samedi 14 mars 2020

Promenade florentine


Promenade florentine


Chanson française – Promenade florentine – Marco Valdo M.I. – 2020








Après des jours d’arrêts domiciliaires, je n’en pouvais plus. Je me suis échappé pendant trois heures. Muni de protections, circonspect, seul et à un mètre de distance. Je suis allé faire un tour en ville, à Florence.

Florence n’a aucun privilège particulier par rapport aux autres villes et villages d’Italie et du monde. C’est l’un des quatre lieux où le destin m’a donné naissance, également celui de l’état-civil, dont je parle parfaitement la langue et où j’habite dans un quartier décentré. Je ne vais presque jamais au centre, et seulement par nécessité ; Florence reçoit six ou sept millions de visiteurs chaque année. C’est une ville ancienne et très belle, pleine de monuments historiques et artistiques, ce qui l’a transformée en un secteur économique basé sur le tourisme. Florence, de ces jours-ci, se meurt. Je suis allé la voir, morte.

Ou peut-être qu’elle était déjà morte avant. Morte du tourisme de masse, de lieux, de la pacotille, du luxe, de l’Airbnb. Peut-être, qui sait, je suis allé la voir renaître. Je me promenais seul, presque comme un voleur, et il n’y avait personne. Quelques fantômes. Un pharmacien. Une fille assise sur une marche, avec des cheveux bouclés. Le serveur d’un lieu qui faisait le ménage dans le lieu fermé. Une dame avec un petit chien. Et le silence, le plus total.
Étant un voleur, j’ai volé des images. Quel jour sommes-nous ? Vendredi 13 mars 2020, de 11 h à 13 h. C’est ainsi dans le pays entier. Silencieux comme j’étais allé, je suis revenu à ma prison domestique.

Autrefois, dans le Vicolo del Panico (Impasse de la Panique), il y avait le MAF, le Mouvement anarchiste florentin. Au-dessus du panneau routier, celui que vous pouvez voir sur la photo, il y avait un drapeau rouge et noir avec un A encerclé. C’était dans un palais du XIIIe siècle. En 2005, il a été évacué. Ils y ont fait des appartements de luxe. Puis, ils ont fermé l’allée avec une grille pour ne pas déranger ces messieurs. Et maintenant, qu’ils aillent se faire foutre avec leur grille. La panique se répand. Que ce soit dans votre impasse. [AT-XXI]


Dialogue Maïeutique


Ce 13 mars 2020, un vendredi 13, notez-le, dit Marco Valdo M.I., notre Athée du XXIe Siècle (c’est ainsi que je l’ai baptisé) a publié une symphonie photographico-poétique de son cru, qu’il a intitulée « Vicolo del Panico », pour la raison dite plus haut ; c’est la version française de ce texte qui sert d’introduction à ma Promenade florentine.

Bien, bien, dit Lucien l’âne, mais encore ?

Encore ?, répond Marco Valdo M.I., encore ceci que ce Vicolo del Panico est lui-même une promenade florentine et qu’il est composé d’une très remarquable série de photos, qu’il est vraiment intéressant de consulter. C’est une idée lumineuse et pour tout dire, photogénique. J’en étais resté paf ou comme on dit également, j’en étais resté comme deux ronds de flan. Du coup, je me suis dit, faisons cette promenade florentine et chemin faisant, j’y ai inclus quelques éléments rébusiques que je destinai in primis à l’Athée XXI, grand amateur d’énigmes et de notes explicatives.

Oh, dit Lucien l’âne, c’est là une autre idée intéressante et une manière d’intriguer et de distraire en ces temps où comme il semble que ce soit le cas en Italie comme ici, les gens cherchent de la distraction. Il paraît qu’en Italie, il y en a qui se mettent à leur balcon, mais il ne passe personne.

