samedi 14 janvier 2017

LE PANZER DE LA PAIX


LE PANZER DE LA PAIX

Version française – LE PANZER DE LA PAIX – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson allemande – Friedenspanzer – Rod Gonzalez & Farin Urlaub (Die Ärzte) – 1994






"Friedenspanzer" [LE PANZER DE LA PAIX] est une chanson punk du groupe allemand Die Ärzte, une chanson à propos d’une machine de guerre qui répand la paix, l’amour, les solutions aux problèmes et aide les gens.

Dialogue maïeutique

Vois-tu, Lucien l’âne mon ami, dit Marco Valdo d’un ton un petit peu docte, contrairement à ce qu’on raconte, la naïveté n’est pas un vilain défaut, même quand elle est fausse.
Et c’est précisément le ton de cette chanson que cette fausse naïveté, voulue ou non, ce n’est pas la vraie question. La vraie question est toujours est-ce une bonne chanson ? Raconte-t-elle quelque chose qui intéresse ?
Car il y a mille et une manières de faire une chanson, comme il y avait mille et une manières de charmer un sultan par des contes susurrés à son oreille. Il n’y faut pas nécessairement la pesanteur académique ou l’amplitude des grandes œuvres, qui d’ailleurs sont rares ; une œuvrette suffit souvent.

Oh oui, je le sais bien, Marco Valdo M.I. mon ami, dit Lucien l’âne en se dandinant curieusement. Jean Constantin avait réussi à faire une chanson très appréciée du public avec ce texte assez déconcertant : « Où sont passées mes pantoufles ? » (https://www.youtube.com/watch?v=MrhnnmQzjwA), qui de plus sert de titre à la chanson. Une belle économie de moyens !, rattrapée par un énorme talent de comédien-pianiste-chanteur.

On n’est pas à ce degré de simplicité dans les moyens avec LE PANZER DE LA PAIX. On a là une structure plus classique : un soliloque, un monologue transformé en une sorte de discours à la cantonade. Sur le fond, il s’agit d’une réflexion paradoxale où l’on transforme l’engin guerrier et répressif par excellence en machine à paix. L’idée est curieuse et le projet étrange, mais il s’agit juste d’un moyen poétique de dire l’angoisse qui rémane dans la société. Il s’agit d’une angoisse diffuse sans vraiment de raison et de contour précis, mais elle est d’autant plus difficile à exprimer et à traduire en chanson. Et puis, il y a ce souhait – somme toute rassurant – de trouver une solution universelle face à la propension des humains à s’affronter – LE PANZER DE LA PAIX, instrument idéal pour faire la « Guerre à la Guerre ».

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, tout cela me paraît bien sympathique, mais – comme tu l’as laissé entendre dès le départ, carrément cousu de naïveté. Reste à savoir si c’est une naïveté volontaire, ce que tu appelais une « fausse naïveté ».

Lucien l’âne mon ami, les choses sont évidemment très claires, car la chanson est portée par un personnage imaginaire qui est effectivement la naïveté personnifiée, une sorte de doux rêveur et donc, si sa naïveté est réelle, celle de la chanson est feinte. C’est un jeu d’ombres, un jeu dans un miroir où tout s’inverse et où cette feinte naïveté sert également à alléger le propos, à médiatiser l’angoisse. Il reste cependant qu’il s’agit d’évoquer cette Guerre de Cent Mille Ans que les puissants et les riches (ou l’inverse) font aux pauvres pour assurer leur domination, bétonner leurs privilèges, renforcer leur pouvoir, étendre l’exploitation et satisfaire leurs ambitieuses avidités.

Si c’est ainsi – et ce l’est, alors il ne nous reste qu’à reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde ambitieux, avide, avare, assassin, absurde et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Le journal télévisé n'est pas ma tasse de thé,
Rien que des meurtres et des tas de morts partout.
Les chiens de guerre sont à nouveau lâchés,
Quand frères et sœurs se détestent tout d’un coup.
Quand tombent les bombes
Les hommes se prennent de haine.

Ce qui me vient en tête,
Pour sauver ce monde,
C’est un Panzer de la Paix
Il bombarde d’amour les cœurs,
Il apporte la paix sans douleur,
C’est le Panzer de la Paix, le Panzer de la Paix

Il lance des fleurs au lieu d’obus
Il touche tout le monde, même les insensibles
Au lieu de gaz toxique, il envoie du parfum de rose
Il purifie l’air pollué en lançant l’encens dessus
Il ne nous laisse plus jamais solitaires
Vous, moi, tous, nous sommes ses mercenaires.

