vendredi 23 octobre 2015

ET NOUS, QUE FAISONS-NOUS ?

ET NOUS, QUE FAISONS-NOUS ?

Version française – ET NOUS, QUE FAISONS-NOUS ? – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Noi che facciamo?Rocco Scotellaro – 1946

Poème de Rocco Scotellaro, publié en avril 1949 d’abord sur le « New York Times Magazine » et puis, sur l’« Avanti ».
Ensuite dans le recueil intitulé « È fatto giorno. 1940-1953 », publié en 1954, l’année qui suit la mort du poète.
Mis en musique par le groupe Têtes de Bois dans leur disque intitulé « Avanti Pop » de 2007, le morceau s'intitule « Rocco et ses frères ». Malheureusement je n'en ai pas trouvé le texte ... mais le morceau bénéficie de la partecipation d’ « Il Coro dei Lucani » (Choeur des Lucains), constitué de Rocco De Rosa, Rocco Papaleo, Canio Loguercio, Ulderico Pesce et de Claudio Santamaria.






Et nous, que faisons-nous ?








Comment dire, Lucien l’âne mon ami, combien Rocco Scotellaro est important à mes yeux et combien il est important pour la poésie, mais pas seulement… On peut y ajouter la chanson et aussi, le monde « au-delà d’Eboli », ce monde qui préexistait à l’influence du monde urbain (venu de l’Urbs) et de sa civilisation christiano-étatique. Car la voix de Rocco vient de là et c’était une voix qui prenait la parole contre l’immobilisme des territoires de Lucanie. Ceci m'impose une petite citation de Carlo Levi, qui de retour à Aliano – après la guerre découvre le nouveau monde se substituant à l’ancien : « … mi vienne incontro tutto il nuovo che andava nascendo in quella realtà, una storia chi cresceva come le persone o le piante che non contradicono, per le nuove foglie, la loro natura.
Questo nuovo ebbe per me un aspetto e un nome : il piccolo biondo e lentigginoso di unragazzo, che aveva in sé la qualità per essere, e lo fu, un gran poeta, il poeta della libertà contadina : Rocco Scotellaro ». Insiem a lui, una generazione di giovani, e un popolo intero che prendeva, nell’azione quotidiana, conscienza di esistere. » (Carlo Levi, Ritorno in Lucania in Le Tracce della memoria, Donzelli, Roma, 2002. pp. 127-128) et en français (le mien) : « … vînt à ma rencontre tout le nouveau qui naissait dans ce réel, une histoire qui croissait comme les personnes ou les plantes qui ne contredisent pas, par leurs nouvelles feuilles, leur propre nature.
Ce nouveau eut pour moi un aspect et un nom : le petit visage blond et parsemé d’éphélides d’un jeune homme, qui avait en lui la qualité pour être, et il le fut, un grand poète, le poète de la liberté paysanne : Rocco Scotellaro. Avec lui, une génération de jeunes, et un peuple entier qui prenait, dans l’action quotidienne, conscience d’exister. »

Tu imagines bien, Marco Valdo M.I. mon ami, que ce monde-là, je l’ai parcouru longuement et que je le connais bien. c’est mon monde, mais aussi celui de Till, de Sancho, des ânes et des sorcières : toutes figures de mon panthéon.

Ce sont aussi les figures du mien et mutatis mutandis, de celui de Rocco Scotellaro et de Carlo Levi, car on ne peut séparer ces deux amis et ces deux complices dans la défense des pauvres « somari » de Lucanie et d’ailleurs. Maintenant, je voudrais un peu parler de Rocco pour ceux qui ne le connaissent pas. De Rocco, mais pas seulement, comme tu vas le voir. On oublie un peu vite dans notre univers d’amplification électronique et de voix digitales, que le poète – en l’occurrence : Rocco Scotellaro – est véritablement la voix humaine, la voix des humains, la voix porteuse de la pensée, de l’émotion et du sentiment. Ainsi en allait déjà l’aède Homère, ainsi en a-t-il été de Rocco et son aura précède de beaucoup sa fin tragique. Rocco Scotellaro vient d’un monde analphabète, de ce monde des sans-voix, des perpétuels écrasés, des sempiternels méprisés… de ces « braccianti » (ces « bras ») que les sergents recruteurs des maîtres (des « padroni ») louaient à bon prix sur les places de village ; un peu comme à la criée. Pour les mener ensuite aux champs comme un troupeau.

