mardi 19 novembre 2019

Ad Militiam


Ad Militiam


Chanson française – Ad Militiam – Marco Valdo M.I. – 2015

ARLEQUIN AMOUREUX – 22

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.





Dialogue Maïeutique

Comme à présent, Lucien l’âne mon ami, nul ne peut l’ignorer encore, Matthias, Arlequin, Arlecchino est enfin rentré chez lui.

Certes, dit Lucien l’âne, je ne peux l’ignorer ; c’est impossible, depuis le temps que tu racontes cette histoire.

Justement, dit Marco Valdo M.I., c’est là que je veux en venir. Car, imagine-toi que cette chanson soit isolée, toute seule au milieu du monde des chansons : qu’il n’y en ait pas avant, qu’il n’y en ait plus après. Mais qu’il n’y en ait plus après, n’a pas grande importance pour le raisonnement, du moins à ce stade.

À l’envisager ainsi toute seule, répond Lucien l’âne, elle serait dans le même cas que n’importe quelle autre chanson ou presque – excepté évidemment celles qui s’insèrent ou qui sont insérées dans des cycles longs.

De fait, Lucien l’âne mon ami, celle-ci est la 22ième de l’Arlequin amoureux, une errance longue, contée en un cycle long, mais nécessaire. Car en connaissant les précédentes, on peut reconstituer toute une histoire. Ce qui m’amène à deux idées – au moins. La première, c’est que de se trouver dans un cycle ne change rien à l’affaire, car il y a quand même toujours un « avant ».

Sans compter, interrompt Lucien l’âne, qu’il y a toujours un « autour » et comme tu l’as déjà souligné, un « après » qui n’est d’ailleurs ni nécessaire, ni certain.

Avant, autour, après, c’est le monde tel qu’il se présente toujours, reprend Marco Valdo M.I. et la chanson mise en cycle fait ressortir la consistance des personnages et des événements qu’elle relate et ressentir la pesanteur du temps et de la durée ; elle ouvre tout grand le regard sur la complexité. Elle élargit et précise le champ de vision ; elle révèle tout un circuit labyrinthique, digne d’Ariane et de Thésée. Elle permet à la chanson de tenir la distance du récit, elle s’étale alors comme peut le faire le roman, elle multiplie les épisodes et elle diversifie les points de vue sur ce qu’elle raconte. Elle résout de cette manière la grande difficulté à laquelle elle était confrontée depuis le début de l’industrie phonographique, qui imposait des limites fort strictes. Dans ce sens, la chanson se compose de toutes les chansons du cycle ; c’est une seule et même chanson. Elle se développe comme le fait le bouquet de robiniers.

Très bien, dit Lucien l’âne, j’aime beaucoup les robiniers ; ils ont de belles fleurs. Mais que raconte donc cette chanson ?

Commençons, Mon ami l’âne Lucien, par éclaircir le sens du titre : « ad militiam ». C’est une expression latine qui se traduit par « à la milice » ; c’est-à-dire « à l’armée » ; il faut immédiatement préciser ce sens, car le « miles », c’est le « soldat » et donc, un « militaire » et pas un « milicien », lequel cache un civil peut-être trop guerrier. La chose est claire dans la chanson : « la nouvelle loi – Qui incorpore ad militiam comme soldat ». Ensuite, pour restituer cette anecdote dans l’histoire considérable de l’Arlequin Matthias, c’est une période d’entre-deux où se préparent les événements futurs et où mûrit le destin. On y voit Barbora, la fille superfétative, résidu du premier mariage de sa mère et qui est échue au couple Lukas-Rosalie ; une jeune fille de dix-sept ans délaissée, méprisée par ses « parents » ; qui va se rapprocher insensiblement de Matthias et s’y accrocher tant qu’elle peut. On y voit aussi Arlequin se méfier du destin et tenter de prendre les devants en s’inventant un nouveau masque : le sieur Vojtěch Périnet, montreur de marionnettes et en sollicitant ainsi l’autorisation d’être artiste ambulant. Là aussi, la porte claque à son nez. Pour le reste, suite au prochain épisode.

Évidemment, répond Lucien l’âne, suite au prochain épisode ; je n’en attendais pas moins après un tel préambule. Cependant, ne t’inquiète pas, j’ai perçu ton clin d’œil à Prévert et la chanson Barbara. Dans le fond, Arlequin-Arlecchino aurait sans doute pu s’écrier : « Oh Barbora, quelle connerie la guerre ! », ce serait d’ailleurs assez dans le ton du personnage. Ce pourrait être une de ses antiennes. Allons, tissons le linceul de ce vieux monde ingrat, décevant, méprisant, militaire, guerrier et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Ce matin, Matthias tarde à s’éveiller.
Les souris dansent sur la pointe des pieds ;
Sur la clôture perché, un coq s’égosille,
Le soleil timide entame une séguedille,

Le coq lance son clairon, c’est la paix.
La chasse aux déserteurs s’étiole et se défait.
Dans les villages, quelle fête, quel dimanche,
Pour l’éclosion des fleurs blanches !

