mercredi 22 avril 2015

MAFIA ET PRÊTRES

MAFIA ET PRÊTRES


Version française – MAFIA ET PRÊTRES – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson sicilienne – Mafia e parriniRosa Balistreri – 1973

Texte : Ignazio Buttitta (1963)
Musique : Otello Profazio (1967), Joe Fallisi (2004)
Le texte d'Ignazio Buttitta, fut mis en musique et chanté d'abord par Otello Prefazio (1967).
Récemment, il a été repris et remis en musique par Joe Fallisi (2004).



Aussi loin que je m'en souvienne, dit Lucien l'âne, 
la mafia s'est toujours fort bien entendue avec l'Église catholique. 
Et inversement.






Voici, Lucien l'âne mon ami, une chanson qui ne mâche pas ses mots. Une chanson dont on ne peut penser qu'elle accepte le règne de l'omerta, de cette « loi du silence » qui écrase les pauvres de Sicile et enterre dans le silence leurs cris de détresse ou leurs protestations contre les humiliations et l'exploitation qu'ils subissent. C'est une chanson de dénonciation de l'alliance de la mafia et du goupillon.


Aussi loin que je m'en souvienne, dit Lucien l'âne, la mafia s'est toujours fort bien entendue avec l'Église catholique. Et inversement.





La mafia et les prêtres
La main se donnèrent.
Pauvre citoyen,
Pauvre paysan !

Mafia et prêtres
Se sont donné la main.
Mafia et prêtres
Se sont donné la main.

Mafia et prêtres :
Éternelles sangsues,
Le bât sur nos épaules
Et la corde qui nous étrangle.

Mafia et prêtres
Se sont donné la main.
Mafia et prêtres
Se sont donné la main.

L'un montre la croix,
L'autre cible et tire
L'un de l'enfer menace
Et l'autre de la lupara.

Sicile, de combien de peines,
De pleurs, ton cœur se défeuille :
Soutane et scapulaire
T'ont couverte de deuil.

N'avons-nous plus d'oreilles, de langue ? ? !
Brisons les chaînes !
La Sicile veut la gloire !
Pas la mafia ou les prêtres !

Mafia et prêtres
Se sont donné la main.
Mafia et prêtres
Se sont donné la main.

mardi 21 avril 2015

BEAU PAYS L'ITALIE

BEAU PAYS L'ITALIE


Version française – BEAU PAYS L'ITALIE – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Bel paese l'ItaliaOlindo Guerrini – 1901
Publiée le 21 février 1904 dans le n°. 5, anno I d'« Action Socialiste », hebdomadaire de la section socialiste de Brindisi (« Soyez des hommes, et pas des moutons fous !  », un des exergues en première page).




Le coup tordu de Napoléon le Petit sauva la Papauté et le Vatican, ouvrant ainsi la voie à la reconquête de l'Italie par les tenants du catholicisme



Chanson superanticléricale publiée dans le journal des socialistes des Pouilles, aux idées proches de celles du philosophe marxiste Antonio Labriola, pour déplorer comment après 1901 en Italie – alors gouvernée par Giolitti (libéral), mais traversée par de forts courants nationaux-catholiques – on avait déversé des bandes de religieux de tous ordres, surtout des Jésuites, chassés de France où le gouvernement de défense républicaine de Pierre Waldeck-Rousseau (celui qui auparavant avait légalisé les syndicats des travailleurs) avait promu une loi sur l'associationnisme qui soumettat à juste titre les congrégations religieuses, surtout celles qui s'occupaient de l'éducation des enfants, à la reconnaissance et à l'étroite vigilance de la part de l'État. Cela avait amené la fermeture de centaines d'instituts religieux et la migration en masse de milliers de « corbeaux » vers le « sein de la Sainte Mère l'Église ».
Et la « pédéraste armée de moines » encore aujourd'hui, à 110 ans du moment fut composée cette chanson caustique, continue dans ses infamies : à Malte, deux prêtres viennent d'être condamnés par tribunal ordinaire à de discrètes peines de détention pour avoir abusé de nombreux mineurs dans un orphelinat religieux ; et en Irlande, on a vu ces derniers jours la publication du « rapport Cloyne » dans lequel le gouvernement dénonce le fait que les crimes sexuels au détriment de mineurs accomplis par des prêtres jusqu'il y a peu furent cachés par les évêques et le Saint-Siège qui chercha « à bloquer une enquête dans un État souverain, démocratique et républicain, il y a pas plus de trois ans, pas il y a trente ans », a déclaré le premier ministre irlandais Enda Kenny.
« Quel beau pays ! La descente des corbeaux des Alpes françaises dans la plaine italienne a suscité les colères de toute la démocratie, même de la tricolore qui a jusqu'ici flirté avec le Vatican. Et les journaux sont encombrés de protestations sensationnelles ; on voudrait rien de moins que l'application rigide de la vieille loi sur les congrégations… Mais plutôt que de s'abandonner à de mélancoliques considérations sur les lois , il vaudrait mieux relire les vers caustiques du poète Olindo Guerrini :  »