La chose se voit encore aujourd’hui, même en Italie mais parmi les « somari » contemporains, on a mêlé les « sans papiers », les « réfugiés », les « immigrés »… en une sorte d’esclavage précaire. Toutes bêtes de somme et souvent, d’une autre couleur. Mais au fond, c’est pareil.

J’ajouterais volontiers : pas seulement en Italie. Toute l’Europe cherche cette main d’œuvre à bas prix, ces êtres « discount » et elle cherche à justifier pareille vilenie à coups de dispositions réglementaires. Pour en venir à la canzone elle-même, et singulièrement à son titre, il me paraît que cette question : « Et nous, que faisons-nous ? » (« Noi, che facciamo ? ») se pose à chacun tous les jours. Elle est un impératif de vie. Et ce n'est pas une question en l’air. On en voit tout de suite la portée si on la replace, comme le fait Rocco Scotellaro, dans cet affrontement continu qui se trouve au cœur de la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] ; cette guerre que depuis des temps immémoriaux, les riches font aux pauvres pour asseoir leur domination par la peur, pour assurer leurs richesses par la loi du plus fort, pour étendre leurs privilèges par la persuasion et perpétuer l’exploitation qu’ils font des hommes et du monde par la propagande.

Je ne peux qu’approuver Rocco Scotellaro et son interrogation, même si elle est angoissante, même si elle révèle combien cette condition des pauvres est difficile à renverser. Ce « Que faisons-nous ? » sonne comme un appel urgent à la fin de l’acceptation du monde tel qu’il est et tel qu’on veut le maintenir – tous pouvoirs confondus et tous alliés. Ainsi, il importe que nous reprenions notre tâche et que nous tissions le linceul de ce vieux monde méprisant, dominé, épuisé, morbide et cacochyme.

Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Ils nous ont crié la croix protège les maîtresPour tout ce qui arrive et même pour les chutesQui vont glissant sur les argiles.
Et nous, que faisons-nous ?

Muets, nous nous tenons, à l’aube,
Sur les places pour être achetés
Le soir, le retour en files,
Encadrés par des cavaliers.
Ce sont nos camarades, la nuit,
Au bivouac, tous couchés avec les brebis.

Et nous, que faisons-nous ?

Nous ne pouvons pas nous grouper pour chanter,
Ni même nous lire les feuillets imprimés
Où on écrit du bien de nous !
Nous sommes les faibles des années lointaines
Quand les bourgs périrent dans les flammes
Du Château ruiné.
Nous sommes les fils des pères enchaînés.

Et nous, que faisons-nous ?

Nous sommes encore appelés
Frères dans les Églises
Mais vous avez votre chapelle
Personnelle d’où vous nous regardez.
Et cessez de nous toiser
Cessez de nous menacer
Même les troupeaux du corral s'échappent
Pour un brin perdu dans la neige.
Vous sentiriez notre dureté
Le jour où nous viendrons armés
Dans ce même château en ruines.
Même les troupeaux cassent les barrières
À cause de vous qui vous armez de votre rage.
Et nous, que faisons-nous ?

Pendant ce temps, nous chantons la chanson
De votre rédemption.
Car votre pouvoir nous entraîne
À l’abîme, au précipice.
Nous sommes les pauvres
Sages brebis de nos maîtres.



jeudi 22 octobre 2015

LE MUSSOLINI

LE MUSSOLINI

Version française – LE MUSSOLINI – Marco Valdo M.I. – 2015
Écrite par Robert Görl e Gabriel "Gabi" Delgado-López Célèbre simple extrait de l’album “Alles ist gut”


Hitolini et Mutler

Connais-tu cette danse qui s’appelle : le Mussolini ? Et cette autre qui se nomme : l’Adolf Hitler ? Ou encore, celle baptisée : le Jésus-Christ ? Mais, Lucien l’âne mon ami, je vois ton œil troublé et je te sens un peu perturbé par le fait que j’ai mis ces danses au masculin. Je te comprends ; cependant, il y a des exemples de danses dont le nom est masculin : le tango ou le rock, par exemple et puis, les personnages auxquelles elles se réfèrent sont masculins eux aussi.

