mardi 29 décembre 2015

J’AI ENCORE LA FORCE


J’AI ENCORE LA FORCE

Version française – J’AI ENCORE LA FORCE – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Ho ancora la forza – Francesco Guccini – 2000

Interprètes : Francesco Guccini ; Luciano Ligabue





J’ai encore la force de marcher...




Lucien l’âne mon ami, comme tu le vois, cette chanson s’intitule : « J’AI ENCORE LA FORCE ». Elle est de Francesco Guccini.

Quand il l’a écrite, j’imagine qu’il devait se dire : « Je voudrais par cette chanson, rassurer les amis.

Sans doute ; mais, je vois à ton œil frétillant, que tu te dis que je devrais avoir le même désir. Et après tout, pourquoi pas ? Je serais en bonne compagnie avec rien moins que Guccini, Brassens, Rutebeuf et Ferré. Le premier pour cette canzone-ci  - en italien, « Ho ancora la forza » (2000) ; le deuxième, pour sa chanson « Le bulletin de santé » (1966) et le troisième et le quatrième, ensemble, pour la complainte de Rutebeuf, intitulée : Pauvre Rutebeuf (1955). Au passage, je signale que si Rutebeuf, dans ses Poèmes de l’Infortune, se lamentait de la disparition de ses amis, il est mort lui-même bien avant l’âge de la retraite.

Qu’a-t-elle à voir avec les chansons contre la guerre cette canzone ? Je ne pense pas que Guccini ait fait une chanson pour tel un Tartarin, se vanter d’avoir encore la force d’aller au combat.

Je le vois mal faire cela, en effet, dit Marco Valdo M.I. en éclatant de rire. Lucien l’âne mon ami, je te soupçonne très fort d’être un pince-sans-rire et de te moquer ou de Guccini (ce qui ne serait pas correct) ou de moi (ce qui peut être amusant).

Tu as bien résumé la situation, Marco Valdo M.I., mon ami. Sache que ça m’amuse beaucoup de plaisanter. Cependant, je n’ai du coup par la réponse à ma question : « Qu’a-t-elle à voir, etc ? » Si je te pose cette question, c’est pour satisfaire aux exigences du site, même si – comme toi – je pense que toute chanson, pour autant qu’elle soit bonne est une chanson contre la guerre, spécialement si elle n’en parle pas. Et bien évidemment, si je te le demande, c’est qu’en apparence, celle-ci ne comporte pas d’expression directe qui se réfèrent à la guerre.

Je te ferai une réponse en deux temps. D’abord, figurent dans ces Chansons contre la Guerre un tas de chansons qui – en apparence – ne parlent pas de la guerre. Ensuite, tout dépend de la conception qu’on a de la guerre. La Guerre de Cent Mille Ans dans laquelle vivent toutes nos sociétés humaines est en œuvre aussi en dehors de champs de bataille. Elle passe tout au travers de la société et tout au travers du temps. Elle touche chacun en permanence. Et, vois comme on se rapproche du thème de la chanson de Guccini, dans ce continuel affrontement, elle écrase les êtres humains et il suffit de faire un peu attention pour voir qu’une grande (très grande, la plus grande) partie d’entre eux est sont « usés avant l’âge ». Avant, les vieux avaient cinquante-cinq – soixante ans ; ils se tenaient comme les vieux de Brel. Maintenant que les vieux vieillissent plus tard, ce n’est plus la même chanson. Il suffit de réfléchir un instant à la manière dont on essaye de retarder l’âge de la retraite, car – dit-on – les pensionnés (ceux qui survivent) vivent trop longtemps sans travailler. En clair, sans être encore « taillables et corvéables ».

Mais c’est dans l’air du temps : les vieux survivants coûtent trop cher ; en clair, ils mettent à mal les caisses de pensions publiques (qu’il faudra – horreur ! – combler par l’impôt) et celles des sociétés d’assurances complémentaires, dont ces folles dépenses rabotent les profits.