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Bientôt, nous en serons au temps des cerises.
Barbora son chiffon noué au-dessus de sa chemise
Rejoint Matthias avec à l’épaule deux râteaux
Pour faire les foins derrière les boqueteaux.

Elle apporte l’eau et le pain. Tu as faim ?
Oh Barbora, tu n’as pas mangé ce matin.
En deux, Matthias brise et partage son quignon
Alors, Barbora pleure en lorgnant l’horizon.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Partir, demain, après-demain ? Il faut s’y préparer.
Arlequin le sait, il a écrit à Prague pour solliciter,
Sous le nom crypté de Vojtěch Périnet, le droit d’animer
Ses petites personnes devant les gens des petites localités.

Malheur, le Périnet ignore la nouvelle loi
Qui incorpore ad militiam comme soldat
Les saltimbanques, les jongleurs et les marionnettistes ;
Ainsi se referme la vie itinérante du dangereux artiste.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.


dimanche 17 novembre 2019

Grand-père


Grand-père
 Chanson française – Grand-père – Georges Brassens – 1957



Enterrement de pauvre

Makovski – 1872





Dialogue Maïeutique

Figure-toi, Lucien l’âne mon ami, que j’ai la foutue manie de l’exhaustivité, au moins relative et un foutu penchant à compléter les collections.

Je sais, Marco Valdo M.I., tu es un Encyclopédiste, un descendant zélé de Diderot et de ses Lumières.

Alors, quand il s’agit, Lucien l’âne mon ami, de chansons et d’auteurs de qualité et à mon goût, je ne peux me retenir d’une certaine tendresse et d’essayer d’en glisser une de plus dans les oreilles anonymes.

Cette fois, Marco Valdo M.I. mon ami, il me semble que comme le sage tu tournes autour du tombeau et que ça cache quelque chose de bien intéressant. Sans doute, une nouvelle chanson. Je suis au comble de la curiosité, je ne tiens plus, dis-moi, dis-moi laquelle.

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, je m’en vais à l’instant te satisfaire et t’annoncer ce Grand-père qu’on avait jusqu’ici un peu délaissé. Soit, je l’admets volontiers, c’est le désir de bien des grands-pères d’être abandonné dans un coin de la pièce, seul avec la télé. Pas tous, heureusement, comme on va le voir. C’est aussi le leur d’être enterrés et quand il est aimé et les descendants pas trop méprisants à son égard, le grand-père peut être mené au trou final « comme un empereur », ce qu souligne la chanson :
« Grand-père aurait été content
D’aller à sa dernière demeure
Comme un empereur. »

Oh, dit Lucien l’âne, question collection de chansons de Brassens, on pourrait voir ce qui précède l’arrivée de l’étape et entendre le triste sort qui fut réservé à « L’Ancêtre ». D’ailleurs, la mort est une personne ou une circonstance fort prisée chez Tonton Georges. De mémoire d’âne, comme disait la Comtesse, je relève qu’il y a, à vue de nez d’ânes, qui ont le nez long : Mourir pour des Idées, Les Funérailles d’Antan, Le vieux Léon, Oncle Archibald, Pauvre Martin, Le Fossoyeur, La Ballade des Cimetières, Le Testament, Supplique pour être enterré à la Plage de Sète et probablement, d’autres encore.

De fait, Lucien l’âne mon ami, tu as mis ton doigt d’ongulé sur une énorme faille. Comment, on aurait droit à Mourir pour des Idées, Les Funérailles d’Antan, Oncle Archibald, Pauvre Martin, Le Testament, Supplique pour être enterré à la Plage de Sète et pas aux autres chansons qui confrontent la mort ? Je pense qu’il faudra un jour y remédier. Pour en venir au fait, j’avais écrit précédemment en présentant Les Funérailles :
« Et puis, une fois mort, il y en a qui se rengorgent, qui se font porter en terre ou en feu comme des divinités égarées, fiers de leur importance (dès lors passée), rodomontades et compagnie, pleurs, fleurs, couronnes, discours, cortèges Bref, pompes funèbres à tout-va. Évidemment, la chose coûte et cher encore bien. C’est là un des aspects de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres – même déjà morts. Même morts, ils veulent parader, ils veulent imposer. La chose est folle, mais c’est la chose. »
Et c’est bien un épisode de cette facette sourde de la guerre sempiternelle que les riches et les puissants font aux pauvres jusqu’au-delà de la vie qu’il s’agit ici. Cette histoire de ce Grand-Père bien aimé et supporté par ses enfants voit surgir et s’élever vaillamment une résistance funéraire.