Ce qui me vient en tête,
Pour sauver ce monde,
C’est un Panzer de la Paix
Il bombarde d’amour les cœurs,
Il apporte la paix sans douleur,
C’est le Panzer de la Paix, le Panzer de la Paix

Il bouche le trou de la couche d’ozone,
Il replante sans tarder une forêt équatoriale.
Avec son canon à tofu, il arrête les famines.
Il empêche la pêche à la baleine,
Il neutralise même la bombe à neutrons,
À se demander s
i ce n’est pas la solution.

Ce qui me vient en tête,
Pour sauver ce monde,
C’est un Panzer de la Paix
Il bombarde d’amour les cœurs,
Il apporte la paix sans douleur,
C’est le Panzer de la Paix, le Panzer de la Paix

Il m
et fin à toute dictature :
Comment il fait ça, je me le demande.
Il nous aide pour la rime,
Il porte les sacs des grands-mères.
C’est le Panzer de la Paix,
Le Panzer de la Paix !

mercredi 11 janvier 2017

MOINS CINQ


MOINS CINQ


Version française – MOINS CINQ – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson allemandeFünf vor zwölf Campino (Andreas Frege) et Andi (Andreas Meurer) [Die Toten Hosen] – 1990
Reprise sur le disque collectif intitulé : « Nazis Raus ! (Nazis Dehors !) » en 1991, republié en CD en 2003.




Lucien l’âne, à voir ce qu’on y raconte, on ne dirait pas que c’est une chanson qui date de plus d’un quart de siècle. Elle raconte l’attaque d’un commerçant, un verdurier, un épicier turc quelque part dans une ville allemande.

Chez nous aussi, il y a des commerçants turcs qui vendent les légumes, le pain, l’épicerie. Il y a aussi le « paki », le « marocain »… Drôle comme on désigne les gens ainsi par une sorte de qualificatif générique. Comme si parlant de moi, il dirait « l’âne » ; pas Lucien l’âne, mais juste « l’âne ». À propos, le garagiste du coin est d’origine turque, mais tout le monde l’appelle Jacky. Il y a plus de vingt ans qu’il est là. Mais en face, le marchand de pneus est « italien », la supérette sur la place est tenue depuis vingt ans par des « italiens »- tiens, c’est Nino et Francesca. On remarquera que dans ces dénominations génériques, on oublie souvent la majuscule ; c’est sympathique, mais aussi symptomatique. En fait, au stade suivant et généralement à la génération suivante, les gens commencent à appeler ceux venus d’ailleurs par un nom, généralement un prénom. Mais, revenons à la chanson.

Oui, alors, reprend Marco Valdo M.I., cette histoire est simple . Comme on est en Allemagne, il est Turc, originaire de la Mer Noire, il se nomme Erdal ; le protagoniste de la chanson qui raconte qu’il va chez ce « Turc » chercher ses légumes, on comprend ainsi que cet « immigré » est là depuis un certain temps – des années sans doute. Il est là probablement depuis que l’Allemagne (la Fédérale, celle de l’Ouest) est devenue tellement obèse qu’elle a dû importer des travailleurs étrangers – spécialement, Turcs ou Grecs, pour suppléer à son manque de main d’œuvre pour remplir les fonctions et les tâches subalternes de la société. Cependant, il faut quelques années, sans doute de longues années, à un immigré pour installer un commerce et ensuite, avoir pignon sur rue. Dans la chanson, il n’est pas dit s’il est de première ou deuxième génération d’émigration. Par ailleurs, si cette histoire s’était déroulée ailleurs en Europe (disons, de l’Ouest), il aurait tout aussi bien pu être Kurde, Roumain, Bulgare ou si l’on élargit le spectre à la Méditerranée : italien, marocain, grec, algérien ou même, portugais ou espagnol.

Oui, cela peut se produire maintenant ici, à tout moment, dit Lucien l’âne. C’est devenu banal.

