mardi 12 janvier 2016

La Vente aux enchères



La Vente aux enchères

Chanson française – La Vente aux enchères – Gilbert Bécaud – 1970
Paroles : Maurice Vidalin. Musique : Gilbert Bécaud – 1970

Monsieur Pointu : https://fr.wikipedia.org/wiki/Monsieur_Pointu






L’autre jour, en racontant l'histoire de Till le Gueux, on en était arrivé à « La Vente à l'encan [[51310]] », au cours de laquelle le poissonnier qui avait dénoncé Claes le charbonnier aux « autorités », achetait tous les meubles de l'homme qu'il avait vendu. Et dans notre dialogue, j'avais parlé indifféremment de vente à l'encan, vente à la chandelle, de vente aux enchères. 

Je m'en souviens très bien et même de la vente à la chandelle, dit Lucien l'âne prouvant ainsi qu'il n'est pas endormi.

Et donc, et c'est là où je veux en venir, donc, dis-je, l'évocation de cette vente aux enchères a subitement ramené à ma mémoire une chanson française à résonance québecoise, dont le titre est précisément celui-là : « La Vente aux enchères ». Ce n'est pas à proprement parler une chanson du folklore (mais elle pourrait le devenir ; elle en a toutes les qualités nécessaires), ni une chanson fort ancienne (quoiqu'elle eût pu l'être). C'est une chanson qui avait été écrite par Maurice Vidalin pour Gilbert Bécaud et sans doute, Monsieur Pointu vers 1970.

Certes, mais comment expliquer cette résonance québecoise ? dit Lucien l'âne en pointant les deux oreilles vers le ciel au-dessus de l'océan.

Cet accent, ce parfum québecois, qui sonne si fort à nos oreilles, arrive droit à travers l'Atlantique sous le chapeau boule de Monsieur Pointu. Monsieur Pointu (https://fr.wikipedia.org/wiki/Monsieur_Pointu) est un étrange personnage et pour tout dire, un violoneux qui a atteint – après cette chanson – une réputation quasiment mondiale, au moins dans le monde de culture française.

Un violoneux ? Qu'est-ce ce que c'est encore ?

Un violoneux est comme le violoniste, un joueur de violon. Tous deux sont des artistes. Mais si le violoniste joue dans des orchestres et disons, généralement de la musique, dite, classique, et donc dans des salles de concert, dans des églises, le violoneux est plutôt un artiste de rue ou de place, un de ces musiciens qui animent les fêtes de village, qui suivent les cirques, qui font danser les gens et même, s'il joue du violon, il s'agit d'un art fort différent. Comme violoneux, Monsieur Pointu est un des plus grands et des plus électriques qu'on a connus jusqu'à présent. Il existe même un petit film qui illustre son art : https://fr.wikipedia.org/wiki/Monsieur_Pointu.


Et la chanson ? Marco Valdo M.I. mon ami, qu'en dis-tu ? Raconte-la-moi un peu…

Bien volontiers. C'est l'histoire d'un gars qui vend ses souvenirs aux enchères. Peut-être a-t-il besoin d'argent ? On ne sait.Pour le reste, c'est une vente aux enchères comme on en voit dans les salles de vente avec ce commissaire-priseur qui interpelle les acheteurs potentiels et les pousse à faire monter le prix des lots. C'est tout un métier ça, commissaire-priseur ; il y faut du bagout, du rythme, de l’œil. C'est l'art de la persuasion à l'état brut; un art vif, un art vivant. Et puis, il y a cette fin finale avec la mort du héros, mort d'un coup de fusil.

Les héros, ça dit toujours mourir ; ils en sont plus héroïques et ça se vend mieux, dit Lucien l'âne en prenant un grand air.

Dans la chanson, on vend le coup de fusil, avec le fusil, ajoute Marco Valdo M.I.