Oui, oui, c’est exact. La Hitler, la Mussolini ou la Jésus-Christ auraient sonné bizarrement aux oreilles et singulièrement, à mes oreilles d’âne si sensibles. Cela dit, je n’ai jamais entendu parler d’elles et a fortiori, je ne les ai jamais dansées. Remarque que j’utilise le féminin pour en parler, mais c’est une nécessité, si on veut les distinguer des personnages dont elles portent le nom. En tous cas, elles me paraissent fort étranges et à propos, comment les danse-t-on ?

À vrai dire, je n’en sais rien non plus. On agite le derrière, on tourne, on s’agenouille, on tape dans les mains… sans doute en suivant une cadence. A-t-on une cavalière ? Ou sont-ce là de ces danses où l’on se trémousse en solo. Peu importe, l’essentiel est ailleurs. Il est dans le texte. Ces danses allemandes décrivent en réalité le fonctionnement de la société dans laquelle elles ont été conçues. Et comme la chanson date d’il y a un tiers de siècle, on pourrait croire qu’elle n’a plus de lien avec le monde présent. Que nenni ! Et elle ne concerne pas seulement son pays d’origine, en raison-même de l’expansion du rêve d’Otto, elle a tendance à s’imposer à l’ensemble des pays englobés dans la Grande Europe, ultime réalisation continentale du Grand Pays, imaginé, rêvé, projeté, espéré et voulu par le Chancelier.

Il y a là matière à réflexion… Même si pour l’instant, une certaine confusion semble vouloir brouiller le paysage. Enfin, nous verrons bien la suite ; mi, je ne suis pas devin. Mais quand même, on devrait faire quelque chose et de ce fait, il me semble qu’il nous faut reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde dansant, oscillant, balançant et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Mettez-vous à genouxTapez dans vos mains
Bougez les hanches
Et dansez le Mussolini
Dansez le Mussolini
Dansez le Mussolini

Tournez à droite,
Tapez dans vos mains
Faites l’Adolf Hitler
Dansez l’Adolf Hitler
Dansez l’Adolf Hitler
Dansez l’Adolf Hitler

Et maintenant le Mussolini
Agitez votre derrière
Agitez votre derrière
Tapez dans vos mains
Dansez le Jésus-Christ
Dansez le Jésus-Christ
Dansez le Jésus-Christ

Mettez-vous à genoux
Tournez-vous à droite
Tournez-vous à gauche
Tapez dans vos mains
Dansez l’Adolf Hitler
Dansez le Mussolini
Et maintenant le Jésus-Christ
Et maintenant le Jésus-Christ
Et maintenant le Jésus-Christ

Tapez dans vos mains
Dansez le communisme
Maintenant le Mussolini
Et maintenant à droite
Et maintenant à gauche.
Dansez l’Adolf Hitler
Dansez l’Adolf Hitler
Dansez le Mussolini
Dansez le Mussolini
Dansez le Jésus-Christ
Agitez votre derrière
Balancez vos hanches
Tapez dans les mains
Dansez le Jésus-Christ
Dansez le Jésus-Christ
Et maintenant le Mussolini
Et maintenant l’Adolf Hitler
Donnez-moi la main
Donnez-moi la main


Et dansez le Mussolini
Dansez le communisme
Dansez le communisme
Et maintenant le Mussolini
Et maintenant le Mussolini
Et maintenant l’Adolf Hitler
Et maintenant l’Adolf Hitler
Et maintenant le Jésus-Christ
Et maintenant le Mussolini
Et maintenant le communisme
Et maintenant l’Adolf Hitler
Et maintenant le Mussolini
Et maintenant le Mussolini
Faites le Mussolini
Dansons l’Hitler
Dansons l’Hitler
Et mettez-vous à genoux
Bougez les hanches
Tapez dans les mains
Et dansez le Jésus-Christ…

mercredi 21 octobre 2015

Katheline suppliciée

Katheline suppliciée

Chanson française – Katheline suppliciée – Marco Valdo M.I. – 2015

Ulenspiegel le Gueux – 8


Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).