Évidemment, Lucien l’âne mon ami, qu’il ne passe personne, si tout le monde est à son balcon. Tiens à propos de rébus ou de citation ou d’allusion, cette histoire de balcon est un bon exemple. Comme nous le savons tous les deux, qu’il faut aller voir dans Le Pornographe de Tonton Georges. Juste dans ce verset :

« Chaque soir avant le dîner,
À mon balcon mettant le nez,
Je contemple les bonnes gens,
Dans le soleil couchant,
Mais ne me demandez pas de chanter ça, si
Vous redoutez d’entendre ici
Que j’aime à voir, de mon balcon
Passer les cons. »

Oh, Marco Valdo M.I., tu me mets l’eau à la bouche. Veux-tu bien m’indiquer quels passages de ta Promenade florentine recèlent d’aussi savoureuses allusions ?

Bref, c’est bon que c’est toi, Lucien l’âne mon ami, mais ça va être long et en plus, c’est biscornu. Avant tout, je tiens à signaler que j’ai francisé la désignation des lieux tels vicolo : impasse, via : rue, borgo : bourg, piazza : place. D’abord, le titre lui-même renvoie aux promenades napolitaines de Benedetto Croce, que ce philosophe avait écrites il y a un siècle. Ensuite, le premier vers renvoie à la chanson de Barbara « Ce Matin-là » (https://www.youtube.com/watch?v=K0gGcNLQoIo), qui commence ainsi :

« J’étais partie ce matin au bois… ».

Quant à être seul sur le Un sans les Huns, tu as évidemment reconnu Raymond Queneau et ses fleurs bleues et l’allusion à la disparition des touristes – les dits-Huns, dont on retrouve trace avec Attila, un peu plus loin dans la chanson. Le verset (oui, oui, ce sont des versets comme dans les livres sacrés) qui suit se réfère à « Lo avrai, camerata Kesselring » et celui qui commence par « Piazza San Marco enlevée » est tiré de « L’Insurrection de Florence », chanson elle-même reflet d’un texte de Piero Calamandrei. Tu sais aussi mon goût pour José Saramago, dont j’avais tiré ma chanson « Le Siège de Lisbonne », titre d’un de ses romans, et il m’a paru rigolo que l’Athée XXI évoque cette cécité, autre roman où il décrit l’aveuglement général de la société, digne de la Marche des Aveugles de Brueghel. Maintenant, je suis sûr que tu as repéré ces Lilas qui sont à la fois, une station du métro parisien et l’arbuste du printemps, qui bourgeonne dans les jardins. C’est aussi et ici, surtout, la chanson éponyme de Georges Brassens : Les Lilas, qui dit :

« Quand je vais chez la fleuriste,
Je n’achète que des lilas…
Pauvre amour, tiens bon la barre,
Le temps va passer par là,
Et le temps est un barbare
Dans le genre d’Attila. »

Au passage, je rappelle que la monnaie danoise est la « couronne » – en italien, « corona ». Cela dit, Tornebuoni Lucrezia, c’était aux alentours de 1450, était la mère de Laurent le Magnifique, une poétesse et fine politique, cela dit sans vouloir m’immiscer dans les affaires internes de l’histoire florentine. Je laisse de côté le sourire de Joconde du Pape et l’allusion à la fermeture des maisons closes et au retour des Belles Femmes dans les rues et au bord des routes, tous sujets qu’on pourrait développer à l’envi. Ce que faisait notamment Bocca di Rosa – Bouche de Rose ou La Complainte des Filles de Joie.

Ah, cette infinie paraphrase !, dit Lucien l’âne, c’est précisément là tout le sel de l’allusion.

Et puis, continue Marco Valdo M.I., le verset de la place ensoleillée est tiré de « L’Homme en Gris » qui renvoie à Carlo Levi et à la Resistenza à Florence vers 1944. Enfin, ce fantôme de l’Athée et le printemps qui suit :

« Le fantôme de l’Athée clame la nouvelle :
C’est le printemps, le printemps est là. »

font allusion à deux chansons : pour le fantôme à « Il camionista Ghost Rider » de Davide Van de Sfroos et le printemps à « C’est le Printemps » de Léo Ferré.