Bien, dit Lucien l'âne, je m'en vais écouter la chanson et voir la performance de Monsieur Pointu. Ensuite, je reprendrai ma tâche et avec toi, je tisserai le linceul de ce vieux monde à vendre, à acheter, à louer, à détruire et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Approchez, Messieurs Dames, approchez, s’il vous plaît !
Approchez, approchez, serrez, serrez le rond !
Messieurs Dames, s’il vous plaît,
Approchez, approchez à la vente aux enchères !
Préparez la monnaie !
Moi je suis là pour vendre et vous pour acheter…
Des lots exceptionnels,
Des prix exceptionnels…
Du rêve pour pas cher
À ma vente aux enchères…

Moi qui ai des souvenirs
À ne plus savoir qu’en faire,
Vous pouvez vous les acheter comme ça
À ma vente aux enchères,
Tiloué !
Bonnes, bonnes, bonnes bonnes gens, approchez donc !
Approchez, serrez le rond !
Ça va commencer, ouais.
Bonnes bonnes gens, approchez donc !
Serrez le rond ! Ça va commencer !

Monsieur Pointu, s’il vous plaît.
Premier lot,
Premier lot.
La grande aventure !
Un coup de pied au cul,
Mon père n’avait pas tort.
Je vole aux étalages et je couche dehors,
Je saute dans un camion qui file vers le nord.
Ce coup de pied au cul m’a rapporté de l’or.
S’il vous plaît, un coup de pied au cul.
Un coup de pied au cul,
Parfaitement !
Mise à prix ?
Mise à prix :
Cinq sous.
Cinq sous, allons messieurs, s’il vous plaît.
Cinq sous, cinq petits sous.
Cinq sous, c’est pas beaucoup !
Cinq sous, allons allons, cinq sous.
Cinq sous, à qui dit mieux,
Cinq sous le monsieur.
Monsieur est généreux, merci !
Six sous, allons allons, six sous, c’est peu,
Un coup de pied au cul.
Sept sous, la dame en bleu.
Une fois, deux fois, huit sous le soldat.
Bravo, caporal !
Ce coup de pied au cul te fera général !
Un petit effort
Un petit effort
Un coup de pied au cul en or.
Neuf sous, j’ai entendu,
Neuf sous, le barbu,
Dix sous, le soldat.
Un deux trois, vendu au soldat,
Monsieur Pointu.

Moi qui ai des souvenirs
À ne plus savoir qu’en faire,
Vous pouvez vous les acheter comme ça
À ma vente aux enchères.
Tiloué !
Bonnes, bonnes, bonnes bonnes gens, approchez donc !
Approchez, serrez le rond !
Ça va continuer, ouais.
Bonnes bonnes gens, approchez donc !
Serrez le rond !
Ça va continuer !

Monsieur Pointu, s’il vous plaît.
Deuxième lot,
Deuxième lot.
Un grand chagrin d’amour.
C’est triste, c’est triste,
Un grand chagrin d’amour,
Un grand, un vrai de vrai.
J’ai vendu la boutique et j’ai pris les billets.
Elle est partie sans moi.
Là, j’ai failli crever.
Tenez, vous pouvez constater,
C’est pas cicatrisé.
La cicatrice,
La cicatrice.

Mise à prix
Mise à prix
Dix sous.
Dix sous.
Bravo, Messieurs Dames, s’il vous plaît !
Dix sous, dix petits sous,
Dix sous, c’est pas beaucoup !
Dix sous, allons allons, dix sous.
Dix sous à qui dit mieux,
Onze sous le monsieur.
Monsieur est amoureux,
Tant mieux !
Onze sous, allons allons,
Onze sous, c’est court !
Un grand chagrin d’amour,
C’est comme du velours.
Une fois, deux fois, treize sous monsieur l’abbé,
Voyons monsieur l’abbé,
Un beau chagrin d’amour.
Monsieur l’abbé est sourd.
Qui a levé la main ?
Le monsieur dans le coin ?
Vous avez dit combien ?
Putain !
Quinze sous la dame en noir,
Quinze sous la dame en noir.
Vingt sous le vieillard
Un deux trois… Vendu !
C’est le vieillard,
Monsieur Pointu.

Moi qui ai des souvenirs
À ne plus savoir qu’en faire,
Vous pouvez vous les acheter comme ça
À ma vente aux enchères
Tiloué !
Bonnes, bonnes, bonnes bonnes gens, approchez donc !
Approchez, serrez le rond !
Ça va continuer, ouais.
Bonnes bonnes gens, approchez donc
Serrez le rond !
Ça va continuer !

