mardi 22 septembre 2015

JE NE VEUX PAS

JE NE VEUX PAS



Version Française – JE NE VEUX PAS – Marco Valdo M.I. – 2015
Littéralement le titre est : « LA SCIENCE, LE PROGRÈS, LA NOUVELLE NOBLESSE »








Tu vois, Lucien l'âne mon ami, il arrive qu'on s'y perde dans ce labyrinthe des CCG et moi j'arrive à me perdre dans mes propres classements. Et pas seulement dans les classements, mais aussi dans mes souvenirs, car en bonne logique, j'aurais dû garder trace dans ma mémoire de ce que j'avais fait antérieurement… Il faut bien constater que ce n'est pas le cas.


Je l'imagine, mais il faut aussi dire que c'est une canzone que tu avais traduite en 2009 et que depuis, il y en a eu des centaines d'autres…


Cependant, Lucien l'âne mon ami, à tout prendre, ce n'est pas une mauvaise chose. Car la chanson dont je viens de faire une deuxième version française, je te le dis tout net, le mérite assurément, car la version de 2009 était carrément exécrable à bien des points de vue.


Voilà qui est un aveu des plus directs, mais, Marco Valdo M.I. mon ami, ne te désole pas pour autant, car cela montre plusieurs choses : un, que tu es capable de reconnaître tes déficiences et c'est là une grande qualité ; deux, tu as la volonté d'y remédier ; trois, que tu as sans doute progressé dans ta maîtrise dans l'art de ces traductions. Pour ce qui me concerne, j'en suis plutôt ravi.


À vrai dire, moi aussi, j'en suis très heureux. Mais, dit Marco Valdo M.I., l'affaire ne s'arrête pas ici. Car, figure-toi, que je n'ai découvert cette errance qu'au moment d'insérer la « nouvelle » version dans les CCG. Il me restait à vérifier si ça valait la peine de le faire, s'il y avait intérêt à montrer cette nouvelle version et comme tu le vois, j'ai conclu. Voici donc ce texte nouveau. J'en profite pour ajouter quelques mots à propos de la chanson elle-même, dont je ne t’ai encore rien dit. Et d'abord, tant que j'y pense, il me faut dire que cette canzone pourrait et même, à mon sens, devrait être insérée dans le « parcours des canzones anticléricales », car c'est une chanson anticléricale et puis aussi, autant le dire tout de suite, une chanson libertaire, anarchiste et athée. De ce fait, je m'en vais revoir les autres chansons de Fausto Rossi, alias Faust'o, qui en effet comme le dit le commentateur italien, est un chanteur méconnu. Ce qui est d'une grande injustice, mais est sans doute lié à ce qu'il n'a pas dû et ne doit toujours pas bénéficier des grâces divines et médiatiques de la Catholie.


Oui, oui, je le confirme, il existe une forme de mise à l'écart sous influence épiscopale et vaticane, une mise à l'écart par les médias, une occultation des chanteurs et artistes anticléricaux. C'est la version moderne de l'enfer des bibliothèques, cet endroit où on remisait ce qui ne pouvait être vu ou lu. L'enfer, ce lieu où l'on dissimule et on oublie tout ce que Dieu et ses sbires ne sauraient voir. Une question cependant : il me semble que tu as donné à cette nouvelle version française un titre fort différent du titre italien. Comment expliquer cette différence ?


Oh, Lucien l'âne mon ami, c'est une façon de faire qui est légitime, mais assez inhabituelle. L'expliquer est fort simple: c’est le résultat du travail d'adaptation que doit faire celui qui recrée un texte dans une autre langue. Ainsi, j'en suis venu à considérer que le caractère profondément libertaire et anarchiste de cette canzone était l'élément fondamental, dont découlait tout le reste. Au cœur de cette chanson, il y a le refus du monde tel qu’il est et dont « Je ne veux pas » est le maître-mot. Quant au caractère athée et aux harmoniques d'areligion et de mécréance, il est très net ; je te cite :
« Je ne veux pas être gouverné et contraint
Par un Dieu et par des monstres
Qui ne me ressemblent en rien…
Je ne veux pas que l'Église
M'appelle son fils naturel... ».
Voilà donc pourquoi j'ai choisi ce titre-là.