Je ne peux m’empêcher de penser que quand on avait fixé l’âge de la retraite à (par exemple) 65 ans, on comptait bien que les retraités (la plupart) ne dépasseraient pas cet âge de beaucoup. Mauvais calcul ; surtout que cela ne va pas s’arranger ; c’est le triomphe de la médecine. Les vieux se portent mieux et comme Guccini, nombre d’entre eux disent : « J’AI ENCORE LA FORCE DE VIVRE ». Donc, maintenant qu’une part d’entre eux se portent mieux, on (les riches, les puissants et leur basse-cour) veut retarder l’échéance de la libération du travail. C’est ce combat caché que révèle la chanson de Francesco Guccini.

J’ai cependant la nette impression que ce n’est pas le cas de tous.

En fait, pour la plupart des gens – surtout les plus pauvres, même s’ils survivent, cette force-là, ils ne l’ont plus. On peut, on doit considérer cette chanson de Guccini comme celle d’un survivant qui aurait échappé au naufrage ou qui serait revenu vivant de la guerre ; un Chveik en pleine forme et qui chante sa fortune.

Je t’interromps, car tu te lances et on ne sait jamais où tu vas t'arrêter et il nous faut reprendre ici notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde cachottier, lamentable, menteur, tricheur et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I.




J’ai encore la force de marcher,
De réagir pour ne pas me laisser aller.
J’ai encore cette force qui donne confiance
Quand on dit : « On commence ! »

J’ai encore la force de regarder alentour
Mêlant mes mots à deux paquets par jour,
D’aller là où on m’attend,
Toujours plein d’allant.

J’habite toujours chez moi
Dans cette rue qu’on ne reconnaît pas
Et je suis allé par le monde
Et du monde, je suis revenu vif encore.

J’ai encore la force d’être là racontant
Mes histoires de toujours et mes amours
Et mes erreurs que jour après jour
Pour d’étranges raisons, je vais répétant.

J’ai encore la force de ne pas me planquer,
De choisir ma vie en savourant chaque pas,
De compter les amis disparus et de marmonner
« Nous nous reverrons… », à part moi.

J’ai encore la force de choisir mes paroles
Par jeu, pour le goût de m’épancher
Car, que cela plaise ou non, il s’est trouvé
Que c’est ce que je sais faire.

J’habite toujours chez moi
Dans cette rue qu’on ne reconnaît pas
Et je suis allé par le monde
Et du monde, je suis revenu vif encore.

Et j'ai encore la force de demander pardon
Ou, la conscience offensée, d'encore fulminer
De vous dire ma partie de toute façonJe peux vous l'assurer



lundi 28 décembre 2015

CIRCUS LA PAUVRETÉ

CIRCUS LA PAUVRETÉ


Version française – CIRCUS LA PAUVRETÉ – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Circus la pauvretéCasa Del Vento – 2001


Je me demande ce que demain on cherchera ;
Le train est passé et qui sait quand il reviendra.





















Comme dirait Marco Valdo, une chanson sur la guerre de 100, 1000 ans.

Vois-tu, Lucien l’âne mon ami, notre ami des Chansons contre la Guerre, DQ82, dit que cette chanson est une canzone sur la guerre de 100, 1000 ans. Et pourquoi pas ? Ce n’est pas faux. Il se peut qu’il y ait aussi des guerres de cent (100) ans (j’en connais au moins une), des guerres de mille (1000) ans et une telle chanson pourrait s’y référer.

Ah, dit Lucien l’âne en souriant, on dirait que cette idée de Guerre de Cent Mille Ans fait son petit bonhomme de chemin.

C’est vrai et j’en suis bien content. Cependant, la Guerre de Cent Mille Ans, telle que je l’avais imaginée, est une guerre un peu particulière, car c’est la Guerre qui contient à la fois les épisodes de guerre (militaire) et les épisodes intercalaires de paix (militaire) ; mais en plus, elle est bien plus vaste, car elle postule que la guerre militaire n’est qu’une des formes possibles de la guerre. C’est une modélisation d’une conception dont le fondement est que la guerre durera tant que les conditions qui la fondent se maintiendront. Le chiffre de Cent Mille Ans servait à montrer son ampleur par rapport à la durée de vie humaine ; c’est un nombre arbitraire qui veut signifier que cette guerre n’est pas un phénomène momentané (disons par exemple une guerre de cent ans pour fixer les frontières entre des États), mais un phénomène de l’évolution comme qui dirait, intrinsèque à l’espèce humaine. Cette Guerre de Cent Mille Ans est le résultat d’une aberration, d’un raté de l’évolution – au sens darwinien.