Monsieur Pointu, s’il vous plaît.
Troisième lot,
Troisième lot.
La mort du héros.
C’est est dommage ! C’est vraiment dommage !
Une superbe mort que j’avais gardée pour moi,
Sans curé, sans docteur,
Une mort de gala, une mort en pleine vie,
Tout debout et bien droit,
Un beau coup de fusil.
Pan ! C’est pas beau ça ?
La mort du héros.
La mort du héros avec fusil,
Avec fusil.
Mise à prix
Mise à prix
Un franc.
Un franc, allons,
Messieurs, s’il vous plaît, allons !
Un franc,
Un petit franc de rien du tout,
Un franc, c’est pas beaucoup !
Un franc, allons allons, un franc.
Un franc, la mort jolie,
Deux francs, monsieur a dit.
Monsieur n’a peur de rien,
C’est bien !
Deux francs, la mort jolie, jolie, jolie.
Un beau coup de fusil joli joli.
Une fois, deux fois !
Une mort comme ça,
Si vous n’en voulez pas,
Je la garderai pour moi !
Une mort en pleine vie.
Tout debout et bien droit,
Un bon coup de fusil.
Pan ! Salut !

lundi 11 janvier 2016

La Vente à l'encan

La Vente à l'encan


Chanson française – La Vente à l'encan – Marco Valdo M.I. – 2016

Ulenspiegel le Gueux – 21

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel – I, LXXVI)

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :
Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.
Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.



Et tout ce qui est ainsi saisi est mis en vente immédiatement devant la maison de Claes






Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la vingt et unième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les vingt premières étaient, je te le rappelle :

01 Katheline la bonne sorcière [[50627]] (Ulenspiegel – I, I)
02 Till et Philippe [[50640]](Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)
03. La Guenon Hérétique [[50656]](Ulenspiegel – I, XXII)
04. Gand, la Dame [[50666]](Ulenspiegel – I, XXVIII)
05. Coupez les pieds ! [[50687]](Ulenspiegel – I, XXX)
06. Exil de Till [[50704]](Ulenspiegel – I, XXXII)
07. En ce temps-là, Till [[50772]](Ulenspiegel – I, XXXIV)
08. Katheline suppliciée [[50801]](Ulenspiegel – I, XXXVIII)
09. Till, le roi Philippe et l’âne [[50826]](Ulenspiegel – I, XXXIX)
10. La Cigogne et la Prostituée [[50862]](Ulenspiegel – I, LI)
11. Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! [[50880]](Ulenspiegel – I, LII)
13. Indulgence [[51015]] (Ulenspiegel – I, LIV)
14. Jef, l’âne du diable [[51076]] (Ulenspiegel – I, LVII)
15. Vois-tu jusque Bruxelles ? [[51124]] (Ulenspiegel – I, LVIII)
16. Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection [[51150]] (Ulenspiegel – I, LXVIII)
17. Hérétique le Bonhomme [[51196]] (Ulenspiegel – I, LXIX)
18. Procès et condamnation [[51215]] (Ulenspiegel – I, LXIX)
19. La Mort de Claes, le charbonnier [[51256]] (Ulenspiegel – I, LXXIV)
20. Le Talisman rouge et noir [[51272]] (Ulenspiegel – I, LXXV)


Après la mort de Claes, le charbonnier sur le bûcher, il s'agit d'accorder au délateur le prix de sa dénonciation, lequel est constitué par la moitié des biens du défunt ; l'autre moitié revient au souverain, qui a inventé cette belle disposition. C'est une règle odieuse, certes, mais du point de vue des « autorités », il s'agit de l'appliquer ; ce que ne peuvent manquer de faire les officiers publics et les juges. Même si en leur for intérieur, ils n'en pensent pas moins.

Personnellement, dit Lucien l'âne en se cabrant, je ne ferais jamais une chose pareille. Je refuserais d'appliquer une telle loi…