Sans relever toutes les allusions que contient ce texte, juste deux mots concernant Garibaldi… qui apparaît tout à la fin à Mentana. Il s'agit de la dernière bataille que livra Garibaldi à Mentana face aux troupes françaises de Napoléon III , en novembre 1867. Bataille perdue face aux nouveaux fusils Chassepot. Le coup tordu de Napoléon le Petit sauva la Papauté et le Vatican, ouvrant ainsi la voie à la reconquête de l'Italie par les tenants du catholicisme. À cet égard, plus d'un siècle après la chanson, la situation n'a fait qu'empirer. On peut à présent constater que l'Italie de la fin du XIXième siècle, qui était un pays moderne et laïc, a basculé (aidée en cela par le fascisme, qui signa les infâmes accords du Latran) dans la bigoterie institutionnalisée au point d'être devenue une sorte de Catholand ou de Katholikistan. Pauvre Garibaldi, en effet !

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.



La pédéraste armée de moines
Que nous a envoyée la France
À présent, dans ses béates fainéantises
S'épand parmi nous et déroule sa panse

S'abattent les louches compagnies
Leurs instruments et leurs professeurs sacrilèges
Qui distillent poisons et eaux-de-vie
Et fondent des collèges.

Beau pays, l'Italie belle
Pour les tripes sacrées des charognards
Qui parmi les poux de leurs immondes cellules
Sèment les bâtards.

Beau pays ! Si l'Autriche impose
Son veto, si se bouge l'Espagne
Voici qu' accourent les frères
En ce merveilleux pays de Cocagne

Comme les brames de leurs bandes immondes
Sont pour nous des ordres,
S'ils veulent téter, notre mère l'Italie
A de grandes mamelles

Ici, leurs clergés puants
Ici, trouvent la terre qu'ils préfèrent
Ici, parmi nous où croissent les couvents
Et croulent les écoles.

Et les juges du roi servent la messe
Avec le cierge par devant
Et la bannière de l'Italie est remise
À la garde du Vatican.

La prison est prête pour qui ne croit pas
À la vertu des saints et des vierges !
Quel beau pays pour le Saint-Siège
Et les moines aux semelles de bois.

Hélas, c'est ce déferlement
De prêtres et de bandits
Qu'à Mentana, tu combattis vainement
Pauvre Garibaldi !


lundi 20 avril 2015

LE PAUVRE ECHILEO


LE PAUVRE ECHILEO

Version française – LE PAUVRE ECHILEO – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Il povero EchileoGruppo Padano di Piadena1966

Texte de Sergio Lodi
Musicassette autoproduite par le Gruppo Padano di Piadena pour le spectacle « Ci ragiono e canto » créé en 1966.
Puis dans la première édition du spectacle « Ci ragiono e canto (vol. 2) » de Dario Fo – 1969







Le pauvre Echileo
Après avoir beaucoup souffert est mort
Si gracile et pourtant si fort

C'est qu'il faut du courage
Pour repousser le prêtre
C'est qu'il faut courage
Pour s'enterrer au cimetière
Sans bénédictions


Il n'y avait pas de prêtre
Mais derrière son cercueil
Il y avait le drapeau de la liberté

vendredi 17 avril 2015

UNE QUESTION

UNE QUESTION


Version française – UNE QUESTION – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson allemande – Eine Frage – Kurt Tucholsky – 1931

Texte de Kurt Tucholsky, publié sous le pseudonyme de Theobald Tiger dans Die Weltbühne du 27 janvier 1931
Musique de Leon Boden et Bernd Klinzmann dans “Tucholsky in Rock” - 1984
Elle a été aussi mise en musique et chantée par l'artiste néerlandais Robert Kreis.