Il me plaît bien aussi le titre de la version française et comment dire, il me paraît plus parlant que celui d'origine. Enfin, voyons, écoutons cette canzone et ensuite, reprenons notre tâche et tissons sans désemparer le linceul de ce vieux monde catholique, religieux, oppressant, pénible et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Je ne veux pas que les animaux m'adorent
Ni les végétaux ou n'importe quel habitant
De cette planète qu'est la terre.
Je veux pouvoir faire l'amour librement
N'importe où, avec n'importe qui, n'importe quand
Et pas avec des filles ou des mecs imaginaires.
Je ne veux pas de police dans les rues,
De sons jaunes et bleus de jour et de nuit
Qui rappellent les asiles et les morgues.
Je ne veux pas d'un travail qui soit solitude,
Misère et pauvreté et empoisonne notre vie.

Alors volez, volez pour de vrai
Alors brûlez, brûlez pour de vrai
Et respirez, respirez pour de vrai
Alors volez, volez pour de vrai.
Je ne veux pas être gouverné et contraint
Par un Dieu et par des monstres
Qui ne me ressemblent en rien
Si ce n'est par notre commune nature.
Je ne veux pas tomber à genoux
Devant vos machins
Qui sont des asiles dans le désert où
La terre est douce et le ciel inhumain.
Je ne veux pas que l'Église
M'appelle son fils naturel
Pour m'inviter à ses trafics surnaturels
Qu'elle appelait autrefois Guerre Sainte.
Je ne veux plus de télévision dans nos maisons
Mais le silence absolu et profond
Pour chaque être humain sur cette planète.

Alors volez, volez pour de vrai
Alors brûlez, brûlez pour de vrai
Et respirez, respirez pour de vrai
Alors volez, volez pour de vrai.

jeudi 17 septembre 2015

LE TILLEUL


LE TILLEUL



Version française – LE TILLEUL – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Albero di tiglioZen Circus2014


Li Tiyou do vî Payis



Voici, Lucien l'âne mon ami, toi qui – selon la déclaration universelle des droits de l'âne (et de tous les êtres vivants) [[49337]] – est athée, une chanson où le protagoniste, celui qui parle, celui qui chante est Dieu lui-même. Cependant, elle devrait te plaire.


D'abord, Marco Valdo M.I. mon ami l'homme, je voudrais avant de laisser aller les choses plus loin éclairer un peu cette affirmation qui me fait athée. Non pas comme on va le voir que je sois de la moindre manière déiste ou croyant ou je ne sais quoi du genre, telle n'est pas la question. Cependant, pour la bonne compréhension des choses, il faut savoir que je ne suis athée que par ricochet ; en ce sens que je ne le suis que parce que des gens ont inventé des dieux, puis surtout, ceux qui ont inventé un Dieu (ce sont les pires), constatant que moi et bien des autres, on ne partage pas leur délire qu'ils appellent « croyance en Dieu», nous ont forgé ce nom d'athée. Et comme les Gueux d'Ulenspiegel, nous nous sommes fait un nom de cette appellation. Et comme les Gueux, nous dirons : « Athée est fier de l'être ». Au passage, je te rappelle que Claes, le propre père de Till fut brûlé sur un bûcher, car il ne croyait pas comme eux. Mieux encore, cet Uylenspiegel [https://fr.wikipedia.org/wiki/Uylenspiegel] est une sorte de cousin bruxellois de l'Asino [https://it.wikipedia.org/wiki/L'Asino ], qui dérida Rome au tournant du siècle précédent et mena franc du col le combat contre Mussolini et sa clique. Il y a une deuxième raison au fait que je sois désigné comme athée et la voici. C'est à cause de ma volonté de ne pas perturber ces pauvres gens qui croient à un Dieu qu'ils font à leur image… Imagine que je ne sois pas athée, il faudrait donc qu'il y ait pour moi un Dieu à mon image… Tu vois d'ici la tête du Pape, celle de Mahomet ou de Jéhovah, selon que je me rallierais à l'une ou l'autre de ces coteries religieuses. Cela dit, parle-moi de cette nouvelle chanson…


