mardi 17 novembre 2015

IL N'Y A PLUS D'AMÉRIQUE

IL N'Y A PLUS D'AMÉRIQUE

Version française – IL N'Y A PLUS D'AMÉRIQUE – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Nonc’è più l’America Piero Ciampi1990



Jean-louis Lebris de Kerouac, alias Jack Kerouac


L'Amérique n'existe plus, le temps passe.
Alors, pour l'Amérique, oui, il y avait les soutes pleines d'âmes
Et maintenant, elles reviennent en arrière avec un sourire amer.


Il n'y a plus d'Amérique


Le naufragé, perçu le jet, moulina du bras
Lançant un cri inhumain en appel
Le poing levé, replia la tête sur le tronc,
Les jambes écartées dans une prière inconnue
En concentrant en lui des milliards d'unité, de volonté
Gisant inactives dans l'univers,
Il les ramassa, et il se projeta avec la vitesse du silence dans le jet, dans le jet ;


Ce fut ainsi que l'Amérique resta seule.


Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique,
Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique ;


Il n'y a plus.


Entre temps cet enfant que je vis serré serré contre son père dans Bowery Street
Tous ivrognes, regardés et aimés de personne, de personne, de personne


Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique,
Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique ;


Il n'y a plus.


Albert Camus disait que l'Amérique est une colonie de sinistrés mentaux
Alberto Moravia avec ses lesbiennes (et son astuce) dit que l'Amérique est le pays du destin
Entretemps, on m'a tué Jack Kerouac à 47 ans après qu'il ait écrit Les Souterrains…


Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique,
Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique ;


Il n'y a plus.

lundi 16 novembre 2015

UNE FEMME

UNE FEMME

Version française – UNE FEMME – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Una donnaIl Teatro degli Orrori – 2015


L'élimination systématique des Yazidis (pour commencer… et ensuite à qui le tour ?), c'est la logique de l'édification d'une sous-humanité et de son corollaire : d'une surhumanité.

L’actualité. Une femme parle : « Mais regarde, tu les vois, mon ami, ce sont des réfugiés, ils fuient une mort certaine et nous ici à nos petites affaires, et toi, femme, la beauté de ton sourire parle de ton courage, sa douceur est un drapeau ». Dans le livret , c’est l’unique texte qui manque, à sa place il y a une photo. « J’ai vu la photo d’une fille et suis remonté à la source, nous l’avons achetée à une agence irakienne. C’est une fille yazida de quatorze ans en fuite de l’Isis avec ce qui reste de sa famille, elle porte un kalashnikov que lui a donné l’Unité de Protection du peuple kurde pour la protéger. Le clic la cueille alors qu’elle se tourne, cueille son regard extraordinaire : dans cette photo il y a la contemporanéité. Il ne parle pas seulement du drame des réfugiés, de cette incroyable migration. Il parle même de nous, de nos égoïsmes, de notre indifférence. Pour ceci j’ai mis seulement l’image : le texte est cette fille ».



Ah, mon ami Lucien l’âne, vois ma perplexité. Je viens de faire une version française d'une chanson italienne d'un groupe dont le nom est en soi tout un programme : « Il Teatro degli Orrori » - Le Théâtre des Horreurs et un nom tout à fait pertinent en ce qui concerne notre « monde ». C'est un groupe musical actuel et la chanson est de cette année 2015. Et comme tu l'as pu voir dans le mot du commentateur italien, il y a une liaison directe entre cette chanson et « l'actualité ». Même si, l'actualité, on s'en fout.


On s'en fout ? Que veux-tu dire ?, toi que je vois te préoccuper constamment, au jour le jour, des histoires humaines, de ce qui se passe dans ce foutu monde.