C’est bien ce qui encore plus inquiétant, dit Marco Valdo M.I. On aurait pu penser que ces attitudes xénophobes s’estomperaient avec le temps et avec la banalisation de la présence des émigrés – de tous horizons, dans les villes et les agglomérations d’Europe. Il semble bien que ce ne soit pas le cas et que contrairement à ce qu’on pouvait espérer il y a une cinquantaine d’années, l’humanisation de la société n’arrive pas à éradiquer les comportements imbéciles.

Dans quoi donc vasouille notre « civilisation » ? Quels sont ces gens qui traitent les autres par le mépris, les maltraitent, les matraquent et finissent par les tuer ? Sont-ce vraiment des gens, ces gens-là ? Il est vrai que bon nombre d’entre eux cherchent le sens de leur propre vie dans des entités extérieures à eux-mêmes prétendent appartenir à un groupe, un parti, une nation, une religion, un Dieu, un Prophète ou que sais-je encore. Dans tous les cas, une seule chose ressort de ce constat, c’est qu’ils ne s’appartiennent pas et ispo facto, se transforment eux-mêmes en pions, en sujets obéissants d’une chose qui les envoûte, qui les englue, qui les englobe, qui les enferme. Ils vivent prisonniers d’une entité qui les manipule.

Ainsi, conclut Lucien l’âne, l’homme a encore pas mal de chemin à faire pour devenir lui-même et ne plus envier ou haïr ses semblables. Par parenthèse, un des premiers pas vers l’humanisation de l’homme serait qu’il accepte d’être lui-même, qu’il se débarrasse des armures psychologiques dans lesquelles il s’enferme et qu’il garde pour lui-même ses croyances bien au chaud dans son intimité. Je dis cela, car dès lors qu’il ne ferait plus état, ni usage de ces béquilles mentales, il grandirait à ses propres yeux et entretiendrait des rapports détendus avec les autres humains. Ce serait un excellent début. Quant à nous, chi siamo somari, reprenons notre tâche, aidons l’humanité à se débarrasser de ces poids encombrants et trompeurs et tissons de ce fait le linceul de ce vieux monde envieux, avide, ambitieux, absurde, atroce et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Chez lui, j’achetais toujours mes légumes.
Il a dans la trentaine, un enfant et une femme.
Nous nous comprenons très bien,
Nous buvons parfois une bière ensemble
Au café d’en face,
Quand on s’y rencontre.
Lundi, son magasin si matinal
Au lever n’était pas ouvert encore.
Des voisins me dirent,
Il est à l’hôpital.

Erdal vient de la Mer Noire,
Cependant, il habite dans notre ville.
Il est chez lui ici.
Erdal – peux-tu m’entendre ?
Cela se passe toujours ici aussi –
Je suis avec toi, l’ami !

Il a buté dans vos rangs,
En marchant dans notre rue paisiblement.
Vous chantiez des slogans,
Ne plus jamais voir Erdal.
Seul, il a essayé encore de résister,
Vous étiez bien cinq contre Erdal.
Avant que ça ne soit commencé ,
C’était aussi déjà terminé.

Qui ici croit encore
Que cela ne nous concerne en rien ?
Quand vient la rage
Qui desserre tous les freins ?

Erdal – tu m’entends ?
Je veux te dire seulement ,
J’ai honte de tout ceci !
Erdal – tu m’entends ?
Face à ce qui se passe encore ici -
Je suis avec toi, l’ami !
Erdal vient de Turquie
Et celui qui ici est contre lui,
Est mon ennemi aussi !

lundi 9 janvier 2017

Ils ont marché sur la Lune

Ils ont marché sur la Lune


Chanson française – Ils ont marché sur la Lune – Jacques Debronckart – 1969

Interprètes : Isabelle Aubret et Christophe. (Mp3 : http://musicandmusic.centerblog.net/2365-isabelle-aubret-ils-ont-marche-sur-la-lune)






Lucien l’âne mon ami, il est des chansons qui passent inaperçues et qui mènent une petite vie de chanson sans jamais atteindre à la notoriété auprès des grandes foules. C’est le cas de cette chanson de Jacques Debronckart, dont je n’ai pas trouvé le texte et j’en ai donc fait une transcription « à l’oreille ». C’est toujours délicat ces transcriptions à l’oreille, surtout si la chanson est ancienne et qu’on ne dispose pas d’un enregistrement de bonne qualité. De plus, c’est une chanson enfantine et qu’une partie est chantée par un enfant.

La chanson enfantine est un genre un peu trouble : il se doit d’être enfantin, de s’adresser aux enfants, tout en sachant qu’il parle aussi aux adultes.

