dimanche 27 décembre 2015

Procès et condamnation

Procès et condamnation

Chanson française – Procès et condamnation – Marco Valdo M.I. – 2015

Ulenspiegel le Gueux – 18

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel – I, LXIX)

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :
Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.
Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

Autan et sécheresse dépérissent les arbres
Quand on étouffe la libre conscience.



Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la dix-huitième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les dix-sept premières étaient, je te le rappelle :

01 Katheline la bonne sorcière  (Ulenspiegel – I, I)
02 Till et Philippe (Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)
03. La Guenon Hérétique (Ulenspiegel – I, XXII)
04. Gand, la Dame (Ulenspiegel – I, XXVIII)
05. Coupez les pieds ! (Ulenspiegel – I, XXX)
06. Exil de Till (Ulenspiegel – I, XXXII)
07. En ce temps-là, Till (Ulenspiegel – I, XXXIV)
08. Katheline suppliciée (Ulenspiegel – I, XXXVIII)
09. Till, le roi Philippe et l’âne (Ulenspiegel – I, XXXIX)
10. La Cigogne et la Prostituée (Ulenspiegel – I, LI)
13. Indulgence  (Ulenspiegel – I, LIV)
14. Jef, l’âne du diable  (Ulenspiegel – I, LVII)
15. Vois-tu jusque Bruxelles ?  (Ulenspiegel – I, LVIII)
16. Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection (Ulenspiegel – I, LXVIII)
17. Hérétique le Bonhomme  (Ulenspiegel – I, LXIX)

Sans doute, Lucien l’âne mon ami, as-tu encore dans les oreilles le lancinant appel de Katheline : « Le feu ! Le feu ! Creusez-un trou, l’âme veut sortir ! » et sans doute aussi, avais-tu pressenti que c’était là une sorte de prémonition, un cri de Cassandre. En effet, dans Till le Gueux, un peu comme dans “La Jeune Fille et la Mort” de Franz Schubert s’entrecroisent les thèmes et la mort fait entendre sa voix au travers des incantations de Katheline. Et sans doute encore, te souviens-tu de l’arrestation de Claes par le prévôt et les quatre sergents.

Sûrement que je m’en souviens, Marco Valdo M.I., mon ami, et même, j’ai comme l’idée que ce qui arrive à Claes est à interpréter d’un point de vue symbolique. Je veux dire que j’ai la conviction que Claes est une figure qui incarne tous ceux qui sont – au cours de l’Histoire – dénoncés comme hérétiques par un pouvoir ou une religion.

Peut-être bien, dit Marco Valdo M.I. Cependant, pour les pouvoirs d’État (sauf s’ils sont théocratiques ou religieux), il n’y a pas d’hérésie, car ils ne se fondent pas sur une croyance à un ou plusieurs dieux, même s’ils peuvent l’être sur une eschatologie, sur l’espérance ou l’annonciation de mondes meilleurs. Dans ce dernier cas, il peut y avoir des sortes d’hérésies et d’hérétiques. Le vocabulaire qu’on leur applique est cependant différent, on parle alors d’opposants, de déviationnistes, de dissidents, etc. Mais globalement, la démarche est la même : ils ne suivent pas dans le droit chemin. Pour les puissants, ils sont simplement de la mauvaise herbe.

De la mauvaise herbe qu’il faut extirper, j’imagine, dit Lucien l’âne d’un ton sévère. Ce serait une mauvaise idée, car nous les ânes, on aime la mauvaise herbe…

Bien sûr, c’est le destin de la mauvaise herbe vu par le jardinier entiché de pelouse et de gazon ras. Cette chanson « Procès et Condamnation » raconte ce qu’il advient de Claes qu’on avait mis en prison. Son interrogatoire est très émouvant et montre comment un homme libre peut jusqu’au bout garder sa dignité. Claes ne plie à aucun moment sur l’essentiel. Il résiste, résiste, résiste.

On dirait bien, Marco Valdo M.I. mon ami, que cet hérétique applique jusqu’au bout la devise que nous avons adoptée : « Ora e sempre : Resistenza !».