Et bien, voilà… Donc, c'est Dieu lui-même qui interpelle les humains. Il leur dit, et il faut le comprendre, car il a raison, que le pouvoir et a fortiori le pouvoir divin (absolument absolu) ne peut en aucun cas avoir forme humaine, ni être régi par quelqu'un qui serait à l'image de l'homme. Ce serait trop dangereux et pour tout dire, catastrophique. Tel est le sentiment de ce Dieu, qui de fait est un tilleul.


J'aime assez m'endormir sous les grands bras de grands tilleuls, surtout quand c'est le temps des fleurs… Alors, j'attends avec une certaine impatience la chanson. Et ensuite, si tu le veux bien, nous reprendrons notre tâche et recommencerons à tisser le linceul de ce vieux monde arboricide, guerrier, fanatique, humain, trop humain et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Des chiens furieux, un rat çà et là,
Restes de toutes les civilisations
Qui croissent,
Puis brillent,
Puis gonflent,
Puis explosent.

Je sais cela, messieurs,
Je suis celui que vous appelez Dieu.
Vraiment, vous avez cru aussi
Que je pouvais être votre ami ?
Aucune personne avec ce pouvoir souverain
Ne voudrait jamais faire le bien.
C'est une loi de toute la création,
Le pouvoir a le mal intégré dans son fond.
Et puis le bien, c'est votre idée,
Fruit seulement de votre ignorance,
Une ancienne et grande menterie,
Dite pour vous compliquer la vie.

Le mari violent.
La mère qui tue son enfant.
L'évêque corrompu et corrupteur.
Le maire prévaricateur.
Le soldat frappé et tué,
L'autre soldat qui l'a abattu.
Les femmes et leur douleur
Violées dans leur sang et dans leur cœur.
Tout ceci vous l'avez voulu,
Croyez-vous que le bien vous ait aidé ?

Regardez ce chêne millénaire
Détruit par votre guerre.
Vous pleuriez mille fils morts,
Cet arbre devait vivre encore.
Vous croyiez que j'étais fait
À votre image et à votre ressemblance ;
Vous l'avez lu dans ce livre contrefait
Que vous avez écrit vous-mêmes.
Je n'ai jamais eu de fils, et puis même,
Moi qui suis un tilleul, comment l'aurais-je fait ?







mardi 15 septembre 2015

L'ANARCHISTE ET LE GÉNÉRAL

L'ANARCHISTE ET LE GÉNÉRAL


Version française – L'ANARCHISTE ET LE GÉNÉRAL – Marco Valdo M.I.
Chanson italienne – L’anarchico e il generaleZen Circus2014





Boum
L'amiral a fait Boum
Tout avec lui a dit Boum
Et l'auto fait Boum Boum



Une chanson qui raconte un attentat contre un général et un attentat réussi, l'auteur est arrêté et mis en prison. Il y reste tellement longtemps… qu'à sa sortie, voir la suite dans la chanson. Et voilà que je tombe sur le thème du Livre Blanc, cycle que j'avais commencé et que je n'ai pas encore terminé, dans lequel le personnage principal marche au plafond et finira en prison, plutôt à l'asile et n'en sortira que des années plus tard… et à sa sortie…


Il faudra bien que tu finisses le cycle, on ne peut quand même pas laisser cette histoire en suspens. Quel suspense...

