LA NEF
DES FOUS ou LE BATEAU FOU
Version
française – LA NEF DES FOUS ou LE BATEAU FOU –
Marco Valdo M.I. – 2020
Chanson
allemande – Das
Narrenschiff – Reinhard
Mey – 1998
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NARRENSCHIFF
version
approximative selon Bosch
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Dialogue
Maïeutique
Mon
cher ami Lucien l’âne, tu as certainement entendu parler de cette
légendaire Nef des Fous, qui a surgi au milieu d’une Europe
ballottée
par les guerres de religion, car voici une chanson de Reinhard Mey
qui porte le titre de La Nef Des Fous dans sa forme originelle
allemande de Narrenschiff et aborde cette histoire à sa manière
qui est bien différente des deux versions
italiennes
que nous avons déjà rencontrées : celle d’Ivan della Mea
(1975) – La
nave dei folli et celle de Gianluca Lalli (2015), également
intitulée, La
nave dei folli. Très
différente d’abord par sa langue évidemment, je ne parle pas
seulement de la langue allemande, mais de la manière particulière
dont Reinhard Mey traite cette langue ; et puis, son titre qui
la rapproche directement du Narrenschiff d’origine et des
circonstances dans lesquelles l’original fut conçu, écrit et
publié lors du carnaval de Bâle de 1494.
Bien
sûr, dit Lucien l’âne, que j’en ai entendu parler et même,
souvent, et même depuis longtemps. Si j’ai bonne mémoire, en
effet, depuis au moins le Moyen Âge. Je voudrais te rassurer tout de
suite et te dire que je ne la confondrai pas avec l’arche biblique,
même si cette dernière est aussi, à bien des égards, un bateau
fou – ce qui est une autre traduction possible de Narrenschiff.
Tout comme on peut voir un
Narrenschiff, une nef de fous dans le bateau d’Ulysse qui s’en
alla lui aussi à la dérive. En fait, il me semble que toutes ces
histoires délirantes sont des récits imaginaires, sans doute
engendrés au cours de libations prolongées. Mais dis-moi, cette
chanson-ci
et sa nef des fous.
Donc,
Lucien l’âne mon ami, sur le thème général de la nef des fous,
en ayant parfaitement résumé et l’origine bacchique et les
excroissances populaires, tu as fait comprendre combien ce
Narrenschiff et tout ce qui tourne autour baignait dans le grand
magma imaginaire de l’humaine nation. Cette nef des fous – y
compris évidemment celle qui est portraiturée
dans le tableau de Hieronymus
Bosch – n’est rien d’autre que
l’humanité elle-même ballottée au fil des temps et qui dans le
meilleur des cas, tente de se donner un destin plus sûr.
Quand
elle y pense, dit Lucien l’âne en riant, mais elle ne pense pas
souvent ; la plupart du temps, elle croit et c’est là le
fondement de sa folie et de ses délires.
Certes,
répond Marco Valdo M.I., et ce n’est pas là son moindre défaut,
mais passons. Ainsi, il y a eu autrefois un livre
de Sebastian Brant
avec ce titre de « Das
Narrenschiff », en allemand, publié en 1494 par
l’éditeur Johann Bergmann d'Olpe et la chose a son importance –
durant le carnaval. Ce livre comporte 113 récits, cent treize
narragonies ou histoires du pays des histoires, toutes empreintes
d’une lourde morale peu encline à l’évolution, une dénonciation
satirique des travers de la société et des vivants. Mais quand
même, la nef avait pris la mer et depuis, elle n’a jamais vraiment
abordé ; elle poursuit son périple. Elle a eu beaucoup de
descendance et court encore les océans imaginaires.
Quid
dès lors de la chanson de Reinhard Mey ?, demande Lucien l’âne.
Eh
bien, dit Marco Valdo M.I., elle raconte comme on peut s’y attendre
l’histoire d’un bateau fou, d’un bateau où non seulement le
capitaine, mais tout l’équipage et les passagers sont soûls ou
fous, mais dans tous les cas, hors d’état de comprendre ou d’agir
face à la tempête qui s’amorce. Rien, ni personne ne pourra les
sauver du récif sur lequel l’ondin, qui n’est autre que le génie
des eaux, va les précipiter. C’est évidemment une parabole dont
je laisse à chacun le soin de la décrypter à sa manière.
L’écologiste y verra l’effondrement par la crise climatique, le
malthusien y verra l’humanité s’écraser sous son propre poids
démographique, etc. Je te laisse, par exemple, deviner ce qu’y
trouvera un évangéliste, un musulman ou un nationaliste. Une
dernière chose, sur le bateau, il n’y a pas de migrants. Eux sont
sur d’autres bateaux, même si en définitive, ils sont victimes de
la même folie qui, chacun son interprétation, mène les riches dans
la
Guerre de Cent Mille Ans qu’ils font aux pauvres par avidité,
arrogance, stupidité et peur.
