme titre honorifique,

Pour eux tout seuls, se payent un wagon !



D’autres reçoivent la rosette,

La croix des vaches au Panthéon :

C’est à Notre-Dame de Lorette,

Que vit le mérite de la nation !


Dans les wagons de première classe

Du métropo-po-politain,

Il n’y a pas de cris, il n’y a pas de crasse,

Pas de pinces-culs prolétariens !


C’est là qu’ils se défoulent un

Brin, un petit chouïa, un tantinet,

Qu’ils se prennent pour l’agent zéro-un

En Mercedes comme au ciné.


Leur rêve, c’est d’aller dans la glaise

En corbillard de première classe,

Un pied-à-terre au Père Lachaise

Plus grand que le dôme du Val de Grâce.


Dans les wagons de première classe

Du métropo-po-politain,

Il n’y a pas de cris, il n’y a pas de crasse,

Pas de pinces-culs prolétariens !


Oui, c’est ainsi que nous vivons,

Chacun de nous numéroté,

Depuis les rois et les wagons,

Jusqu’à la Sainte-Trinité.


Alors, Bon Dieu ! Ne me parlez

Plus de l’égalité des races,

Même le métro vous rit au nez,

De Sébasto à Montparnasse !


Dans les wagons de première classe

Du métropo-po-politain,

Il n’y a pas de cris, il n’y a pas de crasse,

Pas de pinces-culs prolétariens !

samedi 27 mars 2021

Le Rockfort

Le Rockfort

Chanson française – Le Rockfort – Marco Valdo M.I.- 2021

 

 

ROCKFORT

 

 Dialogue Maïeutique

 

Comme sans doute, tu as dû en entendre parler, il y a, Lucien l’âne mon ami, une pandémie qui traverse notre monde. Apparemment et c’est rassurant pour toi, les ânes ne sont pas touchés.


Oui, dit Lucien l’âne, j’en ai entendu des échos et depuis un bout de temps déjà, mais ça ne m’affolait pas, car j’en ai connu d’autres et des pires. J’ai même remarqué que les femmes et les hommes, et même certains enfants, se promènent masqués à présent. C’est un changement. Par ailleurs, j’ai entendu dire qu’un cheval avait été contaminé par son cavalier, mais c’est une histoire américaine. Alors, dis-moi, la chanson qu’est-ce qu’elle raconte ?


Ah, répond Marco Valdo M.I., la chanson raconte l’histoire d’un gars qui veut en imposer, qui se prend pour un dur – dur comme le roc, et qui, dans sa vie, joue le rôle d’un rockeur. En fait, c’est plus que ça : il se prend pour un rockeur et il essaye de faire croire aux autres qu’il l’est.


Oh, dit Lucien l’âne, des comme ça, il y en a des tas. On les voit déambuler en roulant des mécaniques, se déhanchant comme des bourriques.


Donc, tu vois de quoi on cause, Lucien l’âne mon ami, et il n’y a pas besoin de t’en dire plus. Tu vois très bien le genre de personnage que c’est. Mais depuis la lointaine époque des Teddy Boys, les choses ont un peu évolué et à la figuration de rue, il faut maintenant ajouter la pantomime sur les écrans, car c’est là que ça se passe ; c’est là aussi qu’on s’affirme, qu’on dit, qu’on fait savoir qu’on est un dur, qu’on a des idées (bien arrêtées – surtout, arrêtées), qu’on sait des secrets et qu’on ne s’en laisse pas conter. Tu sais comme ça se passe : on choisit un nom de bataille et on y va.


Oui, dit Lucien l’âne, je vois bien ça.


Alors, reprend Marco Valdo M.I., le gars – celui de la chanson, se fait appeler Rockfort : rock – fort, fort comme un roc. C’est balaise, non ?


Ça pose son homme, dit Lucien l’âne, et même, avec un nom pareil, on doit le sentir venir de loin.