Certes, tu as bien raison, Lucien l'âne mon ami. Mais tout cela vient de ces satanées Chansons contre la Guerre, où il y a tant à faire et toujours du nouveau. Il faudra bien se rendre à l'évidence, on n'en viendra pas à bout. Pour en revenir à cette histoire de la chanson L'Anarchiste et le Général, j'imaginais quelle illustration y mettre et j'en ai trouvé deux : l'une concerne l'élimination d'un général ( par la suite amiral), mais en le faisant sauter en l'air comme une fusée Ariane (donc pas de revolver) et l'exécution était le fait d'un groupe de l'ETA, dès lors pas par un individu et pas nécessairement, anarchiste. Il s'agissait de l'attentat : Boum ! [[7833]], qui mit fin à la carrière et à la vie de l'amiral Carrero Blanco, premier ministre du sinistre Franco. L’autre illustration montre bien un anarchiste revolvérisant et tuant un important personnage, mais c'était un roi… Il s'agit bien de Gaetano Bresci et d'Umberto I. Mais Gaetano Bresci [[8334]] ne sortira jamais de sa prison-tombeau ; on l'y pendra.

Enfin, voyons cette chanson et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde misérable et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Gaetano Bresci revolvérise Umberto.



Enveloppés dans du papier journal
Il avait une longue-vue et un revolver
Car une fois tué le général,
Son bateau aurait pris la mer,
Aurait immédiatement pris la mer.
Mais ils le prirent par le cou
Et le rouèrent de tant de coups.
On le tînt en cellule si longtemps
Qu'à sa sortie, son fils avait des enfants,
Autant qu'il avait passé d’années dedans.

Dehors, plus rien n'était comme autrefois
Il n'y avait plus de camarades et plus de patronat,
Le fils de son fils ne travaillait pas,
La femme de son fils dit qu'il chômait,
La fille de son fils était là et dansait.
Et de ses amis artisans,
Tous étaient morts sans descendants.
Il dit « Tu peux travailler avec moi » à son petit-fils
Mais il ne voulut rien savoir, le petit-fils
Il voulait être général, son propre petit-fils.

Peu avant de mourir,
Il alla chez la petite-fille du général.
Il ne demanda pas pardon, elle ne fit pas de scandale,
Il ferma les yeux et se laissa partir.
Ainsi, le général fut vengé.
Et pendant que tout s'éteignait,
Il savourait l'éternel repos qui l'attendait.
Arrivé devant le Dieu le Père, ce dernier,
D'un coup de tonnerre, droit en enfer, l'expédia.
Depuis si longtemps, le général l'attendait déjà.


LE FILS DE GUILLAUME TELL

LE FILS DE GUILLAUME TELL

Version française – LE FILS DE GUILLAUME TELL – Marco Valdo M.I. – 2010
Chanson suisse-italienne ( en italien – Côme) – Il Figlio di Guglielmo Tell – Davide Van De Sfroos – 1999



Moi, je suis content pour mon papa, qui est devenu un héros national
Mais depuis lors, quand je vois une pomme, je me sens mal... mais mal.





Ah, ah, ah, ah, dit Lucien l'âne dans un braiment hallucinant à réveiller les morts, même suisses, des kilomètres à la ronde.

Dis, Lucien l'âne comique, qu'est-ce qui te prend ? Pourquoi brais-tu ainsi, demande Marco Valdo M.I.? Tu hallucines, tu as mangé quoi ?

Ben, de l'herbe, comme d'habitude... De l'herbe forte, de l'herbe dure... Du chiendent, des chardons, quelques pousses d'angélique, que sais-je... ce que je trouve le long de mon chemin... Pour le reste, je ne brais pas, je ris.

Et pourquoi ? Et si fort surtout...

C'est à cause du fils de Guillaume Tell...

Mais enfin, il doit être mort depuis longtemps, le fils de Guillaume Tell... Si je me souviens bien, il devait vivre vers 1350...

Oui, ça, je le sais, je l'ai même promené sur mon dos et on avait fait une jolie promenade autour du lac des Quatre Cantons... Mais je ris à cause de la chanson de Van de Sfroos... Elle est vraiment très drôle...