Quel mic-mac entre les Dupondt et le Pierrot Lunaire de Giraud, celui de Brahms et celui de Schoenberg, on s’y perd, sans compter le Tintin marchant sur la Lune avec 15 ans d’avance d’Hergé et rencontrant les scaphandriers marcheurs étazuniens.

Une chanson d’actualité puisque c’est le jour où Eddy Merckx remporte son premier Tour de France sur les Champs-Élysées, ce qui devait plaire à Tintin et Haddock scotchés devant leur télé et qui ont découvert dans la même journée que deux Zétazuniens, qui étaient partis bien avant eux, arrivent quatre heures plus tard qu’Eddy à l’étape du jour, mais il est vrai, sur la Lune.

C’était aussi une étape dans la grande compétition internationale entre États dans le Tour de la Guerre. Tiens, ils recommenceraient bientôt qu’on ne s’en étonnerait pas.

À mon avis, ils n’ont jamais cessé. C’est juste la forme et les lieux qui ont varié. Cependant, je te comprends, le Tour de la Guerre revient d’Ukraine et de Syrie ; on dirait une noria tirée, poussée par un baudet aveuglé et la pierre moud, moud, moud les gens comme si c’étaient des grains à faire une farine pour enrichir les riches meuniers. Écoutons la chanson et reprenons notre tâche et tissons, tissons, tissons le linceul de ce vieux monde guerrier, compétitif, militaire, belliciste et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Ils ont marché sur la Lune, tu sais ;
Ils ont marché sur la Lune, c’est vrai !
Ils ont mis le pied là-haut,
Chez Pierrot,
Sur la Lune,
Sur la Lune, sur la Lune !

Alors, dis-moi !
Dis-moi, pourquoi,
Je n’ai pas le droit
De mettre le pied, c’est vrai
Sur les pelouses de la Terre ?
La Terre est à nous, tu sais,
Tandis que la Lune, elle est aux Lunaires.

Et pour aller sur la Lune, tu sais,
Marcher sur la Lune,
Ils ont allumé un feu merveilleux,
Le plus grand feu
Qu’on ait jamais vu, tu sais
Pour aller sur la Lune.

Alors, dis-moi !
Dis-moi, pourquoi,
Il y a des enfants qui meurent de froid
Dans certains pays.
Le maître me l’a dit.
Et pourquoi, en hiver
On n’allume pas
Des feux comme ça
Partout sur la Terre, pourquoi ?

Et pour aller sur la Lune, tu sais,
Sur la Lune, c’est vrai,
Sur la Lune,
Il a fallu des milliards, des milliards,
Des milliards de dollars
Pour aller sur la Lune.

Alors dis-moi !
Dis-moi pourquoi
Il y a des malheureux
Et pourquoi
Dans tous ces milliards,
Pourquoi
Il n’y en a pas un ou deux
Pour eux ?

Tu as raison, cent fois raison,
Mais vois-tu, vois-tu, petit garçon,
Peut-être un jour, les gens de la planète Terre
Deviendront meilleurs pour leurs frères
Quand ils auront marché sur la Lune, tu sais
Sur la Lune, c’est vrai.
Sur la Lune,
Ils ont mis le pied là-haut,
Chez Pierrot,
Sur la Lune,
Sur la Lune, sur la Lune !

dimanche 8 janvier 2017

Ils ont brûlé

Ils ont brûlé

Chanson française – Ils ont brûlé – Marco Valdo M.I. – 2017






Avant de parler de la chanson, Lucien l’âne mon ami, je reviens un instant sur son titre et sur son antienne.

D’accord, Marco Valdo M.I. Et pour dire quoi exactement ?

Ceci très exactement que cette chanson comme d’autres de celles que j’ai écrites, est bâtie sur une ritournelle qui m trotte en tête ou sur une chanson antérieure qui me sert de canevas. Ici, c’est une chanson de Léo Ferré qui sert de base à cette histoire : « Ils ont voté », dans laquelle Léo Ferré dit, notamment :

« Ils ont voté et puis, après ? »

Ce qui pour moi reste la question centrale qui se pose à la « démocratie ». Il suffit de penser à quelques grands pays de notre monde… Je te laisse le choix.
Ici, il ne s’agit pas seulement de voter, mais aussi de brûler. Et ça sent.
Je raconte l’affaire pour qu’on situe la chanson. Elle se réfère à un événement tout, tout, tout récent.