Tu sais, Marco Valdo M.I. mon ami, cette chanson me fait penser à La Ballade du Poète François Villon, version française de Ballade auf den Dichter François Villon de Wolf Biermann. Enfin, on sait un peu mieux ce qui se passe dans la tête de celui qui écrit des choses comme ça, mais halte, dit Lucien l’âne, pour cette fois, on en restera là. Tissons le linceul de ce vieux monde tourneboulé, coroné, fatigué, enfermé et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Je suis parti ce matin faire le tour
De Florence, en compagnie de l’Athée
Qui nous a égarés comme toujours
Dans les impasses de la journée.

Nous étions seuls sur le Un
En ville, il n’y avait plus de Huns.
Le Bourg Pinti était un couloir désert,
Un cycliste voguait sur l’Arc de Saint-Pierre.

Sur la place, sans marché, pas de meeting :
Il porte bien son nom, ce Bourg des Abymes ;
Sur la place Piero Calamandrei, ce fut sublime :
On chanta « Lo avrai, camerata Kesselring »

« Piazza San Marco enlevée,
Via San Caterina dépassée,
Contrattaque sur la place Donatello :
Le fascisme reculait, ce n’était pas trop tôt ! »

Sous la voûte des aveugles, on s’est arrêté
Pour expérimenter un essai sur la cécité
En hommage à José Saramago,
On a trouvé ça très rigolo.

En riant, on a lu les dispositions de 1733.
À l’impasse des Lilas,
La fleuriste n’était plus là,
Des lilas, il n’y en avait pas.

Pauvre ami, tenons bien la barre,
Le corona va passer par là
Et ce virus est un barbare
Dans le genre d’Attila.

Intrépides, nous avons affronté le Bargello,
On a traversé d’un bond le Mercato Nuovo,
Et caressé le nez du Porcellino comme Andersen
En pensant à Copenhague, à la couronne et à sa petite Sirène.

À l’heure du repas de midi,
Le bœuf florentin nous passa sous le nez ;
Le restaurant était légalement fermé.
L’humour livournais un instant nous divertit.

À la rue Tornabuoni, de Laurent le Magnifique,
On célébra la mère, une grande politique.
Puis, place de la République ;
Le Pape nous fit un sourire oblique.

Il nous indiqua la rue des Belles Femmes :
Toutes dehors, car les maisons sont fermées.
Reste un pigeon, une fontaine goutte abandonnée
Et Dante, aviné, guigne les dames.

« Sur la place ensoleillée,
Les enfants en pleine journée ;
Sous le soleil, la place déserte
Se fige sous l’alerte. »

Piazza Santa Maria Novella –
Place Sainte Marie Nouvelle,
Le fantôme de l’Athée clame la nouvelle :
C’est le printemps, le printemps est là.

La Guerre frappe à la porte


La Guerre frappe à la Porte

Chanson française – La Guerre frappe à la Porte – Marco Valdo M.I. – 2020

ARLEQUIN AMOUREUX – 45

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.





Dialogue Maïeutique

Comme tu l’avais remarqué depuis longtemps, Lucien l’âne mon ami, la chanson est chose poétique et souvent, énigmatique, elle s’exprime de façon cryptique. Elle joue sur la sensation de mystère, elle s’appuie sur le sentiment d’incertitude. On ne la comprend pas toujours immédiatement, mais toujours, on sent ce qu’elle veut dire. Ensuite, il y faut du temps et certaines répétitions.

Parfois, la chanson, vois-tu Marco Valdo M.I. mon ami, me fait penser à une ânesse qui se fait prier pour vous inviter à la danse du printemps.

C’est un peu ça, assurément, dit Marco Valdo M.I. ; c’est une demoiselle ou une dame qui aime prendre son temps, qui apprécie qu’on la regarde d’un œil ardent. Donc, la chanson est ainsi faite qu’il lui faut apprivoiser les gens.