C'est bien pour cela que tu n'es pas et ne pourrais pas être un officier public ou un juge. Et, si par extraordinaire, tu l'eus été et que tu n'eus pas appliqué cette loi ou n'importe quel autre règlement, tu aurais été limogé, démissionné ou plus gravement sanctionné encore. On ne badine pas avec ça en haut lieu. Cependant, pour en revenir à notre histoire, elle se résume à ceci : le poissonnier a dénoncé le charbonnier pour hériter de la moitié de ses biens. De tous ses biens. Le désormais héritier, pour pouvoir s'assurer de son héritage, fait saisir par voie de justice tout : berceau, lit, meubles, vivres « jusques au dernier clou ». Remarque bien ce dernier clou, car il ne s'agit pas d'une expression, mais d'une réalité, on saisit bien jusques au dernier clou, car, à cette époque lointaine, comme le fer est cher, les clous ont de la valeur et on les arrache tous des murs de l'habitation. Et tout ce qui est ainsi saisi est mis en vente immédiatement devant la maison de Claes. C'est une vente au plus offrant, une vente à l'encan, une vente aux enchères à la chandelle, dont la durée est fixée par le temps que met la chandelle à se consumer. Celui qui a offert le plus au moment où la chandelle s'éteint emporte le lot. Une particularité de cette vente, dans notre histoire, c'est que le poissonnier est gagnant à tous les coups, puisqu'il bénéficie de la moitié du prix. Ainsi, personne ne peut le concurrencer et lui-même a intérêt à faire monter les prix, vu qu'il ne paiera jamais que la moitié du prix qu'il annonce et que l'éventuel enchérisseur devra régler le prix plein. Sauf qu'en ce cas précis, personne d'autre que lui ne veut acheter les biens du condamné défunt. C'est ainsi que le poissonnier finit par acheter – pas cher – tous les biens de Claes.

L'attitude de ce poissonnier est assez déroutante pour la morale universelle, la morale commune, la « common decency », la pure et simple décence, celle qui veut qu'il y a des choses qu'on ne fait pas, dit Lucien l'âne d'un ton amer.

Tu as raison et d'ailleurs, il va s'en rendre compte. Mais ce n'est pas tout, il va faire pis encore, car il n'a pas obtenu ce qu'il cherchait… Ce qu'il visait en dénonçant le charbonnier, c'était les 700 carolus d'or (une véritable fortune) que Claes avait reçus de son frère Josse, via le messager. Comme Till les a cachés hors de la maison paternelle, on ne les y trouve pas. Enragé par cette disparition, le poissonnier va dénoncer une deuxième fois ; il va accuser la veuve et l'orphelin – Till et sa mère Soetkin, qui vont être menés en prison afin d'être torturés pour qu'ils révèlent où se trouve cette fortune. Durant le trajet, qu'ils parcourent ligotés et escortés par les sergents de la ville, au moment où ils passent devant la demeure du poissonnier, les accusés en criant lancent la malédiction contre leur dénonciateur et lui prédisent la « male mort ». C'est ainsi que le gens du village apprennent cette deuxième forfaiture et se rebiffent. De colère et de honte, ils mettent le poissonnier en quarantaine comme on fait d'une bête malfaisante ; ils font le siège de sa maison, lui jettent des pierres. Ainsi commence la vengeance de Claes. La peur qui saisit le poissonnier est elle qu'il n'ose plus sortir de chez lui.

Oh, dit Lucien l'âne, quelle histoire terrifiante que celle-là ! Une vague de honte devrait emporter cet homme-là. C'est une vraie scène de guerre. Si on y songe, des histoires de dénonciateurs, on en a connu lors de toutes les guerres…

À qui le dis-tu, Lucien l'âne mon ami. Je sais que tu le sais, mais quand même je le rappelle, j'en garde toujours mémoire : mon propre père a été ainsi dénoncé, torturé et est mort du chef d'un traître de ce genre.

Dans toutes les guerres, et toutes les occupations, dans les guerres de religion ou dans les guerres dites civiles, on trouve des actes de traîtrise, de dénonciation ou délation comme celui-là. Je n'ose imaginer la suite, mais je la sens très angoissante. Reprenons pourtant notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde honteux, obscène, avide, traître et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Claes mort, pour la vente de justice
On met les meubles sur la rue
Le berceau où le père et le fils sont nés
Le lit où la mère a accouché.

La huche où se serre le pain,
Le bahut, les poêles, les faitouts,
La tonne à bière et les flacons de vin,
Tout jusques au dernier clou.

Le crieur allume la chandelle,
On vend à l'encan même la vaisselle.
Seul le poissonnier achète et comptant,
Il sourit de toutes ses dents.

Le dénonciateur, dit la veuve de Claes.
Je sais, dit le fils de Claes,
Il n'héritera pas du sang du père,
Se jurent le fils et la mère.

Et le poissonnier accuse à nouveau
Pour trouver l'héritage tant convoité.
Il veut ses carolus, l'insensé ;
L'argent lui brûle le cerveau.