Dernière petite nouvelle d’Italie :

Dans la région de Florence, quelque part en Toscane, le 3 janvier 2017, à 11 heures du matin, ils ont brûlé un bâtiment détruisant tout le matériel de La Ronce, une commune agricole autogérée. Un repaire de communistes ? Oui, la Ronce est une commune comme en faisaient autrefois les socialistes, les anarchistes et les communistes – avant qu’ils ne deviennent des apparatchiks de bas étage.
La Ronce accueille aussi des réfugiés, des émigrés.
Elle s’est bâtie au fil des années sur cette terre en désuétude, sur cette terre abandonnée. La loi italienne de 1948 prévoyait pourtant que les terres abandonnées étaient libres d’occupation et qu’elles revenaient alors à ceux qui les entretiennent et les cultivent. L’a-t-on abrogée cette loi ?
Je ne sais, mais on a pris prétexte de l’occupation de la terre pour refuser d’alimenter la commune en électricité.
Les gens de la commune n’ont pas baissé les bras. Ils se sont passé des raccordements à la modernité urbaine.
La Ronce : c’est le travail en commun, c’est les légumes et les fruits au naturel et frais, c’est un lieu d’accueil et de fêtes aussi. On y travaille, on y chante, on y mange, on y boit et mille autres jolies choses aussi. Elle augure d’un autre monde.
Mais ça ne plaît pas. Alors ? Alors, on brûle. Ô, on ne sait pas qui, ni vu ni connu. Ô ce sont certainement des malfaiteurs qui ont fait ça. Des malfaiteurs ? On a déjà connu ça vers 1920 : ils se nommaient eux-mêmes des fascistes.
Au début aussi, on brûla juste un bâtiment pour donner un avertissement, pour impressionner, pour faire peur. Il n’y eut pas de poursuites ; dans le fond, la chose arrangeait bien les gouvernants.
Puis, on brûla une grange, on brûla une ferme, on en brûla plusieurs. Puis, on bastonna les paysans, puis, on tua les gens. La chose fit scandale un moment. Il n’y eut pas de poursuites ; dans le fond, la chose arrangeait bien les gouvernants.
De fil en aiguille…
On connaît la suite : elle mit le monde à feu et à sang.
Donc, ça recommence : c’est un recommencement.
Dans le fond, la chose arrange bien les gouvernants.
Et pas seulement en Italie…

La question est : va-t-on une fois encore fermer les yeux et faire semblant de rien ?


Je vais conclure, dit Lucien l’âne, car tel est mon rôle. Joseph – sur la couverture de Dachau Express – disait :

« Refuser le fascisme. La bête vit encore. Elle sourit à la télévision ».

Il est temps de relire L’Ode à Kesselring ! Dans laquelle Piero Calamandrei, un Florentin perspicace, disait : Ora e sempre : Resistenza !
Il le disait à Kesselring, mais ça vaut pour les autres nazis et fascistes :

Si tu voulais un jour revenir sur ces routes,
Tu nous trouverais à nos postes :
Morts et vivants avec le même engagement,
Peuple serré autour du monument
Qui s'appelle
Aujourd’hui et pour toujours
RÉSISTANCE !

Nous, on est là, dit Lucien l’âne. On n’en démordra pas. Jamais. C’est notre tâche et notre volonté de tisser le linceul de ce vieux monde avide, hargneux, envieux, sournois, fourbe et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I et Lucien Lane




Ils ont brûlé
Et puis après ?
Chez ces gens-là, c’est une habitude,
Jamais tombée en désuétude.
Hier encore, près de Florence,
Ils ont brûlé la Ronce.
Ils sont fascistes :
Ça existe.
Et puis après ?

Ils ont brûlé
Et puis après ?
Ils brûlent les livres,
Ils tuent les gens.
Ils rôdent depuis longtemps,
En rangs sur la même piste.
Ils sont fascistes,
Évidemment !
Et puis après ?

Ils ont brûlé
Et puis après ?
Au début, ils bavaient dans leur coin,
Puis, ils sont sortis dans les campagnes,
Ils ont brûlé les fermes et les foins,
Ils ont chassé les gens et leurs compagnes,
Ils sont fascistes,
Évidemment !
Et puis après ?