Ensuite, il y a le visage du traître, du dénonciateur qui – en dépit de l’anonymat de sa honteuse action – est révélé à tout le monde. Ici, une petite parenthèse s’impose. Le roi Philippe avait – à la suite de son père – mis en place un système de délation efficace et particulièrement profitable. Il accordait au dénonciateur en « héritage » une part des biens du condamné : voilà pour l’efficace ; et il s’en gardait la plus grande partie, voilà pour le profitable. Pour le zélateur, les conséquences viendront plus tard, car les gens – même dans ce terrible régime – n’aimaient pas les délateurs. Et à propos de régime, celui-là comme tous les autres régimes, a comme principal ennemi la liberté de pensée ou de conscience – ce qui foi de Valdo, est la même chose. Pour le pouvoir, il s’agit de l’empêcher d’exister, car elle finit toujours par troubler l’ordre public. Mais, Lucien l’âne mon ami, ne te laisse pas prendre à cet astucieux tour de passe-passe, qui consiste à confondre ordre public et paix. À car égard, Claes pose la bonne question : « Quand pourra-t-on vivre en paix ? ».

Je vais te rassurer, Marco Valdo M.I. mon ami, sur l’état de ma pensée en ce qui concerne cette utopie qu’est la « paix » tant que durera la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] que les riches et les puissants font aux pauvres pour assurer leur main-mise sur le monde, renforcer leur domination sur les gens, accroître leurs richesses, étendre leurs privilèges, développer l’exploitation des hommes et de la nature… je me pose la même question que cet accusé d’antan. C’était il y a cinq siècles et nous nous posons encore et toujours, la même question, bien que l’on connaisse la solution : la disparition de la richesse et de l’avidité qui en découle.

On voit donc bien comment atteindre la « paix » ; reste à savoir quand on y arrivera. En la matière, il existe deux solutions : une solution apocalyptique et une solution ordinaire. Je penche nettement pour l’ordinaire qui découle d’une évolution.

Mais laissons cela… sinon nous y serons encore demain et tissons le linceul de ce vieux monde pieux, vieux, inquisitorial, mortel et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



On sut bientôt dans tous les alentours
Qu’un homme était prisonnier et serait jugé
L’Inquisiteur Sans Pitié le fera brûler
Comme il le fait toujours.

Sous le tilleul, le tribunal se réunit.
Le populaire en grande multitude dit :
Les juges ici ne diront pas justice,
Ils condamneront, c’est leur saint office.

Le dénonciateur, anonyme comme il se doit
Entre d’autres hérésies, avait ouï, caché en retrait :
« La Prostituée romaine un jour tombera. »
Et Claes qui disait : « Quand pourra-t-on vivre en paix ? »

Qui est ce dénonciateur, ce traître vil et bas,
Avide, avare, âpre au gain comme le roi ?
C’est toi le poissonnier au vilain museau de rat
Pour l’héritage, tu as fait cette laide chose-là.

Le juge demande : « Dis-moi, si tu crois
Que le Pape représente Dieu ici-bas. »
« Non, dit l’accusé, je ne le pourrais pas. »
Jusqu’au bout, Claes ne se rendit pas.

« Où est Till, mon fils en errance ?
Seras-tu brave, ma douce commère ? »
Autan et sécheresse dépérissent les arbres
Quand on étouffe la libre conscience.

Et les gens criaient : « Pitié, miséricorde ! »
Et le juge en place du feu offrait la corde.
Et les gens dirent encore : « Feu ou corde, c’est la mort ! »
L’Inquisiteur clamait : « Ce n’est rien de brûler les corps.

Aux hérétiques, il faut sauver l’âme impure.
Les forcer par la torture à renier leurs erreurs.
Il faut aux peuples imposer la foi par la terreur. »
Les femmes disaient : « Où il y a aveu, il n’y a pas torture. »

Pour l’Inquisiteur, il faut abjurer avant de mourir ;
On ne put amener le Bonhomme à se dédire.
La torture n’étant point prescrite par la loi,
Hérétique ; à brûler jusqu’à la mort, on le condamna.