Il l’attacha sur le banc de torture.
Il versa l’eau chaude dans l’estomac.



Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la huitième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les sept premières étaient, je te le rappelle :

02 Till et Philippe [[50640]]
03. La Guenon Hérétique [[50656]]
04. Gand, la Dame [[50666]]
05. Coupez les pieds ! [[50687]]
06. Exil de Till [[50704]]
07. En ce temps-là, Till


Je ne l’avais pas oublié… Mais voyons ce que tu as à dire de la huitième…


La huitième raconte l’histoire atroce du supplice de Katheline, la bonne sorcière, celle-même qui mit au monde de ses mains, Till et de son ventre, Nelle. Peut-être, t’es-tu posé la question de savoir pourquoi, parmi ceux qui l’aimaient bien, on l’appelait dans son village, Katheline, la bonne sorcière. Tout simplement, car c’en était une. Une vraie. Non pas qu’elle entretînt des relations diaboliques – tu sais comme moi et comme tout un chacun que c’est une impossibilité du simple fait que ni Diable, ni Dieu n’existent, mais on l’appelait ainsi, car elle soignait les bêtes et les gens par les simples, c’est-à-dire par les plantes – une méthode héritée d’une sagesse ancienne. Je t’ai déjà parlé de la sorcière telle qu’elle était dans les sociétés paysannes et de son rôle tout à fait essentiel de sage-femme, de soigneuse, de guérisseuse, de conseillère et de consolatrice.

Oh, ce n’est pas à moi que tu dois expliquer ce que sont les sorcières, ni pourquoi l’Église, qui entendait prendre leur place, s’est acharnée à vouloir les éliminer par tous les moyens. Elle alla jusqu’à inventer la Vierge et le culte marial…


Donc, comme tu le sais aussi et comme tout un chacun le devine, il existe des gens idiots, bêtes et malveillants, rongés par l’envie et l’avidité et pour qui tous les moyens sont bons pour faire de l’argent. Y compris, comme tu le verras ici, au détriment de leurs voisins ou d’une brave femme.

Oh, j’ai vu souvent cela et j’ai vu beaucoup de gens en souffrir. L’envie est une bête sournoise et méchante, je le sais bien.

Si tu sais cela, tu vas comprendre la suite. Katheline avait soigné les bêtes d’un fermier et celles d’un autre fermier, voisin du premier. Les animaux de l’un furent guéris ; par malheur, une vache du second périt. Et ce dernier accusa Katheline d’avoir tué sa vache par des procédés diaboliques. Évidemment, il n'en était rien, mais le mensonge porta et Katheline fut arrêtée sous l’accusation de sorcellerie, une des pires qui soit.

Je t’interromps, car je veux dire que ce type est une ordure…

En effet. Je continue mon récit. Il faut savoir que dans la justice de l’époque, telle que l’imposait l’Église, il fallait que le coupable avoue son crime. Cela partait d’une bonne intention et d’un bon sentiment ecclésiastique : l’aveu était le premier pas vers la repentance et la repentance mène au pardon et au salut. C’est d’ailleurs encore aujourd’hui le mécanisme fondamental de la confession et de l’absolution qui en découle. Donc, pour en quelque sorte aider l’accusé à faire ce premier pas vers le salut, on le torturait avec pas mal de sérieux, de technique et de raffinement. Ensuite, il ne restait plus qu’à le condamner soit à la peine de mort, généralement agrémentée de nouvelles tortures, soit à un supplice, le tout en place publique. Il fallait bien impressionner les foules et les tenir dans une atmosphère de peur. Le supplice qu’on inflige à Katheline est terrible (on lui pose sur le crâne de l’étoupe et on lui incendie ainsi la tête) et elle est tellement meurtrie par ces tortures à rallonge qu’elle est devenue folle et comme, avec ses pieds brûlés (c'était une des tortures précédentes), elle est incapable de marcher, ils l’emmènent en chariot hors du territoire de Damme pour l’exil auquel ils l’ont, en plus, condamnée.