En effet... Je la découvre comme toi cette histoire bien connue du chapeau du bailli que Guillaume ne voulut pas saluer et tout ce qui s'ensuivit. La Suisse et tout çà... Les banques, le paradis des riches, l'impitoyable capitalisme à la Suisse, comme Nestlé par exemple... « ... Et de richissimes Américaines dans de richissimes palaces soignées par de richissimes docteurs jugés par de richissimes magistrats. Et tout ce monde roule roule dans de richissimes voitures. A carrosseries bien ouvragées immatriculées. ... », une Suisse comme la décrit Hélène Bessette dans sa Suite Suisse et puis, si ces Suisses respectaient leur propre légende de montagnards et de défense de la qualité de l'alpage, de ses habitants et de son paysage... ce serait dans la ligne de ce Guillaume mythique... Mais regarde ce qu'ils font à ce Guillaume Tell écologiste qu'est Marco Camenisch... Depuis les années qu'ils le tiennent serré en prison... Non, la Suisse n'est pas ce qu'elle aurait dû être dans sa légende généreuse de ce Guillaume montagnard repoussant le pouvoir et la domination, de ce défenseur des paysans libres de l'arc alpin... Cela dit, cette chanson, moi aussi, elle me fait beaucoup rire ( j'aime beaucoup l'abricot... C'est très suisse l'abricot...) et ce Guillaume Tell d'opérette, complètement bourré qui fout une trouille phénoménale à son fils... Un héros national « al rovescio »... « à l’envers »… Un efficace anti-mythe... le nationalisme plaqué or s'effondre sous le rire... Pour ce que rire est le propre de l'homme... Une autre manière de tisser le linceul de ce vieux monde avaricieux et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Je suis le fils de Guillaume Tell, qui était un grand homme
Mais voilà, de moi, les gens ne souviennent pas, même pas de mon nom
Et pensez que c'était moi, ce garçon avec la pomme sur la tête
Et je ne pouvais pas trembler et je priais : « Espérons qu'il la touche... »
Et les gens me regardaient tous, ils me regardaient de leur fenêtre
Tous les yeux me fixaient, mais moi, je regardais l'arbalète...

« Papa, papa... Si on essayait avec une pastèque... »
« Il ne faut pas douter de moi, mon fils, tu sais que ça me fâche ! »
« Papa, papa... Au moins avec un melon... »
« C'est pas possible, mon fils, tu le sais... et puis, ce n'est pas la saison... »
« Papa, papa... Alors avec un pamplemousse... »
« Ne crains rien, mon fils; ton papa s'appelle Guillaume ! »

À y penser, ce n'est pas si bien ... d'être le fils de Guillaume Tell
Car depuis ce jour-là, je me promène avec un lange
Moi, je suis content pour mon papa, qui est devenu un héros national
Mais depuis lors, quand je vois une pomme, je me sens mal... mais mal.

Papa était déjà au fond, déjà il réglait la mire
Et moi, j'avais des sueurs froides car il continuait à boire, à boire des bières...
« Arrête de boire, papa, autrement tu vas voir double »
« N'aie pas peur mon fils, au pire... je te tue ! »
Voilà, je l'entends... Je le sens... Là, il tire !
Quel est le rigolo qui a dit
Comme qui dirait :
« On essaye avec un abricot? »

À y penser, ce n'est pas si bien ... d'être le fils de Guillaume Tell
Car depuis ce jour-là, je me promène avec un lange
Moi, je suis content pour mon papa, qui est devenu un héros national
Mais depuis lors, quand je vois une pomme, je me sens mal... mais mal.

Je suis le fils de Guillaume Tell

Qui ne s'est jamais abaissé à saluer un chapeau.

dimanche 13 septembre 2015

LA VACHERIE

LA VACHERIE

Version française – LA VACHERIE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – La vaccataIvan Della Mea2000


T
exte : Ivan Della Mea
Musi
que : Paolo Ciarchi
Interpr
étation et guitare : Paolo Ciarchi
Album:
La Cantagranda




 Ça me ferait trop mal au cœur de laisser comme ça une vache réfugiée sans aide et protection, tout comme je ne chercherai certainement pas à profiter de son lait sans bonne contrepartie. De toute façon, entre âne et vache, on se comprend assez bien.