Eh bien, je veux tout simplement indiquer que ce grand dégueuloir d'informations en continu et ce matraquage cervical permanent doivent être évités comme la peste. Et spécialement dans leurs versions audios et audio-visuelles qui paralysent, pétrifient toute capacité de réflexion – en raison-même de leur soi-disant immédiateté (un leurre, puisque précisément, comme ce sont les médias par excellence, ils médiatisent), de leur instantanéité (effective, celle-là), de leur caractère répétitif hypnotique et de l'éparpillement de la pensée qu'ils créent par l'atomisation de la relation du réel. En fait, contrairement à ce que son apparence laisse supposer, l'écran n'est pas un miroir neutre, une fenêtre ouverte sur le monde ou la radio, une oreille attentive. Ce sont plutôt des machines à décerveler ; tel est leur caractère intrinsèque, quelle que soit la bonne volonté de ceux qui travaillent à alimenter ces machinesPour mieux me faire comprendre, je dirai : c'est dans leur nature. Il suffit de voir comment ils sont obligés de saucissonner le monde – en de minuscules tranches. Elles débitent la réalité en rondelles d'informations. Je m'arrête là, sinon…


Sinon ?, s'écrie Lucien l'âne, arrêté lui aussi subitement dans son élan réflexif… Sinon, tu n'en finirais jamais avec cette parenthèse. Quand tu te laisses entraîner, on voit bien où tu démarres, mais on ne sait jamais quand tu vas aboutir…


Et en finale, je ne parlerai jamais de la canzone, dont je te rappelle (ici, je raccroche au train) qu'elle s'intitule Una donna, Une Femme. Une femme en fuite, avec un fusil-mitrailleur à l'épaule. Elle fuit les tueurs, violeurs, sadiques, croyants, déments de l'État islamique. Et l'image le laisse penser aussi : le cas échéant, elle fera usage de son fusil. Tel est la signification de cette photo et de son regard.


J'espère bien, dit Lucien l'âne, qu'elle ne devra pas en arriver là.


Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. Mais, en réfléchissant, on ne peut s'empêcher de penser qu'elle aurait pu être juive quelque part en Pologne, en Lituanie ou en Ukraine vers 1943, au temps des Einsatzgruppen (https://fr.wikipedia.org/wiki/Einsatzgruppen)Je ne prends évidemment pas cette référence par hasard.


J'imagine assez. Je te connais bien, Marco Valdo M.I. mon ami, et je sais ta cohérence. Dès lors, dis-moi…


J'ai choisi ce retour anachronique car j'entends signifier qu'on se trouve en présence de deux États totalitaires absurdes et qu'à bien des égards, cet État islamique est comparable à l'État nazi. Un des traits communs les plus marquants est cette manie de l'administration, de l'enregistrement, de la « systématique » dans le massacre (et pas seulement). Il y a là des émules d'Adolf Eichmann (https://fr.wikipedia.org/wiki/Adolf_Eichmann). Sans doute, sont-ils pires encore à bien des égards. Ainsi, Brecht avait raison : « le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde ». On est en présence d'une logique tout à fait similaire d'élimination ou d'esclavagisation de populations entières, en l'occurrence, les Yazidis, une population kurde présente dans les montagnes de l'Asie mineure depuis des milliers d'années (on parle de plus de 6000 ans) parce que Kurdes, parce que Yazidis. L'élimination systématique des Yazidis (pour commencer… et ensuite à qui le tour ?), c'est la logique de l'édification d'une sous-humanité et de son corollaire : d'une surhumanité.


Un telle élimination , en français, ça s'appelle un génocide. Il me semble d'ailleurs, à moi qui ne suis qu'un âne, que c'est là une pratique assez courante parmi les humains. En vrac, je cite (et forcément, j'en oublie et sans doute, beaucoup) : les Arméniens, les Héréros, les Roms, les Rwandais, les Juifs, les Amérindiens, les Inuits, les Biafrais, les Tasmaniens… Sans oublier les espèces animales. Là, on ne compte même plus celles qui ont été totalement éliminées. Le tout selon des modalités diverses et à des époques différentes. Je me demande, mais ce n'est pas ma spécialité, s'il existe une histoire des génocides (des génocidés et des génocidaires), car on devrait pouvoir dégager des points communs à toutes ces guerres humanicides.


Maintenant, j’en viens à une question qui touche au binôme guerre et paix. Il me plaît de définir la guerre comme une agression et la paix comme une manière de vivre sans pratiquer l'agression. Mais ça ne résout pas le problème pour celui qui est agressé. Ici, dans la canzone, cette jeune femme, cette jeune fille yazida. Sa réponse au problème est double : un, face à la guerre, fuyons. Excellente solution quand on peut le faire et si on en a les moyens, y compris financiers. Mais comme tu le sais, la plupart des gens n'ont ni la possibilité de s'échapper, ni les finances. Sinon…


Sinon ?, demande Lucien l'âne abruptement.