Que voilà de braves gens ! Ils ont vraiment tout fait pour sauver Katheline de l’emprise du diable. Encore que je ne pense pas que le feu et les flammes dussent l’effrayer beaucoup… Quelle bande de sadiques ! Et dire que ça se passait ici quelque part… Mais sûrement, le supplice imbécile qu’ils infligent à Katheline n'était qu’une goutte dans l’océan de douleurs, de tortures et de massacres qui va submerger l’Europe (sans compter l’Amérique…) de ce temps-là. Tu fais bien Marco Valdo M.I., mon ami, de relater ces épouvantables événements, car la folie humaine, surtout quand elle est institutionnalisée, est redoutable et est toujours prête à se réveiller. Alors, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde inquisitorial, délateur, envieux, avide, sadique et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Katheline la bonne sorcière, en ce temps-là,
Par des simples et sans prières
Sauva de la mort sans autres manières
Les animaux d’un fermier de l’endroit.

Un bœuf, trois moutons, un cochon
Mais pas la vache de celui-là
Mal lui en prit, car le félon
De jeter des sorts l’accusa.

Accusation sans fondement et infâme.
On arrêta la bonne femme.
On la condamna à avouer ;
Par la torture, à avouer.

Le bourreau la mit nue et la rasa.
Il l’attacha sur le banc de torture.
Il versa l’eau chaude dans l’estomac.
Katheline vomit tant et tant de vomissure.

Avoue : tu es une sorcière.
Je n'avoue rien. j’aime les bêtes.
j’ai soigné la vache par des remèdes.
Avoue : tu es une sorcière.

Tu me voulus pour épouse dans le temps.
Pourquoi viens-tu si tard ?
Le nombre sacré tue ceux qui veulent m'avoir.
Le greffier dit : elle est folle, maintenant.

À Damme, le juge condamna Katheline
À avoir la tête brûlée et un exil de trois ans.
Sur la tête rasée de Katheline, on mit les étoupes.
Elles brûlèrent longtemps, longtemps.

Katheline gémit, pleura, cria, hurla ;
Dessus sa tête, enfin, les flammes cessèrent.
On détacha Katheline la bonne sorcière
Et hors de la ville, sur un chariot, on la mena.



mardi 20 octobre 2015

BERCEUSE DU CONTREBANDIER

BERCEUSE DU CONTREBANDIER

Version française – BERCEUSE DU CONTREBANDIER – Marco Valdo M.I. – 2015
d'après la version italienne tirée de Lago di Como on the Blog
d'une chanson en lombardo « laghèe » – Ninna nanna del contrabbandiere – Davide Van De Sfross – 1999





Papa a déjà son sac sur le dos
Plein de tant de choses





Lucien l'âne mon ami, ce soir, je t'offre une berceuse. Cette berceuse esst une version française d'une version italienne d'une chanson en laghée, langue des montagnes et des lacs que chérit l'excellent Davide Van de Sfroos, qui est aussi l'auteur de l'étonnant Fils de Guillaume Tell [[21743]].

Une berceuse, quelle idée merveilleuse. J'adore les berceuses. Et j'aime aussi beaucoup ce fils de Guillaume Tell.

À mon avis, tu n'es pas le seul. Cependant, en italien, les berceuses s'appellent des « ninna nanna », une onomatopée très évocatrice qu'on a envie de reproduire telle qu'elle en français, mais…

Mais quoi donc, Marco Valdo M.I. mon ami ?

Mais justement, je m'y suis cassé les dents.Car, figure-toi, Lucien l'âne mon ami, ces ninna nanna et il y en a des tas, sont parmi les canzones celles où je peine le plus à trouver une version française qui ait l'air d'une berceuse. Car comment traduire, transposer une allitération, ou des mots qui changeant de langue changent de configuration. Traitée littéralement, une ninna nanna n'a rien d'une berceuse. Il m'a donc fallu tenter le grand saut… En voici le résultat.