La chaîne de montagne continue à produire
Des marchandises pour des clients qui n'existent pas.
Vous avez détruit votre propre clientèle, comme ça.
Par les licenciements et les diminutions de salaire 


Une chanson écrite à la veille de l’avènement du nazisme, dans la phase plus aiguë de la crise de 29 et de l'agonie de la République de Weimar, mais je crois qu'il parle un peu même de nos temps…



Mon ami Lucien l'âne, je suis toujours étonné, stupéfait et parfois même, pantois de constater la lucidité de certaines chansons et évidemment, de leurs auteurs.


Voilà bien une étrange déclaration que tu aurais pu faire depuis longtemps et à propos de nombreuses chansons et dès lors, de nombreux auteurs, spécialement dans les Chansons contre la Guerre.


Oui et non. De façon globale, tu as certainement raison. Mais quand même, si toutes les chansons et tous les auteurs sont égaux ; il en est de plus égaux que d'autres. Parmi tous ceux-là, cette fois, je distingue Tucholsky et particulièrement, dans sa façon de faire surgir dans l'air et en quelques vers, claire et transparente comme du verre, la manière dont les riches entendent traiter les pauvres, la façon dont les propriétaires des entreprises entendent réduire ce qu'ils appellent les frais, c'est-à-dire la part des travailleurs. Car c'est de cela qu'il est question dans la chanson. Et ce que Tucholsky disait clairement en 1931 s'applique tout autant aujourd'hui et si on continue à laisser faire les riches et leurs sectateurs, cela continuera. En fait, il met le doigt sur le processus indigne de l'exploitation, qui se répète de génération en génération.


Mais ce que tu dis pour cette canzone, pour Tucholsky, pourrait être étendu à d'autres…


Oui, sans aucun doute et à bien des autres et dans diverses langues. C'est aussi au caractère de révélateur – au sens où on l'entend en photographie, par exemple – de la canzone, telle qu'elle est conçue dans les Chansons contre la Guerre, que j'entends faire allusion. À la chanson comme un art particulier, créateur et diffuseur de pensée, créateur et diffuseur d'histoires.


Oh, la chose n'est pas neuve…, dit Lucien l'âne. Et Homère, par exemple, n'est pas sorti tout armé de la tête d'Apollon. Il est lui-même, au travers de ses grands chants que sont l'Iliade et l'Odyssée, le continuateur de poètes et chanteurs inconnus. L'histoire de la chanson se confond avec celle des hommes.


Cependant, j'aimerais insister sur le point, qui me paraît essentiel, c'est qu'elle est porteuse de la parole… et qu'elle le fait avec une souplesse, une malléabilité, une ductilité qui lui sont particulières. Elle peut être courte, longue, bruyante, quasiment susurrée, hurlante ou sans voix, portée par la foule ou fredonnée en cachette. Elle a beaucoup de défauts, mais elle supporte mal les flonflons, les flagorneries et les fanfares. Son principal mérite est sans doute de dire ce qui ne peut plus être dit ailleurs, de faire courir la parole par mille bouches et de la faire parvenir jusqu'aux confins les plus réservés ou de l'en faire sortir.


Arrêtons-nous là. Je sais que tu pourrais encore en dire, mais il nous faut conclure ici sans pour autant négliger de tisser le linceul de ce vieux monde avide, trop avide, ambitieux, trop ambitieux, exploiteur, trop exploiteur, et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Devant les contremaîtres – homme face à hommes.
Le directeur leur parle et les regarde :
« Il paraît qu'il y a ici un syndicat !
Il paraît qu'il y a des plaintes et quoi ?
Il faut travailler beaucoup plus, ici !
Faire tourner les rouages ! Augmenter la production !»
Juste une petite question :
Pour qui ?

Il dit : Les machines doivent tourner.
Qui donc va acheter votre marchandise ?
Vos employés ? Ceux dont vous avez déjà
Réduit le salaire au plus bas .
Et malgré tout, les marchandises
Ne sont pas devenues moins chères
Et toujours les rouages doivent tourner ici…
Pour qui ?

Pour qui les publicités et les affiches ?
Pour qui les tableaux et les voitures ?
Pour qui les cravates ? Les coupes en verre ?
Vos travailleurs ne peuvent pas payer ça.
Pour les autres, peut-être ? Dans ce cas,
Vous avez vos trusts et vos cartels, quand même !
Il dit : C'est l'économie qui commande.
Une belle économie !
Pour qui ? Pour qui ?

La chaîne de montagne continue à produire
Des marchandises pour des clients qui n'existent pas.
Vous avez détruit votre propre clientèle, comme ça.
Par les licenciements et les diminutions de salaire
Car l'Allemagne existe par les travailleurs et les employés !
Les millionnaires sont une rareté –
Et votre bilan tout d'un coup présente
Un solde catastrophique.