Une vache demande l'asile politique et l'hospitalité à ses 

camarades ânes


de Rosa Luxembourg


Salut camarades. Je suis Rosa. Rosa Luxembourg. Longtemps j'ai été la vache d'Ivan Della Mea qui, par bonté, me gardait dans sa maison, à Milan, rue Montemartini, de Sudadio Giudabestia. Comme on voit, il écrivit aussi une chansonnette sur moi ; ô Dieu, une vraie vacherie – comme le dit du reste le titre – qu'il eut la bonne idée, dans l'album de la Cantagranda, de faire jouer et chanter par ce fou furieux de Paolo Ciarchi ; dans la chanson, d'autre part, il préfigurait mon abattage.

Le problème est que,
le pauvre Ivan s'en est allé d'abord ; et je me suis retrouvée seule et sans but. Et où le trouverai-je un autre comme Ivan, qui me prenne chez lui ? Les ouvriers de l'usine ? Jusqu'à présent, tant que c'était lui qui me conduisait, parfait ; ensuite, lorsque je m'y suis présentée toute seule en demandant la solidarité et un peu d'herbe (comme vache, je me contente de peu…), ils ont inventé mille excuses : et la crise, et la sécurité, et l'article 18 pas extensible aux vaches, et tout ça, et tout ça… en somme, oui, un peu de solidarité, un demi tract, une paire de posts sur deux blogs militants, mais de l'herbe, pas un brin ; et penser à tout le lait frais que j'avais donné gratis à ces chômeurs. Mais bon, les malheureux ; je les comprends un peu aussi. Déjà qu'ils se font entuber tout seuls, dans les maquignonnages de Marchionne et de Camusse (entre les patrons et les syndicats), ils n'ont vraiment pas besoin de se mettre une vache sur le dos.

Je garde la chanson, qui ne fait pas de mal ; vous voyez un peu quel type était l'Ivan, et comme il tanna pour les fêtes des psychologues démocratiques (P.D.) qui voulaient le faire passer pour fou parce qu'il me gardait chez lui sans problème, en me confiant même ses ineffables métaphores sur la classe ouvrière, sur soixante-huit, sur la mémoire des camarades et combien d'autres choses. Je peux vous assurer que je lui ai été reconnaissante. Un peu de lait, je le lui ai donné même sur le point de mourir, peut-être en a-t-il même emporté un peu de l'autre côté. Cependant, maintenant, errant en vaguant, je suis arrivée ici. Et puisque je ne vois pas, malheureusement, de sections ou de « parcours » sur les vaches, je demande l'asile politique et hospitalité à vous autres les ânes. Je ne cause pas d'ennuis, il me suffit un petit coin du site avec un peu d'herbe fraîche. Lait frais pour tous, webmaster et administrateurs, hôtes fixes, Marchivaldi, Gianpieri Teste, Donchisciotti, il suffit de me traire. Muuuuuuuuh !

P.o. Rosa Luxemburg.






La vache parle drôlement, dit Lucien l'âne. D'ordinaire, elles disent « Meuh ».


Certes, Lucien l'âne mon ami. Tu as une bonne oreille, Meuh, c'est du français, muuuuuh, est très différent. On pourrait croire à première vue que c'est du finnois, car les vaches finnoises disent : ammuu, muu ; mais en réalité, c'est du lombard. En fait, c'est une vache régionaliste ; elle meugle en lombard.


