samedi 26 décembre 2015

CHANSON GUERRIÈRE


CHANSON GUERRIÈRE

Version française – CHANSON GUERRIÈRE – Marco Valdu M.I. – 2015
d'après la version italienne (littérale) de Krzysiek Wrona
d'une
Chanson polonaise – Piosenka walczącaGrzegorz Dąbrowski – 2015



Nous luttons seulement avec nous-mêmes
Contre notre tête.


Je me bats contre moi-même ;
Je suis mon ennemi le plus proche ;
Je me bats seul avec moi-même
Contre ma tête.
Celui-ci lutte pour son terroir
Un autre lutte pour le savoir ;
Celui-ci lutte pour l'équité
Et un autre pour l'égalité.

Le monde entier lutte, lutte
Depuis déjà des années, lutte, lutte.
Je me bats et tu te bats ;
Qui a gagné, qui gagna ?

La lutte contre le cancer est une chose effrayante,
Celle contre les moulins à vent n'est pas moins importante.
Si on partage la croyance
Que cette lutte change quelque chose :
La lutte contre le feu et la lutte contre le froid,
La lutte contre les ténèbres et la lutte contre la faim,
La lutte contre le racisme et la lutte contre la xénophobie,
La lutte pour la vérité, la lutte contre les armes nucléaires,
La lutte pour la liberté, argument fréquent
Pour la démocratie, mais particulièrement pour qui a le droit,
La lutte pour l'honneur, de préférence au nom de Dieu,
La lutte pour l'ego et la lutte pour les paroles.

Le monde entier lutte, lutte
Depuis déjà des années, lutte, lutte.
Je me bats et tu te bats ;
Qui a gagné, qui gagna ?

Un combat pour un autre
Et l'autre demande : « Mais qu'est-ce que j'y gagne ? »
Aujourd'hui, tu luttes pour les idéaux ;
Demain, tu fomentes les incendies.
Aujourd'hui, tu luttes pour le pouvoir ;
Demain, tu méprises tout le monde.
Nous luttons contre nous-mêmes ;
Là, se trouve notre ennemi le plus proche.
Nous luttons seulement avec nous-mêmes
Contre notre tête.

Le monde entier lutte, lutte
Depuis déjà des années, lutte, lutte.
Je me bats et tu te bats ;
Qui a gagné, qui gagna ?


Appel pour Jean Meslier

22 août 2008

Appel pour Jean Meslier








À tous présents et à venir, salut !

Il existe une pièce de théâtre qui donne la parole à Jean Meslier et un remarquable petit théâtre de Bruxelles qui la portait depuis sa création. La Ministre de la Culture vient de tuer le Théâtre et d’asphyxier la pièce. Il faut que la Ministre en question est membre du parti catholique, qui se dissimule en Belgique sous le nom jésuitique de « Centre Démocrate Humaniste », on ne peut plus faux-cul.

La pièce s’intitule :

Curé le jour, athée la nuit...

La bonne parole du curé Meslier


En résumé, la Ministre de la Culture a supprimé la dotation au Théâtre Poème où j'ai donné (in illo tempore) vers 1965 des conférences sur Boris Vian et parmi toutes les conséquences de cet assassinat assez analphabète, la pièce de Jean-François Jacobs à propos de Jean Meslier a été elle aussi asphyxiée. Sauf si on l'aide, ce que j'ai déjà fait un peu. Il n'est pas nécessaire de se ruiner, mais il est important de faire savoir qu'on soutient les artistes.
Par ailleurs, ABA (association belge des athées) a décidé de se porter productrice de ce spectacle.
On peut aussi faire circuler l'info.

Voir en annexe pour les détails :





Cordial

Marco Valdo M.I.




vendredi 25 décembre 2015

Hérétique le Bonhomme

Hérétique le Bonhomme


Chanson française – Hérétique le Bonhomme – Marco Valdo M.I. – 2015

Ulenspiegel le Gueux – 17

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel – I, LXVII)

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :
Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.
Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.


Hérétique, hérétique, le bonhomme.
On l’a dénoncé, il doit mourir.



Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la dix-septième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les seize premières étaient, je te le rappelle :

01 Katheline la bonne sorcière [[50627]] (Ulenspiegel – I, I)
02 Till et Philippe [[50640]](Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)
03. La Guenon Hérétique [[50656]](Ulenspiegel – I, XXII)
04. Gand, la Dame [[50666]](Ulenspiegel – I, XXVIII)
05. Coupez les pieds ! [[50687]](Ulenspiegel – I, XXX)
06. Exil de Till [[50704]](Ulenspiegel – I, XXXII)
07. En ce temps-là, Till [[50772]](Ulenspiegel – I, XXXIV)
08. Katheline suppliciée [[50801]](Ulenspiegel – I, XXXVIII)
09. Till, le roi Philippe et l’âne [[50826]](Ulenspiegel – I, XXXIX)
10. La Cigogne et la Prostituée [[50862]](Ulenspiegel – I, LI)
11. Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! [[50880]](Ulenspiegel – I, LII)
13. Indulgence [[51015]] (Ulenspiegel – I, LIV)
14. Jef, l’âne du diable [[51076]] (Ulenspiegel – I, LVII)
15. Vois-tu jusque Bruxelles ? [[51124]] (Ulenspiegel – I, LVIII)
16. Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection [[51150]] (Ulenspiegel – I, LVIII)


Lors donc, Lucien l’âne mon ami, toi qui aimes que je t’explique d’abord le titre des canzones, il est à présent question d’un bonhomme, d’un hérétique. L’hérétique est quelqu’un qui fait l’objet d’une vindicte particulière de la part d’une église ou d’une religion ; en pratique, est hérétique toute personne qui dérange une église ou une religion ou qui met en cause ses fondements ou son existence. Il est certes toutes sortes d’hérétiques. C’est une production prolifique des religions (sans religion, pas d’hérétique)et dans le cas de la chanson, de la religion catholique. Depuis sa création, elle en a produit quasiment sans interruption de nouveaux modèles, comme l’industrie automobile. Est hérétique, tout qui met en cause le dogme, les pratiques ou le pouvoir de l’Église. Je te prie de considérer que l’Église et sa prétention à l’unicité 
résulte – en définitive – de la nécessité pour l’Empire de disposer d’une religion unique. C’était encore, il t’en souvient sans doute, le projet de Charles-Quint et Philippe le roi, son fils, entendra faire pareil dans son royaume. Ceci pour la première partie du titre de la canzone.

Salut à toi, Marco Valdo M.I., mon ami, j’apprécie en effet beaucoup de t’écouter expliciter les titres, gloser à propos des canzones ou d’autre chose. Donc, pour ce qui est des hérétiques, me voilà servi, du moins pour l’instant, car je pense qu’on y reviendra. Ce qui m’intrigue plus, c’est ce bonhomme, avec majuscule en plus.

Qu’est-ce qu’un Bonhomme, singulièrement quand il s’agit d’hérétiques. Historiquement, on connaît des Bons Hommes et des Bonnes Femmes, suspects d’hérésie. C’étaient les noms que se donnaient les Cathares qui, si tu veux bien t’en souvenir, firent l’objet de la part de l’Église Catholique d’une série de furieuses croisades, de procès inquisitoriaux et de grands massacres jusqu’à leur complète élimination. Ce qui prit plus de trois cents ans. Ce fut une persécution immonde, en tous points semblable à celle dont firent l’objet – à la même époque – les membres de la Fraternité des Pauvres de Lyon, autrement dit les partisans de Valdo et en Italie, les Dolciniens, partisans de Dolcino et de Marguerite. Et l’affaire n’est pas close. Suis bien ceci un instant que ces Bonshommes, ces hérétiques – au-delà des errances théologiques – étaient surtout poursuivi de la vindicte ecclésiastique en ce qu’ils mettaient en cause le plus important pour l’Église (en ce temps-là et aujourd’hui encore) : le pouvoir et son avidité pour les richesses terrestres. En peut-il exister d’autres, d’ailleurs ?

En somme, dit Lucien l’âne en balançant la tête et col, excuse-moi pour cette intervention, c’est toujours là une facette de cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux démunis afin de maintenir leur domination sur le monde, de tenir les pauvres en soumission, d’empêcher toute remise en cause réelle de l’état des choses, de promettre tout et n’importe quoi et de ne pas le tenir, le paradis et la rédemption, d’accroître leurs fortunes, de développer l’exploitation des hommes et de la nature et de garantir leurs privilèges.

Bien évidemment et cela perdure à présent. Il s’agit de mener le troupeau et de réduire toutes les voies de la liberté. Venons-en à présent, car cela t’importe aussi, à la canzone et à la suite de l’histoire de Till le Gueux. Cette fois, c’est en quelque sorte un épisode intermédiaire, mais rempli d’enseignements sur la suite des événements, que toutefois, je ne dévoilerai pas trop.

Il te faudra sans doute y revenir, dit Lucien l’âne en se dandinant. Car le futur éclaire le présent comme le présent éclaire le passé.