Tandis que les millions qui vont pointer.
Eux savent pour qui.

jeudi 16 avril 2015

CALENDRIER 1913

CALENDRIER 1913


Version française – CALENDRIER 1913 – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson allemande – Kalender 1913 – Erich Mühsam – 1913 

Texte d'Erich Mühsam (1878-1934), anarchiste et poète, une des premières victimes du nazisme triomphant : arrêté en 1933, juste après l'incendie du Reichstag, il fut lâchement assassiné dans le camp de concentration d'Orianenburg, le 10 Juillet 1934.Musique de Dieter Süverkrüp et de Walter Andreas Schwarz dans leur album « Erich Mühsam : Ich Lade Euch Zum Requiem » publié en 1995.
Plus récemment, elle a été mise en musique
par Christoph Holzhöfer.




Erich Mühsam boit un café


Une poésie que je devine très proche du parcours, non formalisé mais transversale, de La Guerre de Cent mille ans que les riches ont fait, font et feront aux pauvres.
Il
y faudrait donc une urgente traduction des excellents Marco Valdo M.I et son inséparable ami Lucien Lane, que je remercie d'avance.



Évidemment, Lucien l'âne mon ami, on ne pouvait refuser ça.


Certes, Marco Valdo M.I. mon ami, tu as bien fait, sauf que tu as mis du temps à établir cette version française… Alors qu'il t'était bien dit par Bartleby que c'était urgent…


En effet, mais j'avais placé cette canzone d'Erich Mühsam dans la liste des travaux en cours, mais il y en a tellement et puis, d'un autre côté, Bartleby lui-même a réclamé La Déclaration Universelle des Droits de l'Âne... Il y a aussi les événements de la vie quotidienne. Comme tu le sais, tout cela est très prenant. Par ailleurs, il me paraît que je suis atteint d'un curieux syndrome, que j'appellerais volontiers le syndrome de la création ou celui de l'homo faber intellectualis (est-ce bien ainsi que l'on dit ? Je n'en sais plus rien…), qui fait que j'ai de plus en plus tendance à manquer de temps pour faire ce que j'ai vraiment envie de faire…


Somme toute, ça tourne à la passion…, dit Lucien l'âne d'un air de deux airs.


De fait, et tu le vois bien, je démarre tôt le matin et je termine tard le soir… Je refuse mille sollicitations extérieures. J'ai beau trier, écarter, user de sévérité… Rien n'y fait. Cependant, tu le vois aussi très bien, je ne m'en porte que mieux. Donc, faire, c'est passionnant, mais l’inconvénient, c'est qu'on n'en voit jamais la fin. Imagine, il suffit de parcourir les Chansons contre la Guerre pour déterminer l'ampleur du phénomène…


Je le vois, je te vois là devant ton appareil, cette machine à écrire perfectionnée, dont on dirait qu'elle pense en couleurs. Je t'y vois dans les rares moments où tu n'es pas tenu à faire autre chose.


Et oui, Lucien l'âne mon ami, on ne fait pas que ça… Il y a les amis, un peu d'activités que je qualifierai de sociales… Et puis, les lectures, sans compter la maison – oikos qu'il faut bien faire tourner. Donc voilà, Le Calendrier 1913 de Mühsam s'était un peu enlisé dans toute cette vase de vie. Et il y avait pire encore, voyant qu'il s'agissait de Mühsam, je l'avais mis dans ma liste sans lire la petite note introductive… Ce fut là mon horrible erreur… Je me jette un tas de cendres sur la tête.


Si je te comprends bien, comme c'était de Mühsam, à qui si je ne m'abuse, tu as consacré une chanson dans tes Histoires d'Allemagne, il était certain que tu allais le traduire...

Quant à la canzone elle-même, elle aussi m'a joué des tours… Traduire Mühsam n'est vraiment pas simple, surtout quand on ne connaît pas l'allemand. Et en donner une version française que je puis relire sans honte, ce n'est pas simple non plus. Évidemment, comme on le faisait remarquer récemment, il existe peut-être des traductions françaises de ce texte…


Depuis le siècle qu'il est écrit, c'est bien possible !