Je pense bien suivre ton idée, Marco Valdo M.I. mon ami, en disant que dans le domaine du spectacle, on parlerait d’une erreur de casting ou quelque chose du genre.

On peut en effet dire quelque chose du genre, même si ce n’est pas vraiment ça. L’essentiel pourrait bien être que d’une part, il faut tenir compte de sa longueur – qui balaye bien des illusions et d’autre part, de sa nature particulière. Elle est le résultat, lui-même évolutif, d’un processus – toujours en cours – de privatisation du monde, d’un processus d’accaparement par certains humains ou groupes d’humains de ce que l’ensemble de l’espèce produit dans sa relation avec la nature.

Alors, dit Lucien l’âne soudain pensif, le problème est donc de savoir comment l’espèce humaine va se sortir du piège de la richesse, dans lequel elle s’est elle-même enferrée.

Tu parles d’or, Lucien l’âne mon ami. Pour être plus net quant à la richesse (aux richesses…), on la définira comme : « ce que l’ensemble de l’espèce humaine produit ». Il faut également préciser ce qu’elle produit, à savoir : elle-même (des êtres humains), de la vie, des groupes, de l’organisation, des vivres, des objets, des soins, etc. C’est tout cela qu’ils accaparent et bien d’autres choses encore

Arrêtons là, si tu veux bien, car…

Arrêtons, arrêtons, on n’en finirait pas. Je veux juste ajouter ceci que la réflexion sur la nature de la guerre me paraît le sujet central des Chansons contre la Guerre. Cela dit, je n’en ferai pas un traité. D’ailleurs, ici, il se fait tout seul : chanson après chanson.

Admettons ; il doit bien y avoir du vrai dans tout ce que tu racontes, dit Lucien l’âne en agitant la queue. Reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde polémophile, belliqueux, guerroyant, malade de la richesse et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Il se fait, que le temps ne donne plus
Quelque chose de plus,
Quelque chose que nous n’avons pas là,
Qui ne suffira pas, qui ne durera pas,
Même pas pour celui qui l’a eu.

Je me demande ce que demain on trouvera ;
Le train est loin et qui sait quand il repassera.

Je sais que je ne trouverai pas
Une place pour moi
Il est déjà trop tard, si je le sais
Vraiment je pourrai ?
On verra ce qui va suivre
Le moyen de survivre.

Je me demande ce que demain on cherchera ;
Le train est passé et qui sait quand il reviendra.

Regarde combien nous sommes
Circus la pauvreté
J’imaginais être un homme
Dans cette pauvreté
Le chariot sait déjà
Avec qui il voyagera
Ne reviendra pas, n’échappera pas
À la pauvreté.

Ce qu’ensuite, il y aura
Celui qui nous avilira
Nous tenant dans la pauvreté
Qui nous achètera
Et nous liquidera
En tissant pour la disparité.

Pourquoi vous riez, il ne faut pas se moquer.
Le train ne passe pas et il n’entend pas passer.

Regarde combien nous sommes
Circus la pauvreté
J’imaginais être un homme
Dans cette pauvreté
Le chariot sait déjà
Avec qui il voyagera
Ne reviendra pas, n’échappera pas
À la pauvreté.

dimanche 27 décembre 2015

La Théière Céleste


La Théière Céleste

Chanson française – La Théière Céleste – Marco Valdo M.I. – 2015







La théière est irréfutable comme l'éléphant.
À la disparition du Soleil, elle nous sauvera, pourtant.







Voici, Lucien l’âne mon ami, l’histoire de la théière céleste.


Quoi ? De quoi tu me parles, Marco Valdo M.I., mon ami ? D’une théière céleste, et il faudrait y croire.