Car le passé éclaire le présent comme le présent, le futur. N’oublions pas que cette Légende d’Ulenspiegel est déjà écrite (par Charles De Coster, notamment), mais pas entièrement. Pour l’instant, je te le dis, nous avançons à tâtons. C’est ma façon de procéder.

Mais dis-moi quand même quelques choses…

En résumé, c’est la canzone du retour de Till, de l’arrivée du messager, de l’annonce du supplice de Josse (le frère de Claes et donc, l’oncle de Till) et de l’arrestation de Claes pour hérésie. Je disais l’épisode intermédiaire, il faut comprendre central. Le tout bercé par l’intermittente lamentation de Katheline : « Le feu ! Le feu ! Creusez-un trou, l’âme veut sortir ! ».

Me voilà comblé et il ne me reste plus qu’à écouter la canzone que – beau ménestrel – tu vas me dire et nous reprendrons ensuite le cours de notre tâche en tissant de nos pauvres mains le linceul de ce vieux monde malade du pouvoir, impotent, trompeur, criminel et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Quand roulait la procession du Saint Sang,
Claes attendait Till anxieusement
Sur le pas de la porte, il guignait
L’homme de haute stature qui s’en venait.

L’homme ramassait les carottes
À même la terre et crues, les croquait.
L’homme arriva au coin de la rue, peu après.
Entre chez moi, dit Claes, retire tes bottes.

Bénis ceux qui sont doux à l’errant.
Tu as soif, tu as faim.
Depuis huit jours, je ne mange rien
Que les racines des bois et les carottes des champs.

Apportes-tu des nouvelles, messager ?
Ton frère Josse est mort sur la roue.
Méchant bourreau, mon pauvre frère.
L’homme donne à Claes le fraternel baiser.

Le messager resta sept jours entiers.
Toutes les nuits, il entendait Katheline crier :
« Le feu ! Le feu ! Creusez-un trou, l’âme veut sortir ! ».
Puis, le Bonhomme dut repartir.

Voici le prévôt et quatre sergents ;
Qui donc viennent-ils chercher ?
Claes se bat pour sa liberté.
Il est innocent, il est innocent.

« Le feu ! Le feu ! Creusez-un trou, l’âme veut sortir ! »
Qu’a donc fait mon pauvre homme ?
Hérétique, hérétique, le bonhomme.
On l’a dénoncé, il doit mourir.

La male heure a sonné, dit le fermier.
Till affolé se dépêche d’arriver.
Nelle lui dit : « Ne rentre pas chez toi !

Les soldats t’attendent là-bas. »

jeudi 24 décembre 2015

À LA GLOIRE DE LA PATRIE

À LA GLOIRE DE LA PATRIE




Version française – À LA GLOIRE DE LA PATRIE – Marco Valdo M.I. – 2015
d'après la version italienne
d'une chanson polonaise – Ku chwale ojczyzny - Grzegorz Dąbrowski – 2015

Des bougies, de l’encens et un curé,
Dans le tumulus, on a piqué
Le drapeau rouge et blanc
Rouge et blanc.
La Pologne, globalement, pour toi comme pour moi, est une terra incognita, ou presque. Un monde situé quelque part par là. Et en grande partie, le mot de Jarry situant le royaume du Roi Ubu reste de mise : « En Pologne, c’est-à-dire nulle part ». J'ajoute volontiers, comme Pierre Dac disait à propos du schmilblick dans Du Côté d'Ailleurs, « une machine qui si elle ne sert à rien, peut par conséquent servir à tout ». Transposons : nulle part, c'est-à-dire partout et ailleurs. Donc, on peut aussi bien renverser la proposition de Jarry et dire "En Pologne, c'est-à-dire partout et ailleurs".


Mais pourquoi donc, dis-tu, Marco Valdo M.I., des choses aussi banales, qui pourraient être mal interprétées par des gens sourcilleux en ce qui concerne le pays où ils vivent et où souvent, ils sont nés.


Mais justement, je le dis en pensant à ces gens-là. Précisément, ces gens-là, car je viens de terminer une version française d’une chanson polonaise. Je l’ai faite cette version française, car je suis très curieux de savoir ce que raconte la chanson polonaise et surtout, une chanson polonaise que nous présente Krzysiek Wrona, qui l’a traduite en italien. Grâce à sa traduction, j’ai pu en faire une version française, en ce compris les dérives de la duplication transformiste du processus. C’est cette version française que tu peux contempler ici. Et j’ai beaucoup aimé ce « à la gloire de la patrie » qui construit une perspective étrange. On ne parlait plus beaucoup, ici dans nos pays, de patrie, même si ces derniers temps, dans certains milieux, le mot revient de loin et en force. Et ce n'est pas bon signe. Le mot patrie évoque toujours des moments guerriers, des périodes troubles, des bruits de bottes. Patrie par ci, patrie par là… J’ai toujours l’impression que quelqu’un, là un peu plus loin, proclame : « Quand j’entends le mot patrie, je sors mon militaire ».