Oh, dit Lucien l’âne, il faut porte la résistance jusque-là. Il n’y a pas de raison d’abandonner et de laisser tomber Bon Papa, même si on se fout complètement de ce qu’on fera de nous après notre mort.

Bref, que raconte la chanson ?, reprend Marco Valdo M.I. Tout simplement le combat des enfants pour enterrer Bon Papa. Je partage avec toi ce peu de goût pour les cérémonies, les cérémonials, les rites et toutes ces sortes de choses. D’ailleurs, en ce qui me concerne, je finirai en engrais pour les roses trémières du jardin des oliviers, où me tiendront compagnie – vivants ou morts, car on les enterre là – mes chats, dont le brave Jésus et son ami Makhno ; ce qui fait de ce jardin un vrai zoo posthume. Mais au temps de la chanson de Tonton Georges, l’enterrement du Grand-père était une obligation, une sorte de rite social très codifié et tenu en mains par la florissante industrie des Pompes Funèbres. On le voit dans la chanson où comme il n’y a pas de petit profit à perdre, à tous les stades de cette délicate opération, les enfants de Grand-père vont rencontrer la même exigence mercantile :

« Comme on était légers d’argent,
Le marchand nous reçut à bras fermés.
« Chez l’épicier, pas d’argent, pas d’épices,
Chez la belle Suzon, pas d’argent, pas de cuisse…
Les morts de basse condition,
C’est pas de ma juridiction. »

Mais, Ora e sempre : Resistenza !, les descendants ne vont pas s’en laisser conter et marquer d’un coup de botte (au demeurent,c elles héritées du Grand-père)bien placé leur réprobation. Recevront donc successivement un coup de pied au cul : le vendeur de cercueil – on trouve un cercueil de réemploi ; le croque-mort – on se passe de corbillard en portant à l’épaule le cercueil ; le vicaire – la chose n’est pas précisée, mais à l’évidence, on se passe des services religieux.

De toute façon, dit Lucien l’âne, ces services religieux sont parfaitement inutiles. Pour les autres, c’est la question du prix et de l’exploitation cupide de la circonstance qui pose problème.

Il faut souligner, reprend Marco Valdo M.I., combien la mort est socialement marquée et de la même manière que la vie. En fait, on peut affirmer que la mort est le pur prolongement de la vie, son dernier stade et après, point final, sauf à édifier des tombeaux, évoquer des fantômes et organiser des cérémonies. Ce sont là des préoccupations que peuvent se permettre les riches. Mais pour les pauvres, c’est une autre affaire. Les pauvres, on ne les entend pas mourir, on ne sait même pas qu’ils sont morts ; ils ne bénéficient ni d’annonces nécrologiques, ni de funérailles pompeuses. C’est à peine s’ils peuvent payer la note, considérée par les notaires comme une dépense prioritaire.

Peut-être, dit Lucien l’âne, ça lui fait une belle jambe au mort. Finalement, il faut quand même évacuer le cadavre et de préférence, avant qu’il n’empeste tout le voisinage ; c’est le service minimum ; ô pas dans l’intérêt du mort, mais pour des raisons d’hygiène publique. Cela dit, mort, on n’a pas besoin de tous ces tralalas ; ce qui importe vraiment, c’est d’aimer et d’être aimé vivant, foi d’âne. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde ritualiste, rituelliste, superstitieux, manipulateur, exploiteur, cupide et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Grand-père suivait en chantant
La route qui mène à cent ans.
La mort lui fit, au coin d’un bois,
Le coup du père François.
Il avait donné de son vivant
Tant de bonheur à ses enfants
Qu’on fit, pour lui en savoir gré,
Tout pour l’enterrer.
Et l’on courut à toutes jam-
-Bes quérir une bière, mais…
Comme on était légers d’argent,
Le marchand nous reçut à bras fermés.
« Chez l’épicier, pas d’argent, pas d’épices,
Chez la belle Suzon, pas d’argent, pas de cuisse…
Les morts de basse condition,
C’est pas de ma juridiction. »
Or, j’avais hérité de grand-père
Une paire de bottes pointues.
S’il y a des coups de pied quelque part qui se perdent,
Celui-là toucha son but.
C’est depuis ce temps-là que le bon apôtre,
C’est depuis ce temps-là que le bon apôtre,
Ah ! c’est pas joli…
Ah ! c’est pas poli…
A une fesse qui dit merde à l’autre.
Bon papa,
Ne t’en fais pas,
Nous en viendrons
À bout de tous ces empêcheurs d’enterrer en rond.