Sûr que le roquefort, ça sent, d’accord, mon ami Lucien l’âne, mais il n’y avait pas pensé quand il a choisi son nom. Comme je l’ai dit, il se répand sur les réseaux et il joue son cinéma de dur. À force de comploter, de fustiger les étrangers, il se radicalise et de fil en aiguille, il s’achète une arme. Peut-être même, allait-il passer à l’acte et s’apprêtait-il à aller abattre quelques-uns de ses contemporains. Il en était là, mais seulement voilà, le virus l’a rattrapé, l’a infecté et a gâché tous ses projets. Pour la suite, il faut lire la chanson. Au fait quand même, il faut que je te dise que cette chanson m’a été inspirée par celle de Georges Brassens, intitulée « Corne d’Aurochs », dont elle a conservé quelques traces et par celle – pour la fin, de Boby Lapointe, intitulée « Bobo Léon » :


« On l’a mené à l’hôpital
Pour le soigner où il avait mal ;
Il s’était fait mal dans la rue,
Mais on l’a soigné autre part
Et il est mort ! »


Eh bien, dit Lucien l’âne, ce me semble d’ailleurs être le même personnage que Corne d’Aurochs, simplement, il est dans une autre époque et pour les funérailles nationales, il attendra. Concluons, et tissons le linceul de ce vieux monde dur, solide, lapidaire et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Fort comme le rock,

Fier comme un phoque,

Il rêve d’être Johnny,

Ce virus hante ses nuits.

Il le presse, il le talonne,

Et menace sa santé.

Il résiste, il fredonne,

Il chante, il commence à dégoiser,

Il déclare à tour de bras sans détour,

Nuit et jour, sans désemparer :

« Il n’y a que les idiots qui restent dans leur tour,

Moi, je n’ai pas peur, je sors nuit et jour ! »


Fort comme le rock,

Fier comme un phoque,

Seul dans sa chambre, il s’agite

Il diffuse sur les réseaux,

C’est tout son mérite,

Des bruits, des rumeurs de complots,

Il voit partout des ennemis,

Il porte toujours une arme sur lui,

Sur les écrans du monde entier,

Il dénonce les étrangers.

Il se dit solide comme le roc,

En songe, il poursuit l’auroch.


Les jours de confinement,

Il mange chez sa maman.

Il refuse d’être vacciné :

Les vaccins, c’est sûr,

C’est pour les demeurés.

Lui, il résiste, c’est un dur.

Il dénonce mille et mille scandales,

Il répand des histoires de cabales.

Il s’est fait membre d’une confrérie,

Il chasse les athées, les impies.

Il prophétise de grands lendemains,

Il s’invente de grands festins.


Et puis, un soir, il se sent mal :

Il ressent un mal pas normal,

Les symptômes d’une infection,

Il vibre comme un violon,

Il tousse comme une trompette,

Il résonne comme un tambour,

Il siffle comme une clarinette,

Il se tient la tête,

Il soupire, il expire, il s’affale.

À sa tête, à son souffle court,

À son air traqué, on court,

On l’emmène à la clinique locale.


On prend sa température,

On l’oxygène, on le triture.

On se dit, c’est la fin, il va passer.

À une infirmière masquée,

Son agonie est confiée,

Il refuse de se laisser soigner,

Car cette femme vient de l’étranger.

Au terme de ce parcours final,

Évidemment, il meurt, c’est fatal.

On garde de lui un souvenir bancal.

Il était beau comme un roc,

Il voulait marquer son époque.


Dur comme le roc,

Fier comme le phoque,

Il s’appelait Rockfort,

Et maintenant, il est mort.

mardi 23 mars 2021

RECHERCHE GÉNÉALOGIQUE

 

RECHERCHE GÉNÉALOGIQUE

Version française – RECHERCHE GÉNÉALOGIQUE – Marco Valdo M.I. – 2021

d’après la version italienne – Ricerca genealogica (Bärnhard Matter) – Riccardo Venturi – 2021

d’une chanson suisse alémanique en Bärndüüdsch (bernois) – Ahneforschig (dr Bärnhard Matter)Mani Matter [1972]



ARBRE DES AÏEUX CHINOIS




Sincèrement, je n’ai jamais eu le démon des recherches généalogiques, bien qu’ayant eu une certaine proximité avec un pays, l’Islande, où la généalogie est le sport national. Certes, parfois il m’est arrivé, pour m’occuper, quelque pensée, ou arrière-pensée, sur qui furent mes parents du passé, ce qu’ils ont fait dans leur vie, si quelqu’un aura été au moins un peu semblable à moi, et ainsi de suite ; mais rien de plus. Pourtant, à un moment donné, paf, l’arbre généalogique, tout à fait inopinément, est apparu pour de bon. Il y a trois ou quatre ans, à la maison sur l’île d’Elbe, mon frère a sorti d’un tiroir un grand dossier dont même lui ne savait rien, fait faire par on ne sait qui de ma famille et resté enfoui pour on ne sait combien de temps dans l’armoire de tante Clara.