Ils ont brûlé
Et puis après ?
Puis, ce fut le tour des villages,
Puis, ce fut dans les villes,
Ils rôdent près des usines ;
Partout, ils laissent leur odeur d’urine,
Ils sont fascistes,
Évidemment !
Et puis après ?

Ils ont brûlé
Et puis après ?
La caque sent toujours le hareng.
Ils jouent aux hommes parfois :
Ils sourient, ils font semblant,
Mais nul n’est dupe de ces gens-là.
Ils sont fascistes,
Évidemment !
Et puis après ?

Ils ont brûlé
Et puis après ?
Ils vont à la télé, ils ont l’air de braves gens ;
Certains fascistes sont intelligents,
Ils parlent de démocratie en souriant
Et méprisent les autres gens.
Ils sont fascistes,
Évidemment !
Et puis après ?

Ils ont brûlé
Et puis après ?
Il y en a partout
Dans les parlements, dans les partis,
Dans les églises, sur les parvis,
Il y en a près de chez nous.
Ils sont fascistes,
Évidemment !
Et puis après ?

Ils ont brûlé
Et puis après ?
Ils ont des représentants
Ils sont ministres au gouvernement,
Dans des villes, des pays, sur d’autres continents
Ils sont élus présidents.
Ils sont fascistes,
Évidemment !
Et puis après ?

Ils ont brûlé
Et puis après ?
Ils n’aiment pas qu’on vienne d’ailleurs,
Ils portent les costumes, elles s’habillent en tailleur.
Ils parlent de bonheur, ils apportent le malheur.
Ils se disent apôtres, elles se déguisent en fleurs.
Ils sont fascistes,
Évidemment !
Et puis après ?

Ils ont brûlé
Et puis après ?
Chez ces gens-là, c’est une habitude,
Jamais tombée en désuétude.
Hier encore, près de Florence,
Ils ont brûlé la Ronce.
Et puis après ?
Ils brûlent les livres,
Ils tuent les gens.
Ils sont fascistes
Ils rôdent depuis longtemps
En rangs sur la même piste.
Et puis après ?
Après ?
Après, ils restent fascistes
Évidemment !

samedi 7 janvier 2017

Toute l’Allemagne transpire


Toute l’Allemagne transpire



Version française – TOUTE L’ALLEMAGNE TRANSPIRE – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson allemande – Ganz Deutschland im Fieber – Juliane Werding – 1995




« Toute l’Allemagne transpire », quel titre fabuleux, Marco Valdo M.I. mon ami. J’aime autant ne pas y penser, car rien que d’y penser je me sens mal. Imagine l’atmosphère !

Comme dirait Bartleby : « I would prefer not to». C’est d’ailleurs, Lucien l’âne mon ami, l’attitude de Juliane Werding vis-à-vis de toute l’agitation sportive et le fanatisme du fitness dominical et vespéral. Comme tu l’entendras, elle – dans ces cas-là, elle reste au lit. C’est du moins le sens revendicatif de la chanson. Dans les faits, c’est aussi une chanson contre l’effort et sa mythologie, contre le « arbeit macht frei » de si jolie mémoire.

À propos de formules qui se rencontrent ou qu’on fait, comme tu viens de le faire, se rencontrer, je trouve ce tandem : « Arbeit macht frei » – « I would prefer not to », absolument renversant et délicieux et conforme, me semble-t-il, au personnage de Melville et à sa confrontation obstinée et en sens contraire avec la logique de Wall-Street.
Mais quand même, tout cela nous éloigne assez de Juliane et d’Essen ou de Berlin, qu’importe. Toute l’Allemagne transpire : il y a ses odeurs, il y a ses allures et ses tenues rigoureusement à la mode. On ne transpire pas n’importe comment, ni n’importe où. Juliane, elle, se tient en son lit le dimanche matin – comme dans la vieille chanson française : « Le dimanche matin, c’est le moment rêvé pur faire la grasse matinée » et en son chez soi, les soirées de semaine. En quoi, elle aurait reçu l’entier soutien de Winston Churchill, lequel interviewé le jour de ses 90 ans sur sa longévité remarquable, répond un porto dans une main et un havane dans l’autre : « Never sport ! ».