Claes cria : « Tu mourras de male mort, immonde scélérat
Qui pour un petit denier, un homme libre dénonça. »
Et le poissonnier, comme le roi,
D’une part des biens du martyr hérita.



samedi 26 décembre 2015

CHANSON GUERRIÈRE


CHANSON GUERRIÈRE

Version française – CHANSON GUERRIÈRE – Marco Valdu M.I. – 2015
d'après la version italienne (littérale) de Krzysiek Wrona
d'une
Chanson polonaise – Piosenka walczącaGrzegorz Dąbrowski – 2015



Nous luttons seulement avec nous-mêmes
Contre notre tête.


Je me bats contre moi-même ;
Je suis mon ennemi le plus proche ;
Je me bats seul avec moi-même
Contre ma tête.
Celui-ci lutte pour son terroir
Un autre lutte pour le savoir ;
Celui-ci lutte pour l'équité
Et un autre pour l'égalité.

Le monde entier lutte, lutte
Depuis déjà des années, lutte, lutte.
Je me bats et tu te bats ;
Qui a gagné, qui gagna ?

La lutte contre le cancer est une chose effrayante,
Celle contre les moulins à vent n'est pas moins importante.
Si on partage la croyance
Que cette lutte change quelque chose :
La lutte contre le feu et la lutte contre le froid,
La lutte contre les ténèbres et la lutte contre la faim,
La lutte contre le racisme et la lutte contre la xénophobie,
La lutte pour la vérité, la lutte contre les armes nucléaires,
La lutte pour la liberté, argument fréquent
Pour la démocratie, mais particulièrement pour qui a le droit,
La lutte pour l'honneur, de préférence au nom de Dieu,
La lutte pour l'ego et la lutte pour les paroles.

Le monde entier lutte, lutte
Depuis déjà des années, lutte, lutte.
Je me bats et tu te bats ;
Qui a gagné, qui gagna ?

Un combat pour un autre
Et l'autre demande : « Mais qu'est-ce que j'y gagne ? »
Aujourd'hui, tu luttes pour les idéaux ;
Demain, tu fomentes les incendies.
Aujourd'hui, tu luttes pour le pouvoir ;
Demain, tu méprises tout le monde.
Nous luttons contre nous-mêmes ;
Là, se trouve notre ennemi le plus proche.
Nous luttons seulement avec nous-mêmes
Contre notre tête.

Le monde entier lutte, lutte
Depuis déjà des années, lutte, lutte.
Je me bats et tu te bats ;
Qui a gagné, qui gagna ?


Appel pour Jean Meslier

22 août 2008

Appel pour Jean Meslier








À tous présents et à venir, salut !

Il existe une pièce de théâtre qui donne la parole à Jean Meslier et un remarquable petit théâtre de Bruxelles qui la portait depuis sa création. La Ministre de la Culture vient de tuer le Théâtre et d’asphyxier la pièce. Il faut que la Ministre en question est membre du parti catholique, qui se dissimule en Belgique sous le nom jésuitique de « Centre Démocrate Humaniste », on ne peut plus faux-cul.

La pièce s’intitule :

Curé le jour, athée la nuit...

La bonne parole du curé Meslier


En résumé, la Ministre de la Culture a supprimé la dotation au Théâtre Poème où j'ai donné (in illo tempore) vers 1965 des conférences sur Boris Vian et parmi toutes les conséquences de cet assassinat assez analphabète, la pièce de Jean-François Jacobs à propos de Jean Meslier a été elle aussi asphyxiée. Sauf si on l'aide, ce que j'ai déjà fait un peu. Il n'est pas nécessaire de se ruiner, mais il est important de faire savoir qu'on soutient les artistes.
Par ailleurs, ABA (association belge des athées) a décidé de se porter productrice de ce spectacle.
On peut aussi faire circuler l'info.