Bien évidemment qu’on doit y croire et qu’on ne saurait la nier sous peine de sévère réprobation. Mais je ne t’en veux pas de ta stupéfiante ignorance ; dans le fond, tu es un âne. Écoute bien, Lucien l’âne mon ami, la théière céleste est attestée par les plus grandes écritures, par les livres les plus saints, par les saints les plus ivres. Mordicus d’Athènes, philosophe éminent, inspirateur de l’école éthylique, l’attestait déjà de toute son autorité. T’ai-je dit que c’était une planète, du moins en apparence, mais c’est bien plus que ça. Elle date d’avant le big-bang et ce serait elle qui l’aurait provoqué en laissant couler sur le monde un peu de son thé sacré. Il nous faut donc assurément chanter sa gloire et c’est ce que fait cette chanson.


Cette théière céleste, dis-moi, d’où vient-elle ? Qui donc l’a inventée ? Où l’as-tu pêchée ?


Lucien l’âne mon ami, tu es trop perspicace. On ne saurait se gausser de toi. J’avoue : cette théorie n’est pas de moi, mais elle est l’œuvre d’un grand philosophe, d’un grand mathématicien et d’un grand pacifiste. Tu auras sans doute reconnu Bertrand Russell qui, dans un de ses ouvrages (Is there a god ? - 1952), se demandait en bonne logique – et il était logicien – pourquoi fallait-il que ce soient les sceptiques (entendons ici, les athées) qui prouvent l’inexistence de Dieu ou des Dieux. Il eut fallu d’abord en bonne logique assurer l’existence de Dieu ou des Dieux pour pouvoir aborder la question de leur existence ou de leur inexistence. Que penserait le Pape ou je ne sais quel grand croyant si par exemple, je lui demandais, si je lui enjoignais de prouver l’inexistence du Chlurp, entité surnaturelle de première grandeur qui au nom de la sainte concurrence et des règlements de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) entendrait s’installer également dans les églises, qui je te le rappelle, sont la plupart du temps financées par les fonds publics. 
 Comme dit tonton Georges dans Tempête dans un bénitier :
« Le souverain pontife avec
Les évêques, les archevêques
Nous font un satané chantier »


Comme ici, on est sérieux, j’aimerais, Marco Valdo M.I. mon ami, que tu me dises exactement où je peux trouver trace en français de cette sacrée théière.


C’est légitime et je te réponds sans hésitation et en pleine transparence. Je l’ai rencontrée dans un petit ouvrage publié aux éditions Perrin (Collection Tempus) d’un certain Richard Dawkins, intitulé « Pour en finir avec Dieu. La traductrice, d’une écriture excellente au demeurant, est Marie-France Desjeux-Lefort. On trouvera cette anecdote de Russell à la page 71.
Une théière, il fallait bien être Anglais pour imaginer une théière. Les Romains, ancêtres des Italiens ont bien imaginé un Dieu… Il est vrai qu’au milieu de tous les objets divers qui circulent dans l’espace, une petite théière a toutes les chances de passer inaperçue.


En tous cas pas ici. Cela dit, reprenons notre tâche et tissons le saint suaire de ce vieux monde rongé par les mythes, imaginatif, halluciné, spirituel et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.




Beaucoup de croyants disent
Ne pas aimer qu’on les contredise.
Ils n’admettent la discussion
Que si d’avance, on leur laisse raison.

Aux autres, disent-ils, de réfuter
Nos intangibles dogmes.
On ne saurait nous-mêmes
Les prouver.

C’est ici qu’intervient la théière.
J’y crois, je l’ai vue toute entière.
La preuve, elle m’a proposé
Après ma mort, l’éternité.

Entre Mars et la Terre
Gravite la théière
De belle et bonne porcelaine,
C’est une planète naine.

Elle se promène en ellipse
Comme une grande autour du Soleil.
Personne ne peut le contredire
Une planète et une planète, c’est pareil.

Dans l’espace, elle est si petite,
Les télescopes ne peuvent l’apercevoir.
Il faudrait pourtant bien voir
Que quelqu’un la mette en doute.

Son existence est attestée
Par mille légendes sacrées,
Par les livres les plus anciens,
Écrits de la main des plus grands saints.

Tous les dimanches aux offices
On la prêche.
Toute l’année à l’école
On l’enseigne.

Qui la niera sera vilipendé
S’il lui prend l’envie d’en discuter.
La théière est irréfutable comme l'éléphant.
À la disparition du Soleil, elle nous sauvera, pourtant.