Excellentes considérations, répond Lucien l’âne, un peu interloqué par la tournure de la conversation, mais – car il y a toujours un mais – mais que raconte cette chanson-ci au titre si ronflant ?

Avec les chansons précédentes : La Sainte Famille et La Résurrection, explique Marco Valdo M.I., on avait assisté à un spectacle à rebondissements.

Oh, dit Lucien l’âne, excuse-moi de t’interrompre, mais c’est toujours comme ça avec ces choses -là ; les gens sont tellement influençables.

Oui, reprend Marco Valdo M.I. en souriant, et même, fort crédules. Cependant, revenons aux faits. C’était le spectacle d’adieu de la petite troupe d’Andrea Sereno. Elle se donnait dans une caverne ou un lieu tout comme et elle s’achevait par la mort, la résurrection et la remort d’Arlequin.

Je me souviens, dit Lucien l’âne. La remort est inévitable dès lors qu’il y a résurrection.

Dès lors, on pourrait imaginer l’affaire classée, mais – car il y a toujours un mais – mais il n’en est rien, comme je m’en vas te le conter. Arlequin remort vient sur scène, silencieux et raidement étrange, Matthias pour qui aussi c’est la dernière représentation de son théâtre de marionnettes. Comme Matthias ne rajeunit pas, que ses cheveux sont partis presque tous on ne sait où, qu’il est vêtu à la va comme je te pousse, c’est une sorte de vieil épouvantail que le public distingue et comme tous les publics, il croit que c’est là une partie du spectacle, d’un spectacle censément comique, baroque, grotesque, il rit. Il rit de ce vieil homme qui fait ses adieux, planté sans rien dire au milieu de nulle part.

Ça me rappelle, dit Lucien l’âne, l’histoire tragique de ce clown au pied de l’échelle qui regarde avec un sourire béat de comédie la lune tout là-haut et finit sous les rires, par mourir à l’endroit où son cœur l’a lâché ; ou cet autre qui jouait du violon dans cette chanson si poignante de Gianni Esposito qui portait justement ce titre : « Le Clown », sans doute une des plus belles chansons françaises.

Oui, Lucien l’âne mon ami, c’est bien cette atmosphère ambiguë de rire trompeur et de pleurs pour de rire dont s’habille la chanson. Et tous finalement s’en vont, le clown n’a pas bougé et dans le fond, tout en haut dans le noir, un silhouette féérique se tint immobile comme une statue. Ainsi, on n’a plus que deux statues en une sorte de jeu de miroir : le Commandeur et la Commandeuse.

Mais quand même, Marco Valdo M.I. mon ami, on ne joue pas Don Juan.

Eh bien, répond Marco Valdo M.I., si ! Ça se pourrait, car souviens-toi de l’épisode en chanson : « Une Statue ne porte pas de Caleçon », tout comme « Les cadavres ne portent pas de costard », épisode où Sevastiano, alias Matthias, Andrea et consorts, était le Commandeur.

Oui, en effet, répond Lucien l’âne, c’était un moment fort dramatique, d’une comicité remarquable, un instant-clé de l’histoire du déserteur. Cela dit, quoi ensuite ? Qu’est-ce qui se passe entre ce Commandeur et cette Commandeuse ?

Lucien l’âne mon ami, ce sont les retrouvailles d’Arlecchino et d’Arlecchina, où Arlecchina va danser la danse du ventre, chose orientale, qu’elle fera voilée aux endroits cruciaux de son anatomie, comme il se doit. Le reste, la chanson te le dira, ainsi que la rumeur de la guerre qui se rappelle aux acteurs du monde.

En attendant d’en savoir plus, nous qui vivons, rions, rions et tissons le linceul de ce vieux monde solennel, en état d’urgence, en alerte, couronné et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Sur les planches, l’Arlequin de bois est mort,
L’Arlecchino de chair, heureusement, pas encore.
Sur la scène, mutique commandeur anonyme,
Matthias est venu, salut ! Dernière pantomime,

Sans geste, sans mot dire,
Et le public de sourire
Et les gens de rire du message
Du vieux clown si sage.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

L’assistance se disperse dans le noir.
Là-haut, tout là-haut, en haut du perchoir,
Une silhouette est assise, silencieuse :
Une femme, pas une gourgandine licencieuse.