Je vois et c'est pas mal du tout. Je vois surtout que tu as repris des bouts de comptines françaises et aussi que tu en as utilisé certaines ficelles. Mais ça tient la route. Formellement. Quant à ce que raconte la canzone, peux-tu en dire un peu.

Eh bien, comme le titre l'indique, c'est une histoire qui se passe en montagne, pays de contrebande, dans une petite maison d'un de ces minuscules villages et quelqu'un, une grande sœur, un grand frère endort un petit gars en lui serinant l'histoire de son père qui exerce la nocturne profession de contrebandier. Tu sais, Lucien l'âne mon ami, la misère montagnarde ne laissait pas tellement d'autres choix aux gens des hauts alpages. La vie est dure en altitude, les hivers sont longs et les ressources limitées. Alors, on compense par la contrebande dans les pays de frontière et tant que les frontières ont du sens. Ou alors, on devient douanier. Donc, là-bas, on passait du tabac, tant que le prix du tabac en Suisse était plus bas qu'en Italie. Ici aussi, on passait le tabac, le vin, l'alcool entre la France et nos régions. Ici, on se pourchassait en voiture ; là-haut, les contrebandiers passaient à pied ou parfois, avec un âne (comme nous pourrions le faire…), avec de grands sacs sur le dos et quarante kilos de marchandises.

Si j'ai bien saisi, ce type de contrebande pédestre ne se pratique plus… J'ai même entendu dire que les villages où vivaient les « contrebandiers » (en fait des paysans montagnards) sont dépeuplés à présent. Comme bien de campagnes aussi… Où sont donc passés les paysans ? Cela dit, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde plein de frontières, d'États, de barrières et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Fais dodo, Colas, petit frère
Fais dodo, t'auras du gâteau
Fais dodo et rêve à ton père
Fais dodo, tu seras grand bientôt.


Fais dodo, l'enfant, fais dodo
Papa a déjà son sac sur le dos
Et il grimpera dans la nuit...
Prie la lune qu'on ne le prenne pas, prie
Prie l'étoile d'éclairer où il va, prie
Prie le chemin de le ramener ici, prie
Fais dodo, Colas, petit frère
Fais dodo, t'auras du gâteau
Fais dodo et rêve à ton père
Fais dodo, tu seras grand bientôt.

Fais dodo, mon enfant, fais dodo
Papa a déjà son sac sur le dos
Plein de tant de choses
Dedans, il y a son courage
Dedans, il y a sa peur terrible
Et les mots qu'il ne peut dire...

Fais dodo, Colas, petit frère
Fais dodo, t'auras du gâteau
Fais dodo et rêve à ton père
Fais dodo, tu seras grand bientôt.


Fais dodo, mon enfant, fais dodo
Tu rêves d'un sac sur ton dos
Pour grimper derrière ton père...
Dans cette vie où on vit de fraude
Dans cette vie où on rêve de fraude
Dans cette nuit où on prie en fraude

On prie le Seigneur à voix basse...
Avec son sac où la croix dépasse.
Fais dodo, Colas, petit frère
Fais dodo, t'auras du gâteau
Fais dodo et rêve à ton père

Fais dodo, tu seras grand bientôt.

lundi 19 octobre 2015

ALLAH

ALLAH

Version française – ALLAH – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – AllahBisca – 1999
Texte de E. Manzo, S. Maglietta
Album : Lo sperma del diavolo (Le Sperme du Diable)


LE FESTIN DES DIEUX
Bernard De Ryckere - 1570


Hé hé, Lucien l'âne mon ami, viens donc voir la chanson que voici, que voilà, que je viens de traduire. Ce n'est pas une chanson très nouvelle, elle date du siècle dernier, mais rien qu'à son titre, on comprend qu'elle a une certaine actualité. Elle s'intitule tout simplement Allah.