Procès et condamnation

Procès et condamnation

Chanson française – Procès et condamnation – Marco Valdo M.I. – 2015

Ulenspiegel le Gueux – 18

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel – I, LXIX)

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :
Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.
Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

Autan et sécheresse dépérissent les arbres
Quand on étouffe la libre conscience.



Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la dix-huitième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les dix-sept premières étaient, je te le rappelle :

01 Katheline la bonne sorcière  (Ulenspiegel – I, I)
02 Till et Philippe (Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)
03. La Guenon Hérétique (Ulenspiegel – I, XXII)
04. Gand, la Dame (Ulenspiegel – I, XXVIII)
05. Coupez les pieds ! (Ulenspiegel – I, XXX)
06. Exil de Till (Ulenspiegel – I, XXXII)
07. En ce temps-là, Till (Ulenspiegel – I, XXXIV)
08. Katheline suppliciée (Ulenspiegel – I, XXXVIII)
09. Till, le roi Philippe et l’âne (Ulenspiegel – I, XXXIX)
10. La Cigogne et la Prostituée (Ulenspiegel – I, LI)
13. Indulgence  (Ulenspiegel – I, LIV)
14. Jef, l’âne du diable  (Ulenspiegel – I, LVII)
15. Vois-tu jusque Bruxelles ?  (Ulenspiegel – I, LVIII)
16. Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection (Ulenspiegel – I, LXVIII)
17. Hérétique le Bonhomme  (Ulenspiegel – I, LXIX)

Sans doute, Lucien l’âne mon ami, as-tu encore dans les oreilles le lancinant appel de Katheline : « Le feu ! Le feu ! Creusez-un trou, l’âme veut sortir ! » et sans doute aussi, avais-tu pressenti que c’était là une sorte de prémonition, un cri de Cassandre. En effet, dans Till le Gueux, un peu comme dans “La Jeune Fille et la Mort” de Franz Schubert s’entrecroisent les thèmes et la mort fait entendre sa voix au travers des incantations de Katheline. Et sans doute encore, te souviens-tu de l’arrestation de Claes par le prévôt et les quatre sergents.

Sûrement que je m’en souviens, Marco Valdo M.I., mon ami, et même, j’ai comme l’idée que ce qui arrive à Claes est à interpréter d’un point de vue symbolique. Je veux dire que j’ai la conviction que Claes est une figure qui incarne tous ceux qui sont – au cours de l’Histoire – dénoncés comme hérétiques par un pouvoir ou une religion.

Peut-être bien, dit Marco Valdo M.I. Cependant, pour les pouvoirs d’État (sauf s’ils sont théocratiques ou religieux), il n’y a pas d’hérésie, car ils ne se fondent pas sur une croyance à un ou plusieurs dieux, même s’ils peuvent l’être sur une eschatologie, sur l’espérance ou l’annonciation de mondes meilleurs. Dans ce dernier cas, il peut y avoir des sortes d’hérésies et d’hérétiques. Le vocabulaire qu’on leur applique est cependant différent, on parle alors d’opposants, de déviationnistes, de dissidents, etc. Mais globalement, la démarche est la même : ils ne suivent pas dans le droit chemin. Pour les puissants, ils sont simplement de la mauvaise herbe.

De la mauvaise herbe qu’il faut extirper, j’imagine, dit Lucien l’âne d’un ton sévère. Ce serait une mauvaise idée, car nous les ânes, on aime la mauvaise herbe…

Bien sûr, c’est le destin de la mauvaise herbe vu par le jardinier entiché de pelouse et de gazon ras. Cette chanson « Procès et Condamnation » raconte ce qu’il advient de Claes qu’on avait mis en prison. Son interrogatoire est très émouvant et montre comment un homme libre peut jusqu’au bout garder sa dignité. Claes ne plie à aucun moment sur l’essentiel. Il résiste, résiste, résiste.

On dirait bien, Marco Valdo M.I. mon ami, que cet hérétique applique jusqu’au bout la devise que nous avons adoptée : « Ora e sempre : Resistenza !».