Bien sûr, le généalogiste inconnu avait fait les choses sérieusement ; il y avait jusqu’au blason héraldique de la famille, consistant en un merle au bec jaune – et, en fait, ma lignée, dans le territoire de Campo nell'Elba est connue depuis des temps immémoriaux comme les “Becchigialli” (becs jaunes – écrit en un seul mot, et une tuile avec un merle au bec jaune se trouve encore à l’entrée de la maison). Je suis donc moi aussi un “Becchigiallo”, et je le dis parce que le singulier du terme a toujours été ainsi, et non pas “Beccogiallo” comme on pourrait le penser du point de vue de la grammaire. D’une ramille d’un rameau d’une branche ont même jailli mon nom et celui de mon frère, avec les dates de naissance y relatives ; en compagnie de dizaines et de centaines d’autres personnes, c’est-à-dire d’autres vies, dont peu nous étaient connues. À présent, il semble que le dossier soit conservé par une jeune cousine qui vit à proximité, là-bas à Marina di Campo ; comme la cousine porte un nom résolument royal (Elisabetta), je dirais qu’il est en de très bonnes mains.

Tous savent pourtant comment vont les choses avec les arbres généalogiques. Quand on remonte dans le temps, on découvre toujours, d’une façon ou d’une autre, que nous sommes tous comtes ou marquis, même si nous venons de siècles de culs terreux, et que nous descendons invariablement de Charlemagne. Ou de Jules César. Ou du roi Clovis, du roi Canute d’Angleterre, d’Énée, de la reine Elizabeth (ma cousine, c’est sûr). En ce qui me concerne, il me plairait vraiment de descendre du capitaine Ned Ludd, et je me promets de mieux feuilleter mon arbre généalogique la prochaine fois que j’irai à l’île d’Elbe.

Ce qui est certain, à un certain moment, le démon de la généalogie a dû aussi prendre l’avocat Hans Peter Jan Matter, dit “Mani”, qui, il y a une cinquantaine d’années – quand il ne savait pas encore qu’il périrait tragiquement peu après –, a commencé à faire une des plus typiques Ahnenforschungen de la tradition germanique pour « s’éclaircir un peu les idées" ; il n’est pas improbable que, se sentant un jeune homme un peu étrange, partagé en deux entre le droit et son renversement, il ait voulu voir si, dans sa lignée, il y avait eu quelqu’un qui s’était distingué dans un domaine quelconque, atteignant une certaine renommée. Il n’en a trouvé qu’un seul : un aïeul nommé Bernhard Matter, un arrière-grand-oncle ou quelque chose comme ça, originaire du canton d’Argovie (Aargau en allemand). Et pas du tout de Charlemagne : celui-ci était un voleur et un bandit, et il avait fini par atteindre la gloire en se faisant décapiter pour des crimes très graves, comme voler une poule ou deux dindes, une langue fumée et d’une dizaine de pièces d’or. De plus, comme il s’était échappé à plusieurs reprises de la prison où il avait parfois été incarcéré, finalement, le tribunal avait jugé bon de ne pas fermer les prisons (il ne manquerait plus que ça), mais de lui faire couper la tête.

Ainsi, évidemment frappé par le fait que, dans la lignée des Matter, l’unique à avoir atteint une certaine notoriété y était arrivé par cette voie pas vraiment recommandable, l’avocat Hans Peter Matter se transforma en « Mani Matter » et écrivit à ce sujet la chansonnette suivante, contenant à la fois l’histoire de son ancêtre mis à mort et certaines de ses considérations. La première de toutes, et cela fait un certain effet de l’entendre de la bouche d’un homme de loi qu’il était, celle des tribunaux, qui ne pensent pas à prendre des décisions comme la fermeture des prisons ; ils pensent, à la rigueur, à faire décapiter un pauvre voleur de poules et dérobeur de langues fumées avec son hobby des évasions, la moitié du canton d’Argovie venant assister à son exécution.