Vous là-haut, approchez, ne restez pas là !
Qui êtes-vous ? Je ne vous vois pas.
C’est moi, Arlecchina, Arlecchino !
Alors, tu n’es pas fâché, Pollo ?

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Oh, dis-moi, Pollo, es-tu heureux ?
Avec mes gens de bois, on a joué un peu ;
Heureux, dis-tu ? Je ne sais pas.
Je suis, je suis, je suis moi.

Danse, Arlecchina, mon ombre !
Danse la danse des voiles sombres
Et cache bien ce qu’on ne voit pas.
À la porte, la guerre frappe encore une fois.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

jeudi 12 mars 2020

LES PETITS CHATS

LES PETITS CHATS


Version française du XXIe siècle – LES PETITS CHATS – Marco Valdo M.I. – 2020
Chanson française (beauceron) (début du XXe siècle) – Les p’tits chatsGaston Couté – 1928 (édition : La Chanson d’un gas qu’a mal tourné, E. Rey, 1928)

Chanson de Gaston Couté, interprète Jacques Lambour, Gérard Pierron e Bernard Meulien (1976), Vania Adrien Sens (1976), Claude Féron (1998), Christian Deschamps (2003).





La misère et ses victimes, femmes et enfants, enfants ou chatons… Et, de même, une autre misère, celle de l’hypocrisie anti-avortement.
Face à tous ceux qui « c’était mieux quand c’était pire »… Il y a quelques années, un vieil homme de mon pays m’a raconté comment, quand il était jeune, il était fréquent que certains nouveau-nés disparaissent… Il s’agissait principalement d’histoires de femmes et d’enfants nés hors mariage, souvent de viols consommés derrière des murs domestiques tranquilles… On disait aux mères que le bébé n’avait pas survécu à la naissance, mais elles savaient toutes qu’il avait fini comme un chaton…



Dialogue Maïeutique

Une chanson qui raconte une histoire de chats, et même, la terrible histoire de très nombreux chatons qui finissent leurs vies (chacun d’eux en a une) prématurément ; ici, dans un étang. C’est triste, c’est pénible, mais c’est vrai de tous temps – tant qu’il y aura des hommes. Ainsi, cette chanson au titre sympathique, et pur certains nettement attendrissant, est l’écho d’un monde terrifiant.

J’en ai l’idée, dit Lucien l’âne, tant je l’ai vu faire souvent. C’est une misère qui désespère, mais véritablement, qu’y faire ? Les animaux sont de l’humaine nation dépendants. Ainsi, j’ai oui dire qu’en Australie, ils tuent les lapins, les rats, les chiens, les chats, les kangourous par millions à la mitrailleuse ou pire encore.

En fait, Lucien l’âne mon ami, homme ou animal, en toute conscience, il faut considérer ceci que l’humanité estime qu’il lui revient de régner sur le monde (enfin, sur cette minuscule et insignifiante partie des mondes qu’est la Terre), qu’il lui incombe de réguler les populations.

Bien sûr, Marco Valdo M.I. mon ami, cela est exact et est certainement une bonne idée ; mais que ne le fait-elle en commençant par elle-même ?

Comme tu pourras le voir, Lucien l’âne mon ami, c’est un peu la conclusion de la chanson.

Oui, dit Lucien l’âne, que ne commence-t-elle par elle-même, cette humanité qui va prochainement – sauf revirement dans sa conscience, dans sa suffisance, dans son arrogance – mettre à mort tout le vivant. En attendant, les prévisions sont affolantes : demain, dix milliards ; après-demain : vingt ou cent milliards ?; jusqu’à l’ « Only stand up ! » – « Tous debout ! Y a plus de place ! »

Sans doute, demain, il n’y aura plus de place, dit Marco Valdo M.I. et il ne faut pas rêver à envoyer tout ce monde-là dans l’espace.

Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, certains disent parfois qu’une « bonne guerre » suffirait à régler ça.

C’est une illusion, Lucien l’âne mon ami, tu en conviendras. Même si une guerre mondiale (c’est un minimum !) ou une épidémie féroce et mondiale elle aussi (c’est le minimum minimorum) ou les deux ensemble tuaient – disons – cent millions d’humains en un an et ce systématiquement de façon récurrente, ça ne suffirait pas à tarir le flot – à supposer que la biosphère survive à pareil traitement. Quant à ramener l’humanité à la mesure raisonnable – disons – d’un milliard d’humains sur Terre, il faudrait procéder à un joli massacre ; sans compter que la question de pose de choisir les survivants. Mais qui pourrait y pourvoir ? Même le plus dément des Présidents (lequel?) n’oserait y songer.

Jusqu’à présent, dit Lucien l’âne, c’est apparemment hors de question. Mais allez savoir avec les Présidents qu’on élit ou avec ceux qui se hissent au pouvoir différemment.

Certes, dit Marco Valdo M.I., la chose est évidente et peut préoccuper certaines âmes sensibles.

Oh, dit Lucien l’âne, une telle préoccupation est fort marginale. De toute façon, les années passent, les Nérons s’effacent et les Empires (Reich, Impero…) millénaires s’en vont dans de lointains horizons.

Soit, dit Lucien l’âne, mais qu’en est-il des petits chats ?

La chanson, dit Marco Valdo M.I., te le dira qui se termine comme ça :

« Tu vois, l’étang est à deux pas.
Eh ! bien, sit
ôt que ton petit viendra,
Pauvre fille, envoie-le retrouver mes petits chats !… »

Finalement, dit Lucien l’âne, mourir, la belle affaire ! On ne meurt qu’une fois et en plus, on ne le sait pas. Et puis, mourir tous ensemble ou mourir un à la fois ? On meurt toujours tout seul et c’est rassurant, en fin de compte, on meurt tous. C’est pour les vivants que ce vieux monde est insupportablement dément. Alors, tissons le linceul de vieux monde fou furieux, méchant, imbécile et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Hier, la chatte grise dans un petit coin
D
e notre grenier, sur une botte de foin,
Avait amené trois petits chats ;
Co
mme je ne pouvais pas nourrir tout ça,
J
e les ai pris d’une main, d’un coup,
E
t leur attachai une grosse pierre au cou.

Puis, je m’en fus à l’étang ;
Une fois là, je les ai foutus dedans ;
Ça a fait : plouf !… L’eau a grouillé,
Et puis, plus rien !… Ils étaient noyés…
Et je suis reparti, chantant comme ça :
« C’est la pauvre chatte grise qui a perdu ses chats. »

En m’en allant, j’ai rencontré
Une fille en train de pleurer,
Toute peineuse et toute en haillons,
Et qui portait deux baluchons.
L’un en main ! c’était quelques habits ;
L’autre, c’était son ventre où était son petit !

Et je lui ai dit : « Fille, c’est pas tout ça ;
Quand t’auras ton drôle sur les bras,
Comment donc tu feras pour l’élever,
Toi qui as seulement pas de quoi bouffer ?
Et, quand même que tu l’élèverais,
En te saignant des quatre veines… et puis après ?

Enfant de peineuse, il serait peineux ;
Et quoi qu’il fasse, il serait des ceux
Qui sont contribuables et soldats…
Et, – par la tête ou par les bras
ou par… n’importe bien par où ! -
Il serait un outil de ceux qui ont des sous.

Et peut-être qu’un jour, lassé de subir
La vie et ses tristes fourbis,
Il s’en irait se jeter à l’eau,
Ou se foutrait une balle dans la peau,
Ou dans un bois il s’accrocherait,
Ou dans un cinquième, il s’asphyxierait.