Ce mot de « patrie » doit souffrir d'un défaut de connotation, certainement, dit Lucien l'âne en souriant en coin.


Certes, mais quand on y accole le mot « gloire », il y a de quoi s’inquiéter. Cependant, dans cette version française, tirée d’une version italienne d’une chanson polonaise, il y a comme un parfum d’ironie qui me rassure et qui me l’a fait apprécier.


Brisons là, j’ai hâte de découvrir. Puis, cela fait, reprenons notre tâche et tissons à nouveau le linceul de ce vieux monde patriotique, encensé, glorieux et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Aux funérailles de Tomek, il y avait beaucoup de gens,
Des bougies, de l’encens et un curé,
Des chants indiens et le tambour du chaman.
Dans le tumulus, on a piqué
Le drapeau rouge et blanc
Rouge et blanc.

Je chante à la gloire de la patrie ce chant
Pour rappeler à la gloire de la patrie
Les morts et les vivants,
Les gens d’honnête vie,
Ceux qui pour le principe
Ont vécu ou vivent
Pour le bonheur, la joie
Et l’allégresse.

À la gloire de la patrie, il convient de rappeler
Les vivants qui n’ont ennuyé personne,
Les fous et les forcenés
Qui savent rêver sans briser le rêve.
Il faut chanter aussi à la gloire de la patrie
Celui qui cherche le ciel
Sur terre, dans l’espace interpersonnel.
Célébrer à la gloire de la patrie
Aussi qui connaît les visions,
Les apparitions et les hallucinations,
Les beuveries des hommes et les grâces de filles.

Je chante à la gloire de la patrie ce chant
Pour rappeler à la gloire de la patrie
Les morts et les vivants,
Les gens d’honnête vie,
Ceux qui pour le principe
Ont vécu ou vivent
Pour le bonheur, la joie
Et l’allégresse.

Toutes ces filles à la gloire de la patrie :
Les mariées, les divorcées et les maîtresses,
Les mignonnes, les vierges et les prêtresses
Qui vivent, car ainsi va la vie.
Les activistes, les typographes, les pêcheurs de Casciubia,
Les découvreurs, les mystiques ou les atteints d’écomanie.
Laissons-les vivre à la gloire de la patrie
Voyager vers l’Inde ou boire la vodka.

Je chante à la gloire de la patrie ce chant
Pour rappeler à la gloire de la patrie
Les morts et les vivants,
Les gens d’honnête vie,
Ceux qui pour le principe
Ont vécu ou vivent
Pour le bonheur, la joie
Et l’allégresse.

Iiaha iiaha iiaha
Iiaha iiaha
Iiaha iiahaaa

Iiaha iiahaaa

Iiaha iiahaaa
Iiahaaa


mardi 22 décembre 2015

PAUVRE DE MOI

PAUVRE DE MOI


Version française – PAUVRE DE MOI – Marco Valdo M.I. – 2015
à partir de la version italienne d’une chanson abruzzese – Scuramaja – Anonyme du Dix-Huitième siècle (Traduzione italiana sempre dal sito Alto Sannio, a cura di Enzo. C. Delli Quadri.)
et
une seconde version française
à partir de la traduction italienne de la version de Nino Rota interprétée par Anna Melato.




Pauvre de moi, pauvre de moi !
Tu es mort et moi je fais quoi ?






Selon it.wikipedia, Scura maje (connu même comme Mara maje) est un chant populaire d’auteur inconnu provenant des Abruzzes. Quelques sources le donnent comme d’origine balkanique et remontant au XVme, à l’époque des migrations dues à l’invasion ottomane. Selon d’autres, l’origine pourrait être même médiévale ; mais de toute façon, c’est au XVIIIème que remonte le premier témoignage écrit de ce chant, publié sous le titre Scura mai dans un livre de poèmes dialectaux de Romualdo Parente, poète de Scanno, province de l’Aquila.