Avec un titre comme Allah, en effet, elle peut paraître d’actualité ; on n'entend plus parler que de ça. Mais je te dirai que moi, l'actualité, je m'en contrefiche. L’actualité est cette chose déjà périmée au moment où on en parle. Avec l'actualité, on perd son temps ; il faut courir pour la suivre et si jamais, on la rattrape, elle se dissout. Mon idée est que les choses du monde sont trop importantes et trop complexes pour se soucier de l'actualité. Il est aussi temps de mettre au jour certaine inertie qui introduit la nécessaire lenteur de la vie. Moi, par exemple, je me déplace lentement, mais depuis tant de temps et puis, peu importe la longueur du chemin parcouru, car il reste toujours le chemin du début jusqu'à sa fin. Il forme un tout. Toutes ces histoires d'Allah, Jésus, Bouddha sont tellement sassées et ressassées que leur présent n'a aucun sens. L'horreur d'hier a effacé celle d'avant-hier ; celle d'aujourd'hui avale celle d'hier… Quant à demain et après-demain et après… Panta Rhei.

D'accord, Lucien l'âne mon ami, ce sont là de brillantes réflexions, mais je me demande, si des fois, tu n'aurais pas mangé trop de foin de philosophie… Cependant, tu as raison, cette chanson n'a de valeur en regard de l'actuel qu'en raison-même de son intemporalité. En clair, elle vaut aujourd'hui ce qu'elle valait hier et ce sera pareil demain. Car…


Car ?, dit Lucien l'âne d'un air un peu interdit.


Car, laisse-moi reprendre mon souffle et rassembler mes idées que je viens de laisser filer quand tu m'as interrompu…


Retrouve tes idées et ton souffle, Marco Valdo M.I. mon ami, et dis-moi de quoi elle cause cette chanson et comment.

Je commencerai par le comment. Elle se oint d'huile d'ironie, huile sainte s'il en est. Ainsi ointe, elle enfourche le cheval du héraut et dénonce – l'air de rien – la plus grande escroquerie de tous les temps, à savoir la religion.


La religion ?, dit Lucien l'âne. Mais laquelle ?


Oh, elle ne fait pas trop le détail, car ces religions se valent toutes. Donc, ici, la religion signifie toutes les religions ou n'importe laquelle. Bref, donc, j'ai usé du mot escroquerie, mais j'aurais aussi bien dit : tour de passe-passe, bonneteau, élucubration, vaticination, divagation, entourloupe, embrouille, carambouille, cavalerie céleste, ersatz, contre-façon, micmac. Là, tout n'est que message et mensonge, propagande et prêchi-prêcha. Pour savoir précisément ce qu'en dit cette chanson, il me semble que le mieux est de la lire ou de l'écouter. Je n'en dirai rien de plus que ceci : les faussaires y sont dénoncés et leurs noms sont clairement prononcés : Allah, Jésus, Bouddha, Shiva, Mahomet, Joseph, Abraham… J'ajoute volontiers : et tous les autres.


Je comprends ça, dit Lucien l'âne en hochant le crâne. Je le comprends, car la liste ne peut être close ; elle est longue, pour ne pas dire infinie, la liste des charlatans et des prophètes…


Ainsi pour résumer la chose, c'est une chanson iconoclaste et forcément, athée. Comme ça, tu sais tout.


Va pour la chanson iconoclaste et athée, j'aime ça. Tu as donc bien fait de la mettre en langue française afin, comme on dit dans les jugements, afin que nul n'en ignore et maintenant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde adepte, inféodé, emprophétisé et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.




Allah est grand, Jésus est maigre
Et Bouddha est si gras que même sa graisse est sacrée
On croit être dans une fête foraine
Avec ses attractions, ses lumières et ses fusées :
« Le Paradis est ici. Venez chez moi ! »
« Peuple élu, viens chez moi ! »
La marchandise exposée est toujours la même :
Paix Éternelle et Justice Universelle.
Mais ensuite on creuse, toujours plus bas, on creuse
Il y a une femme à payer
Puis un jeu un peu brut et vague
Pour, s'il en est besoin, confirmer
Que c'est le mâle, le mâle qui commande.
Shiva, Mahomet, Saint Joseph et Abraham
Chacun avec son style de Dieu fait sa réclame :
« Venez à moi et vous serez bénits.
Si vous suivez mon credo, vous irez au Paradis. »
Allah est grand, mais les Arabes tout petits,
Bouddha est gras et les Hindous très amaigris
Et Jésus-Christ, cet ascète émacié
De l'Occident gras est le symbole incarné !