Cela dit, si c'est une réfugiée, la chose est évidente ; si elle demande l'asile chez les ânes, on lui accorde sans rechigner. Je rappelle que les ânes ont fait une déclaration universelle des droits de l'âne [[49337]], en précisant bien qu'elle s'applique pour tous les êtres vivants. Bienvenue à cette vache historique et marxiste. Cela va dans le sens de l'histoire. C'est une vache progressiste; mais elle devrait prendre garde; si on la pousse un peu, elle pourrait verser dans l'activisme révolutionnaire et finir dans le Ticino. Ça s'est déjà vu; en particulier, pour Rosa Luxemburg, qui a fini dans la Spree, même qu'on n'a jamais retrouvé ses tueurs. Mais je ne pense pas que ça puisse lui arriver à cette nouvelle Rosa. Depuis le temps qu'Ivan est parti, elle a dû reprendre sa route et quitter ces endroits malsains. Enfin, je vais peut-être la croiser un de ces jours en montagne et je lui proposerai de prendre la route avec moi. Si ça se trouve, je lui ferai voir le film avec Marguerite [[https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Vache_et_le_Prisonnier]]. Ça devrait lui plaire.


Bonne idée, mon ami Lucien l'âne. Avec toi comme guide, elle ne risque pas de s'égarer dans d'autres lieux mal famés. Il y a encore en Europe des endroits où une vache libre et libertaire peut être gentiment accueillie.


Je m'y efforcerai, je te le garantis. Ça me ferait trop mal au cœur de laisser comme ça une vache réfugiée sans aide et protection, tout comme je ne chercherai certainement pas à profiter de son lait sans bonne contrepartie. De toute façon, entre âne et vache, on se comprend assez bien. Pour le reste, revenons à cette étrange et très amusante chanson et ensuite, reprenons notre tâche et tissons, avec l'aide de Rosa, le linceul de ce vieux monde humain, trop humain, oublieux, méprisant et méprisable et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.





Peeeeeellerin qui vient de Rome,Va le coupé, va le coupé,
Peeeeellerin qui vient de Rome
Avec des chaussures cassées aux pieds....
Muuuuuuuuuuuhhhhhh....!




Salut la vache -, je lui ai dit, et elle m'a répondu muuuuh.
À sept heures du matin, je l'ai montée sur des patins à roulettes et je l'ai conduite devant l'usine.
J'ai distribué le lait de vache aux chômeurs ; ils étaient contents.
La chose s'est sue.
Un congrès de psychologues démocrates était en cours je ne sais où.
Ils sont venus me chercher.
Ils nous ont pris moi et la vache et ils nous ont emmenés dans une villa de Somma Lombardo, celle des couvertures de laine, dans la bruyère.
Ils ont lié la vache à un arbre.
Muuuuuh.
Ils m'ont donné une chambre avec vue sur le green.
Ils voulaient me poser des questions :