Le mieux à faire et le plus court,
Pour que l’enterrement suivît son cours,
Fut de borner nos prétentions
À une bière d’occasion.
Contre un pot de miel, on acquit
Les quatre planches d’un mort qui
Rêvait d’offrir quelques douceurs
À une âme sœur.
Et l’on courut à toutes jam-
-Bes quérir un corbillard, mais…
Comme on était légers d’argent,
Le marchand nous reçut à bras fermés.
« Chez l’épicier, pas d’argent, pas d’épices,
Chez la belle Suzon, pas d’argent, pas de cuisse…
Les morts de basse condition,
C’est pas de ma juridiction. »
Ma botte partit, mais je me refuse
De dire vers quel endroit,
Ça rendrait les dames confuses
Et je n’en ai pas le droit.
C’est depuis ce temps-là que le bon apôtre,
C’est depuis ce temps-là que le bon apôtre,
Ah ! c’est pas joli…
Ah ! c’est pas poli…
A une fesse qui dit merde à l’autre.
Bon papa,
Ne t’en fais pas,
Nous en viendrons
À bout de tous ces empêcheurs d’enterrer en rond.

Le mieux à faire et le plus court,
Pour que l’enterrement suivît son cours,
Fut de porter sur notre dos
Le funèbre fardeau.
S’il eût pu revivre un instant,
Grand-père aurait été content
D’aller à sa dernière demeure
Comme un empereur.
Et l’on courut à toutes jam-
-Bes quérir un goupillon, mais…
Comme on était légers d’argent,
Le marchand nous reçut à bras fermés.
« Chez l’épicier, pas d’argent, pas d’épices,
Chez la belle Suzon, pas d’argent, pas de cuisse…
Les morts de basse condition,
C’est pas de ma juridiction. »
Avant même que le vicaire
Ait pu lâcher un cri,
Je lui bottai le cul au nom du Père,
Du Fils et du Saint-Esprit.
C’est depuis ce temps-là que le bon apôtre,
C’est depuis ce temps-là que le bon apôtre,
Ah ! c’est pas joli…
Ah ! c’est pas poli…
A une fesse qui dit merde à l’autre.
Bon papa,
Ne t’en fais pas,
Nous en viendrons
À bout de tous ces empêcheurs d’enterrer en rond,
À bout de tous ces empêcheurs d’enterrer en rond.

vendredi 15 novembre 2019

L’ARGENT

L’ARGENT



Version française – L’ARGENT – Marco Valdo M.I. – 2019
Chanson anglaise – The Money Song – Monty Python (Eric Idle) – 1969
Paroliers : Terry Jones / John Gould / Michael Edward Palin







Dialogue Maïeutique




On se souviendra évidemment, Lucien l’âne mon ami, que Le Veau d’Or est toujours debout , air fantasmatique d’un opéra français du dix-neuvième siècle, avait déjà fait cette apologie par la voix d’un infantile Méphistophélès.


Oh oui, répond Lucien l’âne, je me souviens très bien de ce morceau de bravoure de Charles Gounod.


C’est fort bien, dit Marco Valdo, car il est toujours d’actualité. Aujourd’hui encore,


« Le Veau d’Or est toujours debout !
On encense
Sa puissance,
D’un bout du monde à l’autre bout ! »


autant ou même plus encore, si la chose est possible, qu’à l’époque. Il n’est que de voir la ronde des riches et des puissants se contorsionnant et se glorifiant à qui mieux mieux de leurs richesses sans jamais se soucier un instant des immenses misères qui les composent ; en fait, ils ne songent qu’à les faire accroître : leurs richesses et les misères qui en sont le soubassement. C’est un ensemble autarcique.


Oh oui, dit Lucien l’âne, j’ai toujours connu ce monde ainsi, s’intoxiquant, atteint de cette maladie dégénérative. Plus il s’enrichit, plus s’appauvrit, plus il s’enfonce dans sa misère. C’est un des effets et des moteurs de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres afin d’assurer leur domination, d’étendre leur pouvoir, de renforcer leurs privilèges, de nourrir leur ambition, de gonfler leur orgueil et de multiplier leurs richesses. Mais au fait, dis-moi, quelle est donc la chanson que tu nous proposes ?


Eh bien, Lucien l’âne mon ami, d’abord, je précise que je propose à la fois une chanson anglaise et en même temps, sa version française, que je viens d’établir. Alors,en anglais, elle s’intitule « The Money Song », littéralement « La chanson de l’Argent », mais j’ai intitulé la version française tout simplement : « L’ARGENT ». J’ai préféré cette manière un peu policée et conforme à une façon plus grossière qui eût été : « Le Pognon », même si dans la tête de ces gens-là, c’est cette dernière expression qui surnage. Cette chanson n’est pas née de la dernière pluie ; plutôt de l’avant-dernière, car elle a déjà une cinquantaine d’années ; un demi-siècle, en quelque sorte et quand je t’aurai dit qu’elle est l’œuvre des Monty Python, tu comprendras qu’elle doit être assez corrosive et elle l’est. Avant d’en finir, je préfère souligner que la version française, tout en étant assez fidèle à l’originale, ne suit aps exactement le même ordre dans ses vers. Tout y est, mais dans le désordre. Cela dit, sur le fond de l’affaire, le jeune financier ou cadre, ingénieur ou consultant en proie au délire monomaniaque de l’argent court toujours les rues, les salons, les entreprises, les sociétés, les drinks, les lunches, les barbecues et las mais pas lisse, les terrains de golf. On le croise partout – souvent en compagnie de ses ancêtres bedonnants et ventrus – à la seule condition d’être soi-même plongé – bon gré, mal gré, contre son gré – un tant soit peu dans la mêlée.