Voir en annexe pour les détails :





Cordial

Marco Valdo M.I.




vendredi 25 décembre 2015

Hérétique le Bonhomme

Hérétique le Bonhomme


Chanson française – Hérétique le Bonhomme – Marco Valdo M.I. – 2015

Ulenspiegel le Gueux – 17

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel – I, LXVII)

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :
Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.
Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.


Hérétique, hérétique, le bonhomme.
On l’a dénoncé, il doit mourir.



Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la dix-septième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les seize premières étaient, je te le rappelle :

01 Katheline la bonne sorcière [[50627]] (Ulenspiegel – I, I)
02 Till et Philippe [[50640]](Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)
03. La Guenon Hérétique [[50656]](Ulenspiegel – I, XXII)
04. Gand, la Dame [[50666]](Ulenspiegel – I, XXVIII)
05. Coupez les pieds ! [[50687]](Ulenspiegel – I, XXX)
06. Exil de Till [[50704]](Ulenspiegel – I, XXXII)
07. En ce temps-là, Till [[50772]](Ulenspiegel – I, XXXIV)
08. Katheline suppliciée [[50801]](Ulenspiegel – I, XXXVIII)
09. Till, le roi Philippe et l’âne [[50826]](Ulenspiegel – I, XXXIX)
10. La Cigogne et la Prostituée [[50862]](Ulenspiegel – I, LI)
11. Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! [[50880]](Ulenspiegel – I, LII)
13. Indulgence [[51015]] (Ulenspiegel – I, LIV)
14. Jef, l’âne du diable [[51076]] (Ulenspiegel – I, LVII)
15. Vois-tu jusque Bruxelles ? [[51124]] (Ulenspiegel – I, LVIII)
16. Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection [[51150]] (Ulenspiegel – I, LVIII)


Lors donc, Lucien l’âne mon ami, toi qui aimes que je t’explique d’abord le titre des canzones, il est à présent question d’un bonhomme, d’un hérétique. L’hérétique est quelqu’un qui fait l’objet d’une vindicte particulière de la part d’une église ou d’une religion ; en pratique, est hérétique toute personne qui dérange une église ou une religion ou qui met en cause ses fondements ou son existence. Il est certes toutes sortes d’hérétiques. C’est une production prolifique des religions (sans religion, pas d’hérétique)et dans le cas de la chanson, de la religion catholique. Depuis sa création, elle en a produit quasiment sans interruption de nouveaux modèles, comme l’industrie automobile. Est hérétique, tout qui met en cause le dogme, les pratiques ou le pouvoir de l’Église. Je te prie de considérer que l’Église et sa prétention à l’unicité 
résulte – en définitive – de la nécessité pour l’Empire de disposer d’une religion unique. C’était encore, il t’en souvient sans doute, le projet de Charles-Quint et Philippe le roi, son fils, entendra faire pareil dans son royaume. Ceci pour la première partie du titre de la canzone.

Salut à toi, Marco Valdo M.I., mon ami, j’apprécie en effet beaucoup de t’écouter expliciter les titres, gloser à propos des canzones ou d’autre chose. Donc, pour ce qui est des hérétiques, me voilà servi, du moins pour l’instant, car je pense qu’on y reviendra. Ce qui m’intrigue plus, c’est ce bonhomme, avec majuscule en plus.

Qu’est-ce qu’un Bonhomme, singulièrement quand il s’agit d’hérétiques. Historiquement, on connaît des Bons Hommes et des Bonnes Femmes, suspects d’hérésie. C’étaient les noms que se donnaient les Cathares qui, si tu veux bien t’en souvenir, firent l’objet de la part de l’Église Catholique d’une série de furieuses croisades, de procès inquisitoriaux et de grands massacres jusqu’à leur complète élimination. Ce qui prit plus de trois cents ans. Ce fut une persécution immonde, en tous points semblable à celle dont firent l’objet – à la même époque – les membres de la Fraternité des Pauvres de Lyon, autrement dit les partisans de Valdo et en Italie, les Dolciniens, partisans de Dolcino et de Marguerite. Et l’affaire n’est pas close. Suis bien ceci un instant que ces Bonshommes, ces hérétiques – au-delà des errances théologiques – étaient surtout poursuivi de la vindicte ecclésiastique en ce qu’ils mettaient en cause le plus important pour l’Église (en ce temps-là et aujourd’hui encore) : le pouvoir et son avidité pour les richesses terrestres. En peut-il exister d’autres, d’ailleurs ?