Sinon, deux : quand il n'y a plus d'échappatoire, il faut faire face et on doit passer à la résistance, puis ensuite, quand ce sera possible, à l'élimination de l'agresseur. Telle est la voie de la paix. Une précision s'impose cependant : un agresseur est considéré comme éliminé à partir du moment où il a été écarté du lieu de l'agression et qu'il n'est plus en état d'agresser.


En quelque sorte, dit Lucien l'âne en hochant son large front, il convient d'éviter le génocide à rebours. Voyons cette canzone et reprenons notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde assassin, massacreur, génocidaire et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Une femme, une fille prête à donner tout ce qu’elle a sans réserve. En échange de rien.
Une femme, une fille sans réserve ; en échange 
de rien.
Mais regarde, regarde, regarde, 
ce n’est pas n’importe quelle image, observe bien autour la route de poussière et cette femme marche seule, tenant par la main un enfant, elle semble pressée, qui sait où elle va ? Qui sait pourquoi toi par contre tu t’es arrêté à me regarder pour un instant comme si tu me connaissais et m’aimais bien; peut-être cette mitraillette sur mon dos a une seule parole, comme le monde qui tourne, comme ton destin, le monde qui virle destin.

Moi, je ne sais pas décrire ce sentiment où il m’arrive de te penser près de moi, mais tu es si lointaine et tant en danger que tu pourrais mourir.
Tu pourrais mourir
Et me vient une tristesse, une amertume si grande que je voudrais pleurer crier disparaître pour toujours

Une femme, une fille
Prête à donner tout ce qu’elle a, sans réserve, en échange de rien.
Une femme, une fille, ses espérances en échange de rien.

Je ne sais pas décrire ce sentiment qui me vient de vouloir t’embrasser fort comme si nous étions,
Depuis tant de temps, des amis très proches.
Nous, nous ne nous abandonnerons jamais, mais jamais.
Nous, nous ne nous abandonnerons jamais, mais jamais.
Nous, nous ne nous abandonnerons jamais.

Mais regarde, regarde, regarde, tu les vois, mon ami, ce sont des réfugiés, ils fuient une mort certaine et nous ici à nos petites affaires, et toi, femme, la beauté de ton sourire parle de ton courage, sa douceur est un drapeau rouge déplié au vent, autre chose que les nénettes qui défilent, tu t’es arrêtée un instant pour me regarder avec ton arme à l’épaule.
Tu as une seule parole, comme le monde qui tourne, comme ton destin.

vendredi 13 novembre 2015

La Religieuse

La Religieuse

Chanson française – La Religieuse – Georges Brassens – 1969
Paroles et musique : Georges Brassens

Interprétations :

Philippe Sarrouy et les 3 mirlitons : https://www.youtube.com/watch?v=AJL3ZekCjfY


Il paraît que, dessous son gros habit de bure,
Elle porte coquettement des bas de soie,
Festons, frivolités, fanfreluches, guipures,
Enfin tout ce qu’il faut pour que le diable y soit.



Mais que donc viendrait faire une religieuse dans les Chansons contre la Guerre ?

Y être ou ne pas y être ? Telle est la question. Tel est le dilemme… D’abord, ce n’est pas n’importe quelle religieuse. C’est la sœur de Fernande.


Voyez-vous ça, la sœur de Fernande. D’accord. Mais encore ?


Eh bien, Lucien l’âne mon ami, si la brave Margot (faudra aussi la présenter aux CCG, qui font semblant de l’ignorer) découvrait son corsage et inspirait ainsi tous les gars du village, cette religieuse incarne à elle seule tous les fantasmes des enfants de chœurs, des ecclésiastiques et même, qui lui résisterait ?, du Christ et des auditeurs de la chanson. C’est une Mélanie  à rebours ; elle incendie les cierges sans même les toucher.


Et bien entendu aussi, dit Lucien l’âne en brayant comme un zèbre en rut, ceux des interprètes et même, celui de l’auteur de la canzone. Une sacrée gaillarde que cette sœur ! D’une certaine manière, elle me fait penser à cette autre nonne  dont, par l’entremise de Georges Brassens encore, Victor Hugo racontait la terrible aventure ; celle dont le Père Hugo disait :
« Comme si, quand on n’est pas laide
On avait le droit d’épouser Dieu ».