Ah oui, dit Lucien l’âne, je vois de quoi et de qui il s’agit. Je les rencontre tous les jours sur les chemins, sur les trottoirs, dans les couloirs, un peu partout, affairés, bien serrés dans leur costume, plastronnant au volant de leur auto. Ce sont des gens peu fréquentables. Comme tu le dis, ils ne pensent, ils ne parlent, ils ne vivent que par et pour l’argent. Sans jamais s’apercevoir que l’argent est strictement sans intérêt et surtout, stérilise toute forme de vie. Finalement, on ne peut pas grand-chose pour ces surhommes, pour ces malheureux. En fait, personne – excepté eux-mêmes – ne peut leur ouvrir l’esprit et leur donner la force d’échapper à cette idiote addiction. Pour autant, tissons, pour notre bonheur, l linceul de ce vieux monde triste, veule, imbu, crétin, pathétique et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



J’ai un tas d’aimables lires.
J’ai 40 000 francs français dans mon secrétaire.
J’ai 90 000 livres dans ma cuisine.
Maintenant, le deutschemark est plus cher.
Et mes dollars pourraient acheter le pont de Brooklyn
Il n’y a… rien d’aussi merveilleux que l’argent !
Certains disent que c’est folie, mais je préfère le comptant.
Avec de l’argent, vous pouvez vous développer !
Il n’y a rien de plus merveilleux que l’argent !
Il n’y a rien de mieux qu’une livre qu’on peut palper !
Il n’y a rien de plus beau que l’argent liquide !
Tout le monde doit rêver à la puissance d’un banquier.
C’est la comptabilité qui fait tourner le monde !
Vous pouvez garder vos manières marxistes, car ce n’est qu’une ronde :
L’argent, l’argent, l’argent fait tourner le monde !

L’argent ! L’argent ! L’argent ! L’argent ! L’argent ! L’argent ! L’argent ! L’argent ! L’argent !

mercredi 13 novembre 2019

La Renonciation


La Renonciation


Chanson française – La Renonciation – Marco Valdo M.I. – 2015

ARLEQUIN AMOUREUX – 21

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

Uniformes
Régiment Colloredo 1806


Dialogue Maïeutique 


Pour finir, demande Lucien l’âne, où en est-on avec cet Arlequin déserteur ?

Aux dernières nouvelles, dit Marco Valdo M.I., il était rentré chez lui, c’est-à-dire à la maison familiale, qu’il avait quittée des années plus tôt, il y a certainement plus de onze ans ; probablement selon mes calculs, treize ans. C’était une petite maison, une de ces petites fermes couverte d’un toit de chaume, un lieu d’une grande pauvreté, là-bas quelque part en Bohème.

Si je me souviens bien, Marco Valdo M.I. mon ami, et n’hésite pas à me corriger si je me trompe, Matthias avait découvert à son retour que sa sœur aînée Katerina était morte et son mari l’avait précédée et que Lukas, leur frère cadet, nanti d’une forte veuve fiancée, occupait les lieux en entier propriétaire. Et si j’ai bien compris la situation, il y avait là un conflit en préparation et la tension était telle que le revenant, cédant à l’humeur ambiante, avait envisagé un instant de repartir le soir-même. Il y avait eu une conversation entre les deux frères et une sorte d’accord était intervenu, renvoyant le nouveau départ de Matthias au printemps. On en était là dans une sorte d’armistice ou de trêve, mais il n’y avait, semble-t-il, rien de certain. Bref, je ne sais plus trop où en est toute cette histoire du retour du soldat-déserteur.

Et là, Lucien l’âne mon ami, tu as mis le doigt sur le point le plus douloureux de cette fraternelle affaire. Soit Matthias est revenu, mais la question se pose en termes plus rudes. Il y a une guerre qui s’installe, car du point de vue des occupants, qui s’y sentent à demeure, Matthias est un gêneur ; on le croyait mort, tous comptes soldés en quelque sorte, et le voilà revenu. Et somme toute, à bien y regarder et conformément au droit, Matthias l’aîné a des droits sur les biens familiaux. Certes, il a déclaré qu’il s’en irait avant l’été, mais est-ce si certain ? Pour finir, on n’a jamais que sa parole, des mots et pas de témoins, autant dire rien. Car, cela est possible, entretemps, il pourrait toujours changer d’avis ; on ne sait jamais. Cependant, les paroles s’envolent, les écrits restent. Partant de là, il importe que Matthias mette par écrit son intention, sa renonciation.