Je
vois, dit Lucien l’âne. Je m’en vais la parcourir de mes deux
yeux et de mes deux oreilles avec beaucoup d’attention. Maintenant,
tissons le linceul de ce vieux monde fou, aussi fou qu’on peut
l’être, maniaque, brutal, irraisonné, déraisonnable et
cacochyme.
Heureusement !
Ainsi
Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Le
mercure baisse, des
signes annoncent la tempête,
Des
ricanements et des cris stupides
tombent de la
passerelle
Et
un grondement lourd sourd
de la machine.
Il
y a du tangage, il y a du roulis ; sur
la mer agitée,
L’orchestre
de la nef joue
une musique endiablée ;
Un
rire maniaque monte
des latrines.
La
cargaison est pourrie, les papiers sèment
le doute,
Les
pompes fuient et les cloisons se bloquent,
Les
écoutilles béent,
toutes les alarmes
sonnent.
La
mer frappe à
hauteur d’homme dans la soute
Et
les feux de Saint-Elme
coiffent les
mats,
Mais
personne à bord ne peut interpréter ça.
Le
timonier ment, le capitaine est n’est
plus en état
Et
le machiniste est
plongé dans une léthargie sourde,
L’équipage
n’est
plus qu’un
ramassis de gourdes,
Et
pour envoyer des
SOS, le radio
est trop las.
L’ondin
déchaîné mène la nef
Des
fous en avant toute sur le récif.
Tout
le monde fait le dos rond, reste passif.
À
l’horizon, brillent les signes des temps
Bassesse,
avidité et vanité.
Sur
le pont, les nigauds et
les gogos sont
agités.
dans
les eaux troublées,
le requin joue
des dents,
Emporte
sa prise au sec,
au-delà la barre
Sur
le banc de sable
de l’île au trésor
Les
souteneurs, les
trafiquants d’or,
Les
rois
des bordels, les patrons des bars,
Dans
la lumière vive, chacun attend.
Dans
cette république
bananière, où même le président
A
perdu sa montre et
n’a aucune honte
À
s’afficher avec
des voleurs
dans sa suite.
Le
timonier ment, le capitaine est n’est
plus en état
Et
le machiniste est
plongé dans une léthargie sourde,
L’équipage
n’est
plus qu’un
ramassis de gourdes,
Et
pour envoyer des SOS, le radio est trop las.
L’ondin
déchaîné mène la nef
Des
fous en avant toute sur le récif.
Tout
le monde fait le
dos rond, reste
passif.
Là,
tous les grands idéaux tombent
à plat,
Et
le grand rebelle pas fatigué se bat,
Servile
et venimeux, il se transforme en
gnome
Et
bêlant, chante au vieux méchant homme
de Rome
Ses
chansons ; précisément :
les temps changent.
Là,
les jeunes sauvages sont obéissants,
pieux et dociles,
Achetés,
anesthésiés et sans ailes,
Et
contre des griffes émoussées,
leurs pattes
échangent.
Là,
sur le pont, de
vieux vaniteux
font les beaux
Avec
des femmes trop jeunes pour leur peau ;
Elles
nettoient leur visage et leur masque
Et
réchauffent leur membre flasque.
Le
timonier ment, le capitaine est n’est
plus en état
Et
le machiniste est
plongé dans une léthargie sourde,
L’équipage
n’est
plus qu’un
ramassis de gourdes,
Et
pour envoyer des SOS, le radio est trop las.
L’ondin
déchaîné mène la nef
Des
fous en avant toute sur le récif.
Tout
le monde fait le dos rond, reste passif.
Ils
s’arment contre un ennemi,
depuis longtemps
là.
Déjà,
il a la main sur ta gorge, il se
trouve derrière toi.
À
l’abri de
la loi, il mélange les cartes en
trichant
Tout
le monde le voit,
tout le monde regarde ailleurs,
Et
le personnage louche sort
de sa torpeur
Et
deale
tranquillement devant
le jardin d’enfants.
Le
guetteur crie du
haut du mât :
fin des temps en
vue !
Mais
ils ne l’entendent pas, ils sont comme pétrifiés.
Ils
avancent comme
des lemmings en
hordes sans volonté.
C’est
comme s’ils savaient
tous la connaissance perdue
Ils
ont tous conspiré pour la ruine et la décadence ;
Le
feu follet est devenu leur ultime
référence.
Le
timonier ment, le capitaine est n’est
plus en état
Et
le machiniste est
plongé dans une léthargie sourde,
L’équipage
n’est
plus qu’un
ramassis de gourdes,
Et
pour envoyer des SOS, le radio est trop las.
L’ondin
déchaîné mène la nef
Des
fous en avant toute sur le récif.
Tout
le monde fait
le dos rond,
reste passif.