Selon Antonio De Nino (1833-1907),
chercheur des Abruzzes, la lamentation se composait originairement de 17 strophes écrites autour de 1830 par Sebastiano Mascetta de Colledimacine, dans la province de Chieti.
Je reprends le texte – en 9 strophes, par Enzo. C. Delli Quadri – du site Alto Sannio.
Je
signale que le texte sur le Réseau est par contre celui réduit dans l’arrangement de Nino Rota pour le « Film d’amour et d’anarchie », dirigé en 1973 par Lina Wertmüller, dans lequel la chanson est interprétée par Anna Melato (comme même Antonio Soffiantini, detto Tunin‎ e Canzone arrabbiata, déjà présentes dans les CCG).J’ajoute enfin que « Mare maje » pourrait avoir inspiré Mario Panzeri pour sa Maramao perché sei morto?, immortalisée par le Trio Lescano en 1939.

La chanson décrit le sentiment d’abandon et de douleur d’une femme contrainte à élever toute seule ses enfants, car elle a perdu subitement son mari. De la cause de la mort de celui-ci, il n’y a pas trace dans le texte, mais dans le temps, il était très fréquent que dans les classes subalternes, on mourut à la guerre, ou massacrés par la soldatesque de passage, ou de fatigue dans les champs ou de maladies dues aux conditions de vie… Je crois que pour cela-même la chanson mérite sa place dans les CCG, dans ce super-parcours qui idéalement, unit tous les parcours existants, celui de la « Guerre de 100.000 ans que les riches font aux pauvres »… Je crois aussi qu’elle peut figurer dans le parcours de la « Violence contre les femmes », vu que l’organisation sociale de ce temps – pas entièrement passée encore aujourd’hui sur de vastes portions de la Terre – n'imaginait même pas qu’une femme puisse survivre une fois abandonnée par son mari, à moins que quelque autre mâle l’accepte comme esclave en l’incorporant à son éventuelle famille précédente. Et en effet dans la dernière strophe, la protagoniste désespérée arrive à souhaiter de trouver même seulement un « sterpone » (rustre, ignorant, mauvais, laid,…) qui la prenne avec lui, elle et son enfant…


Pauvre de moi, pauvre de moi !
Tu es mort et moi je fais quoi ?
Je déchire mes nattes et mon visage,
Je me jette sur ton corps sage :
Pauvre de moi, pauvre de moi !

J’avais une maisonnette, avant ;
Je n’ai plus de lieu, maintenant,
Sans lit et sans toit,
Sans pain et sans accompagnement :
Pauvre de moi, pauvre de moi !

Il me reste une famille
Affamée, nue et amaigrie
Et la nuit, elle crie.
Elle veut du pain et je n’en ai pas :
Pauvre de moi, pauvre de moi !
Hier, je suis allée chez le beau-frère,
Demander de l’aide,
Il me réprimanda,
Avec une latte, il me frappa:
Pauvre de moi, pauvre de moi !

Sois maudit, sois maudit,
Tout le bien que je t’ai fait !
Pour le sang d’une chatte qui sourit,
Qui ensorcelle, c’est moi qui subis.
Pauvre de moi, pauvre de moi !

Et la nuit subitement,
Quand tu dors, subrepticement,
Je vais entrer par le trou de la porte,
Je vais boire tout ton sang :
Pauvre de moi, pauvre de moi !

J’étais grasse comme une ourse,
Je suis devenue sèche, sèche.
Pas un chien qui me lèche,
Qui me chasse et qui aboie pour moi :
Pauvre de moi, pauvre de moi !

Qu’ai-je fait au ciel ?
Au monde pauvre fille,

Je suis restée jeune veuve,
À présent je me fâche, je me fâche :
Pauvre de moi, pauvre de moi !

Oh ! Ciel, fais-moi don
Pour mari d’un barbon,
Car quand on n’a pas le mouton,
Le chiot toujours aboie :
Pauvre de moi, pauvre de moi !


AMÈRE MOI
seconde version française

à partir de la traduction italienne de la version de Nino Rota interprétée par Anna Melato.

Amère moi, triste moi,
Tu es mort et moi, que fais-je ?
Je déchire mes nattes et mon visage,
À présent, je me tue au-dessus de toi.

Amère moi, amère moi, amère moi,
Triste moi, triste moi, triste moi,
Maintenant je me tue, maintenant je me tue, maintenant je me tue.
Au-dessus de toi.

Je suis une brebis perdue,
Le mouton m’a laissée,
Le chiot toujours aboie,
De faim, maintenant, il s’enrage.

Amère moi, amère moi, amère moi,
Triste moi, triste moi, triste moi,
Maintenant je me tue, maintenant je me tue, maintenant je me tue.
Au-dessus de toi.

J’avais une maisonnette,
Je suis sans remède,
Sans lit et sans toit,
Sans pain et sans repas.

Amère moi, amère moi, amère moi,
Triste moi, triste moi, triste moi.
Maintenant je me tue, maintenant je me tue, maintenant je me tue.
Au-dessus de toi.