On imagine aisément, dit Lucien l’âne, tous ces conciliabules entre Lukas et Rosalie, sa puissante dulcinée. J’en perçois jusqu’au bout des tous mes ongles toute la mesquine cupidité. Pourtant, il faut être lucides : qu’auraient pu ambitionner d’autres ces gens auxquels le destin avait fait un cadeau si empoisonné ? Donc, je suppose que Matthias, Arlequin subtil et peu enclin à s’ancrer en terre de Bohême à portée des recruteurs de son ex-régiment de Colloredo, va leur signer ce foutu papier et sur cela, je lui donne par avance mon absolution.

Absolution d’âne est absolution absolue, mais absolution asinesque ou pas, reprend Marco Valdo M.I., Matthias signe la renonciation.

« Moi, Matĕj Kŭre, fils de Josef, mon père,
Renonce à tout en faveur de Lukas, mon frère. »

Sans me faire l’avocat du Diable, je te ferai remarquer, dit Lucien l’âne, que cette renonciation, tout écrite qu’elle est, n’a qu’une valeur très relative et peut être contestée par le signataire, lequel peut toujours faire valoir qu’il a changé d’avis ou que les conditions ne sont plus réunies, qu’on l’a trompé et ainsi de suite. Je t’accorde pourtant qu’il s’agit là d’une sorte d’acte de trêve.

Je vois, Lucien l’âne mon ami, que tu sens très bien les nuances de cette situation difficile et de cet accord précaire. D’ailleurs, nostalgie, retour à l’enfance, rêve d’amoureux, Matthias balance encore : un peu, beaucoup, plus du tout et puis, on recommence. Toute cette méditation, tout ce monologue est une part du dialogue secret que mène Arlecchino depuis longtemps avec Arlecchina. L’affaire est complexe, car il faut remarquer que la personnalité de notre héros est composite : si Matthias, Matĕj Kŭre, fils de Josef, est lié à ce lieu familial, Arlequin, Arlecchino, Luigi, Sevastiano, quant à lui, n’a pas d’attache terrestre, pas de lieu.
En somme, Marco Valdo M.I. mon ami, Arlequin n’est pas Matthias, même s’il partage avec lui (et d’autres comme on a vu) le même corps et le même cerveau. Ce qui ne saurait nous surprendre, nous qui sommes trois en un. Suffit, on n’est pas là pour théoriser ces épais brouillards théologico-psychologiques. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde fumeux, propriétaire, cupide et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Un homme averti en vaut deux !
Pollo, ne va pas t’enraciner ici
Entre les poules et les œufs,
À mener à paître les vaches, à tâter leur pis !

Lukas, mon propre frère,
Soupire sans cesse et espère.
Je sais ce qu’il attend,
Que je reparte, tout bonnement.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Moi, je ne bougerai plus d’ici, Arlecchina !
Dans la soupente, Matthias restera.
Mais Lukas, le bien aimé, veut sa maison
Et Rosalie sa douce veuve fiancée tient le bâton,

Moi, Matĕj Kŭre, fils de Josef, mon père,
Renonce à tout en faveur de Lukas, mon frère.
Papier signé, dans le coffret caché,
Matthias gêne, Matthias ne peut rester.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Sur le banc façonné du matin
D’une planche d’épicéa et de deux rondins,
Bouder le village, se tenir loin des gens,
C’est prudent, mais pas suffisant.

Matteo Pulcino soupire rêveur :
« Arlecchina, il est divin ce petit bonheur. »
« Le bonheur ? Ô tu me tentes, mon cœur.
Mais vois-tu, Pollo, tu es déserteur. »

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

mardi 12 novembre 2019

DEUTSCHLAND 1945

DEUTSCHLAND 1945



Version française – DEUTSCHLAND 1945 – [11-11-2019] – Ucronia / Uchronie – Marco Valdo M.I. – 2019
Chanson italienne – Deutschland 1945 – [11-11-2019] – Ucronia / Uchronie – Anonimo Toscano del XXI secolo – 2019







Dialogue Maïeutique

Regarde-moi ça une fois, Lucien l’âne mon ami, quelle magnifique satire, notre ami l’Anonyme du Siècle…

Mais, s’écrie Lucien l’âne, y en a-t-il eu d’autres à d’autres siècles ? Je ne le pense pas ; alors, il est inutile de préciser davantage. De toute façon, on le connaît cet anonyme, qui dit-on, réside présentement en Toscane.