Puisque tu peux l’empêcher de souffrir,
Ton pe
tit qui est tout prêt à venir,
Fill
e, pourquoi donc ne le ferais-tu pas ?
Tu v
ois, l’étang est à deux pas.
Eh ! bien, sit
ôt que ton petit viendra,
Pauvre fille, envoie-le retrouver mes petits chats !… »

mercredi 11 mars 2020

1600 – LA PESTE VOUS ATTRAPE

1600LA PESTE VOUS ATTRAPE


Version française – 1600 – LA PESTE VOUS ATTRAPE – Marco Valdo M.I. - 2020
Chanson italienne – 1600 Peste ti colga I Gufi – 1966







Dialogue Maïeutique

Comme depuis des semaines, Lucien l’âne mon ami, une épidémie, une pandémie ou en tout cas, quelque chose qui y ressemble, s’étend à travers le monde et parvenue à pied de la Chine ou presque, elle a atteint l’Italie et frappe particulièrement, la grande ville de Milan.

Oui, dit Lucien l’âne, j’ai entendu dire cette chose-là et du coup, je me suis souvenu qu’une affaire du même genre avait touché la même ville de Milan – certes plus petite à l’époque, il y a déjà pas mal de temps. Si je ne me trompe pas, cette fois-là, c’était il y a environ 400 ans. Je m’en rappelle comme si c’était hier. Les humains tombaient comme des mouches prises dans un nuage d’insecticide ou d’insectes aux prises avec un banc de chauves-souris et on avait voulu me réquisitionner pour porter les cadavres, mais je m’étais enfui dans les campagnes. Comme à mon habitude, j’avais repris mon chemin d’âne errant, fuyant comme la peste les pestiférés, les moines ointeurs, ces détrousseurs de cadavres et leurs enterrements, j’allai voir ailleurs comment se portait le monde.

Donc, ainsi, Lucien l’âne mon ami, tu connais de façon directe ce qu’il en fut de la fameuse épidémie de peste noire de 1600. Cependant, comme tu le sais aussi, ce ne fut pas la seule et elle ne se manifesta pas que dans le Milanais ; elle aussi courut le monde ; peut-être même, à ta poursuite.

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, tu ne penses pas si bien dire ; elle courait aux trousses de tout le monde et je la sentais qui aiguillonnait mes fesses. Ce n’est pas pour me vanter, comme bien tu penses, j’en avais une frousse bleue. Il y avait de quoi, note. La Fontaine en dit : « Ils n’en mourraient pas tous, mais tous étaient frappés ».

Donc, reprend Marco Valdo M.I., pour en revenir à la chanson, elle retrouve toute son actualité aujourd’hui à raconter l’histoire de la peste de 1600 à Milan. Ce qui est curieux, c’est que ce n’est pas une interprétation d’une chanson d’époque qu’on aurait exhumée aujourd’hui, ni d’ailleurs, une chanson imaginée aujourd’hui autour de ce pestilent événement ; pas du tout !

Pas du tout ?, dit Lucien l’âne. Mais alors, d’où sort-elle ?

En fait, c’est une chanson qui fut écrite et chantée en 1966 par des hiboux. Enfin, par le groupe milanais (quand même !) des Gufi (en français les Gufi sont des Hiboux – h aspiré, on ne fait pas la liaison, ce qui veut juste dire qu’on ne dit pas des Ziboux). Pour ta gouverne, ces hiboux avaient constitué un groupe du genre des Quatre Barbus ou des Frères Jacques ; bref, un chœur d’hommes (Mannerchor) de cabaret ou de music-hall et crois-moi, ce n’était pas de la chanson sinistre. L’humour et l’ironie y avaient leur place et elle était considérable. Ainsi, en est-il de cette histoire de peste et d’épidémie.

Et cette distanciation est bienvenue, dit Lucien l’âne. Comme Desproges, je pense qu’on peut et même qu’on doit rire de tout. En plus, ça soulage et ça aide à affronter l’horreur dont on s’amuse. Ceux qui ne comprennent pas ça sont des humains bâtés, butés et probablement, si on les laisse faire, bottés.