La deuxième considération est que personne ne doit se sentir en sécurité ; il est inutile de faire des histoires de « lignées brillantes », de travailleurs honnêtes, d’œuvres nobles et toutes ces sornettes ; il y a toujours quelqu’un qui a pu mal finir, et qui sait si le prochain ne sera pas vous. Le fameux « mouton noir », en somme. L’oncle inconnu dont vous ne saviez rien de rien, qui surgit à l’improviste et vous contraint à réfléchir un peu. Sûrement, à sa manière, Mani Matter y a réfléchi alors qu’il se préparait à devenir le second de sa lignée qui aurait atteint une certaine notoriété. En chantant même, lui homme de loi, son aïeul hors-la-loi, mais il faut dire qu’il a atteint la célébrité comme une sorte de hors-la-loi de la chanson. Et sur ce point, il y aurait beaucoup à méditer.

 Ainsi, sur la base de cette petite chanson, je me promets aussi à moi-même de rendre visite à ma cousine pour vérifier si dans ma lignée il y a eu un bandit, un galérien, un anarchiste poseur de bombe, un oncle guillotiné ou je ne sais qui. Je jure que je ne vais pas chercher Napoléon parmi mes ancêtres – même si, étant donné qu’il s’agit de l’île d’Elbe et que la Corse se trouve juste devant, il pourrait y avoir quelques motifs pour cela. Qui sait, si ne surgira pas, on ne sait jamais, l’oncle Bernardo, conduit à la potence en 1741 au milieu des tambours. Ou peut-être son cousin Nicola, un libertaire elbain, barbier de profession, qui a accompagné sur le vapeur d’Amérique un jeune homme de Coiano di Prato qui rentrait en Italie pour faire un petit travail au parc royal de Monza, le 29 juillet 1900. J’espère seulement, gloup, ne pas être comme M. Charles Dexter Ward de Providence, Rhode Island, qui découvrit parmi ses ancêtres un certain Joseph Curwen, dont il était entre autres le sosie… [RV].





Une fois, pour m’éclaircir un peu la tête,

J’ai parcouru mon arbre généalogique,

J’ai suivi toutes les pistes historiques,

Je me suis mis martel en tête,

J’ai exploré tout mon monde.

Jusqu’aux racines les plus profondes :

De mes aïeux, un seul a connu la célébrité :

Il a été décapité.


C’est le bandit Bernhard Matter,

Il venait d’Argovie, comme moi ;

S’il n’était mon arrière-grand-père,

C’était un arrière-grand-oncle, ma foi.

Il y a cent ans, il a écrit notre histoire ;

De notre famille, il a fait la gloire.

Je viens de le découvrir,

Et plus rien d’autre ne m’inspire.



Dans sa vie, il a volé

Tout ce qui lui tombait sous la main,

Et toujours, il prenait bien soin

De chercher ce qui était bien caché.

La nuit, il s’introduisait chez les gens

Pour voler des poulets et de l’argent,

Il emportait deux langues fumées et encore

Parfois, une dizaine de ducats d’or.


Trois ou quatre fois, ils l’ont attrapé,

Et le tribunal l’a jeté en prison,

Mais son séjour n’était jamais long,

Il a toujours trouvé le moyen de s’échapper.

Dame, ce régime au pain et à l’eau

Ne lui plaisait vraiment pas,

Il faisait tout au plus tôt

Pour se loger en un meilleur endroit.

 

Tout ça dut déplaire au tribunal

Qui le prit tellement mal,

Qu’à la fin, il décida formel

De faire couper la tête du criminel.

L’Argovie était venue, plus qu’à moitié,

Pour voir un sabre séparer

Mon ancêtre de sa toque,

Comme on coupe la pointe d’un œuf à la coque



Dès lors, je ne peux pas

Être certain de ce qu’il adviendra,

Tout peut m’arriver,

L’hérédité a son rôle à jouer.

Et si d’aventure, vous êtes certain

Que rien ne peut vous arriver,

Méfiez-vous du destin,

L’oncle dont on n’a jamais entendu parler

Peut se révéler soudain,

L’oncle revenant du passé.



L’oncle dont on n’a jamais entendu parler,

L’oncle revenant du passé.