En effet, Lucien l’âne mon ami, mais reprenons. Quelle magnifique satire, l’Anonyme du Siècle vient de nous présenter à propos de la division de la Germanie, qu’il trouve tout à fait nécessaire. Certes, son propos est ironique, mais il n’est pas sans fondement : selon lui, tout tient à la fin de la dernière grande guerre que le Pays des Deutschen unifié et expansionniste avait faite – avec ses alliés, dont l’Italie – aux gens des pays d’Europe et d’ailleurs ; et à la fin du Mur de Berlin qui avait réuni les morceaux de l’Allemagne disjoints suite à la guerre sus-dite.

Oh, dit Lucien l’âne, ce n’est ni à moi, ni plus encore à toi qu’il faut expliquer tout ça, puisqu’il t’a pris la fantaisie d’écrire des Histoires d’Allemagne qui racontent tout le siècle écoulé, vu en quelque sorte de l’intérieur, vu la plupart du temps par des yeux allemands. C’était un point de vue particulier et pour l’étranger, inattendu et souvent, rassurant. En gros : non, tous les Allemands n’étaient des fanatiques des Reichs successifs ; non, tous les Allemands ne rêvaient de massacrer tous les Juifs ; non, tous les Allemands ne croyaient pas à l’Empire millénaire ; non, tous les Allemands ne voulaient pas la guerre ; non, tous les Allemands n’étaient pas nazis. Je renverrai à deux de ces chansons qui parlent elles aussi de cette division : « D’Est et d’Ouest » et « Ni d’Est, ni d’Ouest, nazis ! ». La première disait notamment à propos de 1945 :
«D’Est et d’Ouest, l’ouragan est arrivé ;
Tout s’est écroulé, tout a flambé.
Lugubre année mil neuf cent quarante-cinq :
Dieu n’était plus avec nous, Dieu nous avait lâchés.
Remember, aucun n’a pu oublier
Mil neuf cent quarante-cinq. »

Tu fais bien, Lucien l’âne mon ami, de rappeler ces chansons-là qui rappelle précisément ça ; pour un peu, on l’oublierait. Cependant, revenons à cette longue diatribe de l’Anonyme et à l’idée éclatante qu’il y développe tel une Pénélope en attente du retour d’Ulysse, je veux dire ainsi, inlassablement.

Hoho, dit Lucien l’âne, et quelle peut bien être cette idée stupéfiante ?

Eh bien, reprend Marco Valdo M.I., notre Anonyme suggère une retour à la Germanie, autrement dit l’idée d’une division de l’Allemagne en 87 micro-États, comme elle le fut aux temps où elle n’avait pas encore son masque d’ogre et ses bottes de sept lieues. Une Allemagne où les Allemands étaient tout aussi querelleurs et massacreurs, mais entre eux. C’était excellent pour sa réputation et surtout, pour tous ses voisins. D’un autre côté, ce serait une bonne idée d’étendre ce système de décomposition aristo-démocratique à l’ensemble des pays d’Europe. Ce serait la réalisation de ce fantôme qui hante nos contrées : l’Europe des régions. Au-delà de ça, il y a toujours intérêt à démanteler les Empires et à tout le moins, d’atténuer le poids, les effets et les interventions du pouvoir central sur les habitants. Il s’agit de réduire à des dimensions maîtrisables la taille des régions ; je veux dire aussi ramener les États nations à la dimension de ce qu’un habitant peut sentir à sa mesure d’homme ; où en quelque sorte, il peut se sentir vivre, où il peut se comprendre comme une unité signifiante.

Arrête-toi là, Marco Valdo M.I., sinon tu vas nous asséner une conférence et ce n’est pas le lieu. Cela dit, tissons le linceul de ce vieux monde belliqueux, envahisseur, centralisateur, titanesque costume mal coupé et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Paraleient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Bonjour. Je vous raconte
Le 25 septembre 1945,
Oui, de 1945 !
Quelle année incroyable !
Formidable !
Improcrastinable !


La guerre est finie
Sur Terre
Avec quelques bombes à fission
Sur les arrières
Du Japon,
Et de la Germanie.


La Germanie,
Quelle belle terre !,
Avec la Poméranie,
La Rhénanie,
La Campanie
(non, euh, la dernière n’a rien à y faire).


Ne vous avisez pas
De diviser en deux parties
La Germanie !
La Germanie
En fait, dès minuit, sera
Divisée en quatre-vingt-sept États
(Une sage et clairvoyante décision
Qui très strictement respectera
L’Histoire et la Tradition).


Des microétats :
Margraviats,
Principautés,
Grand-Duchés,
Comtés,
Marquisats.
(Je me demande quel sera
Le nom des micro-monarchies ?
Royalties ?)


Et heureusement
Tout a été remis droit
à Yalta !
Non, dis-je, jusqu’au dernier instant
Ils voulaient se la partager à quatre
Et en deux la diviser.
La logique aurait aimé
De la diviser aussi en quatre !
Non, en quatre,
C’est seulement pour Berlin.
Quel machin !