- Pourquoi la vache sur des patins à roulettes ?
- Pour ne pas frapper le lait sur les mamelles.
- Pourquoi devant l'usine ?
- Parce que la classe ouvrière est encore l'unique classe qui puisse lever le drapeau du rachat de l'homme dans le besoin, de la venue du socialisme comme phase de transition vers le communisme avant et l'utopie après, car comme dit Karl Marx etc, etc.
- Pourquoi le lait aux chômeurs contents ?
- Par solidarité militante, pour donner un sens à la vache et à moi qui l'entretiens.
- Où la gardez-vous ?
- Chez moi.
- Où chez toi ?
- Dans le bain.
- Et ta femme… ?
- Elle veut bien.
- Et ton fils ?
- Il voudrait qu'elle dorme dans sa chambre avec lui.
- Et pour manger ?
- Je la mène au Parc des Roses.
- Et les déchets… enfin, tu comprends ?
- Ils engraissent les géraniums du balcon et les roses du jardin.
- Et les autres locataires ?
- Il y a celui qui a un chat, celui qui a un chien, celui qui a une maîtresse, moi, j'ai la vache...
- Et elle, que fait-elle à la maison ?
- Elle fait la vache, elle reste dans ses habitudes.
-Et cela te semble normal... ?
- En quel sens ?
- Dans le sens qu'il n'est pas normal de garder une vache chez soi...
- Alors, ce n'est pas normal, et puis quoi ?
- Il doit y avoir un motif, une raison, un pourquoi ...
- Il y en a.
- Et lequel ?
- Elle est belle, elle est bonne, elle est généreuse, elle est discrète, elle est démocratique et je l'ai gagnée à une tombola d'une fête de l'Unità dans un village de la Basse Cremonèse.
- Et les autorités municipales ? Et la police ?
- Que pourraient-ils faire ? Elle ne pollue pas, elle engraisse, elle respecte les feux et ne dépasse jamais les limites de vitesse ; elle a des stops, des catadioptres et des flèches sur les oreilles ; elle est en règle ; elle a sa médaille, ses certificats de vaccination, elle ne mord pas et je paye la taxe pour elle.
- Et les ouvriers devant l'usine comment la prennent-ils ?
- Ils ne la prennent pas.
- Certes, mais disons, comment réagissent-ils… ?
- Ils boivent le lait ou le remporte chez eux ou ils laissent tomber, c'est-à-dire qu'ils font comme pour tout le reste, les tracts, les journaux, les activistes syndicaux ; quelqu'un dit que c'est une bonne camarade.
- Elle a un nom cette vache...
- Rosa.
- Rosa Luxemburg !
- C'est vous qui le dites.
- Tu as fait 68… ?
- Et aussi 48 et 58 et 78, mais je n'avais pas la vache.
- Et qu'avais-tu … ?
- Des amis et des camarades, puis Marx Lénine Mao Che Guevara Castro Ho-Chi-Minh Gianni Bosio Franco Solinas mon frère Luciano l'Inter vainqueur et la classe ouvrière avancée.
- Et maintenant, tu n'as plus rien, juste … ?
- J'ai encore tout, mémoire, raison, histoire, femme et enfants, une maison et en plus, la vache.
- En somme pour toi, c'est un peu la compensation des frustrations soixane-huitardes ?
-
Quand elle me donne du lait, c'est une compensation, sinon une madone ne compense pas et en tout cas, je ne la fouette pas.
- Et demain… ?
-
On verra.
-
Mais tu ne peux pas imaginer de conserver une vache chez toi...
-
Je le pense et je le fais, ce n'est pas difficile, ce n'est pas rien ; nous vivons ensemble et nous survivons tous là.
-
Tu as cité Mao et cela signifie-t-il que Rosa pour toi est un fétiche, un totem…
C'est une vache et elle fait muuuuuh.

À ce moment, Rosa a fait muuuuuh.
Je me suis levé.
- Les psychologues démocratiques (P.D.) se sont levés.
-
Que se passe-t-il ? - ont-ils demandé.
-
Elle a fait muuuuuh et je dois m'en aller.
Je suis sorti.
J'ai rejoint Rosa.
Je l'ai traite.
J'ai offert le lait aux psychologues.
Ils l'ont bu.
-
Et quand elle sera trop vieille… ?, ont-ils demandé.
- La macello e me la mangio. Meglio tran trun taratrun...
tran-su-stanzionare con una vacca che con il padreterno, non vi pare?
- Je la tue et je la mange. Il vaut mieux tran trun taratrun… transsubstantier avec une vache qu'avec Dieu le Père, n'est-ce pas ?
Ils ne m'ont pas répondu.
- Et demain ? - m'ont-ils demandé.
- Autre usine et autre lait, tant qu'il y en a…

Comme on voit, 68 a fini en vache, mais ce n'est sûrement pas le pire de tous les maux.
Pour le moins, il y a une continuité dans la générosité.
Sans nostalgie et sans mélancolie.
On peut finir aussi en vache dans la joie.
Ceci aussi, en finale, est une pensée de menga … et qui a une vache la garde.

(Rappel : loi de Menga : Qui l'a dans le cul, la garde)
J'ai pris Rosa par la longe.
Allons, je lui ai dit, et elle m'a répondu muuuuuh.