Mais ç'eût été, comment dire ? : malhonnête de priver Bernart Bartleby de ce qu'il demandait : c'est-à-dire : une traduction de notre main. Et pour tout révéler, je n'ai même pas cherché à savoir s'il en existait une. J'ai pris ce calendrier par le début et j'ai été jusqu'au bout sans me retourner. Cela dit, si quelqu'un trouve une autre traduction en français du Kalender 1913, qu'il l'envoie en vitesse. Rien que pour comparer les versions ; j'aime beaucoup vérifier. On ne sait jamais, je peux certainement me tromper ou ne pas comprendre… ou ne pas avoir compris… mais la voici quand même cette version française de ma main.


Avec toutes tes explications, je ne sais toujours pas ce qu'elle raconte, cette canzone de ce poète assassiné. C'est fou d'ailleurs ce que les gens ont tendance à s'assassiner eux-mêmes en prison… dans les communiqués officiels.


Oui, ce doit être une vieille coutume. Quant au Kalender 1913, c'est une canzone qui se présente sous la forme… d'un calendrier, c'est-à-dire en 12 mois, très bien ordonnés de janvier à décembre. Elle raconte une histoire d'Allemagne, un peu comme Günter Grass fera plus tard avec tout le siècle dernier (voir à cette adresse  )
Je te détaille les douze mois :

janvier : le riche a chaud, le pauvre gèle ;
février : au carnaval, le riche séduit la pauvre qu'il laissera tomber ;
mars : quel recul, en mars 1848, c'était la révolution en Allemagne ;
avril : le mouvement s'enlise ;
mai : défilé « révolutionnaire » autorisé ;
juin : le pauvre en balade inquiète les autorités ;
juillet : le riche se baigne, le soldat combat ;
août : il y a de grands massacres qui se préparent et tout le monde s'en fout ; septembre : retour à l'école, souvenirs de vacances ;
octobre (je te rappelle que 1914 suit 1913...) : rappel des troupes : le plaisir d'être soldat ;
novembre : on gèle, mais le manteau est gagé ;
décembre : le temps des cadeaux : l'enfant riche en reçoit plusieurs, le pauvre s'en confectionne un.


Alors, oui, Bartleby avait bien auguré de ce que cette canzone aurait à voir avec La Guerre de Cent Mille Ans… Et le voilà servi. Maintenant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde flottant à la dérive dans cette Guerre de Cent Mille Ans, ballotté entre les privilèges des uns et les nécessités des autres, écrasant, mortel et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Janvier :

Le riche remonte sa fourrure,
Et le poêle doucement rougeoie.
Pour ne pas geler, le pauvre colmate,
Sa fenêtre avec du papier d'emballage.

Février :

Au carnaval, l'homme riche regarde
Une fille pauvre avec appétence.
Combien l'amour était tendre,
On le saura en novembre.

Mars :

En l'an quarante-huit du siècle passé,
Des temps nouveaux sont arrivés.
C'était en mars et savez-vous, mon ami
Qu'on n'est pas encore à l'avant-mars aujourd'hui

Avril :

Celui qui veut devenir diplomate,
Prendra modèle sur avril.
L'ouragan éclata le bleu tranquille
Et personne ne fit rien ensuite .

Mai :

Le Révolutionnaire se sent fort.
Le prescrit des riches pour lui, c'est du petit lait.
Il célèbre fièrement le premier mai.
Seulement, il demande à la police... d'abord

Juin :

Avec la femme et l'enfant dans la nature
Pour les bains, les soins, le grand air, la cure.
Mais le misérable qui promène,
Fait sourciller le digne gendarme.

Juillet :

Comme une piscine rafraîchit quand même
Quand tombe du ciel l'ardente canicule
Le soldat sert la patrie
Par trente degrés, il se bat encore.

Août :

Dans le monde se passent des choses horribles ;
On le constate dans des conférences.
On parle joyeusement, on boit, on danse,
Et on maintient le statu quo terrible.

Septembre :

Les vacances sont bien finies.
L'enseignant tient prête sa règle.
Un enfant a vu la montagne et la cascade,
L'autre seulement une porcherie.

Octobre :

Les manœuvres d'automne rappellent déjà
Le territorial et le réserviste.
Le casque pèse, la jambe se blesse.
Ô quel plaisir d'être soldat !

Novembre :

Le jour raccourcit. Le froid menace.
On sent le besoin de tenues chaudes
Ah, si le reçu de la caution pouvait réchauffer
Comme le paletot qu'on a fourgué !

Décembre :

Maintenant le bon Saint-Nicolas va partager
Les beaux cadeaux de fin d'année.
Le pauvre enfant se l'est fabriqué,
Au riche, ils seront apportés.