Mais en dernière minute un secret accord
A discrètement restauré encore
La vieille, chère, bien-aimée Germanie
En respectant son Histoire et sa Kultur,
En respectant son écriture en Fraktur,
Sa grande science, son audacieuse philosophie,
Sa somme linguistique, ses forts médiévaux,
Sa guerre de Trente Ans, et tous ses maux :
Ses révoltes paysannes et son grain de folie
Martin Luther et les autres piétés
Je veux dire, en résumé :


Des microétats :
Margraviats,
Principautés,
Grand-Duchés,
Comtés,
Marquisats.
(Pour tous les goûts évidemment
Et pour tous les Allemands).

Saxe-Gotha-Cobourg,
Anhalt-Beckenbauer-Mecklembourg,
Weltanschauung -Vorpommern,
Ostpommern-Hanswurst-Hohenzollern,
Vogelweide-Von Braun-Adenauer,
Sankt Pauli -Rummenigge-Honecker,
(Pour tous les goûts évidemment
Et pour tous les Allemands).
Un margraviat constitutionnel démocrate,
Un Grand-Duché communiste orthodoxe,
Un marquisat libéral socialiste,
Un comité insurrectionnel anarchiste,
Deux ou trois comtés verts écologistes,
Une principauté princière avant-gardiste
Où on chanterait la Wacht am Rhein
À l’intérieur du château de Neuschwanstein.
Et, dans des circonstances si historiques,
Aussi une Räterepublik
Avec Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg
Et pourquoi pas, pour toujours,
En Thuringe, un quatrième Reich de 22,6 kilomètres carrés
Tout aryen, tout blanc, où envoyer
Les excités au bras levé.


Équipes nationales de football : quatre-vingt-sept ;
Champions du monde quatre étoiles : quatre-vingt-sept ;
Goethe, poète national : quatre-vingt-sept ;
Chants des Nibelungen : quatre-vingt-sept ;
Paires de rouflaquettes de Bismarck : quatre-vingt-sept ;
Marks allemands : quatre-vingt-sept ;
Bundesligues : quatre-vingt-sept ;
Sage prévoyance des puissances qui ont gagné.
Je me dis et je me redis : comment a-t-on pu imaginer
En deux, la Germanie diviser
Et à quatre, Berlin se partager ?


À compter du 25 septembre 1945, sur l’heure,
Berlin sera divisée en secteurs
De sorte que si quelqu’un a à cœur
De dire "Ich bin ein Berliner", lui aussi,
Il finira divisé en quatre-vingt-sept Kennedy.
Ou si un autre, piqué par une autre mouche,
Veut embrasser Leonid Brežnev sur la bouche,
Il lui adviendra d’embrasser dès le matin
Les quatre-vingt-sept membres du Soviet suprême de Berlin
Avec la langue et sans les mains.


Pour les ducs de Baader-Meinhof, un duché
Pour les Comtes Wallenstein, un comté
Et, il y aura quatre-vingt-huit unités,
Si le Liechtenstein est également compté.


Qu’on ne parle plus de réunification, saperlipopette
Et surtout qu’on ne parle pas d’opérettes !
Il y a un problème avec les opérettes ?
Sauf si vous préférez le doktor Goebbels en jupette,
Ou Braccobaldur Von Schirach
Au lieu de Franz Lehár et d’Offenbach
(Et si d’aventure, c’était le cas, voyez-vous,
Il y a ce petit Quatrième Reich rien que pour vous,
Vingt-deux virgule six kilomètres carrés, en tout).


À nouveau pourra alors s’épanouir la Germanie,
Développer ses énormes potentialités,
Multipliées par quatre-vingt-sept dans la paix et la fraternité.
Elle aura quatre-vingt-sept sièges aux Nations-Unies ;
Quatre-vingt-sept joyeuses armées d’opérette ;
Si besoin, bien sûr, une guerre guillerette
Entre un margraviat et un duché,
Question d’un peu s’entraîner
Et de conclure des traités presque
Semblables aux usages
En usage en son grand âge
Chevaleresque.


En définitive, cette décision
prise ce 25 septembre 1945
Empêchera les peuples de langue allemande
(langue inexistante, car les Allemands
Parlent sept cent mille dialectes différents)
De trop croître et prospérer comme avant
De sorte que le reste du monde n’ait plus à faire
Quoi que ce soit avec des emmerdeurs réunifiés
Avec leurs banques centrales au cœur de fer
Et leurs économistes strictement bornés.


Les quatre-vingt-sept ou quatre-vingt-huit États germains
Vivront dans le calme et sereins.
(Soyez assuré, Heinrich, c’est certain !).
Et il n’y aura jamais besoin
De murs comme à Berlin !

Basta les murs !
Et combien voulez-vous en faire, putain, de ces murs ?
Quatre-vint-sept, quatre-vingt-huit, nonante ?
Ils créeraient une dette géante
Plus gigantesque que la dette hellène
Ou un ajustement de la dette italienne.