Je disais une chanson des Hiboux, continue Marco Valdo M.I., et qui se présente sous la forme d’une pièce de théâtre, malheureusement inachevée. Il me faut pourtant confessé que j’y ai apporté une petite modification qui lui donne une tout autre saveur. Dans la version italienne, cette chanson s’en prenait à la loi Merlin, une loi italienne qui avait fermé les maisons (déjà) closes et renvoyé toutes ces dames dans la rue et la clandestinité. Cette fois, j’ai voulu viser spécifiquement « corona » et j’ai donc conclu :

« Puis, ordre du podestà, hors des murs, la peste resta
Et n’est jamais revenue jusqu’à ce virus corona. »

Pour le reste, voir la chanson.

Oui, tu as raison, Marco Valdo M.I. mon ami, de toujours renvoyer au texte. C’est plus correct vis-à-vis de la chanson. Quant à nous, tissons maintenant le linceul de ce vieux monde malade de la corona, ahanant, suant, souffrant, mourant et cacochyme.

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


1600, La peste vous attrape, d’après un ancien manuscrit trouvé à Milan.

Les personnages :
Don Rodrigo, un Espagnol passionné ;
Don Alvarez, le frère de Don Rodrigo ;
Don Ramirez, père de Don Alvarez et de Don Rodrigo ;
Don Fernandez, frère de Don Ramirez et oncle de Don Alvarez, et de Don Rodrigo ;
Don Rodriguez, qui n’est pas apparenté à Don Ramirez, Don Alvarez et Don Rodrigo ;
Un médecin ;
Le Podesta ;
Un mari, une femme mourante ;
Chiquita, des Espagnols, des pestiférés, des moines.


Premier acte

Olé olé olé olé olé olé olé olé­
C’était le XVIIe siècle et en Italie, l’Espagne s’abattait
Avec ses empesteurs du grand folklore de Madridolé olé olé !
La soldatesque tsigane buvait et mangeait
Et se répandait le long de la botte.
Rodrigo avait amené Chiquita, une bête,
Un petit microbe, mais un trésor pour Rodrigo
C’était un fléau si infidèle à son maître
Que à la première petite dame, il abandonna Rodrigo,

Quand elle fut empestée, elle courut chez son frère,
Quand il fut empesté, il courut chez son père.
Peu à peu, la peste se répandit dans les quartiers
Provoquant l’infestation de la ville entière.

Femmes et hommes, enfants et jeunes mariées amoureuses
Se décomposaient en plaies puantes et brutales.
Les gens couraient dans les rues sinueuses
Implorer du docteur public, une médication radicale.

Puis, sur ordre du Podestà, on a construit hors les murs,
Pour recueillir les pestiférés, une clausure,
De gros moines la gardaient.
On l’appela le lazaret

Ces grands hommes brutaux versaient des chariots
Entiers de pestiférés dans la fosse commune
(olé olé olé olé)
Ils récupéraient les meilleurs morceaux
(olé olé olé olé)
Et la peste s’installa dans le jeune.
À l’intérieur du lazaret, la peste empestait radieuse
Et s’étendait ainsi en une rougeur calamiteuse.
Alors, du fond, un petit air monta,
Sur sa femme mourante, un mari chanta :

La peste et les cornes sont de toute éternité
Si tu ne meurs pas bientôt, tu le sauras.
À toi les cornes et la peste à moi
Ô, quelle belle fête, olé pestiféré !

Alors, courons, sautons, dansons et rions.
Pour la postérité, d’héroïques pestiférés, nous serons.
Don Rodrigo en furie sexuelle
A résolu un problème d’état civil.

Puis, ordre du podestà, hors des murs, la peste resta
Et n’est jamais revenue jusqu’à ce virus corona.

Le deuxième acte ne peut pas être joué, car les protagonistes sont en quarantaine.