Ensuite, il y a le visage du traître, du dénonciateur qui – en dépit de l’anonymat de sa honteuse action – est révélé à tout le monde. Ici, une petite parenthèse s’impose. Le roi Philippe avait – à la suite de son père – mis en place un système de délation efficace et particulièrement profitable. Il accordait au dénonciateur en « héritage » une part des biens du condamné : voilà pour l’efficace ; et il s’en gardait la plus grande partie, voilà pour le profitable. Pour le zélateur, les conséquences viendront plus tard, car les gens – même dans ce terrible régime – n’aimaient pas les délateurs. Et à propos de régime, celui-là comme tous les autres régimes, a comme principal ennemi la liberté de pensée ou de conscience – ce qui foi de Valdo, est la même chose. Pour le pouvoir, il s’agit de l’empêcher d’exister, car elle finit toujours par troubler l’ordre public. Mais, Lucien l’âne mon ami, ne te laisse pas prendre à cet astucieux tour de passe-passe, qui consiste à confondre ordre public et paix. À car égard, Claes pose la bonne question : « Quand pourra-t-on vivre en paix ? ».

Je vais te rassurer, Marco Valdo M.I. mon ami, sur l’état de ma pensée en ce qui concerne cette utopie qu’est la « paix » tant que durera la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] que les riches et les puissants font aux pauvres pour assurer leur main-mise sur le monde, renforcer leur domination sur les gens, accroître leurs richesses, étendre leurs privilèges, développer l’exploitation des hommes et de la nature… je me pose la même question que cet accusé d’antan. C’était il y a cinq siècles et nous nous posons encore et toujours, la même question, bien que l’on connaisse la solution : la disparition de la richesse et de l’avidité qui en découle.

On voit donc bien comment atteindre la « paix » ; reste à savoir quand on y arrivera. En la matière, il existe deux solutions : une solution apocalyptique et une solution ordinaire. Je penche nettement pour l’ordinaire qui découle d’une évolution.

Mais laissons cela… sinon nous y serons encore demain et tissons le linceul de ce vieux monde pieux, vieux, inquisitorial, mortel et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



On sut bientôt dans tous les alentours
Qu’un homme était prisonnier et serait jugé
L’Inquisiteur Sans Pitié le fera brûler
Comme il le fait toujours.

Sous le tilleul, le tribunal se réunit.
Le populaire en grande multitude dit :
Les juges ici ne diront pas justice,
Ils condamneront, c’est leur saint office.

Le dénonciateur, anonyme comme il se doit
Entre d’autres hérésies, avait ouï, caché en retrait :
« La Prostituée romaine un jour tombera. »
Et Claes qui disait : « Quand pourra-t-on vivre en paix ? »

Qui est ce dénonciateur, ce traître vil et bas,
Avide, avare, âpre au gain comme le roi ?
C’est toi le poissonnier au vilain museau de rat
Pour l’héritage, tu as fait cette laide chose-là.

Le juge demande : « Dis-moi, si tu crois
Que le Pape représente Dieu ici-bas. »
« Non, dit l’accusé, je ne le pourrais pas. »
Jusqu’au bout, Claes ne se rendit pas.

« Où est Till, mon fils en errance ?
Seras-tu brave, ma douce commère ? »
Autan et sécheresse dépérissent les arbres
Quand on étouffe la libre conscience.

Et les gens criaient : « Pitié, miséricorde ! »
Et le juge en place du feu offrait la corde.
Et les gens dirent encore : « Feu ou corde, c’est la mort ! »
L’Inquisiteur clamait : « Ce n’est rien de brûler les corps.

Aux hérétiques, il faut sauver l’âme impure.
Les forcer par la torture à renier leurs erreurs.
Il faut aux peuples imposer la foi par la terreur. »
Les femmes disaient : « Où il y a aveu, il n’y a pas torture. »

Pour l’Inquisiteur, il faut abjurer avant de mourir ;
On ne put amener le Bonhomme à se dédire.
La torture n’étant point prescrite par la loi,
Hérétique ; à brûler jusqu’à la mort, on le condamna.

Claes cria : « Tu mourras de male mort, immonde scélérat
Qui pour un petit denier, un homme libre dénonça. »
Et le poissonnier, comme le roi,
D’une part des biens du martyr hérita.