Eh bien évidemment, pour répondre à la question rituelle de savoir si la chanson a sa place ici, j'affirme qu'elle a toute sa place dans les chansons contre la guerre, dans la mesure où il y a là comme un parfum de libération de la femme, une liberté du corps et une sensualité peu compatibles avec les normes canoniques. Sauf, si, comme je le vois à tes yeux égrillards, on songe à d’autres canons ; et de fait, comme tu le verras, c’est ce qu’on appelle par ici et maintenant un « canon ». Et puis, mettre la corne à la tête du Christ, même en hypothèse, cela aurait valu le bûcher, il y a peu de temps encore.

Évidemment ! Je peux même te garantir qu’on en a torturé pour moins que ça.


Bref, sous ses airs de Sainte Nitouche, cette canzone est un brûlot anticlérical, dicté, diront certains, par le diable lui-même ou en tout cas, par un mauvais esprit.

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, arrête-toi là ! Pour un peu, ils vont nous envoyer un exorciste. Ce n'est pas qu'ils me font peur ces chasseurs de diables, mais ils m'horripilent tant que j'en ai le poil tout retourné. Enfin, écoutons la chanson, rions et reprenons notre tâche et tissons le suaire de ce vieux monde religieux, clérical, superstitieux, collet monté et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Tous les cœurs se rallient à sa blanche cornette,
Si le chrétien succombe à son charme insidieux,
Le païen le plus sûr, l’athée le plus honnête
Se laisseraient aller parfois à croire en Dieu.
Et les enfants de chœur font tinter leur sonnette …

Il paraît que, dessous sa cornette fatale
Qu’elle arbore à la messe avec tant de rigueur,
Cette petite sœur cache, c’est un scandale !
Une queue de cheval et des accroche-cœurs.
Et les enfants de chœur s’agitent dans les stalles …

Il paraît que, dessous son gros habit de bure,
Elle porte coquettement des bas de soie,
Festons, frivolités, fanfreluches, guipures,
Enfin tout ce qu’il faut pour que le diable y soit.
Et les enfants de chœur ont des pensées impures …

Il paraît que le soir, en voici bien d’une autre !
A l’heure où ses consœurs sont sagement couchées
Ou débitent pieusement des patenôtres,
Elle se déshabille devant sa psyché.
Et les enfants de chœur ont la fièvre, les pauvres …

Il paraît qu’à loisir elle se mire nue,
De face, de profil, et même, hélas ! de dos,
Après avoir, sans gêne, accroché sa tenue
Aux branches de la croix comme au portemanteau.
Chez les enfants de chœur le malin s’insinue…

Il paraît que, levant au ciel un œil complice,
Elle dit: "Bravo, Seigneur, c’est du joli travail !"
Puis qu’elle ajoute avec encor plus de malice :
"La cambrure des reins, ça, c’est une trouvaille !"
Et les enfants de chœur souffrent un vrai supplice …

Il paraît qu’à minuit, bonne mère, c’est pire :
On entend se mêler, dans d’étranges accords,
La voix énamourée des anges qui soupirent
Et celle de la sœur criant "Encore ! Encore !"
Et les enfants de chœur, les malheureux, transpirent …

Et monsieur le curé, que ces bruits turlupinent,
Se dit avec raison que le brave Jésus
Avec sa tête, hélas ! déjà chargée d’épines,
N’a certes pas besoin d’autre chose dessus.
Et les enfants de chœur, branlant du chef, opinent …

Tout ça, c’est des faux bruits, des ragots, des sornettes,
De basses calomnies par Satan répandues.
Pas plus d’accroche-cœurs sous la blanche cornette
Que de queue de cheval, mais un crâne tondu.
Et les enfants de chœur en font, une binette …

Pas de troubles penchants dans ce cœur rigoriste,
Sous cet austère habit, pas de rubans suspects.
On ne verra jamais la corne au front du Christ,
Le veinard sur sa croix peut s’endormir en paix,
Et les enfants de chœur se masturber, tout tristes ...