En somme, dit Lucien l’âne en balançant la tête et col, excuse-moi pour cette intervention, c’est toujours là une facette de cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux démunis afin de maintenir leur domination sur le monde, de tenir les pauvres en soumission, d’empêcher toute remise en cause réelle de l’état des choses, de promettre tout et n’importe quoi et de ne pas le tenir, le paradis et la rédemption, d’accroître leurs fortunes, de développer l’exploitation des hommes et de la nature et de garantir leurs privilèges.

Bien évidemment et cela perdure à présent. Il s’agit de mener le troupeau et de réduire toutes les voies de la liberté. Venons-en à présent, car cela t’importe aussi, à la canzone et à la suite de l’histoire de Till le Gueux. Cette fois, c’est en quelque sorte un épisode intermédiaire, mais rempli d’enseignements sur la suite des événements, que toutefois, je ne dévoilerai pas trop.

Il te faudra sans doute y revenir, dit Lucien l’âne en se dandinant. Car le futur éclaire le présent comme le présent éclaire le passé.

Car le passé éclaire le présent comme le présent, le futur. N’oublions pas que cette Légende d’Ulenspiegel est déjà écrite (par Charles De Coster, notamment), mais pas entièrement. Pour l’instant, je te le dis, nous avançons à tâtons. C’est ma façon de procéder.

Mais dis-moi quand même quelques choses…

En résumé, c’est la canzone du retour de Till, de l’arrivée du messager, de l’annonce du supplice de Josse (le frère de Claes et donc, l’oncle de Till) et de l’arrestation de Claes pour hérésie. Je disais l’épisode intermédiaire, il faut comprendre central. Le tout bercé par l’intermittente lamentation de Katheline : « Le feu ! Le feu ! Creusez-un trou, l’âme veut sortir ! ».

Me voilà comblé et il ne me reste plus qu’à écouter la canzone que – beau ménestrel – tu vas me dire et nous reprendrons ensuite le cours de notre tâche en tissant de nos pauvres mains le linceul de ce vieux monde malade du pouvoir, impotent, trompeur, criminel et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Quand roulait la procession du Saint Sang,
Claes attendait Till anxieusement
Sur le pas de la porte, il guignait
L’homme de haute stature qui s’en venait.

L’homme ramassait les carottes
À même la terre et crues, les croquait.
L’homme arriva au coin de la rue, peu après.
Entre chez moi, dit Claes, retire tes bottes.

Bénis ceux qui sont doux à l’errant.
Tu as soif, tu as faim.
Depuis huit jours, je ne mange rien
Que les racines des bois et les carottes des champs.

Apportes-tu des nouvelles, messager ?
Ton frère Josse est mort sur la roue.
Méchant bourreau, mon pauvre frère.
L’homme donne à Claes le fraternel baiser.

Le messager resta sept jours entiers.
Toutes les nuits, il entendait Katheline crier :
« Le feu ! Le feu ! Creusez-un trou, l’âme veut sortir ! ».
Puis, le Bonhomme dut repartir.

Voici le prévôt et quatre sergents ;
Qui donc viennent-ils chercher ?
Claes se bat pour sa liberté.
Il est innocent, il est innocent.

« Le feu ! Le feu ! Creusez-un trou, l’âme veut sortir ! »
Qu’a donc fait mon pauvre homme ?
Hérétique, hérétique, le bonhomme.
On l’a dénoncé, il doit mourir.

La male heure a sonné, dit le fermier.
Till affolé se dépêche d’arriver.
Nelle lui dit : « Ne rentre pas chez toi !

Les soldats t’attendent là-bas. »