C’est drôle cette chanson. Moi, je l’aime beaucoup et Marco Valdo M.I. mon ami, elle me rappelle tout à la fois Boris Vian Je ne peux pas travailler et Henri Salvador Le Travail, c’est la santé. Et j’ajouterais volontiers, une de tes canzones : Dormir. Pas étonnant que tu aies été dégotter cette chanson de Juliane Werding.

En fait, Lucien l’âne mon ami, tu as raison. D’une certaine manière, il y a une cohérence dans ce monde ; en quelque sorte, tout se tient.
C’est d’ailleurs ce qui m’inquiète aussi, car ce grand mouvement moutonnier d’une large frange de la population allemande et cette aspiration aux exercices au grand air et aux entraînements excessifs font remonter des effluves inquiétants. Oh, je ne parle pas de ces relents de transpiration qui doivent parfumer ces jeunes gens énergiques, je pense plutôt à des remugles anciens. On pratiquait beaucoup le sport en tenue appropriée en Allemagne dans la première moitié du siècle dernier ; ces exercices d’hygiène collective ont conduit à d’innommables défilés. Il y eut d’ailleurs à l’époque toute une jeunesse rétive à la sportivité organisée et musculeuse et tout spécialement, dans la région de la Ruhr où se trouve Essen ; comme tu sembles t’en souvenir, il s’agit bien évidemment des Edelweiss Piraten, dont Franz-Josef Degenhardt racontait l’histoire en l’année 1941.

En fait, considéré de ce point de vue, dit Lucien l’âne en riant, Juliane fait de la résistance.

Évidemment et ce n’est pas un hasard, déclare Marco Valdo M.I., il suffit de voir d’autres de ses chansons. Mais que dit-elle exactement dans celle-ci ? En fait, elle fait une peinture de genre, elle peint une certaine partie de population qui se livre à ces pratiques sautillantes et elle entend se démarquer nettement de cette coterie. Ce qui n’est pas directement dit, mais qui est exposé, c’est la fracture sociale et les comportements qu’il convient d’adopter si l’on aspire à utiliser l’ascenseur social, à être dans le coup, à profiter de la conjoncture. Et si on replace cette appétence dans le cadre de la Guerre de Cent Mille Ans, on comprend le « I would prefer not to » que Juliane oppose à l’effort socialement bien considéré. C’est le sens de tous les signes de reconnaissance sociale, en l’occurrence, c’est la marque (les marques, les bleus, les crampes) de l’appartenance (volontaire) au groupe des prétendants, ceux marqués au signe du buffle, selon Heinrich Böll.

Arrête, Marco Valdo M.I. mon ami, arrête tout de suite, tu t’envoles, tu vas te predre dans ton propre discours. On sait toujours quand et où tu commences, mais on ne sait jamais tu vas, ni quand tu vas aboutir. Je te dis halte, suffit, on y reviendra. Maintenant la chanson et puis continuons notre tâche simple et tissons le linceul de ce vieux monde sportif, attelé à l’effort, musculeux et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Dimanche matin, quand le soleil sourit,
On s’entraîne dehors,
En short et tricot de sport.
Voyez-les déguisés en Pochettes-surprise,
Manger des Power-Food, d’ISO drinks se gaver,
Courir en baskets dans les bois,
Et faire du vélo par plus de 30 degrés.
C’est admirable, mais pourquoi, pourquoi ?

Hey, hey, hey,,
Toute l’Allemagne transpire.
Hey, hey, hey,
Je glande seule au lit.
Je lis un livre, j’ai de la visite
Et en dormant, j’entretiens ma forme.
Hey, hey, hey,
Toute l’Allemagne transpire.
Hey, hey, hey,
Je suis celle, celle qui ne fout rien ;
Je me laisse aller et je me ménage
Et ça me va bien.
Lundi matin – je suis fraîche et dispose,
Les autres sont foutus,
Malgré leurs bleus et leurs crampes
C’est encore tout pour le sport et les exercices
À midi du pissenlit en salade
Et du thé vert, par-dessus
Et le soir quand chez moi, je me délasse,
Alors, ils suent au club de mise en forme.

Hey, hey, hey,,
Toute l’Allemagne transpire.
Hey, hey, hey,
Je glande seule au lit.
Je lis un livre, j’ai de la visite
Et en dormant, j’entretiens ma forme.
Hey, hey, hey,
Toute l’Allemagne transpire.
Hey, hey, hey,
Je suis celle, celle qui ne fout rien ;
Je me laisse aller et je me ménage
Et ça me va bien.