Il dénonce la veuve et l'orphelin
Par écrit entre les mains du bailli
Et les juges entendant les témoins
Poursuivent des gens déjà meurtris.

Le fils et la mère en allant au bourreau
Maudissent publiquement le vilain barbeau ;
Ils lui prédisent la male mort
Et tout le bourg comprend. Alors,

De toutes les maisons, de toutes les rues,
Chez le délateur, les gens se ruent
Le huent, lui jettent des pierres
Et l'infâme cagot affolé se terre.





dimanche 10 janvier 2016

LA MONIALE

LA MONIALE


Version française – LA MONIALE – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson italienne – La monacella – anonyme – avant 1900




Je maudis les prêtres et les frères,

Même l’amour et qui me l’enseigna.





Chanson populaire du dix-neuvième siècle, mais qui trouve ses origines bien avant.
Texte trouvé sur l’ Archivio delle tradizioni popolari della Maremma grossetana
(Archive des traditions populaires de la Maremme grossetana), avec le commentaire suivant :

« 
L’histoire de la moniale par force, forcée à vivre au couvent après avoir éprouvé une déception d’amour. C’est une chanson répandue dans une grande partie de l’Italie centrale et septentrionale et connue dans beaucoup de zones de la Maremme. […] Une version très semblable à celle qui suit (surtout dans les premières strophes) a été publiée dans le livre de Marcello Conati : Chants populaires du Val d’Enza et de Val Cedra, édité à Parme en 1976, pag.193. Parmi les notes de Conati, on lit que « le noyau thématique a des origines du XVIII et même du XVIIe siècle remontant aux temps où dans les zones de petits propriétaires terriens et de métayers, la nécessité de maintenir complète l’insuffisante propriété oblige à la transmettre aux nés et la difficulté de former la dot pour les filles célibataires, contraignait celles-ci à finir cloîtrière forcée… » Roberto Leydi, dans le dossier annexe au disque « Italie Vol. 2 - la Chanson Narrative/Spectacle Populaire » (Albatros, 1970) écrit à propos de cette chanson (intitulée « La moniale forcée » et recueillie dans le bergamasque) : « Tant le texte que la musique […] sont du dix-neuvième siècle et il n’est pas improbable que la matrice directe soit à rechercher dans le répertoire du cantastorie (trouvère, chanteur de rue, baladin), mais la composition enfonce ses racines dans un terrain antérieur. »

Au-delà d
u disque, la chanson se trouve – avec des variantes – dans beaucoup de traditions populaires, de la Lucanie (comme celle recueillie par Lomax et Carpitella dans les années 50) à la Lombardie (p.e dans le répertoire de Nanni Svampa et du Canzoniere populaire de la Brianza), de l’Ombrie (les Chantres d’Assise) à la Toscane et à tout le centre Italie. En particulier, on la trouve sur un disque de Betty Curtis de 1975 (« Betty Curtis Folk »), dans un de Michele L. Straniero, toujours de 1975 (« Lorsque j’étais moine… Chansons gaies, malicieuses et mordantes tirées de la tradition populaire et du vaudeville ») et dans un des Amis du Vent de Silvano Spadaccino, 1969 (« Notes populaires »).


La moniale était fille d’un grand seigneur,
Elle s’est cloîtrée à cause de la douleur
De l’abandon de son premier amour.
Elle s’est cloîtrée à cause de la douleur
De l’abandon de son premier amour.

Le jour où la moniale est entrée au couvent,
Elle écrivit à son papa lui disant
Qu’elle était malade et qu’il vienne la chercher.
Elle écrivit à son papa lui disant
Qu’elle était malade et qu’il vienne la chercher.

Elle reçut cette belle réponse de son papa :
« Si tu es malade, tu dois rester là
Et dans ce couvent, tu mourras.
Si tu es malade, tu dois rester là
Et dans ce couvent, tu mourras. »

« Je maudis la première pierre de cet endroit
Et l’ingénieur qui la dessina,
Et le maçon qui la fabriqua.
Et l’ingénieur qui la dessina,
Et le maçon qui la fabriqua.

Je maudis amis et parents, ma mère, mon père.
Je maudis les prêtres et les frères,
Même l’amour et qui me l’enseigna.
Je maudis les prêtres et les frères,
Même l’amour et qui me l’enseigna.